Gambetta Léon

Publié le par Mémoires de Guerre

Léon Gambetta, né le 2 avril 1838 à Cahors (Lot) et mort le 31 décembre 1882 à Sèvres (Seine-et-Oise), est un homme d'État français. Grande figure de l'enracinement de la Troisième République, il est président du Conseil du 14 novembre 1881 au 30 janvier 1882. Issu d'un milieu provincial modeste, il obtient une licence de droit à l'université de Paris, puis s'établit comme avocat. Opposant au Second Empire, il est révélé au grand public par « l'affaire Baudin » en novembre 1868. Il est élu député en 1869 en défendant le « programme de Belleville » qui soutient des propositions radicales derrière lesquelles se rangent les républicains comme l'extension des libertés publiques, la séparation des Églises et de l'État, le vote de l'impôt sur le revenu, l'élection des fonctionnaires ou la suppression des armées permanentes. Le 4 septembre 1870, à la suite du désastre de Sedan face à l'armée prussienne, il proclame le rétablissement de la République depuis l'hôtel de ville de Paris. Ministre de l'Intérieur du gouvernement de la Défense nationale, il s'implique dans la défense acharnée du territoire ; le 7 octobre, il quitte la capitale assiégée en ballon, afin d'organiser les combats en province. Opposé à l'armistice (28 janvier 1871), il démissionne le 6 février 1871, peu après l'élection d'une Assemblée nationale majoritairement monarchiste. Il se place en retrait et lors du soulèvement de la Commune de Paris (mars-mai 1871), il se trouve en villégiature à Saint-Sébastien, en Espagne. Après le traité de Francfort (10 mai), Léon Gambetta contribue à l'affermissement du régime républicain menacé par une assemblée qui soutient Adolphe Thiers, le vainqueur de la Commune. Chef de file de l'Union républicaine, il devient le « commis voyageur » de la République en multipliant les déplacements à travers le pays pour rallier progressivement la province à l'idée républicaine. Ses efforts conduisent les différents groupes vers une forme de compromis qui aboutit au vote des lois constitutionnelles de 1875 qui assurent la pérennité du régime. Devenu une figure des républicains modérés, Léon Gambetta promeut l'opportunisme qui préconise une adoption progressive des réformes prévues par le programme républicain afin de ne pas heurter l'opinion. Lors de la crise du 16 mai 1877, il s'oppose fermement au président Mac Mahon et participe à la rédaction du manifeste des 363 qui parvient à renforcer le pouvoir du parlement face au chef de l'État, amené à démissionner (20 janvier 1879). Fort d'une popularité sans précédent, Léon Gambetta est président de la Chambre des députés de 1879 à 1881, puis est nommé président du Conseil le 14 novembre 1881 par le président de la République Jules Grévy, avec qui son inimitié est de notoriété publique. Alors qu'il espérait prendre la tête d'un « grand ministère » d'union républicaine et mener un ambitieux programme de réformes, Léon Gambetta essuie de nombreux refus et doit s'appuyer principalement sur des hommes sans expérience. Son gouvernement est mis en minorité deux mois plus tard sur un projet de réforme constitutionnelle, ce qui entraîne sa démission. Il meurt de maladie moins d'un an plus tard dans sa maison des Jardies à Sèvres (alors en Seine-et-Oise), à l'âge de 44 ans. Orateur de talent, tribun charismatique, Léon Gambetta suscite un engouement populaire exceptionnel au point que certains de ses adversaires le dépeignent comme un dictateur en puissance. Bien qu'il n'ait que très rarement exercé effectivement le pouvoir, Léon Gambetta ne laisse personne indifférent : ses détracteurs tout autant que ses partisans observent ses moindres faits et gestes. Après sa mort, de nombreux hommages lui sont rendus et le gouvernement décrète des obsèques nationales, pour la première fois dans l'histoire de la République. Dans les années qui suivent, plusieurs monuments sont érigés à sa mémoire. Son cœur est transféré au Panthéon le 11 novembre 1920. 

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Léon Gambetta

Léon Gambetta

Carrière

Origines familiales

Léon Michel Gambetta naît le 2 avril 1838 à 8 heures du soir à Cahors, Place Royale, au domicile de ses parents Joseph Nicolas Gambetta et Marie-Magdeleine-Orazie Massabie. Il est déclaré le lendemain après-midi par Catherine Bouyssou, la sage-femme qui a procédé à l'accouchement. Sa famille paternelle est d'origine italienne : son grand-père, Giovanni-Battista Gambetta, est né à Celle Ligure, un village de pêcheurs situé à 40 kilomètres de Gênes. Issu d'une famille de marins qui vend des huiles, des pâtes et des poteries dans le sud-ouest de la France en naviguant le long du canal du Midi, de la Garonne, du Lot et du Tarn, il s'installe avec sa famille à Cahors en 1818 pour y ouvrir un commerce de faïences et d'épicerie. Son fils Joseph, à l'âge de 10 ans, respecte la tradition familiale et s'engage comme mousse sur un voilier génois.

Il navigue notamment jusqu'au Chili. Quelques années plus tard, il reprend le commerce de son père avec son frère Michel. En 1837, Joseph Gambetta épouse Marie-Magdeleine Massabie, fille orpheline d'un pharmacien du village de Molières dans le Tarn-et-Garonne. Marie-Magdeleine vient d'un milieu social plus aisé que Joseph, son père étant issu d'une famille de paysans enrichis tandis que sa mère provient de la petite noblesse quercynoise. Selon Daniel Amson, l'un des biographes de Léon Gambetta, il s'agit d'un mariage de raison. Peu de temps après leur union, Joseph Gambetta ouvre un nouveau commerce à proximité de la cathédrale de Cahors, le « Bazar génois ». Le couple a deux enfants : Léon, l'aîné, et sa sœur cadette, Benedetta, née en 1840. 

Une jeunesse provinciale (1838-1856)

À l'âge de 4 ans, Léon Gambetta entre à l'école des pères des Sacrés-Cœurs de Picpus, où il apprend à lire et à écrire. À 8 ans, il contracte une sévère péritonite qui manque de le tuer. L'infection, mal soignée, lui cause de sérieux troubles digestifs tout au long de sa vie, et finit par entraîner son décès prématuré.  En 1847, son père l'inscrit au petit séminaire de Montfaucon, non par piété ni pour le destiner à la prêtrise, mais parce qu'il est l'un des fournisseurs de l'économat de cette institution et qu'à ce titre il bénéficie de frais de scolarité avantageux. Lors de sa première année, en classe de huitième, ses résultats sont moyens : Léon Gambetta travaille peu car il apprend vite, sa tenue est négligée et ses devoirs sont peu soignés. En classe de septième, il se montre plus assidu et obtient le premier prix de lecture ainsi que des accessits en version latine, en histoire, en géographie et en écriture. Malgré son comportement turbulent, ses maîtres remarquent ses qualités comme en témoigne l'une de ses appréciations : « Conduite : dissipé. Application : médiocre. Caractère : très bon, très léger, enjoué, espiègle. Talent : remarquable, intelligence très développée ».

Le jeune élève se montre particulièrement à l'aise parmi ses camarades et révèle un intérêt pour la politique étonnant pour son âge en critiquant notamment l'élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la république en 1848. Cet intérêt pour la politique lui vient de sa propre famille, située plus à gauche que son environnement social : son père, bien que peu cultivé, lit Voltaire et soutient l'unité italienne, tandis que sa mère lui fait lire dans sa jeunesse des articles du journaliste libéral et républicain Armand Carrel. Pendant les vacances scolaires de l'été 1849, Léon Gambetta est victime d'un accident qui lui fait perdre définitivement l'usage de son œil droit. Présent dans l'atelier du coutelier Galtié, voisin de son père, il observe le travail d'un ouvrier qui perce le manche d'un couteau avec un foret d'acier actionné par une sorte d'archet. La tige d'acier se rompt brutalement et l'un des fragments atteint l'œil de l'enfant. Cet accident affecte sa scolarité et joue sur son humeur. Après avoir manqué l'entrée en sixième, il échappe au renvoi après avoir mis le feu à une effigie de Louis-Napoléon Bonaparte dans la cour du petit séminaire, en pleine nuit, pour impressionner ses camarades. Souvent absent pour faire soigner son œil, il manque des compositions générales et ses résultats déclinent, ce qui le contraint au redoublement. Il obtient cependant d'excellents résultats lors de sa deuxième année de sixième et ce dans toutes les matières.

À la rentrée d'octobre 1851, Léon Gambetta poursuit ses études au lycée de Cahors où il est directement admis en classe de quatrième. Lors de ses deux premières années au sein de cet établissement, il n'est guère studieux et ses résultats sont plutôt moyens. Il se distingue en revanche par l'ascendant qu'il prend sur ses camarades, en véritable meneur. Sous l'impulsion de son professeur de lettres, ses résultats s'améliorent à partir de la seconde. Il se passionne pour la littérature française, l'histoire ou le grec ancien, et apprend par cœur plusieurs discours de Démosthène. Il reçoit de nombreux prix et obtient sans difficulté la première partie de son baccalauréat en 1855 puis, l'année suivante, il décroche un premier accessit de dissertation française au concours général des cinq lycées de l'académie de Toulouse, et son titre de bachelier ès lettres. Pendant l'été 1856, Léon Gambetta voyage avec son père en Italie pour y découvrir le pays de ses ancêtres. Il y rencontre notamment pour la première fois sa grand-mère maternelle. Refusant de reprendre le commerce familial, il finit par convaincre son père de le laisser s'inscrire à la faculté de droit de Paris en janvier 1857. 

