Abdel Fattah al-Sissi

Publié le par Mémoires de Guerre

Le maréchal Abdel Fattah al-Sissi, né le 19 novembre 1954 au Caire, est un militaire et homme d'État égyptien, président de la République depuis 2014. Militaire de carrière, il a suivi une formation en Égypte, au Royaume-Uni puis aux États-Unis. Ses compétences et sa loyauté envers le régime égyptien lui valent d'être nommé directeur des services de renseignements militaires par le président Hosni Moubarak. Après la révolution égyptienne de 2011 et l'élection, l'année suivante, de Mohamed Morsi à la présidence de la République, il est nommé ministre de la Défense par celui-ci, succédant au maréchal Mohamed Hussein Tantawi, homme fort de l'armée. 

Promu vice-Premier ministre après avoir organisé le coup d'État militaire du 3 juillet 2013 contre le président islamiste Mohamed Morsi, il abroge la Constitution égyptienne de 2012, élaborée par les partisans du président déchu, et conforte son influence politique avec l'adoption d'une nouvelle loi fondamentale, parallèle à de nouvelles élections. Il se démet de ses fonctions gouvernementales le 26 mars 2014 pour se présenter à l'élection présidentielle du 28 mai 2014, qu'il remporte avec 96,1 % des suffrages, bien que l'issue de ce scrutin soit contestée.

Si son élection a permis à l'armée de retrouver pleinement le pouvoir politique qui lui a été ôté à l'issue de la révolution égyptienne de 2011, al-Sissi est globalement présenté comme un dictateur, par les analystes, mais aussi par ses opposants qui le comparent à de précédents chefs de l'État égyptien, eux-mêmes issus de l'armée. Il est réélu en 2018. En septembre 2019, il est confronté à des manifestations, une première depuis 2013. 

Abdel Fattah al-Sissi

Origines et études

Fils de petits commerçants cairotes (l'un des trois garçons d'une fratrie de huit enfants), Abdel Fattah al-Sissi naît à Gamaleya, un quartier du vieux Caire. Il fait ses classes au lycée militaire. En 1973, il parvient à entrer à l'Académie militaire et choisit lors de sa sortie l'infanterie mécanisée. Il bénéficie également d'une formation anglo-saxonne réservée aux éléments les plus prometteurs : il étudie au Command & Staff College en Égypte, puis est envoyé en 1992 dans une académie militaire britannique à Watchfield (le Joint Services Command and Staff College), et en 2006, à la United States Army War College (il y rédige un mémoire intitulé La Démocratie au Moyen-Orient). Il déclare en 2016 dans un de ses discours : « Pendant dix ans, j'ai vécu avec que de l'eau et du pain dans mon frigidaire, […] je suis de chez vous, je comprends la douleur du peuple égyptien, je vous comprends ». 

Carrière militaire

Il commence sa carrière militaire dans l'infanterie, devenant par la suite attaché militaire à l'ambassade d'Égypte en Arabie saoudite, puis commandant en chef de la zone nord d'Alexandrie. En juin 2011, Abdel Fattah al-Sissi qui est alors chef du renseignement militaire et membre du Conseil suprême des forces armées (CSFA), organe qui dirige le pays depuis la démission sous la pression populaire du président Moubarak, justifie l'utilisation de tests de virginité sur les manifestantes « pour protéger l'armée contre des accusations possibles de viol ». Il est décrit à la fois comme « nationaliste et conservateur », mais « soucieux de préserver la stabilité de son pays et son alliance stratégique avec les États-Unis ». 

Parcours politique

Ministre de la Défense et crise politique de 2012-2013

En août 2012, il est nommé ministre de la Défense par le président Mohamed Morsi (issu des Frères musulmans) qui vient de limoger Mohamed Hussein Tantawi et son adjoint. Sa réputation d'intégrité et d'homme religieux ayant probablement séduit les Frères musulmans. À ce poste, il augmente les salaires des soldats comme des officiers, rénove plusieurs casernes et négocie même la fin d'une grève de policiers. En novembre 2012, alors que Morsi tente de passer en force une réforme constitutionnelle afin d'obtenir les pleins pouvoirs, al-Sissi se présente comme intermédiaire entre l'opposition et le président, médiation que ce dernier refuse. 

