Carrère d'Encausse Hélène

Publié le par Mémoires de Guerre

Hélène Carrère, dite Hélène Carrère d'Encausse, née Zourabichvili le 6 juillet 1929 à Paris, est une historienne française. Membre de l'Académie française depuis 1990, elle en est élue secrétaire perpétuel en 1999, ce qui est une première pour une femme. Elle est également députée européenne de 1994 à 1999. 

Carrère d'Encausse Hélène

Famille et jeunesse

Fille du Géorgien Georges Zourabichvili, lui-même issu d'une famille géorgienne, les Zourabichvili (qui avaient sombré dans une grande pauvreté après la révolution russe et qui avaient émigré vers la France), et de Nathalie von Pelken, d'origine germano-russe, Hélène Zourabichvili naît le 6 juillet 1929 dans le 16e arrondissement de Paris. Elle a un frère, Nicolas. Elle est par ailleurs la cousine de Salomé Zourabichvili, fille de son oncle Lévan et 5e présidente de la Géorgie. Elle apprend d'abord le russe, puis le français à quatre ans et demi chez des amis de ses parents, en Bretagne. 

D'abord installée à Bordeaux, elle quitte la ville pour Paris avec sa mère après l'assassinat de son père en 1944. Elles y logent d'abord à la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky de Paris, rue Daru. Elle prend des cours de langue et littérature russes à la paroisse, puis fait ses classes au lycée Molière. Emmanuel Ratier précise qu'elle « a été très largement élevée par la famille Bardèche ». Née apatride, elle devient française en 1950, à l'âge de 21 ans. Elle épouse, le 5 juillet 1952 à Paris, Louis Carrère (né en 1927), dit Carrère d'Encausse, assureur, fils de Georges Carrère et de Paule Dencausse. Ils ont trois enfants : Emmanuel (1957), Nathalie (1959) et Marina (1962). 

Formation et carrière universitaire

Diplômée de l'Institut d'études politiques de Paris (section Service public, promotion 1952), docteur (1963) et docteur d’État (1976) ès lettres, elle envisage ensuite de présenter le concours d'entrée à l'École nationale d'administration, avant d'y renoncer. Professeur d'histoire à l'université Paris-I puis à l'IEP de Paris (1969), elle est directrice d'études à la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) et administratrice de l'EastWest Institute. Professeur invité dans plusieurs établissements nord-américains et japonais, elle est docteur honoris causa de l’Université de Montréal et de l'université catholique de Louvain.

Elle se fait remarquer en 1978 en annonçant « la fin de l'URSS » dans son livre L'Empire éclaté, non pas grâce aux entreprises délibérées de Ronald Reagan ou de Jean-Paul II, mais selon elle à cause de la forte natalité des républiques musulmanes d'Asie centrale. Annonce qui s'est révélée en partie fausse : l'URSS explosa certes, mais le mouvement sécessionniste partit des pays baltes, la partie la plus européanisée de l'Union soviétique, alors que les républiques musulmanes restèrent globalement calmes jusqu'à leur accession à l'indépendance. 

Autres activités publiques

Elle est présidente du conseil d'administration de Radio Sorbonne de 1984 à 198916, et membre de la Commission de la nationalité en 19879-1988. Lors de l'élection présidentielle de 1988, elle est membre du Comité de soutien à la candidature de Raymond Barre. Le 25 août 1992, elle devient présidente du Comité national pour le « oui » à Maastricht, créé par Jack Lang. Elle se revendique à cette occasion de la « mouvance libérale » et décrit le traité comme « le portillon que l'on doit franchir pour aller plus loin ». Durant cette même année, elle crée, avec Kofi Yamgnane et Claude Sérillon, la Fondation pour l'intégration républicaine, et occupe le poste de conseillère spéciale auprès de Jacques Attali, président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), participant ainsi à l’élaboration d’une politique d’assistance à la transition économique dans les anciens États communistes.