Étudiant en droit à Paris (1857-1861)

À Paris, Léon Gambetta mène une existence relativement pauvre car son père, qui lui reproche de vouloir faire carrière autrement que dans le commerce et l'accuse de mener une vie dissolue, ne lui octroie qu'une faible pension. Mal nourri et mal logé, le jeune homme réussit néanmoins ses examens. Il obtient sa licence en janvier 1860, quelques mois après avoir acquis la nationalité française en octobre 1859. Pendant ses études, Gambetta fréquente régulièrement les cafés du Quartier latin, hauts lieux de socialisation, comme le café Voltaire ou le café Procope. Il s'y distingue par ses talents d'orateur et sa voix forte qui impressionne ses interlocuteurs. En 1860, il publie un premier article non signé sur la question italienne dans L'Opinion nationale, un journal de tendance républicaine.

En mai 1860, il est exempté du service militaire en conseil de révision à cause de son œil aveugle. Alors que son père, qui le présente dans une de ses lettres comme un « orateur d'estaminet », le presse de rentrer à Cahors, Léon Gambetta peut compter sur l'appui de plusieurs membres de sa famille. Un compromis est trouvé : sa tante est envoyée à ses côtés pour tenir son foyer et le surveiller. Il emménage avec elle dans un appartement de quatre pièces de la rue Vavin et sa situation matérielle s'améliore. Faute de pouvoir s'établir comme avocat, il s'inscrit en doctorat pour devenir professeur. Il échoue cependant à son examen de droit romain. 

Parcours professionnelle

En mai 1861, Léon Gambetta est engagé comme secrétaire par maître de Jouy, l'un des meilleurs avocats de Paris. Au début du mois de juin, il prête serment et fait son entrée au barreau de Paris, présenté par le bâtonnier Jules Favre qui est également le chef de l'opposition républicaine au régime impérial. Gambetta plaide au conseil de guerre mais également dans des affaires civiles ou des affaires pénales. Il obtient plusieurs acquittements et se voit alors admis à la célèbre Conférence Molé où il rencontre des hommes d'affaires et des personnalités politiques comme les députés républicains Ernest Picard et Émile Ollivier. Toujours passionné de politique, Gambetta assiste aux débats du Corps législatif et en juillet 1861, il écrit une « adresse à la jeunesse de France et d'Italie » après la mort de Camillo Cavour. Cette lettre, qui encourage les Italiens à se rapprocher du roi Victor-Emmanuel II pour parachever l'unité italienne, reçoit un accueil favorable dans l'opinion publique. En juillet 1862, Léon Gambetta livre une plaidoirie remarquée lors du procès dit des « cinquante-quatre », une affaire de complot présumé visant à enlever l'empereur Napoléon III dans laquelle plaident des figures républicaines du barreau comme Adolphe Crémieux, Emmanuel Arago, Jules Ferry ou Charles Floquet et de plus jeunes avocats comme Eugène Spuller et Clément Laurier. Gambetta défend l'un des accusés, Louis Buette, un jeune ouvrier républicain, en dénonçant la police, ses agents et leurs méthodes. Cette prestation remarquée lui vaut de rejoindre le cabinet d'Adolphe Crémieux au mois d'octobre suivant en tant que secrétaire.

En avril 1863, Léon Gambetta emménage avec sa tante dans un appartement au no 45 de la rue Bonaparte. À la même époque, il s'engage activement dans la campagne des élections législatives et intègre le comité chargé de désigner les candidats de l'opposition. Bien que républicain, il soutient la candidature de l'orléaniste Lucien-Anatole Prévost-Paradol dans la sixième circonscription de la Seine, qui est finalement battu. Ces élections sont cependant un succès pour l'opposition qui triple son score en nombre de voix par rapport au dernier scrutin et obtient 32 sièges contre 7 dans la précédente législature. Léon Gambetta poursuit son activité professionnelle et, bien qu'il soit reconnu comme un bon avocat et qu'il remporte de nombreuses affaires, ses revenus sont modestes. Sa véritable passion demeure la politique et il continue de fréquenter les couloirs du Corps législatif où les députés républicains le traitent presque en collègue. Il fait cependant preuve d'ouverture et de pragmatisme quand il approuve le discours de l'orléaniste Adolphe Thiers sur les « libertés nécessaires ». Gambetta envisage lui aussi de faire carrière en politique et se constitue peu à peu un groupe d'amis pour l'accompagner dans ce projet, parmi lesquels Eugène Spuller, avocat comme lui, Arthur Ranc, ancien déporté, François Allain-Targé qui l'introduit dans les milieux mondains, et Paul Challemel-Lacour, fondateur de La Revue politique et littéraire, qui lui ouvre les colonnes de son journal.

Gambetta y publie des articles à partir de juin 1868, notamment sur le libre-échange, le général Grant ou la gestion financière du baron Haussmann pour les travaux de Paris. Il fréquente également le salon politico-littéraire de Juliette Adam et voyage à l'étranger pour parfaire ses relations : durant l'été 1868, il rend visite en Roumanie au prince Georges III Bibesco, muni d'une lettre de recommandation de Thiers. En novembre 1868, le procès de « l'affaire Baudin » le fait connaître au grand public. Il y défend Charles Delescluze, journaliste républicain inculpé pour avoir ouvert, avec trois autres personnalités, une souscription publique afin d'ériger un monument à la mémoire d'Alphonse Baudin, député de la Deuxième République mort le 3 décembre 1851 sur les barricades en s'opposant au coup d'État de Napoléon III. Gambetta, qui s'exprime en dernier, prononce une plaidoirie virulente contre les fondements de l'Empire. Il dénonce fermement les emprisonnements et les déportations qui ont suivi le coup d'État et défend la mémoire de ceux qui l'ont payé de leur vie : « Cet anniversaire […] nous le prenons pour nous : nous le fêterons toujours, incessamment, chaque année ce sera l’anniversaire de nos morts, jusqu’au jour où le pays redevenu le maître vous imposera la grande expiation nationale au nom de la liberté, de l’égalité, de la fraternité ». Avant de se rasseoir, il conclut : « Vous pouvez nous frapper, mais vous ne pourrez jamais ni nous déshonorer ni nous abattre ». Ce plaidoyer vibrant soulève l'enthousiasme de l'auditoire et connaît un certain retentissement dans l'ensemble du pays après sa reproduction en plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires. Delescluze est condamné à six mois de prison et 2 000 francs d'amende, mais l'impact politique du discours érige Gambetta en espoir du parti républicain. 

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Gambetta Léon
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Parcours politique

Député républicain (1869-1870)

Au terme du procès de l'affaire Baudin en 1868, Léon Gambetta incarne l'aile radicale chez les républicains et sa popularité grandissante en fait l'un de leurs principaux candidats pour les élections législatives de 1869. La loi autorisant les candidatures multiples, il décide de se présenter dans la première circonscription de la Seine dont le centre est le quartier populaire de Belleville, ainsi qu'à Marseille. Dans cette circonscription laissée vacante par le décès du député légitimiste Pierre-Antoine Berryer quelques mois plus tôt, il doit affronter le candidat impérial Ferdinand de Lesseps, créateur du canal de Suez, et l'orléaniste Adolphe Thiers. À Belleville, il est opposé à l'ancien ministre de l'Instruction publique et des cultes, Hippolyte Carnot. Il énonce son programme électoral, connu sous le nom de « programme de Belleville », lors d'un discours à Paris dont le texte est ensuite publié dans le journal L'Avenir national le 15 mai 1869.

Parmi les thèmes exposés dans ce texte qui servira de cadre aux républicains pendant de longues années figurent l'application stricte du suffrage universel, la garantie des libertés individuelles et l'extension des libertés publiques, en particulier la liberté de réunion, de presse et d'association, la séparation des Églises et de l'État, l'instruction primaire gratuite et obligatoire, mais également le mandat impératif imposé à l'élu, l'élection des fonctionnaires et la suppression des armées permanentes. Le 24 mai, Léon Gambetta est élu à Paris par 21 734 voix contre 9 142 à Carnot. À Marseille, il arrive en tête du premier tour devant Lesseps et Thiers et, ce dernier se retirant à son profit, il est finalement élu au second tour par 12 868 voix contre 5 066 à Lesseps.

Vainqueur dans deux circonscriptions, Gambetta choisit de représenter la préfecture des Bouches-du-Rhône et laisse vacant son siège de Belleville, qui sera pourvu plus tard par Henri Rochefort. Ces élections législatives marquent une forte progression des oppositions en nombre de voix, mais également en sièges. Les républicains en remportent 30, soit 13 de plus que lors de la précédente législature. Les orléanistes et les légitimistes comptent 41 sièges tandis que les bonapartistes recueillent 212 sièges dont seulement 92 aux partisans d'un régime autoritaire et 120 aux membres du « tiers parti » d'Émile Ollivier, favorables à l'évolution libérale du régime. À la même époque, en mai 1869, Léon Gambetta est initié franc-maçon à la loge « La Réforme » à « l'Orient » de Marseille, à laquelle appartiennent également Gustave Naquet et Maurice Rouvier. 

