Affaire Mis et Thiennot

Publié le par Mémoires de Guerre

L’affaire Mis et Thiennot, du nom des principaux protagonistes, Raymond Mis et Gabriel Thiennot, est une importante affaire criminelle du XXe siècle qui renferme une possible erreur judiciaire.

Affaire Mis et Thiennot

Historique

Les faits se déroulent le 29 décembre 1946, jour de la fermeture de la chasse : Louis Boistard, un des deux garde-chasse du château du Blizon de Jean Lebaudy, est assassiné à Mézières-en-Brenne dans le département de l'Indre : son corps est retrouvé criblé de quatre balles dans un étang de la commune. Très vite la police arrête un groupe de 14 chasseurs, et après une série d'interrogatoires durant huit jours, retient la responsabilité de deux membres du groupe, les jeunes Raymond Mis, fermier d'origine polonaise, et Gabriel Thiennot qui est le fils d'un employé à l'époque décédé des Lebaudy, communiste et résistant comme son père.

Mis et Thiennot avouent leur forfait lors des premiers interrogatoires menés pendant huit jours par le commissaire Daraud pour partie à la mairie de Mézières-en-Brenne, pour partie au commissariat, puis se rétractent quinze jours plus tard en déclarant que leurs aveux avaient été obtenus par des violences inouïes, tortures dignes de la Gestapo, exercées par la police. Des témoignages de ces violences ont été entendus mais non retenus. Les gardiens de la prison ont fait constater par un médecin des traces de sévices : dents cassées, oreilles décollées, poumon perforé.

Des témoignages à charge sont retenus (notamment celui d'Albert Niceron, le seul témoin visuel, un ouvrier agricole considéré comme simple d'esprit et pris en charge financièrement par Lebaudy et qui sera déclaré irresponsable par un tribunal en 1953 ; celui de Désiré Brunet, témoin auditif, a également son importance). D'autres témoignages sont écartés, notamment celui de la fille de Désiré Brunet, qui aurait accusé son père d'avoir tué le garde-chasse pour un différend sentimental et aurait également mis en cause son mari, Marcel Thiennot, le propre frère de Gabriel Thiennot, pour avoir aidé son beau-père et transporté le corps du garde-chasse dans l'étang.

Ils sont jugés par trois fois en cour d'assises à Châteauroux, Poitiers, Bordeaux, à la suite de recours en cassation, et condamnés finalement en 1951 à quinze ans de travaux forcés. Six autres inculpés dans cette même affaire ne seront jugés qu'au tribunal correctionnel et écoperont de dix-huit mois à deux ans ferme sans faire appel. Depuis, Mis et Thiennot ont persisté à clamer leur innocence jusqu'à leur mort, respectivement le 24 septembre 2009 et le 2 juin 2003.

Les doutes sur une possible erreur judiciaire sont tels qu'en juillet 1954, le président de la République René Coty leur accorde sa grâce. Mis et Thiennot sont libérés à la moitié de leur peine et sont soutenus par un comité de soutien, créé en 1980, qui demande la révision de leur procès. Les deux condamnés ont introduit par l'intermédiaire de leurs avocats cinq demandes en révision (la première date du 5 décembre 1982), toutes refusées. Une sixième, déposée le 12 février 2013 par Maître Jean-Pierre Mignard qui demande à la Commission de révision l'annulation d'une partie du dossier, à savoir les témoignages recueillis sous la contrainte, au regard de la Convention contre la torture de 1984 signée par la France, est en cours d'examen.

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