Le 26 avril 1994, elle accepte, sur les instances de Jacques Chirac, d'être candidate à l'élection européenne de juin suivant. Elle occupe, derrière Dominique Baudis, la deuxième position sur la liste UDF-RPR et, bien qu'étant plus proche des positions de l'UDF, doit adhérer au RPR à l'occasion de sa candidature. Élue députée européenne, elle est vice-présidente de la commission des Affaires étrangères, de la Sécurité et de la Politique de défense durant son mandat entier, qui échoit en juillet 1999. Vice-présidente de la Commission des archives diplomatiques, elle préside la commission des sciences de l'homme au Centre national du livre (CNL) de 1993 à 1996. En 1996, elle fait partie des personnes dont le nom circule pour succéder à Jean Favier comme président de la Bibliothèque nationale de France, mais Pierre-Jean Remy lui est préféré.

En 1996-1997, elle est membre du Comité pour la commémoration des origines : de la Gaule à la France. Elle est nommée en 1998 au Conseil national du développement des sciences humaines et sociales. En 2004, elle devient présidente du conseil scientifique de l'Observatoire des statistiques de l'immigration et de l'intégration. Elle est également membre du comité de parrainage du Collège des Bernardins. À la suite de la crise des banlieues, en novembre 2005, elle fait une déclaration polémique au sujet de l'immigration sur la chaîne russe NTV : « Tout le monde s'étonne : pourquoi les enfants africains sont dans la rue et pas à l'école ? Pourquoi leurs parents ne peuvent pas acheter un appartement ? C'est clair, pourquoi : beaucoup de ces Africains, je vous le dis, sont polygames. Dans un appartement, il y a trois ou quatre femmes et vingt-cinq enfants. Ils sont tellement bondés que ce ne sont plus des appartements, mais Dieu sait quoi ! On comprend pourquoi ces enfants courent dans les rues. » En 2017, elle intègre le comité d'éthique de la chaîne de télévision russe RT, requis par le Conseil supérieur de l'audiovisuel dans la perspective du développement de ses activités en France, puis décide de le quitter.

Académie française

Après avoir été sollicitée par Henri Troyat, elle est élue, le 13 décembre 1990, au 14e fauteuil de l’Académie française, laissé vacant par Jean Mistler, par 23 voix contre 9 à André Sernin et deux bulletins marqués d'une croix. Elle est accueillie sous la Coupole par Michel Déon le 28 novembre 1991. Elle est élue secrétaire perpétuel de l'Académie le 21 octobre 1999, avec 26 suffrages sur 31, en remplacement de Maurice Druon, démissionnaire de cette fonction. Elle est la première femme à accéder à ce poste. Elle est par ailleurs membre associé de l'Académie royale de Belgique, membre étranger de l'Académie des sciences de Russie, de l'Académie de Roumanie et de l'Académie d'Athènes, et membre d’honneur de l’Académie des beaux-arts de Russie et de l'Académie des sciences de Géorgie. 

Féminisation

Elle utilise le titre non féminisé de « secrétaire perpétuel » aussitôt après son élection. Au sein de l'Académie française, elle est ainsi opposée à la féminisation des titres et fonctions pour les femmes dans la langue française. Selon des propos recueillis par Raphaëlle Rérolle du Monde, elle se montre également peu encourageante vis-à-vis des candidatures féminines à l'Académie française, dont seuls 4 des 40 fauteuils sont occupés par des femmes en 2017. Après une déclaration officielle de l'Académie française le 26 octobre 2017 qualifiant l'écriture inclusive de « péril mortel », Bertrand Louvel, premier président de la Cour de cassation, adresse une lettre à l'Académie française pour lui demander de revoir ses recommandations sur la question de la féminisation des titres et fonctions. Il écrit : « l'usage de la féminisation des fonctions s'est étendu au sein de la fonction publique et du corps judiciaire. » Dans sa réponse officielle Hélène Carrère d'Encausse annonce pour la première fois l'intention de l'Académie de se pencher sur les règles de féminisation, vu l'évolution des usages. En mai 2018, sur le site Internet de l'Académie française, Hélène Carrère d'Encausse est qualifiée d'« historienne » (usage du féminin), mais reste « secrétaire perpétuel », « président », « commandeur », « officier ». 

