Dejean Maurice

Publié le par Roger Cousin

Maurice-Ernest-Napoléon Dejean (30 septembre 1899 à Clichy-la-Garenne - 14 janvier 1982 à Paris XVIIe) était un diplomate et homme politique français.

Dejean Maurice

Licencié ès lettres, diplômé d'études supérieures de philosophie, Maurice Dejean commence sa carrière diplomatique comme chef du service de presse à l'ambassade de France en Allemagne (1930-1939). Au même moment, il travaille également pour les services de renseignements français. De retour à Paris après la déclaration de guerre de septembre 1939, il est promu chef adjoint de cabinet du ministre des Affaires étrangères d’Édouard Daladier sous la direction de Robert Coulondre puis de Paul Reynaud sous la direction de Roland de Margerie (1939-juin 1940).

Après un bref séjour au Maroc, il parvient à rejoindre le général de Gaulle à Londres au début de l'année 1941. Celui-ci le charge de la direction des Affaires politiques (DAP). Il organise des opérations de propagande en direction de la métropole et de l'Empire mais son bilan à la tête de la DAP est modeste tant la dualité, voire la rivalité avec BCRA de Passy freine son action. À la faveur d'un changement institutionnel, il est désigné commissaire national aux Affaires étrangères dans le Comité national français de la France libre du 24 septembre 1941 au 24 octobre 1942. Une brouille avec de Gaulle et la venue annoncée de René Massigli expliquent sa démission puis sa rétrogradation au poste de représentant diplomatique auprès des gouvernements alliés établis à Londres. Il prend alors la tête de la « mission Dejean » (1943-octobre 1944), chargée de représenter la France dans les conférences interalliées à Londres.

En novembre 1945, Il est promu ambassadeur à Prague (1945-1949) à sa demande. Il assiste au coup de Prague et la soviétisation de la Tchécoslovaquie. Il est successivement chef de la mission française de liaison auprès du commandant supérieur allié en Extrême-Orient (1950-1952) et ambassadeur à Tokyo (1952-1953) en remplacement de Zinovi Pechkoff, commissaire général de l'Indochine française de juillet 1953 à mai 1954. Au cours de sa première ambassade à Prague de 1945 à 1949, il dirige la délégation française à l’Assemblée générale des Nations unies, d’octobre à décembre 1946, ainsi que la délégation de la France auprès de l’autorité internationale de la Ruhr en de mai 1949 à février 1950. Enfin, il est ambassadeur auprès de l'URSS de décembre 1955 à février 1964.

Il a été rappelé à Paris, par le Président de la République, à la suite d'un chantage aux mœurs organisé par le KGB. Les services secrets soviétiques avaient utilisé le système des « hirondelles ». Ces femmes chargées de piéger les diplomates et agents occidentaux en poste en URSS selon une méthode éprouvée depuis longtemps dans le monde de l’espionnage : il s'agissait de séduire la cible puis, un prétendu conjoint arrivait, à l’improviste, et menaçait l’imprudent de provoquer un scandale. Ainsi fut pris au piège l'ambassadeur de France à Moscou qui s'attira une remarque cinglante du Président de Gaulle qui l'avait convoqué à l'Élysée : « Alors, Dejean, on couche maintenant ? ». Cette opération fut montée, entre 1956 et 1960, par Youri Vasilevitch Krotkov, transfuge du KGB passé à l'ouest le 2 septembre 1963. Selon Thierry Wolton, le piège monté par le KGB l'aurait été parce que « dans un sursaut d'honneur, Son Excellence l'ambassadeur de France ne voulait plus travailler pour le SR soviétique. On l'y a donc contraint ». Cette thèse est discutée.

Alain Peyrefitte (C'était de Gaulle, p. 690) fournit des informations plus prudentes et plus sûres. Le 14 janvier 1964, de Gaulle lui confie : « Encore une histoire lamentable. Ce pauvre Dejean [Peyrefitte écrit "X..."] a trouvé le moyen de se faire faire aux pattes. Les Soviets l'ont fait tomber dans les griffes d'une bonne femme. Un peu plus, et les collections de nos télégrammes passaient au Kremlin. » Selon un aide de camp de De Gaulle, dont Peyrefitte rapporte les propos, Dejean, rappelé à Paris, ayant demandé audience pour se justifier, « le Général l'a reçu quelques secondes seulement : "Alors, Dejean, on aime les femmes?" Et il l'a congédié sans lui serrer la main. » Il était marié en premières noces de 1935 à 1950 à Marie Jullemier (qui épouse en 1953 le physicien René Audubert), puis à Marie-Claire Giry.

Publié dans Diplomates

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