Abwehr

Publié le par Mémoires de Guerre

L’Abwehr, mot allemand signifiant « défense », est créée en 1925. Elle est le service de renseignements de l'état-major allemand de 1925 à 1944. Après l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler, l’Abwehr s'est régulièrement trouvée en conflit avec les services secrets du parti nazi : le SD et la Gestapo, sous la direction de Reinhard Heydrich.

Abwehr

Historique

L’Abwehr est mise en place en 1921, au lendemain de la Première Guerre mondiale, au sein de l'armée. Elle comprend à l'époque une section de reconnaissance, une section de chiffrage et d'écoutes radio, ainsi qu'une section de contre-espionnage. La section de renseignement de la Reichsmarine est intégrée à l'Abwehr en 1928. Le 7 juin 1932 (avant donc l'arrivée au pouvoir d'Hitler), un marin prend la tête du bureau : le capitaine de vaisseau Konrad Patzig.

Le poste n'est pas jugé très important, à l'époque, et peut donc être confié à un militaire sans trop d'ambition. Assez rapidement, l’Abwehr entre en conflit avec Himmler et Heydrich, notamment parce que l'Abwehr organise des vols de reconnaissance en avion en territoire polonais, or les services de la SS craignent que cela n'éveille la méfiance des Polonais. En juin 1935, le Capitaine Patzig est donc muté sur le cuirassé Graf Spee.

1935 : arrivée de Canaris

L'amiral Wilhelm Canaris est nommé à la tête de l’Abwehr en janvier 1935. Averti par Patzig de la volonté de la SS de prendre le contrôle de l'Abwehr, Canaris pense pouvoir s'opposer à ces vues. Il devra cependant continuellement lutter contre l'antagonisme de la SS. Une illustration de ce conflit plus ou moins larvé est le vol des documents de l'Abwehr relatifs à la collaboration germano-soviétique (notamment lors des purges de Staline) par la SS, en 1937. Toute trace de ces vols sont effacés à la suite d'un incendie.

1938 : réorganisation

Canaris remanie les trois sections :

  • La division centrale, ou département Z (Abteilung Z en allemand) qui chapeaute les deux autres, a la main sur les finances, le personnel et est dirigée par Hans Oster ;
  • La division extérieure (Amtsgruppe Ausland) est dirigée par Leopold Bürkner et regroupe plusieurs fonctions :
    • les relations avec l'OKW et les services généraux ;
    • la coordination avec les autres ministères, affaires étrangères ;
    • l'évaluation des données venant de l'étranger comme la presse, les émissions radio et les documents interceptés.
  • Abwehr I, II et III, regroupées sous le terme de contre-espionnage, font davantage de la collecte et de l'évaluation de données :
    • I depuis l'étranger, commandé par le Colonel Hans Piekenbrock,
    • II le sabotage, commandé par le Colonel Erwin von Lahousen,
    • III contre-espionnage sur le sol allemand, planification de faux documents, pénétration des services étrangers, enquête sur les actes de sabotage, commandée par le Colonel Franz Eccard von Bentivegni.

Chaque district militaire du Reich, Wehrkreis, ici appelée Ast ou encore Abwehrstelle avait sa déclinaison locale des sections I à III. Le commandant local était un officier d'une des trois armes et avait une certaine latitude pour recruter des agents locaux. La qualité du recrutement (principalement des civils) a souvent laissé à désirer, d'où de nombreuses déconvenues lors de missions.

1939-1943

Dans les pays occupés, l’Abwehr dispose d'antennes pour y mener la lutte contre les Résistants. En France, l'organisation occupait l'Hôtel Lutetia à Paris. Dans les pays neutres, les agents de l’Abwehr se cachent derrière des attachés d'ambassade, du personnel de mission commerciale. Ces postes étaient appelés Organisation de guerre ("Kriegsorganisationen" ou "KO's" en allemand). Canaris prend grand soin à choisir des chefs et du personnel proche qui soient anti-nazis. Le seul à être retourné par la Sipo-SD est Rudolf Bamler. À partir de 1943, plusieurs de ses membres, y compris Wilhelm Canaris lui-même, commencent à participer à la résistance allemande, ils sont connus sous le nom du complot Orchestre noir (Die Schwarze Kapelle). Parmi les opérations menées par l’Abwehr, citons : l'opération Pôle nord ou l'opération Tannenbaum, l'opération Felix, l'opération Pastorius.

Canaris utilise des Juifs dans son équipe, leur fournissant des passeports, ce qui permet d'en sauver de la Shoah. Cette action fut reconnue après-guerre. L'efficacité de l'Abwehr est amoindrie par les tensions avec la SS, qui soupçonne (à juste titre) certains membres de l'Abwehr de comploter contre Hitler. Certains agents sont des antinazis, comme Erich Vermehren et sa femme la comtesse Elizabeth von Plettenberg, stationnés à Istanbul et qui, menacés d'être démasqués par la Gestapo, passent à l'ennemi britannique. L'Amiral Canaris lui-même remettait de fausses informations au pouvoir nazi.

1944

En février 1944, l’amiral Canaris, accusé de défaitisme, est limogé ; dégradé, il doit prendre la tête d'une coquille vide, le Bureau de la Guerre Commerciale et Économique. Le RSHA prend le contrôle complet de l’Abwehr et de ses agents à l'étranger. Après le complot du 20 juillet 1944 contre Adolf Hitler, Canaris est arrêté.

1945

Canaris sera pendu en avril 1945 dans des conditions atroces au camp de Flossenbürg. Dix jours plus tard, ce camp est libéré par les troupes alliées.

Organes de l'Abwehr

Geheime Feld Polizei ou GFP : C'était l’organe exécutif de l’Abwehr spécialisé dans la lutte contre la Résistance intérieure et extérieure. C'était une police militaire secrète (à ne pas confondre avec la Feldgendarmerie, police militaire, ou avec le Sipo-SD, dont faisait partie la Gestapo).

Chefs

  • 1920 - 1927 : Oberstleutnant Friedrich Gempp
  • 1927 - 1929 : Oberstleutnant Günter Schwantes
  • 1930 - 7 juin 1932 : Oberstleutnant Ferdinand von Bredow
  • 7 juin 1932 - 31 décembre 1934 : Kapitän zur See Konrad Patzig
  • 1er janvier 1935 - février 1944 : Konteradmiral Wilhelm Canaris
  • février 1944 - mai 1945 : SS-Brigadeführer und Generalmajor der Polizei Walter Schellenberg ; l'Abwehr est incorporé dans le RSHA (Amt VI SD-Ausland)
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