Après une campagne électorale éreintante, la santé de Léon Gambetta se dégrade brutalement. Sur les conseils du docteur Fieuzal, il séjourne dans la station thermale rhénane d'Ems puis au bord du Léman, en Suisse. Il regagne Paris à la fin du mois d'octobre et s'installe avec sa tante au no 12 de l'avenue Montaigne. Ses premiers pas au Corps législatif sont remarqués. Le 10 janvier 1870, lors d'un échange avec le ministre de la Guerre Edmond Le Bœuf, il prône l'instauration d'un régime républicain et déclare : « Vous n'êtes qu'un pont entre la République de 1848 et la République à venir, et nous passerons le pont ! » À la Chambre, il s'oppose régulièrement à Émile Ollivier, l'ancien républicain rallié au régime nommé chef du gouvernement.

Son discours critique du 5 avril contre le sénatus-consulte fixant la Constitution de l'Empire, soumis au plébiscite, trouve un large écho parmi les opposants du régime. Ses talents d'orateur sont unanimement salués par la presse et en quelques mois seulement, Léon Gambetta s'impose comme le chef du parti républicain. Il fait campagne en faveur du non au plébiscite du 8 mai mais le oui l'emporte largement avec 7 358 000 voix sur près de 11 millions d'inscrits, l'abstention dépassant même le nombre de voix en faveur du non. Gambetta reconnaît la défaite et déclare que l'Empire paraît alors plus fort que jamais. La guerre contre la Prusse précipite pourtant sa chute moins de quatre mois plus tard. 

Proclamation de la Troisième République (1870)

Dans un contexte de tensions diplomatiques avec la Prusse ravivées par la candidature du prince Léopold de Hohenzollern au trône d'Espagne, le gouvernement impérial exige des garanties sur l'avenir de la part du roi Guillaume Ier. Le chancelier Otto von Bismarck, pour qui la guerre contre la France apparaît comme un moyen de parachever l'unification allemande, met de l'huile sur le feu en faisant transcrire dans la dépêche d'Ems une version dédaigneuse de la réponse formulée par le roi à l'ambassadeur de France. L'opinion publique s'enflamme et le Corps législatif, dans sa grande majorité, se montre favorable à la déclaration de guerre. Parmi les rares voix discordantes figure celle de Léon Gambetta qui, à la tribune, condamne le refus du gouvernement de produire les documents témoignant de sa bonne foi quand il affirme que le pays a été outragé. Par instinct patriotique, il se décide pourtant à voter les crédits de guerre le 15 juillet 1870, la déclaration intervenant quatre jours tard. Dans une lettre adressée à son ami Clément Laurier, Léon Gambetta affiche d'ailleurs sa confiance et la conviction que le pays sortira vainqueur du conflit.

L'armée française connaît cependant une véritable déroute. Après la démission d'Émile Ollivier le 9 août, Léon Gambetta s'exprime plusieurs fois devant le Corps législatif pour demander la nomination d'un comité de défense et pose la question de la déchéance de l'empereur, du moins de sa suspension : « Il faut savoir si, ici, nous avons fait notre choix entre le salut de la patrie et le salut de la dynastie ». Quand la nouvelle de la capitulation de l'empereur après la défaite de Sedan parvient à Paris le 3 septembre, Léon Gambetta fait partie d'un groupe de républicains qui tentent de convaincre Adolphe Thiers de prendre la tête d'un gouvernement d'union et de défense. Le soir même, alors que de nombreux Parisiens se rassemblent devant les grilles du palais Bourbon, où siège le Corps législatif, il tente de rassurer la foule pour prévenir tout risque d'émeute. Les députés républicains maintiennent leur doctrine qui consiste à prendre le pouvoir par les urnes, de façon démocratique, et ne veulent pas encore d'une révolution qui discréditerait la république. Mais dans l'après-midi du 4 septembre, la foule envahit le palais Bourbon pendant la séance du Corps législatif.

Gambetta, qui veut garder le contrôle de la situation, fait preuve d'opportunisme. À la tribune, il annonce la chute de l'Empire : « Citoyens, attendu que tout le temps nécessaire a été donné à la représentation nationale pour prononcer la déchéance ; attendu que nous sommes et que nous constituons le pouvoir régulier issu du suffrage universel libre, nous déclarons que Louis-Napoléon Bonaparte et sa dynastie ont à jamais cessé de régner sur la France ». Il prend alors avec Jules Favre la tête du cortège qui se dirige vers l'hôtel de ville pour y proclamer la République. En agissant de la sorte, Favre et Gambetta veulent devancer les militants d'extrême gauche comme Auguste Blanqui, Jean-Baptiste Millière, Charles Delescluze ou Gustave Flourens qui pourraient profiter des circonstances pour renverser l'ordre social. Sans en être les déclencheurs, les députés républicains choisissent en fait de prendre la tête du mouvement révolutionnaire pour tenter de l'endiguer.

Gouvernement de la Défense nationale (1870-1871)
Entrée en fonction et délégation de Tours

Les députés républicains s'emparent du pouvoir et décident la création d'un gouvernement de la Défense nationale sous la présidence du général Trochu, gouverneur militaire de la capitale. Ce cabinet autoproclamé d'une dizaine de membres compte principalement des députés parisiens. Malgré la protestation d'Ernest Picard, Léon Gambetta s'arroge le ministère de l'Intérieur. La première mission du nouveau gouvernement consiste à mobiliser tous les hommes en âge de se battre pour reconstituer les troupes françaises décimées par la défaite de Sedan et l'encerclement dans Metz de l'armée du Rhin. Les troupes prussiennes poursuivent leur progression et la capitale est assiégée dès la mi-septembre. Alors que le pays est envahi, Léon Gambetta, déterminé à organiser la résistance, cherche à s'appuyer sur des hommes de confiance. Il choisit de révoquer les préfets impériaux et nomme à leur place des militants républicains, avocats ou journalistes parfois sans expérience pour de tels postes.

En une dizaine de jours, 80 préfets sont nommés. À Lyon notamment, où des militants avaient proclamé la république et hissé le drapeau rouge sur l'hôtel de ville dès le matin du 4 septembre, il désigne son ami Paul Challemel-Lacour, professeur agrégé de philosophie dont il compte sur l'autorité morale pour rétablir l'ordre et apaiser une situation proche de l'insurrection. Soucieux de légitimer sa formation tant aux yeux de la population que des puissances étrangères, le gouvernement envisage d'organiser des élections législatives mais l'avance des troupes prussiennes condamne le projet. Devant la menace du siège de Paris, Adolphe Crémieux est envoyé à Tours le 9 septembre pour y représenter le gouvernement et associer la province à la résistance. Il est rejoint six jours plus tard par deux autres ministres, l'amiral Fourichon et Alexandre Glais-Bizoin. La délégation gouvernementale commence la réorganisation de l'armée et de l'artillerie mais son action est insuffisante, d'autant plus que le 27 septembre, les Prussiens coupent le câble télégraphique installé dans le lit de la Seine, interrompant de fait les communications entre Paris et la province.

Le gouvernement choisit d'envoyer un nouveau représentant à Tours avec des pouvoirs élargis et une voix prépondérante au sein de la délégation en cas de partage des voix. Léon Gambetta est désigné. Il n'y a alors aucun autre moyen pour quitter la ville que le ballon monté. Le 7 octobre, accompagné de son secrétaire Eugène Spuller, Gambetta embarque sur l'Armand-Barbès piloté par Alexandre Trichet. Le ballon décolle en fin de matinée de la place Saint-Pierre et malgré la menace des tirs prussiens, finit par s'éloigner de la capitale pour se poser vers 15 h dans le bois de Favières, sur la commune d'Épineuse dans le département de l'Oise. Le maire de la commune conduit les voyageurs jusqu'à Montdidier, dans la Somme, d'où ils gagnent Amiens puis Rouen par le train. Gambetta parvient à Tours le 9 octobre, où il reçoit un accueil triomphal. 

Organisation de l'armée

Dès le 9 octobre, dans une proclamation aux départements, Léon Gambetta exhorte la population à prendre les armes contre les Prussiens. Ces propos reçoivent un accueil favorable, y compris dans les milieux monarchistes dont il exalte le sentiment patriotique. De fait, Gambetta s'approprie la fonction de ministre de la Guerre, qu'il cumule avec le ministère de l'Intérieur, et s'entoure d'hommes de confiance en désignant notamment Charles de Freycinet comme délégué du ministre auprès du département de la Guerre. Gambetta et Freycinet procèdent au recrutement de 200 000 hommes dont ils assurent l'équipement et la nourriture, engagent un effort matériel avec un nouvel approvisionnement en armes et en munitions, mettent en place un service de reconnaissance et d'information, ainsi qu'un corps de génie civil. Onze camps sont également créés pour assurer la formation des nouvelles recrues. L'action de Gambetta est alors largement reconnue, comme le souligne le futur président de la République Paul Deschanel : « Gambetta rendit à la nation confiance en elle-même. Sa chaude et virile éloquence, sa foi enthousiaste, remuaient les cœurs […]. La France sentit qu’elle avait un chef, elle se reprit à espérer. Il lui apportait l’énergie et le rayon de la jeunesse. Il croyait, lui, alors que tant d’autres ne croyaient pas. Il animait tout de sa flamme ».

