Jouhaux Léon

Publié le par Roger Cousin

Léon Jouhaux est un syndicaliste français, né à Pantin le 1er juillet 1879 et mort à Paris le 28 avril 1954. Ouvrier allumettier et syndicaliste de tendance libertaire, il est secrétaire général de la Confédération générale du travail (CGT) de 1909 à 1947, puis fondateur et président de la Confédération générale du travail - Force ouvrière (CGT-FO) dès avril 1947, jusqu'à sa mort. 

Jouhaux LéonJouhaux Léon

Défendant sans cesse les principes de la charte d'Amiens (1906), qui prônent l'indépendance syndicale vis-à-vis des partis politiques, de l'État et des Églises, Léon Jouhaux s'oppose aux différentes tentatives de contrôle du syndicat par la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), en 1911, ou par les « bolchéviques », en 1922. Le 4 août 1914, lors des obsèques de Jean Jaurès, Jouhaux prononce un discours dans lequel il affirme : « au nom de ceux qui vont partir et dont je suis, je crie devant ce cercueil que ce n'est pas la haine du peuple allemand qui nous poussera sur les champs de bataille, c'est la haine de l'impérialisme allemand. » Il veut exprimer ainsi le sentiment de « la classe ouvrière au cœur meurtri » et se résigne alors à rallier la CGT dans l'Union sacrée. En 1918, Jouhaux présente un projet de Conseil national économique chargé d'examiner tous les problèmes posés par le retour à la paix, et dont le rôle ne serait pas que consultatif. Mais il faut attendre la constitution de la IVe République du 27 octobre 1946 pour que soit donné un statut constitutionnel à ce Conseil économique (devenu aujourd'hui le Conseil économique, social et environnemental).

En 1932, Jouhaux participe à la Conférence du désarmement, en tant que membre de la délégation française. Lors de son travail au sein d'une commission sur le commerce et la fabrication des armes, il défend une vision assez radicale du désarmement. Il milite pour la suppression totale des entreprises d'armements, excepté les entreprises étatiques. Il propose aussi un système de contrôle de la production d'armement par les ouvriers eux-mêmes, via les syndicats, et un système de protection internationale pour les "lanceurs d'alerte". En 1936, Jouhaux contribue aux réformes concernant les conventions collectives, les congés payés, la semaine de 40 heures et la nationalisation.

En 1940, Jouhaux est placé en résidence surveillée à Montpellier par le régime de Vichy, puis arrêté par les Allemands en novembre 1942 lors de l'occupation de la zone libre. Le 1er mars 1943, il est transporté en voiture au KL Buchenwald, où il est installé dans un baraquement réservé et chauffé, à la périphérie du camp proprement dit. Il y rejoint Léon BlumÉdouard Daladier et le général Gamelin arrivés la veille en avion. Un mois plus tard, le 1er mai 1943, Jouhaux est transféré au château d’Itter, dans le Tyrol autrichien, dépendant du camp de concentration de Dachau (mais aux conditions de détention sans commune mesure), en compagnie du général Gamelin, de Daladier, de Paul Reynaud, de Jean Borotra et de Marcel Granger (frère du gendre du général Giraud). Il obtient l'autorisation de la venue, depuis la France, de sa secrétaire et future compagne, Augusta Bruchlen, qui le rejoint le 18 juin. À ce groupe se joignent par la suite Christiane Mabire, secrétaire et future épouse de Paul ReynaudAlbert LebrunAndré François-Poncet, le général Weygand et son épouse, Michel Clemenceau (le fils du « Tigre »), le colonel de La Roque (chef des Croix-de-feu), Alfred Cailleau et sa femme Marie-Agnès de Gaulle (sœur ainée du général de Gaulle). L’homme politique anti-mussolinien Nitti et un autre Italien, Georgini, partagent aussi leur sort.

Ils sont libérés le 5 mai 1945 par des éléments de la 103e division américaine du général McAuliffe. À la Libération, Jouhaux est de nouveau secrétaire de la CGT mais il doit partager le pouvoir avec le communiste Benoît Frachon. Face à la mainmise du Parti communiste français (PCF) sur le syndicat, il est contraint de démissionner du bureau confédéral en décembre 1947. Lui, ses amis (Robert Bothereau, Albert Bouzanquet, Pierre Neumeyer, Georges Delamarre) et les militants non communistes de la vieille confédération fondent la CGT-FO pour continuer la « vieille » CGT, fidèle à la charte d'Amiens. Lors du lancement de ce nouveau syndicat, Jouhaux a reçu l’appui financier des États-Unis par le biais de leurs services secrets, qui cherchaient dans cette entreprise, à affaiblir l'influence communiste en France. Jouhaux devient également vice-président de la Confédération internationale des syndicats libres et délégué à l'ONU. Ses nombreux engagements pacifistes lui valent l'attribution du prix Nobel de la paix en 1951. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (88e division).

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