Drumont Edouard

Publié le par Roger Cousin

Edouard Drumont, né à Paris le 3 mai 1844 et décédé dans la même ville le 3 février 1917, était un journaliste et écrivain, qui aurait découvert sa foi catholique en 1880, dénonçant en 1886 l'église "enjuivée", socialiste, il collabore à la "Revue socialiste" de son ami Benoît Malon, antisémite et nationaliste français. Charles Maurras, dans son Dictionnaire politique et critique, dit que « la formule nationaliste est ainsi née presque tout entière de lui ; et Daudet, Barrès, nous tous, avons commencé notre ouvrage dans sa lumière. » Plus loin, Charles Maurras ajoute : « Chroniqueur merveilleux, historien voyant et prophète, cet esprit original et libre s'échappait aussi à lui-même. Il ne vit point tout son succès. » Édouard Drumont a été classé par certains comme anarchiste de droite, bien que son attitude vis-à-vis de l'anarchisme ait été ambivalente.

Drumont EdouardDrumont Edouard

Né en 1844 à Paris, Édouard Drumont doit, très jeune, subvenir aux besoins des siens, en raison de la grave maladie dont souffre son père Adolphe, d’une famille paysanne originaire des Flandres. Ce dernier est expéditionnaire à l’Hôtel de ville de Paris : « Moins qu’un autre, le père de Drumont n’était homme à souffrir qu’on mît une chemise de force à l’esprit humain : c’était un de ces rêveurs sages et circonspects, moins têtus, comme on en voit dans nos vieux pays du Nord, avec leurs yeux bleus tranquilles enfantins, et leurs colossales épaules. D’ailleurs ancien élève de l’École des chartes, ami des livres et fort érudit. » Drumont entre à dix-sept ans, dès la mort de son père, à l’Hôtel de ville, où il travaille six mois. Son rêve est de devenir homme de lettres. Il se lance dans le journalisme et entre au Moniteur du bâtiment puis collabore au Diable à quatre un journal d'Hippolyte de Villemessant (journaliste qui ressuscita, en avril 1854, Le Figaro). Il travaille parallèlement à L’inflexible, où il dévoile les secrets de Villemessant, qui le congédie. Il publie des articles dans divers journaux comme La Liberté (il y est polyvalent, puisqu’il s’occupe à la fois de reportage, des chroniques littéraires, des études d’art et même la dernière heure au Corps législatif).

Drumont reste chroniqueur d’art à La Liberté de 1874 à 1886, où il a pu être engagé grâce à un article qu’il avait écrit sur Émile de Girardin, directeur de ce journal. Au sein de La Liberté, il n'expose pas ses idées politiques. Il révèle ses talents d'historien dans la Revue de la Révolution. Il écrit dans Le Bien public mais aussi dans L'Univers, Le Nain jaune, La Presse théâtrale, la Chronique illustrée, Le Contemporain, La Revue de France, Le Gaulois, Le Petit Journal (critique d'art), etc. Édouard Drumont compose les oraisons funèbres d'Émile Pereire - qu'il compare à Napoléon – et de son frère Isaac. Il se fait d'abord connaître par la publication de plusieurs ouvrages non politiques. Si sa première œuvre littéraire est une pièce de théâtre en un acte, co-signée avec Aimé Dollfus, Je déjeune à midi (1875), son premier livre publié est Mon Vieux Paris, paru en 1878. L'ouvrage est un parcours commenté de la capitale, émaillé de réflexions empreintes de nostalgie et de regret. Suivent Les Fêtes nationales à Paris (1878) et Le Dernier des Trémolin (1879).

En 1880, Drumont rédige l’introduction d’un ouvrage inédit intitulé La mort de Louis XIV. Cet ouvrage est conçu par les frères Anthoine (garçons de la chambre de Louis XIV). L’introduction que rédige Drumont prouve, selon ses détracteurs, qu'il est un ferme partisan du monarchisme : « Louis XIV mourant, comme Louis XIV vivant, représente le XVIIe siècle dans sa manifestation la plus admirable et la plus élevée. » Drumont est converti par le jésuite Stanislas du Lac, qui l'aurait engagé à écrire La France juive et lui aurait fourni des fonds pour créer la Libre Parole. En 1885, Drumont publie un opuscule de quarante-trois pages intitulé Le vol des diamants de la couronne au garde meuble. Appelé à la direction du Monde en 1886, il publie, en avril de la même année, La France juive, qui atteint vite la 150e édition, et vaut à son auteur, en même temps que la notoriété, une condamnation à une forte amende et deux duels. Drumont publie ensuite, La France Juive devant l'opinion (1886), La Fin d'un monde (1889), La Dernière Bataille (1890), Le Testament d'un antisémite (1891), Le Secret de Fourmies (1892).