Après la reddition du maréchal Bazaine à Metz, qui permet aux Prussiens de concentrer de nouvelles troupes vers l'ouest, le gouvernement veut briser au plus vite le siège de Paris. Malgré le succès de l'armée de la Loire conduite par le général Aurelle de Paladines à Coulmiers le 9 novembre, les opérations militaires tournent de nouveau à l'avantage des Prussiens et le choix des troupes françaises de concentrer leurs efforts sur la capitale apparaît finalement comme une erreur stratégique. Les désaccords entre Gambetta et Aurelle de Pradines entraînent la destitution de ce dernier et la nomination du général Chanzy à la tête des armées, mais les efforts déployés par le ministre et ses collaborateurs ne suffisent pas à contrer la supériorité numérique et matérielle de l'ennemi. 

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Gambetta Léon
Repli à Bordeaux et démission

Devant l'avancée de l'armée prussienne et la perte d'Orléans, la délégation doit quitter Tours et s'installe à Bordeaux le 9 décembre 1870. Gambetta la rejoint deux jours plus tard mais, gardant espoir en une victoire française, il multiplie les déplacements pour réorganiser les armées, notamment à Bourges, Lyon, Laval mais également Lille, où il se rend par la mer. Les efforts de l'armée du Nord et de l'armée de l'Est ne permettent cependant pas de rompre le siège de la capitale, où les Parisiens meurent de froid et de faim. L'optimisme de Gambetta se heurte à l'aspiration à la paix devenue majoritaire dans la plupart des régions.

Paris étant à court de vivres et bombardé depuis le 5 janvier, Jules Favre signe, pour le gouvernement provisoire, un armistice de vingt-et-un jours le 28 janvier. Gambetta s'élève contre les conditions imposées par le chancelier Bismarck, notamment l'abandon d'une partie du territoire. Il adresse un courrier au gouvernement à Paris : « Capituler comme gouvernement, vous ne le pouvez ni en droit ni en fait. Poursuivre la guerre jusqu’à l’affranchissement […] telle doit être notre tâche ». Quand la nouvelle de l'armistice parvient à Bordeaux le 29 janvier, Gambetta, furieux et découragé, écrit une lettre de démission à Adolphe Crémieux qui lui annonce l'arrivée de Jules Simon en tant qu'émissaire du gouvernement.

Entre-temps, le 31 janvier, Gambetta prévoit l'organisation des élections législatives et décrète l'inéligibilité des anciens ministres, sénateurs, conseillers d'État, préfets et candidats officiels de l'Empire, ce qui provoque la colère de Bismarck qui menace le gouvernement de rompre l'armistice. Le 1er février, Jules Simon arrive à Bordeaux pour mettre fin aux fonctions de Gambetta et, si besoin, l'arrêter. Ce dernier compte encore sur le soutien des membres de la délégation et de nombreux préfets. Les autorités lyonnaises lui proposent de s'y installer pour mener la résistance mais l'armée est divisée : le vice-amiral Jauréguiberry veut poursuivre la guerre tandis que les généraux Chanzy et Faidherbe se prononcent en faveur de la paix.

Le 5 février, une manifestation menée par l'extrême gauche se tient devant la préfecture de Bordeaux pour soutenir Gambetta, qui ne veut cependant pas d'une guerre civile qui emporterait la République. Le lendemain, trois autres membres du gouvernement arrivent à Bordeaux pour appuyer Simon, à savoir Eugène Pelletan, Emmanuel Arago et Louis-Antoine Garnier-Pagès. Gambetta préfère démissionner ce 6 février 1871 et l'annonce aux préfets : « Ma conscience me fait un devoir de résilier mes pouvoirs de membre d'un gouvernement avec lequel je ne suis plus en communion d'idées ni d'espérances ». 

Combat pour l'affermissement de la Troisième République (1871-1879)
Opposition et rapprochement avec Thiers

Les élections législatives se déroulent le 8 février 1871. Candidat dans plusieurs circonscriptions, Léon Gambetta est élu dans dix départements et choisit de représenter le Bas-Rhin par patriotisme. Ce scrutin montre qu'il conserve une certaine influence en particulier dans les grandes villes et les régions de l'Est, mais le grand vainqueur est Adolphe Thiers, élu dans vingt-six départements et qui devient le chef du pouvoir exécutif au sein d'une Assemblée nationale largement dominée par les monarchistes. Léon Gambetta s'associe à la protestation des élus alsaciens et lorrains qui s'insurgent de la cession de ce territoire à l'Empire allemand. Le 28 février, les préliminaires de paix sont pourtant adoptés par 546 voix contre 107, et 23 abstentions. Le 1er mars, l'ensemble des députés alsaciens-lorrains démissionnent après la lecture par Jules Grosjean d'une nouvelle proclamation qu'ils ont signée. Par solidarité, des députés de la Gauche radicale démissionnent à leur tour, parmi lesquels Arthur Ranc, Henri Rochefort et Victor Hugo. 

Fatigué physiquement et moralement, Léon Gambetta se retire à Saint-Sébastien, en Espagne, et c'est de là qu'il assiste en spectateur aux événements de la Commune de Paris. Son ami Eugène Spuller le convainc d'effectuer son retour en politique. Candidat aux élections partielles du 2 juillet 1871, il est élu dans les départements du Var, des Bouches-du-Rhône et de la Seine, et choisit de représenter cette dernière circonscription, celle du quartier de Belleville où il était élu sous l'Empire. Les premiers discours de Gambetta étonnent par leur modération qui contraste avec la « guerre à outrance » qu'il entendait mener quelques mois plus tôt. Il prône désormais l'union des républicains et fait de l'accomplissement de ce régime un idéal qui doit être atteint sans violence. Gambetta est isolé à l'Assemblée : il prend la tête de l'Union républicaine, un groupe parlementaire d'une trentaine de membres, tandis que les « quatre Jules », Ferry, Favre, Simon et Grévy, fondent la Gauche républicaine.

Ce dernier est particulièrement virulent à l'égard de Gambetta et leur inimitié est largement reconnue. Toutefois, ces groupes parlementaires ne sont pas encore de véritables partis politiques : non organisés, ils ne s'appuient pas sur des réseaux de militants et ne dispensent pas de véritables consignes de vote, mais leur existence témoigne d'une grande pluralité d'opinions et de la présence de certaines lignes de fracture parmi les républicains. Léon Gambetta, conscient du faible poids qu'il représente, intervient peu dans l'hémicycle. Il prône cependant la dissolution de cette Assemblée à coloration monarchiste, élue pour mettre un terme à la guerre, et milite en vain pour l'élection d'une véritable Assemblée constituante. Alors que les républicains ne cessent de gagner des sièges lors des élections législatives partielles et que les monarchistes sont toujours divisés entre orléanistes et légitimistes, le président Adolphe Thiers se rapproche de la gauche et se prononce ouvertement en faveur d'une république conservatrice, quoique le pacte de Bordeaux prévoyait qu'il ne prenne pas position sur le futur régime. Gambetta le soutient à plusieurs reprises mais les deux hommes, malgré la convergence de leurs intérêts, continuent de s'opposer.

Thiers condamne ainsi le discours dans lequel le député évoque l'avènement d'une couche sociale nouvelle et engagée en politique, ce que certains, principalement les conservateurs, considèrent comme l'annonce d'une révolution sociale. Albert de Broglie, qui prend la tête de la droite conservatrice, assimile l'appel aux couches nouvelles de Gambetta à la Commune et souhaite que Thiers le condamne explicitement, de manière à séparer le président de la République de la gauche. Lors de l'élection législative partielle du 27 avril 1873, Gambetta soutient à Paris la candidature radicale de l'ancien maire de Lyon, Désiré Barodet, face au candidat soutenu par Thiers et les républicains conservateurs, Charles de Rémusat. Gambetta s'implique personnellement dans la campagne, rédige la profession de foi du candidat, et multiplie les réunions. Son discours séduit à la fois l'extrême gauche et les républicains modérés, et permet à Barodet d'emporter une nette victoire. Ce succès de l'union des gauches inquiète la droite qui souhaite contenir la montée du radicalisme en se débarrassant de Thiers : mis en minorité malgré le soutien de la gauche et de Gambetta, le président de la République démissionne et Patrice de Mac Mahon est élu. La chute de Thiers marque le retour du clivage gauche-droite à l'Assemblée nationale et Gambetta retrouve dès lors son statut de chef de file de l'opposition.

Le « commis voyageur de la République »

Dans les premières années de la Troisième République, Léon Gambetta s'efforce d'étendre son influence et de répandre plus largement ses convictions dans la société française. Le 7 novembre 1871, il fonde avec quelques amis le journal La République française, un quotidien qui cherche à concurrencer le Journal des débats, plus libéral. Gambetta n'en est pas le principal rédacteur mais bien l'animateur : il décide du contenu du journal, commande des articles et suggère des modifications aux membres de son équipe qui constituent peu à peu « un contre-gouvernement, un cabinet fantôme de l'opposition, à la britannique », selon l'expression de son biographe Gérard Unger. Tiré à 15 000 exemplaires, La République française rencontre un certain succès et ses articles sont repris par des journaux républicains locaux, ce qui leur assure une plus grande diffusion.