Reconnaissance

Décorations

  • Grand-croix de la Légion d'honneur Grand-croix de la Légion d'honneur (30 décembre 2011)
  • Officier de l'ordre national du Mérite Officier de l'ordre national du Mérite ;
  • Commandeur de l'ordre des Palmes académiques Commandeur de l'ordre des Palmes académiques
  • Commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres Commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres (17 février 1996);
  • Insigne Commandeur de l'ordre de Léopold Commandeur de l'ordre de Léopold (Belgique) ;
  • Commandeur de l'ordre national de la Croix du Sud Commandeur de l'ordre national de la Croix du Sud (Brésil) ;
  • Ordre de l'Honneur (Russie) Ordre de l'Honneur (Russie) 16 octobre 2009
  • Commandeur avec étoile de l'ordre du Mérite Commandeur avec étoile de l'ordre du Mérite (11 novembre 2011)
  • Commandeur de l'ordre du Mérite culturel Commandeur de l'ordre du Mérite culturel (Monaco) (1999)

Prix

  • Prix Aujourd'hui 1978 pour L'Empire éclaté
  • Prix Louise-Weiss 1987.
  • Prix Comenius 1992 pour l’ensemble de son œuvre
  • Prix de La-Paulée-de-Meursault 1995 pour l'ensemble de son œuvre.
  • Prix des Ambassadeurs 1997 pour Nicolas II
  • Prix du Nouveau-Cercle-Interallié 2000 pour La Russie inachevée.
  • Médaille Lomonossov (2008)

Honneurs

  • Docteur honoris causa de l'université catholique de Louvain
  • Docteur honoris causa de l'université de Montréal
  • Docteur honoris causa de l'université de Bucarest
  • Professeur honoris causa de HEC Paris
  • Docteur honoris causa de l'université Laval (2005)
  • Docteur honoris causa de l'université Saint-Joseph de Beyrouth (2016)
  • Une place Hélène-Carrère-d'Encausse est inaugurée à Oullins (métropole de Lyon) en 2017
  • Il existe une allée Hélène-Carrère-d'Encausse dans un nouveau quartier à Brétigny-sur-Orge (Essonne) ; à proximité de celle-ci un arrêt de la ligne 227.02 du réseau de bus Orgebus a pour nom Carrère d'Encausse.
  • Docteur honoris causa de l'université Saint-Clément-d'Ohrid de Sofia (2019)
Carrère d'Encausse Hélène