Rôle dans le coup d'État de 2013

Pendant les manifestations de juin-juillet 2013 contre le président Morsi, il juge qu'il est du devoir des forces armées « d'intervenir pour empêcher l'Égypte de plonger dans un tunnel de conflits » afin d'empêcher « l'effondrement des institutions de l'État ». Il fait déployer à cette occasion au Caire des hélicoptères de l'armée arborant le drapeau national, afin de renvoyer l'image de l'unité de l'armée et du peuple. Après des manifestations populaires gigantesques demandant la démission du président Morsi accusé de déstabiliser le pays, Sissi renverse celui-ci lors du coup d'État militaire du 3 juillet 2013. 

Transition et répression des Frères musulmans

Alors que les observateurs lui prêtent des ambitions présidentielles, il annonce habilement, le jour même du coup d'État, une nouvelle transition démocratique et nomme le magistrat Adli Mansour, président de la Cour constitutionnelle suprême, comme président de la République par intérim, qui prend ses fonctions le lendemain 4 juillet. Le 26 juillet 2013, l'armée déclare que le président déchu Mohamed Morsi, a été placé en détention préventive à cause de son implication présumée dans des attaques contre la police imputées aux activistes du Hamas. Le 27 janvier 2014, Abdel Fattah al-Sissi est promu du grade de général d'armée au grade de maréchal de l'armée égyptienne. 

Le même jour, il présente sa démission au commandement général des forces armées qui l'accepte et le charge de présenter sa candidature à l'élection présidentielle de 2014. Il mène conjointement une dure répression contre les Frères musulmans pendant laquelle plus de 1 600 membres ou sympathisants, lors des massacres de Rabaa et Nahda, sont tués, répression dénoncée principalement par la Turquie et le Qatar, alliés de l'organisation panislamiste, les autres pays, en particulier les États-Unis, restant relativement discrets. Il se retourne par la suite contre certains de ses partenaires laïcs, les éliminant du gouvernement et emprisonnant leurs militants. 

Victoire à l'élection présidentielle de 2014

Le 26 mars 2014, il remet sa démission de ministre de la Défense pour briguer la présidence alors qu'il est déjà considéré comme le dirigeant de fait du pays depuis le coup d'État de l'été 2013. Le 28 mai 2014, il remporte l'élection présidentielle avec 96 % des suffrages, dans un contexte présumé de fraudes et de « violations répétées des droits de l'homme » contre des Frères musulmans (jusqu'alors principal parti d'opposition) ; violences dénoncées par l'ONG Human Rights Watch comme étant « l’un des plus importants massacres de manifestants de l’histoire récente ». 

Président de la République

Le 8 juin 2014, il prête serment et devient le sixième président de la République arabe d'Égypte. Le lendemain, il reconduit Ibrahim Mahlab en tant que Premier ministre et ce dernier prête de nouveau serment le 17 juin suivant. Il a lancé les travaux du nouveau canal de Suez, inauguré en 2015 et qui double les capacités du précédent. Le 13 février 2016, il transmet solennellement le pouvoir législatif à la Chambre des représentants issue des législatives de la fin de l'année précédente.

Démocratie et droits de l'homme

Le président Abdel Fattah al-Sissi exerce une dictature en Égypte. Depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2013, des milliers d'opposants au régime ont été tués ou emprisonnés alors que plusieurs centaines d'autres auraient purement et simplement disparu. Les médias égyptiens sont tous réduits au silence. Les responsables de plusieurs ONG égyptiennes sont menacés de mort et obligés de quitter le pays. En février 2016, la découverte au Caire du corps mutilé de Giulio Regeni, étudiant italien mort sous la torture, a remis la question sous les feux de l'actualité, en déclenchant une vague d'indignation à l'étranger et en provoquant une crise diplomatique entre l’Égypte et l'Italie. Le 16 août 2015, le président al-Sissi ratifie une loi antiterroriste qui condamne à de fortes amendes les médias et les journalistes qui mettraient en doute les communiqués officiels du gouvernement en cas d'attentat.