La presse n'est pas le seul instrument utilisé par Gambetta : il s'appuie notamment sur les loges maçonniques, étant membre lui-même de la loge marseillaise « La Réforme », sur la Ligue de l'enseignement dont il est également membre et qui partage son idéal d'éducation laïque et nationale, et sur les salons qu'il fréquente régulièrement, en particulier celui de Juliette Adam. La présence de hauts gradés républicains dans l'armée, comme les généraux Chanzy, Faidherbe ou le colonel Denfert-Rochereau, lui vaut la sympathie de ceux qui admirent son patriotisme, tandis qu'il se lie d'amitié avec de grands financiers et industriels comme Emmanuel-Vincent Dubochet. En s'appuyant sur ses talents d'orateur, Léon Gambetta choisit de s'adresser directement aux Français. Il sillonne le pays pour rencontrer les électeurs, assiste aux banquets, multiplie les discours dans lesquels il affirme sa doctrine, et devient alors le « commis voyageur de la République ». 

Combat contre les monarchistes

Dès son arrivée au pouvoir, le président Patrice de Mac Mahon entend poursuivre « l'œuvre de la libération du territoire et le rétablissement de l'ordre moral ». Léon Gambetta rédige un appel des représentants républicains à la nation, signé par 128 élus de l'Assemblée, dans lequel il exhorte son camp à ne pas céder à la tentation révolutionnaire pour ne pas assimiler la République à l'anarchie. Face au risque de rétablissement monarchique, il cherche l'union de tous les républicains et se rapproche de nouveau d'Adolphe Thiers et de ses partisans, tout en continuant de militer pour la dissolution de l'Assemblée. Considéré comme la « bête noire » du gouvernement, Gambetta sait parfois se mettre en retrait pour servir les intérêts de tous les opposants à la politique réactionnaire du gouvernement de Broglie.

Il fait également échouer le projet de loi qui vise à rehausser l'âge de la majorité électorale à 25 ans et à exiger trois ans de résidence pour les électeurs non nés dans une commune, une loi qui serait ainsi défavorable aux républicains en raison de la grande mobilité d'une partie de leur électorat. L'élection d'un candidat bonapartiste, le baron de Bourgoing, face au député radical sortant lors d'une élection partielle dans la Nièvre le 24 mai 1874 démontre la persistance du camp impérial et de son influence au sein de l'opinion. Ancien président du Sénat, le député de Corse Eugène Rouher conduit une propagande active avec son groupe l'Appel au peuple à l'Assemblée. En plus de son combat contre les monarchistes, Léon Gambetta poursuit de sa vindicte les représentants d'un « régime détesté et corrupteur », ce qui lui vaut d'être frappé au visage le 11 juin par un ancien officier de la garde impériale, Henri de Sainte-Croix. 

Inquiet des tentatives de restauration monarchique comme de la poussée des bonapartistes, Léon Gambetta fait preuve de pragmatisme et engage l'ensemble des groupes de la gauche républicaine à accepter un compromis. L'union des républicains, du centre gauche et du centre droit aboutit aux votes des lois constitutionnelles en janvier et février 1875. Les républicains cèdent sur les pouvoirs du président de la République et le principe du bicamérisme, en acceptant la création du Sénat, mais ils obtiennent la réduction du nombre de sénateurs inamovibles et l'élection de ses autres membres au scrutin indirect par un collège électoral départemental. Le 16 juillet, le vote de la loi sur les rapports entre les pouvoirs publics, qui prévoit les sessions des Chambres et leurs relations avec le président de la République, achève l'organisation du nouveau régime. Tout au long de ce travail parlementaire, Léon Gambetta s'emploie à convaincre les réticents et agit « en négociateur avisé, en diplomate clairvoyant ».

À ses amis qui lui reprochent d'avoir renoncé à certains des idéaux républicains, il affirme : « Quels que soient les défauts ou les mérites de la Constitution, il faut la consolider et non l'ébranler. C'est une œuvre de paix et de conciliation, qui a été pour les républicains une occasion brillante de montrer leur union apparente. Nous avons bien fait de rompre un instant avec les intransigeants. […] Notre nouvelle née est une œuvre de conciliation, par conséquent de patriotisme. Le pays voit enfin se réaliser ce rapprochement tant désiré qui, s’il s’était opéré il y a soixante, quarante ou seulement trente ans, aurait achevé le cycle de la Révolution française ». Comme à son habitude, Léon Gambetta s'engage fermement dans les combats électoraux en multipliant les déplacements et les discours, qu'il s'agisse des élections sénatoriales ou législatives. En décembre 1875, il profite des désaccords entre le centre droit et le centre gauche pour faire élire 57 républicains parmi les 75 sénateurs inamovibles.

Au mois de janvier suivant, 92 républicains sont élus sénateurs, ce qui porte leur total à 149 membres sur les 300 que compte le Sénat. C'est un succès incontestable pour le camp républicain tant celui-ci redoutait que la chambre haute ne devienne un bastion conservateur. Dans les jours qui précèdent les élections législatives des 20 février et 5 mars 1876, organisées pour élire la Chambre des députés en application des lois constitutionnelles, Gambetta ne ménage pas sa santé. Candidat dans cinq circonscriptions, il sillonne la France et dort fréquemment dans les trains de nuit. Élu dès le premier tour à Lille, Bordeaux, Marseille et Paris, et battu seulement à Avignon, il choisit une nouvelle fois de représenter la circonscription de Belleville. La victoire des républicains est totale, ceux-ci remportant les deux tiers des sièges avec 360 élus dont une centaine de membre de l'Union républicaine de Gambetta. 

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Gambetta dans le salon de Juliette Adam en 1869. Dessin de Jean Béraud

Gambetta dans le salon de Juliette Adam en 1869. Dessin de Jean Béraud

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République opportuniste

Au lendemain des élections, Gambetta devient le principal leader de l'opposition mais il suscite encore la méfiance des autres chefs républicains, comme le souligne l'historien Daniel Halévy : « Gambetta avait bien travaillé au succès commun et on l’en félicitait, mais on n’était pas pressé de travailler au sien ». Il accède cependant à la présidence de l'importante commission du budget à l'Assemblée. À sa tête, il propose notamment d'introduire l'impôt sur le revenu, un projet adopté par la commission mais qui n'est jamais discuté en session plénière car de nombreux députés s'opposent à ce projet, en particulier le ministre des Finances Léon Say.

L'unité républicaine est alors loin d'être acquise et Gambetta reçoit des critiques de toutes parts. Sur sa gauche, Alfred Naquet, Louis Blanc et Madier de Montjau mènent un groupe de radicaux intransigeants qui ne reconnaît plus son autorité et conteste sa position sur l'amnistie partielle des communards. Ce groupe — qu'il qualifie en privé de « ligue du mal public » — réclame une amnistie complète, tout comme la fermeture de l'ambassade de France auprès du Vatican et la révision des lois constitutionnelles de 1875. Sur sa droite, Gambetta est aux prises avec la Gauche républicaine de Jules Ferry au sujet de l'organisation des élections municipales de 1877, ce dernier acceptant un compromis que Gambetta rejette et qui permet au président de la République de pouvoir nommer un plus grand nombre de maires. 

En parallèle, Léon Gambetta développe ses activités de presse afin d'élargir son lectorat. Il accepte l'idée d'Alphonse Péphau de créer La Petite République, un journal lié à La République française et vendu bon marché (seulement 5 centimes contre 15), ce qui permet de toucher des lecteurs plus modestes. Péphau organise l'achat d'un hôtel particulier au no 53 de la rue de la Chaussée-d'Antin pour y réunir les deux titres et loger Gambetta. Ce dernier prend d'ailleurs rapidement la direction de La Petite République après l'éviction de Péphau pour sa mauvaise gestion financière de l'entreprise. Après la démission du cabinet Dufaure en décembre 1876, Léon Gambetta espère être nommé président du Conseil mais le maréchal de Mac Mahon, président de la République, tout comme les autres leaders républicains, craignent son autorité et son tempérament. C'est finalement le républicain modéré Jules Simon qui est nommé, cependant que Gambetta ne cache pas son amertume : « Ce ministère est fait contre moi, je ne l'oublierai pas ». 

Crise du 16 mai 1877

Les tensions entre le président de la République et la Chambre des députés atteignent leur paroxysme en mai 1877, après l'initiative des évêques catholiques qui exhortent les pouvoirs publics à intervenir en faveur du pape qui se considère prisonnier du royaume d'Italie au Vatican. Gambetta, qui dénonce le manque de fermeté de Jules Simon, intervient le 4 mai à la Chambre et condamne les doctrines ultramontaines. Il termine son discours en reprenant la formule de son ami journaliste Alphonse Peyrat, « Le cléricalisme ? Voilà l'ennemi ! », une expression qui soulève l'enthousiasme des députés. Simon se range alors derrière le virulent ordre du jour préparé par les différents groupes parlementaires de gauche et qui est finalement voté à une large majorité : « La Chambre considérant que les manifestations ultramontaines, dont la recrudescence pourrait compromettre la sécurité intérieure et extérieure du pays, constituent une violation flagrante des droits de l'État, invite le gouvernement, pour réprimer cette agitation antipatriotique, à user des moyens légaux dont il dispose ».

La question religieuse réveille l'affrontement des blocs républicain et conservateur et le président Mac Mahon accuse Simon de subir l'influence d'une majorité qui se radicalise dans une voie anticléricale et d'être en quelque sorte l'otage de Gambetta, d'autant que le 15 mai, le président du Conseil laisse la Chambre voter l'abrogation d'une loi réprimant le délit de presse pourtant adoptée deux ans plus tôt à l'initiative de Jules Dufaure. Le 16 mai, le président de la République adresse à Jules Simon un courrier qui s'apparente à un blâme officiel et à un désaveu de sa politique, ce qui le conduit à la démission. Ce faisant, le président de la République livre une lecture dualiste de la constitution, considérant que le gouvernement est tout autant son émanation que celle de la Chambre. Il demande alors au conservateur Albert de Broglie de former le nouveau gouvernement.