Publications

  • Le Conflit de la Corée : 1950-1952, Bruxelles, institut de sociologie Solvay, coll. « Études de cas conflits internationaux », 1959, 52 p.
  • Éd. avec Stuart R. Schram de Le Marxisme et l'Asie : 1853-1964, Paris, Armand Colin, coll. « U : idées politiques », 1966, 493 p. (ISBN 2-200-31138-9).
  • Réforme et Révolution chez les musulmans de l'empire russe (préf. Maxime Rodinson), Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, coll. « Références » (no 4), 1966, 311 p. (ISBN 2-7246-0455-5).
  • Avec Stuart R. Schram (en), L'URSS et la Chine devant les révolutions dans les sociétés pré-industrielles, Paris, Armand Colin, coll. « Travaux et recherches de science politique » (no 8), 1970, 108 p. (notice BnF no FRBNF35373112).
  • L'Union soviétique de Lénine à Staline : 1917-1953, Paris, Richelieu, coll. « L'Univers contemporain » (no 2), 1972, 446 + 32 p. (notice BnF no FRBNF35241310).
  • Dir. avec René Rémond et Jean-Louis Monneron, Deux mille ans de christianisme, Paris, Société d'histoire chrétienne, 1975, 288 p. (notice BnF no FRBNF34630324).
  • La Politique soviétique au Moyen-Orient : 1955-1975, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, coll. « Cahiers de la Fondation nationale des sciences politiques » (no 200), 1976, 372 p. (ISBN 2-7246-0335-4).
  • L'Empire éclaté : la révolte des nations en URSS, Paris, Flammarion, 1978, 314 p. (ISBN 2-08-064090-9).
  • Lénine : la révolution et le pouvoir, Paris, Flammarion, coll. « Champs : politique » (no 72), 1979, 297 p. (ISBN 2-08-081072-3) — repris en partie de L'Union soviétique de Lénine à Staline.
  • Staline : l'ordre par la terreur, Paris, Flammarion, coll. « Champs : politique », 1979, 294 p. (ISBN 2-08-081073-1) — idem que pour le précédent ouvrage.
  • Le Pouvoir confisqué : gouvernants et gouvernés en URSS, Paris, Flammarion, 1980, 328 p. (ISBN 2-08-064300-2).
  • Le Grand Frère : l'Union soviétique et l'Europe soviétisée, Paris, Flammarion, 1983, 381 p. (ISBN 2-08-064577-3).
  • La déstalinisation commence : 1956, Bruxelles, Complexe, coll. « La Mémoire du siècle » (no 34), 1984, 209 p. (ISBN 2-87027-142-5) — édition revue et augmentée parue sous le titre La Deuxième Mort de Staline en 2006.
  • Ni paix ni guerre : le nouvel Empire soviétique ou du bon usage de la détente, Paris, Flammarion, 1986, 413 p. (ISBN 2-08-064860-8).
  • Le Grand Défi : bolcheviks et nations, 1917-1930, Paris, Flammarion, coll. « Nouvelle bibliothèque scientifique » (no 138), 1987, 333 p. (ISBN 2-08-211170-9).
  • Le Malheur russe : essai sur le meurtre politique, Paris, Fayard, 1988, 546 p. (ISBN 2-213-02236-4).
  • La Gloire des nations ou La Fin de l'Empire soviétique, Paris, Fayard, 1990, 431 p. (ISBN 2-213-02439-1).
  • Victorieuse Russie, Paris, Fayard, 1992, 439 p. (ISBN 2-213-02948-2).
  • L'URSS de la Révolution à la mort de Staline : 1917-1953 (éd. Nicolas Roussellier), Paris, Le Seuil, coll. « Points : histoire », 1993, 375 p. (ISBN 2-02-014049-7).
  • (en) The Nationality Question in the Soviet Union and Russia, Oslo, Scandinavian University Press, 1995, 74 p.
  • Nicolas II : la transition interrompue : une biographie politique, Paris, Fayard, 1996, 552 p. (ISBN 2-213-59294-2).
  • Lénine, Paris, Fayard, 1998, 684 p. (ISBN 2-213-60162-3).
  • La Russie inachevée, Paris, Fayard, 2000, 340 p. (ISBN 2-213-60597-1).
  • Catherine II : un âge d'or pour la Russie, Paris, Fayard, 2002, 656 + 4 p. (ISBN 2-213-61355-9).
  • Éd. de L'Impératrice et l'Abbé : un duel littéraire inédit entre Catherine II et l'abbé Chappe d'Auteroche, Paris, Fayard, 2003, 632 p. (ISBN 2-213-61654-X).
  • Dir. avec Philippe Levillain, Nations et Saint-Siège au XXe siècle, Paris, Fayard, 2003, 447 p. (ISBN 2-213-61365-6).
  • Russie, la transition manquée, Paris, Fayard, coll. « Les Indispensables de l'histoire », 2005, 1 032 p. (ISBN 2-213-62616-2) — reprend trois textes (Lénine, Nicolas II et Unité prolétarienne et diversité nationale : Lénine et la théorie de l'autodétermination).
  • L'Empire d'Eurasie : une histoire de l'Empire russe de 1552 à nos jours, Paris, Fayard, 2005, 506 p. (ISBN 2-213-62312-0).
  • Alexandre II : le printemps de la Russie, Paris, Fayard, 2008, 522 + 4 p. (ISBN 978-2-213-63459-3).
  • La Russie entre deux mondes, Paris, Fayard, 2010, 327 p. (ISBN 978-2-213-65147-7).
  • Des siècles d'immortalité : l'Académie française, 1635-..., Paris, Fayard, 2011, 401 p. (ISBN 978-2-213-66633-4).
  • Les Romanov : une dynastie sous le règne du sang, Paris, Fayard, 2013, 442 + 12 p. (ISBN 978-2-213-67759-0).
  • Six années qui ont changé le monde : 1985-1991, la chute de l'Empire soviétique, Paris, Fayard, 2015, 418 p. (ISBN 978-2-213-69914-1).
  • Dir. avec Gabriel de Broglie, Giovanni Dotoli et Mario Selvaggio, Le Dictionnaire de l'Académie française : langue, littérature, société, Paris, Hermann, coll. « Vertige de la langue », 2017, 427 p. (ISBN 978-2-7056-9381-7).
  • Le Général de Gaulle et la Russie, Paris, Fayard, 2017, 288 p. (ISBN 978-2-213-70555-2).
  • La Russie et la France : de Pierre le Grand à Lénine, Paris, Fayard, 2019 (ISBN 978-2-2137-1313-7).

Publié dans Historiens

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