Mémoires de Guerre

Mémoires de Guerre

La Presse en a parlé... Le regard de la presse et de la littérature sur le conflit le plus important du 20ème siècle la Seconde Guerre Mondiale


Péteul Pierre

Publié par Roger Cousin sur 22 Mai 2012, 20:08pm

Catégories : #Eclésiastiques

Peteul-Pierre.jpgLe père Marie-Benoît, de son vrai nom Pierre Péteul (né le 30 mars 1895, au Bourg d'Iré (Maine-et-Loire) et mort le 5 février 1990) est un prêtre capucin, connu pour son action en faveur des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Pierre Péteul est brancardier aspirant au 15e Tirailleurs pendant la Grande Guerre et ajoute la campagne du Maroc à son expérience militaire. Croix de guerre et cinq citations marquent ces années qui l'ont rendu familier du danger, de la souffrance et ont éprouvé son courage et sa résistance. Devenu capucin, il est ordonné prêtre et poursuit ses études, docteur en philosophie. Le voici professeur et directeur spirituel au Collège international de son Ordre à Rome. La langue italienne et la culture biblique sont désormais une seconde nature.

Mobilisé en 1939, il se retrouve à Marseille, en 1940 comme interprète à l'état-major du général Billotte à la 15e DI. Il reste sur place. Au couvent des capucins de Marseille, 51 rue de la Croix de Régnier sera son premier quartier général. Il aide des aviateurs anglo-américains, des Français et des alliés poursuivis par la Gestapo. « À peine arrivé, une famille juive en peine vint me trouver, puis une autre... beaucoup d'autres! » Des milliers de faux passeports, certificats de baptême et autres papiers "aryens" sortirent des presses installées dans les caves et, par leur secours inestimable, des centaines de réfugiés purent même franchir le frontière espagnole ou suisse, en collaboration avec les comités juifs de Marseille, Nice, Cannes.. Le père Marie-Benoît avait pour alliés des résistants français et l'Union générale des israélites de France, mais il devait devenir rapidement l'objet de la surveillance de la Gestapo et lorsque les troupes allemandes eurent envahi la zone libre, les voies de l'évasion vers l'Espagne ou la Suisse se virent condamnées. Le seul passage praticable passait par la Riviera et la Haute-Savoie, tenues par des contingents italiens perplexes et flottants.

À Nice, le père Marie-Benoît réussit à gagner la sympathie et l'assistance de fonctionnaires italiens, et avec leur aide et des fonds émanant des institutions juives, il parvint à faire passer des milliers de Juifs en zone d'occupation italienne. C'est à Nice qu'il rencontre Angelo Donati (Juif italien directeur de la Banque de crédit franco-italienne) qui lui fait part de son projet : le transfert par bateaux de 30 000 Juifs, de la côte italienne vers l'Afrique du Nord. Mais pour sa réalisation, Il espérait l'appui du Saint-Siège auprès des autorités italiennes. Avant de quitter la France, il part à Lyon, rencontrer les autorités juives du Consistoire central de France où elles sont réfugiées, afin de parler en leur nom.

À Rome, « De mon côté, j'avais rejoint Rome et mon poste au Collège international des capucins du 156 de la Via Cecilia. Il fallait solliciter l'appui du pape Pie XII, auprès des autorités italiennes » ; « Le 16 juillet 1943, j'expose au Souverain Pontife le projet Donati…je parle de l'attitude de la police de Vichy, ce qui provoque la réflexion du Pape « On n'aurait pas cru cela de la France » ». En plus du projet Donati, il fait part au Souverain Pontife de trois projets, en particulier l'intervention du pape auprès des autorités espagnoles, pour faciliter le rapatriement des Juifs de nationalité espagnole. « Le pape me dit : « Cela m'intéresse, je vais m'en occuper » ». Le 5 août 1943 Mgr Jacques Martin confirme que les papiers du P. Marie-Benoît sont à l'étude, si d'autres explications sont nécessaires on le convoquera. « Je n'ai reçu aucune mission du Vatican, car j'y étais inconnu. Le secrétaire des États-Unis, et l'ambassade d'Angleterre y étaient réfugiés. Nous sommes allés les trouver, en cachette... »