Environ 300 députés de la majorité parlementaire se rassemblent le soir même au Grand Hôtel et adoptent à l'unanimité le nouvel ordre du jour proposé par Gambetta pour condamner cette nomination. Le lendemain, ce dernier s'exprime à la tribune et demande au président de la République de « rentrer dans la vérité constitutionnelle ». Le 18 mai, après l'annonce de la composition du gouvernement, le ministre de l'Intérieur Oscar Bardi de Fourtou lit aux députés le message du président qui décide la prorogation du Parlement pour un mois. Léon Gambetta propose aux républicains d'adresser un message aux Français pour protester contre cette mesure. Ce texte, en grande partie rédigé par son ami Eugène Spuller, est connu sous le nom de Manifeste des 363, en référence aux nombre de députés l'ayant signé. Le 25 juin, la dissolution de la Chambre est prononcée par le président Mac Mahon, après l'avis favorable du Sénat.

La campagne électorale qui suit est particulièrement virulente : les préfets nommés par le gouvernement mènent une répression active en fermant de nombreux débits de boissons et plusieurs loges maçonniques, en révoquant 1 743 maires et de nombreux autres élus locaux, ou en entamant de nombreuses poursuites pour délit de presse ou de librairie. En face, les républicains sont unis, des plus intransigeants aux plus modérés, et Gambetta organise un comité électoral de 18 membres qui en réunit les différentes tendances. Le 15 août, il prononce à Lille un discours dont la conclusion qui s'apparente à une forme de réquisitoire à l'encontre du gouvernement est reprise par de nombreux journaux : « Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, croyez-le bien, Messieurs, il faudra se soumettre ou se démettre ». Gambetta n'étant plus protégé par l'immunité parlementaire depuis la dissolution de la Chambre, le Conseil des ministres entame des poursuites judiciaires à son encontre. Il est jugé le 11 septembre par le tribunal correctionnel de la Seine, condamné à trois mois de prison et 2 000 francs d'amende. Sûr de sa réélection, Gambetta fait immédiatement appel de la décision, le second jugement ne pouvant avoir lieu qu'après les élections. 

La mort d'Adolphe Thiers le 3 septembre tempère l'optimisme des républicains qui avaient envisagé son retour à la présidence de la République en cas de victoire électorale et de démission du maréchal de Mac Mahon. C'est le nom de Jules Grévy qui s'y substitue, malgré les désaccords qui persistent entre ce dernier et Gambetta. Les élections législatives des 14 et 28 octobre 1877 confirment la majorité républicaine mais le succès est moins important qu'escompté. Gambetta conserve son mandat de député dans sa circonscription de Belleville. Le président refuse cependant de nommer un gouvernement issu de cette majorité et maintient le cabinet de Broglie au moins jusqu'aux élections cantonales du mois de novembre. Il envisage de rappeler Jules Dufaure, déjà plusieurs fois président du Conseil, mais les exigences de ce dernier ne conviennent pas au président de la République, qui nomme finalement le 23 novembre le légitimiste Gaëtan de Rochebouët à la tête d'un gouvernement qui ne compte aucun parlementaire. Ce nouveau cabinet est aussitôt désavoué par les députés qui votent une motion de défiance et, sous la pression, Mac Mahon accepte de nommer Dufaure à la tête d'un gouvernement républicain qui comprend plusieurs proches de Gambetta. 

République consolidée et grande popularité

L'année 1878 marque une trêve dans la vie politique du pays qui organise l'exposition universelle. Après avoir observé une période de repos, Léon Gambetta entre en campagne pour préparer les élections sénatoriales de 1879 qui pourraient aboutir à la constitution d'une majorité républicaine à la Chambre haute. Il entreprend une tournée triomphale dont le point d'orgue est son discours de Romans le 12 septembre. Cette intervention largement commentée dans la presse apparaît comme un véritable programme de gouvernement et suscite de nombreuses inquiétudes chez ses adversaires comme dans son propre camp. Léon Gambetta connaît alors une popularité sans précédent, et comme le souligne l'historien Jean Garrigues, son voyage dans la vallée du Rhône est vécu comme « un véritable sacre républicain, alors même qu'il n'occupe aucune fonction majeure ». 

Le 18 novembre 1879, alors que la Chambre examine l'invalidation de l'élection du bonapartiste Oscar Bardi de Fourtou dans sa circonscription de Ribérac, Gambetta accuse ce dernier de mensonge, une accusation retirée après la demande du président de l'Assemblée, Jules Grévy. Fourtou, offensé, charge ses témoins Alexandre Blin de Bourdon et Robert Mitchell d'exiger de Gambetta une rétractation ou une réparation par les armes. À son tour, le député parisien charge ses témoins François Allain-Targé et Georges Clemenceau de maintenir ses propos. Pour régler ce différend, un duel au pistolet est décidé le 21 novembre au matin, au Plessis-Piquet. Les quatre témoins s'accordent sur un tir à une seule balle et à trente-cinq pas, ce qui limite le risque de blessure. De fait, aucun des protagonistes n'est blessé, mais la popularité de Gambetta en est renforcée comme en témoigne les nombreux messages de soutien qu'il reçoit.

Le 5 janvier 1879, les républicains remportent 66 des 82 sièges à pourvoir lors des élections sénatoriales, ce qui leur permet d'obtenir la majorité de la haute assemblée désormais présidée par Louis Martel. Mac Mahon, qui ne dispose plus d'aucun soutien parlementaire, préfère démissionner le 30 janvier 1879, après avoir refusé de signer le décret retirant leur commandement à certains généraux. Jules Grévy lui succède comme président de la République, avec le soutien de tous les républicains, tandis que Gambetta est élu par 338 voix sur 407 votants à la présidence de la Chambre des députés, en remplacement de Grévy, le 31 janvier. Sa popularité inquiète certains de ses alliés qui redoutent ses ambitions personnelles. Jules Grévy, qui maintient à son égard une rancœur tenace, refuse de le nommer à la tête du gouvernement et choisit William Waddington le 4 février. 

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Léon Gambetta plaidant pour Charles Delescluze au procès de l'« affaire Baudin », le 14 novembre 1868. Gravure publiée dans le magazine britannique The Graphic le 6 janvier 1883, à l'occasion de la mort de Gambetta.

Léon Gambetta plaidant pour Charles Delescluze au procès de l'« affaire Baudin », le 14 novembre 1868. Gravure publiée dans le magazine britannique The Graphic le 6 janvier 1883, à l'occasion de la mort de Gambetta.

Présidence de la Chambre des députés (1879-1881)

Dès son arrivée à la présidence de la Chambre des députés, Léon Gambetta est critiqué pour sa gestion financière. Sous le contrôle des questeurs et du président de la Cour des comptes, il entreprend des travaux de réfection de l'Hôtel de Lassay et du Palais Bourbon pour préparer le retour des deux chambres à Paris, adopté par l'Assemblée nationale en juin 1879 et prévu pour la fin de cette même année. Par ailleurs, il organise des réceptions fastueuses, comme le 14 juillet 1879, où de nombreux militaires et des hautes personnalités de l'État sont conviés à l'Hôtel de Lassay pour célébrer en grande pompe la fête nationale. Les dépenses engagées pour cette soirée, de l'ordre de 70 000 francs, lui valent les remontrances de ses propres amis. Accaparé par ses nouvelles fonctions, Léon Gambetta délaisse ses responsabilités dans la presse : il abandonne la direction politique de La République française au profit de son ami Auguste Scheurer-Kestner et cède La Petite République à l'industriel Henri Villain. Sur le plan politique, bien qu'il ne soit pas membre du Conseil des ministres, il est régulièrement consulté sur les sujets importants. Il se montre très critique à l'égard du cabinet Waddington qu'il juge « hésitant et incohérent » et, comme d'autres membres de l'Union républicaine, lui retire son soutien, ce qui conduit le ministère à la démission sans même avoir été renversé le 21 décembre 1879.

Alors que Jules Grévy se refuse encore d'appeler Gambetta à la présidence du Conseil des ministres, c'est son ami Charles de Freycinet qui est nommé. Plusieurs de ses proches intègrent le gouvernement, comme le sénateur Jules Cazot ou Joseph Magnin, ancien membre du gouvernement de la Défense nationale, tandis que le centre gauche n'est plus représenté, ce qui renforce l'impression d'un pouvoir occulte de Gambetta qui tirerait les ficelles du jeu politique. Le 11 janvier 1880, il est réélu à la présidence de la Chambre mais avec un nombre de voix moins important que l'année précédente. Afin de contenir la poussée de l'extrême gauche aux élections, Gambetta presse le président du Conseil de rédiger une loi pour amnistier tous les communards. Le 21 juin 1880, son discours à la Chambre soulève l'enthousiasme, y compris de ses opposants. Il déclare à l'ensemble des députés : « Restez avec nous, dans cette mesure de pardon et de clémence. Il faut que vous fermiez le livre de ces dix dernières années, que vous mettiez la pierre tumulaire de l’oubli sur les crimes et les vertiges de la Commune et que vous disiez à tous […] qu’il n’y a qu’une France et qu’une République ». La loi obtient une large majorité à la Chambre mais elle est amendée par le Sénat qui veut exclure de l'amnistie les condamnés pour assassinat ou incendie. Alors que Charles de Freycinet, trop prudent en matière de politique anticléricale et prêt à négocier avec les principales congrégations, ce qui heurte certains de ses ministres, remet sa démission le 19 septembre 1880, Jules Grévy refuse une troisième fois d'appeler Gambetta à la présidence du Conseil, au profit de Jules Ferry. Toujours aussi populaire, Léon Gambetta est pourtant attaqué de toutes parts.