Sans être officiellement illégale, l'homosexualité est également réprimée par le gouvernement égyptien sous couvert de lutte contre « la débauche, l'immoralité ou le blasphème » ; des homosexuels sont arrêtés, torturés ou condamnés à de peines de prison. Selon Amnesty International, de juillet 2013 à avril 2016, sous le régime du maréchal al-Sissi, 40 000 personnes ont été arrêtées ou sont poursuivies pour des raisons politiques, 700 personnes au moins ont été placées en détention sans procès depuis plus de deux ans, plus de 500 disparitions forcées ont été recensées depuis mars 2015, 538 condamnations à mort ont été prononcées en 2015 et 1 400 manifestants ont été tués entre août 2013 et janvier 2014. L'ONG noté également un « recours généralisé à la torture en détention ».

En septembre 2017, Human Rights Watch affirme à son tour que 60 000 personnes ont été arrêtées depuis 2013 par le régime d'al-Sissi et dénonce une utilisation régulière de la torture par la police et les officiers de l’Agence de sécurité nationale, ayant notamment provoqué la mort d'au moins 30 personnes entre août 2013 et décembre 2015. Parmi les sévices rapportés figurent : « Chocs répétés avec pistolet électrique paralysant, coups de poing ou de barre de fer, placement dans des positions douloureuses ou encore viols et menaces de viol ». Le 27 mai 2018, Hazim Abdelazim (en), ancien membre du gouvernement sous Hosni Moubarak, ayant soutenu Sissi lors de l'élection présidentielle égyptienne de 2014, puis passé dans l'opposition à celui-ci, est arrêté pour « diffusion de fausses informations et incitation à la sédition ». C'est également le cas des blogueurs Wael Abbas, militant des droits de l'homme, et Sherif Gaber, militant laïc. Son prédécesseur direct, Mohamed Morsi, malade et placé à l'isolement, meurt le 17 juin 2019, après avoir perdu connaissance lors d'une audience de son procès à la prison de Tora. 

Culte de la personnalité

Après son accession au pouvoir à la faveur du coup d'État de juillet 2013, Sissi fait l'objet d'un culte de la personnalité avec la vente, à travers le pays, de produits dérivés à son effigie, dont la copie de sa carte d'identité, son portrait ou des confiseries. Ces campagnes sont souvent organisées par les médias égyptiens. Ses partisans considèrent que Sissi les a sauvés des Frères musulmans.

Politique étrangère

Son premier voyage présidentiel à l'étranger a eu lieu le 25 juin 2014 en Algérie. En 2016, on assiste à un réchauffement relatif des relations entre Israël et l’Égypte, avec notamment la réouverture des ambassades, des échanges de prisonniers et des accords militaires. En 2019, il est invité par Emmanuel Macron au sommet du G7 se tenant à Biarritz. 

Religion

Fin décembre 2014, il lance une campagne pour rénover le discours religieux, afin d'« expurger [les] idées fausses qui peuvent conduire certains à embrasser la violence pour imposer des idées ». Ces déclarations, prononcées notamment à la mosquée al-Azhar, visent à combattre la montée du terrorisme islamiste, non plus uniquement par un biais militaire mais aussi culturel. 

Économie

Al-Sissi lance une série de réformes économiques destinées à supprimer ce qui restait de l’héritage nassériste en matière d’État-providence Le régime conduit une politique d’austérité consistant notamment à réduire les subventions à l’énergie et à l’électricité, imposer une TVA, augmenter le prix des billets du métro du Caire et « geler » les salaires des fonctionnaires. Dans le même temps, l’impôt sur le revenu des sociétés est réduit. La dette atteint un niveau record en juin 2018 (92,6 milliards de dollars). Elle est en particulier la conséquence du poids du budget militaire (les importations d’armes ont augmenté de 215 % en 2013-2017 par rapport à 2008-2012) et du paiement des intérêts.

Réélection

Le 19 janvier 2018, il annonce sa candidature à la présidentielle de 201858. Il dépose officiellement celle-ci le 24 janvier. Plusieurs personnalités ayant annoncé leur candidature, dont Ahmed Chafik et Sami Anan, ont été intimidées ou incarcérées. Il neutralise certains officiers supérieurs de l’armée et de la sécurité, tels que le chef d’état-major de l’armée et le directeur du renseignement général, congédiés et assignés à résidence. Les forces politiques le soutenant sont assez disparates, comprenant notamment le parti libéral égyptien et le parti salafiste Al-Nour. 