En 1890, Drumont fonde la Ligue nationale antisémitique de France. Drumont critique le cosmopolitisme de ce qu'il appelle la race juive, ce qui s'oppose pour lui au nationalisme fort qu'il défend. Pour donner plus d'ampleur à sa campagne, il lance le 20 avril 1892 La Libre Parole, avec comme sous-titre : « La France aux Français ». Dans un article, il accuse le député Auguste Burdeau, rapporteur de la commission parlementaire chargée de se prononcer sur le renouvellement des avantages accordés au conseil de régence de la Banque de France, d'avoir reçu des fonds de la part d'un des membres du conseil de régence, le banquier Alphonse de Rothschild, pour conclure au renouvellement des privilèges. Très vite, il est emprisonné à la Prison de Sainte-Pélagie du 3 novembre 1892 au 3 février 1893, purgeant une peine de trois mois de prison infligée par la Cour d'assises de la Seine pour avoir diffamé le député Burdeau. Ayant reçu des documents confidentiels du baron Jacques de Reinach, Drumont, purgeant une peine de 3 mois à la prison de Sainte-Pélagie, va révéler depuis sa cellule un à un les noms des politiciens et journalistes corrompus et révéler les mécanismes de l'escroquerie du scandale de Panamá.

Dans ses colonnes, il qualifie le système politico-financier de « presque tout entier tenu par des mains juives ». Les articles, écrits à cette occasion, sont ensuite réunis en un volume : De l'or, de la boue, du sang, en 1896. Drumont lit L'État Juif manifeste du sionisme de Theodor Herzl en 1897. En mai 1898, à la faveur des émeutes antisémites d'Alger, Drumont est élu député de cette ville. À la Chambre, il devient dirigeant du « groupe antisémite » composé de 28 députés. Il s'oppose vivement à la révision du procès de Dreyfus (1897-1898), réclame des poursuites contre Zola et l'abrogation du décret Crémieux (1899), soutenu par les quatre députés d'Algérie. Le groupe se disloque cependant rapidement, certains rejoignant l'Action libérale. En 1902, il lance le Comité national anti-juif, qui vise à « substituer une République vraiment française à la République juive que nous subissons aujourd’hui », avec les députés Charles Bernard et Firmin Faure, ce qui ne l'empêche pas d'être battu aux élections générales du 27 avril 1902, remportées par le Bloc des gauches. Il reprend alors son métier de journaliste et d'écrivain. Le 22 février 1915, il prend la direction du journal Le Peuple français. Il passa une partie de la fin sa vie dans l'Yonne, dans un village appelé Vallery. Il meurt en 1917.

Parmi ses amis, il compta un autre essayiste pamphlétaire antisémite : Daniel Kimon. Georges Bernanos lui a consacré le livre La Grande peur des bien-pensants. Il appelle Édouard Drumont avec affection « mon vieux maître» ou le « vieux Drumont ». Toutefois, comme l'écrit Max Milner, "l'admiration de Bernanos pour Drumont ne va nullement à son racisme sur lequel il insiste somme toute fort peu mais à certains aspects de sa personne qui nous renseignent davantage sur Bernanos lui-même" (...) et où il "projette lui-même son angoisse, sa solitude, sa révolte en présence du mal, sa vocation sacrificielle de témoin impuissant et d'avertisseur inécouté". De plus, à partir de 1936, Bernanos commence à prendre très clairement position contre l'antisémitisme d'état, nationaliste et raciste, véhiculé par l'idéologie nazie et une extrême droite que l'on va bientôt retrouver dans les rangs du pouvoir vichyste, que Bernanos abhorre et qu'il va combattre avec force durant toute la guerre en étant l'un des principaux écrivains inspirateurs de la résistance.

Dans les années 1930, Henry Coston se réclama de Drumont en relançant La Libre Parole. Les amis d'Édouard Drumont, association française fondée en 1963 par Maurice Bardèche en collaboration avec Xavier Vallat, Jacques Ploncard d'Assac, Abel Manouvriez, Hubert Biucchi et Henry Coston (qui se présentaient comme disciples de Drumont). L'association regroupait des écrivains et des journalistes (issus des milieux nationalistes, de l'Action française ou de l'extrême-droite), comme Emmanuel Beau de Loménie, Robert Coiplet, P. E. Cadelhoc, Pierre Dominique, Jean-André Faucher, Georges Gaudy, Philippe Roussel, Saint-Paulien. Le groupe comprenait environ une centaine d'adhérents. Ce groupe avait pour but de perpétuer la mémoire et l'œuvre d'Édouard Drumont. Afin de rééditer ses ouvrages et, en particulier, ses analyses sur les Protocoles des Sages de Sion, l'association fonda une « Société des amis d’Édouard Drumont » qui se chargea de ce travail éditorial. Elle devait décerner un prix annuel pour récompenser l'auteur de la meilleure publication sur Drumont et son œuvre.

Le décès, durant les années 1990, de la plupart des membres actifs de l'association, laissa l'association en sommeil. Le 20 avril 2005, l'association se reconstitue avec les mêmes objectifs que l'équipe précédente. Son siège est situé à Paris, à la Librairie La Licorne bleue. En 2006, elle réagit à l'effacement de l'épitaphe « à l’auteur immortel de la France Juive » sur la pierre tombale de Drumont au cimetière du Père-Lachaise, qu'ils estiment être une profanation. Le Prix littéraire Edouard Drumont 2010 a suscité la polémique, son récipiendaire, Frédéric Vitoux, de l'Académie française, le refusant catégoriquement, 15 jours après l'avoir accepté chaleureusement. Le bureau de l'association se compose de :

  • président : Yves Bruno ;
  • secrétaire : Olivier Mathieu ;
  • Trésorier : Thierry Dreschmann.

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