De nombreux journalistes condamnent son influence sur la politique du nouveau gouvernement, Raoul Frary l'accusant de pratiquer « le césarisme par influence » quand Georges Clemenceau évoque un pouvoir « extra-constitutionnel ». À l'extrême gauche, Jules Guesde dénonce les politiciens bourgeois dont il considère Gambetta comme le prototype, tandis que les monarchistes et les bonapartistes dénoncent son anticléricalisme. Par ailleurs, une brochure intitulée Gambetta c'est la guerre ! est tirée à 100 000 exemplaires. Sur le plan politique, Ferry et Gambetta partagent de nombreux combats : tous deux républicains opportunistes, ils s'accordent sur l'éducation, les libertés publiques, l'anticléricalisme et la politique coloniale. Seules quelques nuances séparent les deux hommes, la Gauche républicaine de Ferry étant plus bourgeoise que l'Union républicaine de Gambetta qui conserve un électorat populaire. L'amitié entre les deux hommes n'empêche pas une certaine rivalité, d'autant que Ferry a conscience dès ses premiers mois d'exercice d'agir dans l'ombre de Gambetta. Dans une lettre adressée à ce dernier, le nouveau président du Conseil dénonce l'attitude des députés de son camp : « Tu m’as très loyalement, très cordialement soutenu, mais pas un de tes fidèles n’a voté avec moi ». Une nouvelle fois, Gambetta conserve la présidence de la Chambre des députés, mais il obtient encore moins de voix que lors des deux précédents scrutins, ce qui marque sa perte d'influence sur une partie du centre gauche sans qu'il n'arrive à séduire la droite. Les élections législatives de 1881 sont un succès pour les républicains qui remportent 457 sièges, dont 204 élus pour l'Union républicaine de Gambetta contre 168 pour la Gauche républicaine de Jules Ferry. L'extrême gauche, menée par Georges Clemenceau et Camille Pelletan enregistre une forte progression avec 46 sièges, tandis que le centre gauche ne compte plus que 34 élus. Ce large succès cache les difficultés que rencontrent certains républicains pour se faire élire, y compris Léon Gambetta qui est chahuté dans sa circonscription de Belleville. 

« Grand ministère » (1881-1882)

Le 10 novembre 1881, Jules Ferry, usé par l'affaire tunisienne, remet à Jules Grévy la démission de son gouvernement. Le président de la République n'a d'autre choix que d'appeler Léon Gambetta à former le nouveau cabinet, tant la presse et l'opinion semblent le réclamer. Il est nommé le 14 novembre, une décision qui rassure notamment les financiers en raison de son expérience à la tête de la commission du budget de la Chambre des députés. Dans les semaines qui précèdent sa nomination, Léon Gambetta, convaincu de sa prochaine arrivée aux affaires, établit une première liste de ministres. Il souhaite rassembler tous les grands noms du régime au sein d'un « grand ministère », notamment les anciens présidents du Conseil Freycinet et Ferry, le président du Sénat Léon Say et le diplomate Paul Challemel-Lacour. Ces derniers expriment finalement leur refus, ce qui conduit Gambetta à composer un gouvernement jeune et peu expérimenté, dont la plupart des membres sont issus de l'Union républicaine. Jules Cazot et Adolphe Cochery sont maintenus respectivement à la Justice et aux Postes et Télégraphes, tandis que David Raynal est promu aux Travaux publics.

Les autres membres font leur entrée, notamment Pierre Waldeck-Rousseau à l'Intérieur, François Allain-Targé aux Finances, Paul Bert à l'Instruction publique et Maurice Rouvier au Commerce et aux Colonies. Deux ministères sont créés, avec l'Agriculture tenu par Paul Devès et les Arts par Antonin Proust. Cette dernière création est l'une des nouveautés les plus significatives dans la mesure où elle est destinée à répandre le goût de la culture et des arts dans les classes populaires, ce qui constitue la naissance d'une politique culturelle française ambitieuse et démocratique. Le nouveau président du Conseil se réserve quant à lui les Affaires étrangères, alors qu'il souhaitait dans un premier temps siéger sans portefeuille. Le gouvernement compte par ailleurs neuf sous-secrétaires d’État, dont Eugène Spuller et Félix Faure, deux proches de Gambetta. Malgré le succès à la Chambre des députés puis au Sénat du vote des crédits sur l'expédition en Tunisie, le gouvernement Gambetta rencontre des difficultés dès ses premières semaines d'exercice. L'attitude autoritaire et hautaine de Gambetta heurte de nombreux députés, tandis que la circulaire adressée par Waldeck-Rousseau aux préfets le 24 novembre pour renforcer l'autorité des fonctionnaires et les affranchir de la pression des élus est fortement critiquée par l'extrême gauche et les républicains libéraux.

Plusieurs nominations sont également dénigrées, comme celles du général Galliffet au Conseil supérieur de la Guerre, un militaire honni par l'extrême gauche pour sa participation à la répression de la Commune, ou celle de Joseph de Miribel comme chef d'état-major général, ce dernier étant soupçonné d'avoir participé à la préparation d'un coup d'État quelques années plus tôt. À la tête du gouvernement, Gambetta livre un ambitieux projet de réformes qui comprend notamment la réduction de la conscription, une loi sur les associations, la création d'institutions de prévoyance et d'assistance, la réforme des sociétés financières ou encore la laïcité de l'État. Mais après le renouvellement du tiers du Sénat qui conforte la majorité républicaine à la Haute chambre en janvier 1882, il dépose le 14 janvier un projet de réforme constitutionnelle qui prévoit une réforme limitée de la Constitution avec l'inscription du scrutin de liste, des modifications du mode d'élection du Sénat et la réduction de son pouvoir financier. La commission chargée d'examiner le projet par la Chambre des députés refuse le texte, en particulier le scrutin de liste. Nombre de députés craignent alors de voir s'installer un exécutif fort et souhaitent préserver le pouvoir de l'Assemblée. La discussion publique a lieu le 26 janvier au Palais Bourbon.

Devant les députés, Léon Gambetta défend son texte et rejette les accusations qui concerne sa prétendue volonté d'un renforcement de son pouvoir personnel : « De toutes les douleurs qu'on peut ressentir dans la politique, […] il y en a une que je ne peux subir en silence : c'est d'être constamment présenté à cette Chambre, que dis-je ? au parti républicain tout entier, comme un homme qui méditerait de se séparer ou de s'écarter de lui ». Malgré le soutien de plusieurs membres du centre gauche et des proches de Jules Ferry, le projet de Gambetta est rejeté, et c'est finalement le principe de la révision illimitée qui est adopté par la Chambre. Battu, Léon Gambetta remet le jour même sa démission au président de la République. Le bilan du cabinet Gambetta paraît bien faible dans la mesure où seules deux lois ont été adoptées définitivement pendant son exercice, l'une imposant aux directeurs et aux enseignants des écoles privées de disposer de diplômes et l'autre relative à la conservation des œuvres d'art. Pour autant, plusieurs textes que son gouvernement avait envisagés aboutissent dans les années qui suivent et ses anciens ministres se montrent très actifs à la Chambre des députés. 

Derniers mois à la Chambre des députés

De son côté, Léon Gambetta observe une période de repos et séjourne à Marseille, à Nice et dans le nord de l'Italie. De retour à Paris, il reprend la direction de La République française et intervient peu à la Chambre. Élu président de la Commission spéciale chargée de la réforme du service militaire, il ne dépose qu'un seul projet de loi en son nom, visant à instaurer un service sans exception et réduit de cinq à trois ans. Léon Gambetta se montre très critique à l'égard de son successeur à la tête du gouvernement, Charles de Freycinet, en particulier pour ses hésitations sur la question égyptienne qui aboutissent à la perte de l'influence française dans la région au profit de l'Empire britannique. Le cabinet Freycinet chute le 29 juillet 1882 après son intervention et celle de Georges Clemenceau à la Chambre lors du vote des crédits pour une expédition française. De la même manière, Gambetta dénonce la nomination du sénateur Charles Duclerc à la tête du nouveau gouvernement.

Dans une lettre adressée à son ancien chef de cabinet, il expose son pessimisme : « Nous glissons sur la pente d’une république de Sud-Amérique où le pouvoir, avili, déshonoré, discrédité, paraît une proie pour toutes les concupiscences ; le portefeuille est à l'encan, le pouvoir dans la rue, nous allons crouler dans les bas-fonds de l'envie démagogique ». La politique coloniale de la France continue de le passionner : en décembre 1882, il rédige une note qui préconise une politique ambitieuse en Indochine face à l'Empire chinois. Cependant, sa santé se dégrade rapidement. Depuis son départ de la présidence du Conseil, il apparaît vieilli et fatigué, comme le souligne le journaliste Édouard Drumont : « Quelques années avaient fait du jeune homme alerte encore et grisonnant à peine, un homme affaissé, chargé d'embonpoint, presque vieillard ». 

