Bombardement de Dresde

Publié le par Mémoires de Guerre

Le bombardement de Dresde, qui eut lieu du 13 au 15 février 1945, détruisit presque entièrement la ville allemande de Dresde. L'United States Army Air Forces (USAAF) et la Royal Air Force (RAF) utilisèrent principalement des bombes à fragmentation et incendiaires, provoquant entre 22 700 et 25 000 morts.

Bombardement de Dresde
Bombardement de Dresde
Bombardement de Dresde

Historique

Les services de renseignements occidentaux étaient arrivés à la conclusion que la Wehrmacht allait déplacer 42 divisions (un demi-million d'hommes) vers le front de l'Est, alors proche de la ville, et les services soviétiques avaient signalé d'importants mouvements de trains sur le centre de triage de Dresde (en fait, des trains de réfugiés fuyant l'avance de l'Armée rouge qui effectuait l'offensive Vistule-Oder). Les états-majors pensèrent que la ville servirait de nœud logistique pour ce transfert. La stratégie allemande faisait de l’ensemble des grandes villes sur le Front de l’Est – die Festungen (« les forteresses ») – un rempart. La ville de Dresde partagea ainsi le même sort que Berlin et Breslau, qui furent réduites en cendres, mais ici essentiellement par l’artillerie et les chars soviétiques. Une autre théorie avance que ces bombardements furent délibérément conçus par les états-majors américain et britannique en vue de saper une fois pour toutes le moral des troupes allemandes.

Il est possible aussi que les États-Unis et le Royaume-Uni aient voulu impressionner l'URSS : ce bombardement a eu lieu quelques jours après la clôture de la conférence de Yalta, et il aurait eu une force dissuasive sur Staline, dans le contexte naissant de la guerre froide. Cette thèse est notamment défendue par Jacques Pauwels. À l'inverse, des études de l'USAF insistent sur les demandes répétées des Soviétiques de bombardements sur les nœuds ferroviaires de l'est de l'Allemagne pour faciliter la progression de l'Armée rouge. La manière de considérer ces attaques aériennes varie selon le point de vue. À l'époque déjà, le ministère de la Propagande de Joseph Goebbels avait utilisé le bombardement de Dresde pour relativiser la responsabilité de l'Allemagne dans la guerre et placer les Allemands dans un rôle de victimes. Au cours de la guerre froide, les préjugés idéologiques empêchèrent une étude objective du déroulement des événements. Le premier maire communiste de Dresde, après la guerre, Walter Weidauer, considérait en 1946 les attaques comme évitables bien qu'ayant été provoquées par les « fascistes allemands ». 

Cependant trois ans plus tard, il considérait les puissances occidentales comme seules responsables du bombardement criminel de Dresde qui ne répondait à aucune nécessité militaire. Une hypothèse (défendue entre autres par l'Allemagne de l'Est à partir de 1949) était que les Alliés occidentaux avaient voulu laisser à l'Union soviétique une zone d'occupation détruite. Des milliers de réfugiés qui fuient l’avancée de l’armée Rouge et de soldats blessés, qui sont soignés dans 25 hôpitaux, s’entassent dans la ville dont il est difficile de déterminer précisément le nombre. Selon des estimations, la ville est passée de 630 000 habitants à plus d’un million habitants à l'époque. L'évaluation du nombre de morts a beaucoup fluctué. Ainsi, le maximum de 250 000 morts était avancé par les Soviétiques. Le chercheur allemand Jörg Friedrich fait état de 40 000 morts. Le bilan finalement admis est de 25 000 morts maximum (dont 18 000 corps identifiés), établi par une commission d'historiens mandatée par la ville de Dresde en 2004-2010. Des estimations élevées se réfèrent souvent à des déclarations de témoins oculaires qui ne peuvent plus être réexaminées, ainsi qu'à des informations de sources aux motifs divers (parfois négationnistes) :

