Pons Lily

Publié le par Roger Cousin

Alice-Joséphine Pons, dite Lily Pons, née à Draguignan le 12 avril 1898 et morte à Dallas le 13 février 1976, est une cantatrice soprano française naturalisée américaine en 1941.

Pons Lily Pons Lily

Elle intègre d'abord la classe de piano du Conservatoire de Paris à l'âge de 13 ans, et en sort avec son premier prix à 15 ans. S'étant mariée, elle part vivre la vie paisible de la bourgeoise de province à Cannes et commence à prendre des cours de chant avec le professeur Jean Maubert, puis elle se rend à Paris où il la présente au grand professeur Alberto di Gorostiaga. Elle débute à Mulhouse en 1928 dans Lakmé sous la direction de Monsieur Flon. Elle porte une robe d’une audace inouïe qui lui dévoile hardiment le nombril. En France, elle se produit dans La Bohème, Hänsel und Gretel, La Flûte enchantée (La Reine de la nuit) sous la direction de Reynaldo Hahn au Casino de Cannes et dans Les Noces de Figaro (Cherubino).

Elle se distingue au Metropolitan Opera de New-York en 1931 dans l’Air de la folie de Lucia di Lammermoor où elle reçoit un accueil délirant du public. Elle reste 28 ans au Metropolitan, où elle chante Lucia di Lammermoor, Rigoletto, Le Barbier de Séville, Les Contes d'Hoffmann, Mignon, Lakmé, La Sonnambula, Linda di Chamounix, Le Coq d'or et La Fille du régiment. Selon Réal La Rochelle, c'est lors de la reprise de La Fille du régiment de Donizetti le 28 décembre 1940, que pour la première fois on dit (en direct à la radio) politiquement, culturellement et socialement que les États-Unis se placent aux côtés des Alliés dans le conflit qui les oppose à l'Allemagne nazie: à la fin de l'opéra, Lily Pons s'avance sur le devant de la scène en brandissant le drapeau tricolore, et chante quelques mesures de La Marseillaise, qui ne figurent pas dans la partition de Donizetti.

Elle détient encore à ce jour le record d'audience du Hollywood Bowl, où elle réunit, le 7 août 1936, 26 410 spectateurs, venus l'écouter chanter des airs d'opéra. Elle est accompagnée par l'orchestre Philharmonique de Los Angeles, dirigé par son futur mari André Kostelanetz. Elle épouse en 1938 le chef d’orchestre André Koztelanetz avec qui elle organise des tournées de concert populaire. Elle chante aux Indes, en Chine et en Birmanie pour les soldats alliés durant la Seconde Guerre mondiale. Dans ses « entretiens avec André Parinaud » en juin 1963, Marlène Dietrich affirme que Lily Pons était la seule actrice avec elle au front pour soutenir les troupes américaines en France pendant l’hiver 1944: de ses propres dires lors d'une émission radio ("The collector's corner") avec John Ardoin, elle confia avoir parcouru 100 000 miles à cette époque.

Ce fut Lily Pons à qui le gouvernement français demanda de chanter La Marseillaise à la Libération, au Palais Garnier, en présence entre autres du Maréchal Juin; le concert étant retransmis au-dehors, l'enthousiasme des Parisiens fut tel qu'il fallut sortir un piano sur le balcon de l'Opéra de Paris, et c'est ainsi que Lily Pons chanta à nouveau cette Marseillaise, mais pour 250 000 personnes cette fois! Elle divorce de Kostelanetz en 1948. Le Metropolitan Opera organise pour elle un grand concert le 3 mars 1956, le Lily Pons Gala, à l'occasion du 25 ° anniversaire de sa présence dans la maison. Lily Pons se produit pour la dernière fois au Met en 1958, et elle met un terme définitif à sa carrière en 1962 à Fort Worth dans le rôle de Lucia di Lammermoor, aux côtés de Placido Domingo.

Elle n'apparaîtra plus sur scène que lors de deux ultimes concerts en 1972 et en 1974, à l'âge de 76 ans! Elle se retire à Dallas où elle meurt d’un cancer. Elle est enterrée au cimetière de Cannes, selon sa volonté. Sa nièce, Florence Mini, qui habite dans la région parisienne est la seule parente directe de Lily en France, son frère, John de Bry, un archéologue, réside en Floride. Ils sont tous les deux les enfants de la sœur de Lily, Juliette Pons. Son autre nièce Viviane, qui épousa le chanteur Gérard Sabbat, eut une fin tragique en Afrique du Sud. Elle est inhumée au cimetière du Grand Jas à Cannes.

Hollywood lui a fait tourner quelques films, certains assez médiocres (That Girl from Paris), mais aussi La Femme en cage (Hitting a New High) (1937) de Raoul Walsh, dans lequel elle incarne une jeune chanteuse de cabaret qui rêve de devenir grande chanteuse d’opéra. Lily Pons avait un aigu cristallin et incisif, particulièrement remarqué dans l’Air des clochettes de Lakmé qui sera son rôle fétiche avec Lucia di Lammermoor. Lily Pons a reçu une étoile sur le Hollywood Walk of Fame ainsi que les insignes de chevalier de la Légion d’honneur. Une petite ville des États-Unis adopte même son nom. Elle est enterrée à Cannes, « la ville de [s]on cœur ».

Filmographie

  • 1935 : "Griseries (I Dream Too Much)" de John Cromwell : Annette Monard
  • 1936 : "That Girl from Paris" de Leigh Jason : Nicole (Nikki) Martin
  • 1937 : "La Femme en cage" de Raoul Walsh : Suzette / Oogahunga, la femme-oiseau
  • 1947 : "Carnegie Hall" de Edgar G. Ulmer : Lily Pons dans son propre rôle

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