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Léonie Léon

Léonie Léon

Décès et obsèques

Le 27 novembre 1882, dans sa maison des Jardies, Léon Gambetta se blesse en manipulant un revolver. En voulant retirer une cartouche, le coup est tiré accidentellement et la balle pénètre dans la paume de sa main droite avant de ressortir au milieu de l'avant-bras. Il est soigné par son ami le chirurgien Odilon Lannelongue qui lui étend la main sur une planchette de bois pour éviter la rétraction des doigts et préconise une mise au lit accompagnée d'une diète. Cet incident fait naître de nombreuses polémiques dans la presse hostile à Gambetta, certains présentant l'accident comme un complot maçonnique. Dans L'Intransigeant, Henri Rochefort répand l'idée d'une vengeance intime, accusant sa compagne Léonie Léon de l'avoir abattu. D'autres journaux à sensation affirment que cette dernière est une espionne au service de l'Allemagne qui, se sachant découverte, tente de se suicider devant Gambetta qui détourne l'arme et reçoit le projectile. En septembre 1920, Léon Daudet, personnalité de l'Action française, reprend cette thèse. Le propre cousin et biographe de Gambetta, Pierre-Barthélemy Gheusi, évoque quant à lui une dispute qui aurait mal tourné entre les deux amants, au sujet d'un domestique que Gambetta voulait renvoyer. 

La blessure n'est pas suffisamment grave pour mettre en péril la vie du député et le 8 décembre, son ami le docteur Fieuzal, venu lui rendre visite, le déclare hors de danger. Il lui préconise cependant dix jours de lit supplémentaires. Son état de santé se dégrade subitement dans la nuit du 16 au 17 décembre : Gambetta éprouve alors de vives douleurs abdominales du côté droit, accompagnées d'une forte fièvre. Son médecin habituel, le docteur Siredey, diagnostique une pérityphlite, c'est-à-dire une inflammation du péritoine du cæcum qui découle probablement d'un cancer de l'intestin ou de l'estomac, et que seule une opération peut soigner. Réunis à son chevet, Lannelongue et Jean-Martin Charcot confirment ce diagnostic mais ils estiment cependant qu'une intervention chirurgicale est trop dangereuse. Le 31 décembre 1882, à 23 h 55, Léon Gambetta meurt alité, en présence de Léonie Léon et de ses amis le docteur Fieuzal, Paul Bert et Eugène Spuller.

Le 2 janvier, le Conseil des ministres décrète des obsèques nationales, pour la première fois dans l'histoire de la République. Le même jour, l'autopsie est pratiquée dans la chambre mortuaire en présence d'une quinzaine de médecins. Celle-ci est décidée pour diverses raisons. D'une part, le père et la sœur de Gambetta, tenus dans l'ignorance de la gravité de son état, ne sont pas présents lors du décès, et sa compagne n'a aucun statut légal qui lui permette de s'y opposer. Par ailleurs, Gambetta est membre depuis 1876 de la Société d'autopsie mutuelle, qui encourage le don de son corps à la science et les médecins qui prennent en charge le traitement mortuaire de son cadavre y voient une occasion de poursuivre leurs recherches. Enfin, l'autopsie apparaît comme le moyen de faire taire les hypothèses fantaisistes et malveillantes quant aux causes du décès tout en lavant l'honneur des médecins impliqués dans sa cure, accusés parfois d'incompétence.

La veille au soir, une injection de chlorure de zinc est réalisée par Jules Talrich, modeleur pour la faculté de médecine, afin d'atténuer la décomposition très rapide du corps et du visage. L'autopsie, dirigée par le docteur Paul Brouardel, spécialiste de médecine légale, confirme la cicatrisation parfaite de la blessure par balle et la mort causée par la perforation de l'appendice dont l'opération était impossible. Le rapport d'autopsie, rédigé par le chirurgien Victor André Cornil, est publié le 19 janvier suivant, complété par les résultats de la dissection de la main de Gambetta. L'autopsie s'achève par le dépeçage de son corps, chacun des participants souhaitant, sous couvert de recherche scientifique, conserver une partie de ses restes comme relique. 

L'hommage de la presse est presque unanime, y compris chez les adversaires de Gambetta, et nombreux sont les Français qui veulent se recueillir devant sa dépouille : le 3 janvier, 4 000 visiteurs se pressent aux Jardies où les scellés sont posés le soir même. Le cercueil est transporté au Palais Bourbon, dont la colonnade est recouverte d'un immense voile noir. Le catafalque, décoré par Léon Bonnat, Charles Garnier, Alexandre Falguière et Antonin Proust, est déposé dans la salle des fêtes du palais. Le 6 janvier, le char funèbre, décoré lui aussi par Garnier, rejoint le cimetière du Père-Lachaise devant près de 100 000 personnes massées sur le parcours, selon le quotidien Le Temps. Membres de la famille, proches, hommes d'État, élus de toute le France et représentants de diverses institutions accompagnent le char, pour un total d'environ 5 000 personnes.

Au cimetière, où la foule ne peut entrer, plusieurs discours sont prononcés dont celui de l'historien Henri Martin qui présente Gambetta comme le continuateur « de cette unité nationale qu'ont faite les siècles ». Le cercueil est déposé dans le caveau de la ville de Paris, devant lequel est érigé un tombeau provisoire : le père de Gambetta veut en effet que son fils soit enterré à Nice, auprès de sa mère et de sa tante. Le 13 janvier, un train spécial est affrété pour conduire le cercueil à Nice où Gambetta est inhumé le lendemain dans le caveau familial du cimetière du Château, après un discours du maire Alfred Borriglione, député membre de l'Union républicaine. Le corps du tribun est inhumé une troisième fois le 1er avril 1909, pour être placé sous un tombeau plus monumental. 

Vie privée

Réputé grand séducteur, Léon Gambetta n'a jamais été marié. À partir de 1868, à l'issue du procès de l'affaire Baudin, il entretient une liaison avec Marie Meersmans, une demi-mondaine d'origine belge et de 18 ans son aînée, un temps liée à l'écrivain Frédéric Mistral. Il ne s'agit probablement pas de la première aventure de Gambetta mais le nom de ses précédentes maîtresses n'est pas connu. Durant l'été 1870, les deux amants séjournent pendant quelques semaines à Lille, Bruxelles et Chaudfontaine. Leur liaison dure jusqu'en 1872. Cette même année, Léon Gambetta entame une relation avec Léonie Léon, une jeune femme de son âge, fille du colonel François-Émile Léon, mort à l'asile de Charenton en 1860. Sous l'Empire, elle devient la maîtresse de Louis-Alphonse Hyrvoix, inspecteur général de police des résidences impériales, dont elle a un fils qu'elle présente ensuite comme son neveu. Elle découvre Léon Gambetta lors du procès Baudin en 1868 et, subjuguée par ses talents d'orateur, elle suit dorénavant tous ses discours avant d'oser lui écrire. Leur liaison, discrète mais durable, débute quatre ans plus tard, le 27 avril 1872 après une promenade dans le parc du château de Versailles.

Léonie Léon reste la compagne de Gambetta jusqu'à sa mort en 1882. Pendant ces dix années, le couple échange environ 6 000 lettres et Léonie exerce une grande influence sur son compagnon qui écoute attentivement ses conseils politiques. L'historienne Susan Foley précise que dès les premiers temps de leur relation, « Léonie conçoit sa liaison avec Gambetta comme l'union de deux esprits politiques aussi bien que celle de deux cœurs », et cite pour cela une lettre adressée au tribun par cette dernière en 1872 : « Mon cœur déborde de politique et de tendresse, disposez le vôtre à recevoir ce double flot ». Léon Gambetta reconnaît volontiers l'influence de sa compagne dans les lettres qu'il lui adresse et se montre sensible à l'intelligence politique de sa maîtresse, plus modérée que lui en raison de son éducation catholique, si bien que pour son biographe Gérard Unger, « sans qu'elle joue un rôle majeur dans la ligne politique de son amant, son influence ne doit pas être sous-estimée ». Pendant les premières années de leur liaison, les deux amants se voient peu en raison des activités politiques du tribun.

Ce dernier refuse pendant longtemps le mariage, malgré les demandes incessantes de Léonie. Dans les dernières années de sa vie, la situation s'inverse et c'est Gambetta qui supplie régulièrement sa compagne de consentir à cette union. Le couple semble décidé à se marier quand survient le décès brutal de l'homme d'État en 1882. Durant l'été 1877, Gambetta décide de louer une maison à Ville-d'Avray où il retrouve Léonie plus souvent et plus tranquillement qu'à Paris. L'année suivante, en août 1878, il fait l'acquisition de la maison des Jardies, ancienne propriété de l'écrivain Honoré de Balzac située sur la commune voisine de Sèvres. Cette maison de taille modeste convient parfaitement à Gambetta qui acquiert deux parcelles mitoyennes en 1879 et 1882 pour agrandir la propriété. Le couple y séjourne régulièrement, mais loge également dans le petit appartement que loue le tribun à Paris, au no 57 de la rue Saint-Didier. Bien que leur union ne soit pas reconnue légalement, et malgré l'hostilité que lui porte Benedetta, la sœur de Gambetta, Léonie Léon n'est pas abandonnée par la famille de ce dernier. Après la liquidation de la succession, elle reçoit une somme de 60 000 francs à son nom, tandis que les amis politiques de son amant lui versent une rente mensuelle de 500 francs, transformée plus tard en pension viagère. 

Article Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9on_Gambetta

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