Le 2 avril, il est officiellement réélu pour un second mandat de quatre ans avec 97,08 % des voix validées, dans une élection où son seul adversaire était aussi l'un de ses partisans. Il prête serment le 2 juin 2018. Le Parlement (dont une partie des membres aurait été sélectionnée par les services de renseignement) adopte le 16 avril 2019 une réforme de la Constitution prévoyant de prolonger de deux ans le mandat présidentiel en cours et d'autoriser Sissi à faire un troisième mandat, d'une durée de six ans. Le lendemain, un référendum est annoncé avec un vote étalé sur trois jours, du 20 au 22 avril. La réforme est adoptée avec 88,8 % des suffrages exprimés. 

Manifestations de septembre 2019

En septembre 2018, face à des manifestations dues à l'augmentation des prix, de 250 % pour le billet de métro, Sissi menace les manifestants potentiels, promettant d'empêcher toute nouvelle révolution. En juin 2019, lors de la cérémonie d'ouverture de la CAN 2019, le nom de l'ancien footballeur Mohamed Aboutrika, exilé, est scandé alors que Sissi prononce un discours. En septembre 2019, un homme d'affaires en exil, Mohamed Ali, accuse Sissi et son régime de corruption. Il affirme que 10 millions d'euros ont été dépensés pour construire un hôtel pour le compte de l'armée, 12 millions d'euros pour la résidence d'été de Sissi. Il accuse aussi le président et son entourage, dont la première dame, de ces dépenses. Enfin, il accuse l'armée de pratiquer un monopole sur les projets de l'État, comme par exemple l'élargissement du canal de Suez, qui n'aurait ainsi pas apporté de bénéfice à celle-ci. Ali affirme par ailleurs ne pas avoir été payé pour les projets dont il se penchait avec l'armée. Pour sa part, Sissi nie ces allégations. 

S'ensuivent des appels à manifester pour son départ, nourris par un article du Wall Street Journal qui affirme que Donald Trump aurait qualifié Sissi de « dictateur préféré » lors du sommet du G7. Ainsi, des manifestations nocturnes ont lieu les 20 et 21 septembre, et rassemblent des centaines de personnes sur la place Tahrir au Caire, Alexandrie, Al Mahalla, Al Mansourah, Damiette et Suez. Alors que des portraits de Sissi ont été piétinés, près de deux milliers de personnes sont arrêtées et la place Tahrir a été quadrillée. Parmi les personnes arrêtées se trouvent les universitaires Hazem Hosni et Hassan Nafaa, des journalistes comme Khaled Daoud, l'activiste Alaa Abdel Fattah, ou encore l'avocate Mahienour el-Masri. De son côté, Ali appelle à la « marche du million » d'ici au 27 septembre. En réaction, la capitale fait l'objet d'un important déploiement sécuritaire. Finalement, 3 000 opposants et 1 000 partisans du régime défilent. Le 4 octobre, le gouvernement annonce une baisse des prix du carburant.

Vie privée

Abdel Fattah al-Sissi est marié et père de quatre enfants (trois garçons, Moustafa, Mahmoud et Hassan et une fille, Aya). Réputé pieux, il connaît le Coran par cœur et parsème ses discours de citations islamiques. 

Décorations

Décorations égyptiennes
  • Collier de l'ordre du Nil
  • Collier de l'ordre de l'Indépendance
  • Collier de l'ordre de la République
  • Grand-croix de l'ordre égyptien du Mérite
  • Classe majeur de l'ordre de la Vertu
Décorations étrangères
  • Arabie saoudite : collier de l'ordre du roi Abdelaziz
  • Arabie saoudite : médaille de la Libération du Koweït
  • Bahreïn : collier de l'ordre du Cheikh Issa ben Salmane Al Khalifa
  • Biélorussie : médaille de l'ordre de l'amitié
  • Chypre : collier de l'ordre Makarios III 
  • Côte d'Ivoire : grand-croix de l'ordre national du Côte d'Ivoire
  • Guinée : grand-cordon de l'ordre de national du Mérite
  • Koweït : collier de l'ordre de Mubarak le Grand
  • Koweït : médaille de l'ordre de la Libération du Koweït
  • Mauritanie : grand-cordon de l'ordre national du Mérite
  • Oman : membre de la 1re classe de l'ordre civil d'Oman
  • Portugal : grand-collier de l'ordre de l'Infant Dom Henri
  • Soudan : grand-cordon de l’ordre El-Nilein
     
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