  • Un document du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) de 1946 a donné le chiffre de plus de 305 000 morts. Ce nombre n'était cependant pas le résultat d'investigations propres, mais émanait de rapports basés sur des sources issues des indications de l'administration nazie.
  • L'ancien officier d'État-major de Dresde Eberhard Matthes, qui avait alors été chargé de travaux de déblaiement, a affirmé en 1992 que, jusqu'au 30 avril 1945, 3 500 cadavres auraient été pleinement identifiés, 50 000 en partie et 168 000 pas du tout. Ces chiffres auraient été communiqués à Adolf Hitler en sa présence. Mais il n'existe aucune preuve écrite qui pourrait confirmer cela et on doute aussi que Hitler ait demandé une telle communication le jour de son suicide. Des journaux (Süddeutsche Zeitung, Die Welt, Frankfurter Allgemeine) ont souvent publié des chiffres difficiles à certifier précisément variant de 60 000 à 300 000 morts. Le gouvernement nazi utilisa ce bombardement à des fins de propagande.

Le 16 février, le ministère de la Propagande dirigé par Goebbels publiait un communiqué de presse qui dessinait la ligne générale de la propagande nazie : Dresde n'avait aucune industrie de guerre, n'était qu'une ville de culture et d'hôpitaux. Le 25 février, une nouvelle note paraissait, accompagnée de photos d'enfants brûlés, sous le titre Dresde - Massacre de Réfugiés et indiquant que 200 000 personnes étaient mortes. D'après Frederick Taylor, le ministère fit gonfler le nombre de morts par un facteur dix. Les diplomates allemands firent circuler dans les pays neutres des photographies des destructions, de morts et d'enfants grièvement brûlés. Par coïncidence, le jour précédant le raid, un document du ministère des Affaires étrangères allemandes avait été mis en circulation dans les pays neutres, critiquant Arthur Harris comme le responsable des bombardements de terreur. D'autres bombardements sur l'Allemagne (Berlin et Hambourg lors de l'Opération Gomorrhe) furent aussi très meurtriers mais celui de Dresde a plus profondément choqué les esprits, peut-être parce que la ville était davantage perçue comme une ville d'arts et de culture et qu'elle avait un intérêt stratégique moins important (ne pouvant justifier une attaque aussi lourde), d'autant plus que l'Albertstadt, le fort militaire de Dresde, n'a pas été bombardé.

Certains voient aujourd'hui la destruction de Dresde comme un crime de guerre motivé notamment par le besoin de venger le bombardement de Coventry par la Luftwaffe en novembre 1940, alors que d'autres considèrent que tous les moyens devaient être utilisés pour mettre fin le plus rapidement à la guerre et en définitive, épargner des vies humaines. Quoi qu'il en soit Winston Churchill lui-même s'est désolidarisé de ce bombardement quelques semaines après dans un memorandum adressé à l'état major britannique : « Il m’apparait que le moment est venu de se demander si la question du bombardement des villes allemandes dans le but d'augmenter la terreur ou pour d'autres raisons ne devrait pas être réévaluée... la destruction de Dresde constitue un sérieux doute sur la conduite des bombardements alliés ».

Survivants célèbres

  • L'écrivain américain Kurt Vonnegut (1922-2007), qui travaillait comme prisonnier de guerre dans un abattoir de la ville lors du bombardement, en réchappa en se réfugiant dans les caves du bâtiment. De cette expérience éprouvante, il tire son roman Abattoir 5. Un film, Abattoir 5 (titre original : Slaughterhouse-Five), réalisé par George Roy Hill en fut tiré en 1972.
  • L'écrivain et philologue allemand Victor Klemperer (1881-1960) est aussi un des survivants du bombardement, qu'il évoque en 1947 dans son essai LTI-Lingua Tertii Imperii: Notizbuch eines Philologen.
  • Le pianiste Peter Rösel est né à Dresde le 2 février 1945.

Publié dans Evènements

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article