Il recevra alors l 'aide du mouvement de résistance interallié créé pour cacher, dans Rome et dans les environs, des prisonniers de guerre en fuite, des pilotes alliés, des juifs, des communistes. Cette organisation comprendra, entre autres, l’ambassadeur américain auprès du Saint-Siège, de l’ambassadeur de Grande-Bretagne sir Perceval Osborne, de M.François de Vial, attaché à l'ambassade de France près le saint siège, M. Yves Debroise, Consul de France,et M. Sommaruga, ministre plénipotentiaire de Suisse.

La chute de Mussolini accélère le retournement de situation en Italie, qui devient à son tour lieu de tous les dangers pour les Juifs. Les Allemands occupent la zone française. Plus tard, peu de temps avant la Libération, le Père frôla une fois de plus la catastrophe. En mission dans le nord de l'Italie, pour trouver des points de passage vers la Suisse, il se retrouva dans un bar à Milan avec son assistant, Schwamm, afin de rencontrer une personne susceptible de les aider. Mais c'est un guet-apens organisé par la police fasciste. Schwamm se fait arrêter, non sans avoir pu avertir discrètement le père, qui parvient à s'enfuir et à retourner à Rome. Dénoncé à nouveau, plusieurs fois, et recherché activement par la Gestapo, le père dut finalement se cacher hors de son couvent.

Le 8 septembre 1943, est publiée la nouvelle de l'armistice avec les alliés. Les Allemands sont partout. Le vaste projet d'évacuation vers l'Afrique du Nord échoue. Mais le père Marie Benoît se rend chez le chef de la Gestapo qui promet de ne pas intervenir, à condition que les Juifs aient quitté Rome dans les meilleurs délais. Par une pure supercherie - la substitution des papiers d'identité - le capucin fit croire que tous étaient partis, alors qu'ils attendaient la libération dans la ville même, sous de nouvelles identités.

Le 4 juin 1944 Rome était libérée. Quand les alliés sont entrés dans Rome et que la foule juive s'est trouvée ainsi, devant la synagogue, on ne réussissait plus à retrouver la clé, la foule était tellement confuse, alors au milieu de la foule est apparu le père Marie Benoît dit Benedetto, lequel révéla où se trouvait la clé. Le mémorial des héros et des martyrs de la Shoah le place parmi les premiers des JUSTES : « Le moine capucin Marie-Benoît aida des centaines de juifs à gagner la Suisse et l'Espagne à partir du Sud de la France. Traqué par la Gestapo, il s'enfuit à Rome où il poursuit son travail de sauveteur depuis son bureau au collège des capucins, en coordination avec la principale organisation sociale juive (Delasem). Personnage légendaire, il fut surnommé le père des juifs par ceux qu'il sauva ».

Mis en demeure de rendre compte de son action, le père précise : « J’ai un arbre planté dans l'allée des Justes, au Yad Vashem de Jérusalem. Cet arbre ne représente pas seulement moi, il représente aussi bien les Juifs courageux avec lesquels j'ai combattu et sans lesquels je n'aurais pas fait grand chose. Je veux nommer : Joseph André Bass, Maurice Brener, Angelo Donati, Stéfan Schwamm, Settimo Serani, Giuseppe Levi, Aron Karsterstein. C'est plutôt en leur nom que je veux parler. »

À la Conférence de Seelisberg (1947) Le père Marie-Benoît, et son confrère le P. Calixte représentent l'Église de Rome pour confirmer la nouvelle attitude de l'Église envers le peuple juif, qui trouvera son aboutissement dans la Déclaration Nostra Aetate §4 Concile Vatican II. Il aura ainsi réussi à sauver environ 4 000 Juifs. Le 5 février 1990, le « père des Juifs » s'éteignait à l'âge de 94 ans.

Commenter cet article

Articles récents

Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog