Burrin Philippe

Publié le par Mémoires de Guerre

Philippe Burrin, né le 16 mars 1952 à Chamoson en Suisse, est un historien dont les recherches portent sur les idéologies, les mouvements et les partis politiques en Europe durant l’entre-deux-guerres. À partir de ses travaux sur la Seconde Guerre mondiale, il a tenté de définir les notions de violence de masse et de génocide. 

Burrin Philippe
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Burrin Philippe

Licencié de relations internationales (1975), il obtient son doctorat en sciences politiques (1985) à l’Institut universitaire de hautes études internationales (HEI) de Genève sous la direction de Saul Friedländer, spécialiste de l’Allemagne nazie. Assistant d’histoire contemporaine (1982-1985) puis maître-assistant (1985-1988) à l’université de Genève, Philippe Burrin retrouve l’HEI en tant que professeur adjoint (1988-1993) puis comme professeur d’histoire des relations internationales à partir de 1993. Depuis 2004 il est directeur de HEI et occupe le même poste du nouvel Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à partir de janvier 2008. Soutenue en 1985 à l’HEI, sa thèse de doctorat intitulée Le fascisme satellite s’attache à retracer l’itinéraire intellectuel, politique et idéologique de Jacques Doriot, Marcel Déat et Gaston Bergery, individualités passant de la lutte antifasciste au sein de partis de gauche à la fondation de mouvements d’extrême-droite puis à l’engagement dans la collaboration sous le régime de Vichy.

À travers ces parcours, Burrin pointe la prégnance de la crise sociale et politique en France durant l’entre-deux-guerres et s’attache à démontrer le processus de dissémination du fascisme en France à travers cette « nébuleuse fascistoïde » ainsi que ses limites. En effet, si Déat, Doriot et Bergery empruntent des éléments à l’idéologie fasciste, le pacifisme intégral qui les unit (par l’expérience de la grande guerre) se heurte à l’adoption de l’idéologie d’expansion territoriale propre au fascisme amenant Burrin à parler de « fascismes déficitaires ». Il approfondira cette thèse dans La France à l’heure allemande à travers la façon dont les Français ont réagi et se sont comportés face à l’occupation et vis-à-vis de l’occupant. Il s’intéresse aux différentes formes d’« accommodements » - et ses évolutions - avec l’occupant en analysant les comportements des notables et hommes politiques, du clergé, du patronat, des intellectuels, des artistes et des collaborateurs. En ce qui concerne le régime de Vichy, Burrin se place dans la continuité de la thèse de Robert O. Paxton affirmant tant sa collaboration avec l’occupant que le devancement ses ordres.

Plus largement, Philippe Burrin a apporté des éclaircissements décisifs pour la compréhension du fascisme, de la collaboration ou de la Shoah en permettant d’améliorer la connaissance et l’analyse de ces réalités par des recherches minutieuses et l’élaboration de critères rigoureux pour définir ces notions. Dans Hitler et les juifs, il analyse la décision de la solution finale prise par Hitler à l’été 1941 par le fait que ce dernier a pris conscience de l’échec de son projet de victoire rapide. Ainsi, dans la guerre longue qui se profile, le führer décide que le sang allemand versé doit être vengé par celui des juifs. Ce faisant, l’espoir de vaincre n’aurait pas guidé ce choix qui au contraire aurait cherché à aboutir à la destruction de l’Allemagne compensée par celle des juifs. Surtout, il démontre que les idéologies antisémites et du racisme biologique ont un poids important sur la persécution des juifs, celle-ci ne répondant pas seulement à des nécessités pratique selon le courant historiographique dit « fonctionnaliste ».

L’ensemble de ses théories et de son cheminement intellectuel sur ces questions sont condensés dans Ressentiment et apocalypse qui regroupe trois conférences prononcées au Collège de France en avril et mai 2003 sur les fondements de l’antisémitisme nazi, c’est-à-dire sur ce qui dans la société allemande a ouvert la voie à l’extermination des juifs. Burrin démontre la cohérence et la mise en œuvre de ce projet qui s’inscrit dans la vision propre d’Hitler qui guidera ce choix : une action fondée sur son propre « ressentiment » - sentiment qu’il exploite au sein de la société allemande pour parvenir au pouvoir - et guidée par sa vision apocalyptique sur la guerre et sa propre vie (fascination du néant et de l’affrontement avec le mal). Parallèlement à ses recherches, Burrin s’investit en tant que scientifique à de nombreux projets animés par le souci du « devoir de mémoire ». Ainsi, il sera consultant pour la conception du centre de documentation du Mémorial de l'Holocauste Mahnmal à Berlin (2001) ; membre de la commission historique de la Fondation pour la mémoire de la Shoah de Paris. Membre du Conseil scientifique d’une Histoire Internationale de la Shoah, il travaille depuis 2003 sur ce projet qui regroupera en plusieurs volumes les connaissances scientifiques.

Comme Jean-Pierre Azéma, Henri Amouroux, Marc-Olivier Baruch, Jean Lacouture, Robert O. Paxton et René Rémond, Philippe Burrin fut l’un des experts au procès de Maurice Papon à Bordeaux en 1997. Lors de son intervention, il insiste sur la connaissance des français avant la guerre de la cruauté de l’Allemagne nazie envers les juifs notamment en Pologne (par le biais – entre autres - de la presse de l’époque qui faisait ses « manchettes » sur ce thème) et sur la possibilité de marge d’autonomie et d’« échappatoires » au sein de l’administration du régime de Vichy, ce principe étant selon lui « le fondement de la collaboration ». Plus récemment, il fut nommé expert pour le Ministère de l’Education Nationale au sein de la commission sur le racisme et l’antisémitisme à l’Université Lyon III présidé par Henry Rousso (2002-2004). Philippe Burrin est membre du comité de rédaction de L’Histoire, de Vingtième Siècle. Revue d’Histoire et de Relations Internationales.

Publications

  • La Dérive fasciste : Doriot, Déat, Bergery, 1933-1945, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points. Histoire » (no 325), 2015 (1re éd. 1986), 585 p. (ISBN 2-02-058923-0, présentation en ligne [archive]), [présentation en ligne [archive]], [présentation en ligne [archive]].
  • Hitler et les Juifs. Genèse d’un génocide, Paris, Le Seuil, 200 p., 1989 (édition de poche, 1995) (ISBN 2020108844 et 2020234084)
  • La France à l’heure allemande 1940-1944, Paris, Le Seuil, 559 p., 1995 (édition de poche, 1997) (ISBN 2020183226 et 2020314770), [présentation en ligne [archive]], [présentation en ligne [archive]].
  • Fascisme, nazisme, autoritarisme, Paris, Le Seuil, 315 p., 2000 (ISBN 2020414821)
  • Strands of Nazi Anti-sémitism, Oxford, Europaeum, 44 p., 2004.
  • Ressentiment et apocalypse. Essai sur l’antisémitisme nazi, Paris, Le Seuil, 112 p., 2004 (ISBN 2020632624)(Trad. esp.: Resentimiento y apocalipsis, Buenos Aires/Madrid, Katz editores S.A, 2007 (ISBN 8493543209)
  • 6 juin 44 (avec Jean-Pierre Azéma et Robert O. Paxton), Paris, Perrin, 207 p., 2004 (ISBN 2262019819)

Publié dans Historiens

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