Zhang Zhan

Publié le par Mémoires de Guerre

Zhang Zhan est une lanceuse d'alerte chinoise qui a été incarcérée par le régime communiste pour avoir publié sur le Web des vidéos sur l'épidémie de SARS-CoV-2 à Wuhan dès le début de la pandémie de Covid-19. Le 28 décembre 2020, elle a été condamnée à quatre ans de prison pour « provocation aux troubles » et diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux à la suite de la mise en ligne de plusieurs séries de vidéos prises autour de l'hôpital et de l'Institut de virologie de Wuhan. Elle bénéficie du soutien de l'Union européenne. 

Zhang Zhan

Parcours

Zhang Zhan, est une femme née le 2 septembre 1983 en République Populaire de Chine, à Xianyang (province de Shaanxi) alors que Deng Xiaoping est chef d'État à ce moment là. Elle a sept ans lors qu’éclatent les manifestations de la place Tian'anmen. Après un Baccalauréat d'économie obtenu à l'Université d'économie et de finance du Sud-Ouest (Chengdu), elle se dirigera plus tard vers des études de Droit. Elle passera une grande partie de sa vie à Shanghai. Zhang Zhan en sort diplômée. Sa formation de juriste lui permettra alors de pratiquer la profession d'avocate. Mais elle a été radiée du barreau en raison de sa participation à des activités de protection des droits. Avec l'avènement d'Internet en Chine, Zhang Zhan décide donc par la suite de tenir un blog et devenir « journaliste citoyenne ». Elle montera aussi sa chaîne Youtube et un compte Twitter avant que ces réseaux sociaux ne soient ensuite censurés par le gouvernement chinois à cause de son activisme. 

Devenue lanceuse d'alerte

Zhang Zhan devient donc «journaliste citoyenne». Elle sera arrêtée pour avoir rendu compte de plusieurs événements polémiques lors de la première période de quarantaine à Wuhan, berceau du nouveau coronavirus début 2020. Elle déclarera a posteriori que « c'était la volonté de Dieu [qu'elle] y aille, afin que le monde entier sache la vérité ». Zhang Zhan est en effet une fervente chrétienne. Zhan Zhang a également soutenu les manifestations à Hong-Kong. En février 2020, elle se rend donc dans la capitale du Hubei -alors en proie à l'épidémie de Covid-19- pour diffuser ses reportages sur les réseaux sociaux, en particulier des reportages sur les conditions chaotiques de l'hôpital de Wuhan. Elle se met également à écrire des articles critiquant les réponses du gouvernement chinois concernant le confinement strict de millions de personnes.

Puis dans cinq vidéos publiées le 26 février 2020, elle filme l'extérieur de l'Institut de virologie de Wuhan, étroitement gardé, qui était au centre de polémiques selon lesquelles le coronavirus s'en serait échappé. Et dans cette série de vidéos, Zhang a déclaré qu'elle souhaitait visiter l'Institut de virologie de Wuhan (qu'elle soupçonne d'être à l'origine du coronavirus). L'institut était alors entouré de clôtures électriques à haute tension et géré par l'armée, aurait-elle déclaré. Pour Radio Free Asia, les vidéos tournées par Zhang Zhan « n’étaient même pas particulièrement percutantes, étant réalisées par une novice ». Mais dans ce cadre, elle fait partie des citoyens chinois qui ont enquêté sur le sujet, ont été censurés et, dans certains cas, ont «disparu». 

Détention provisoire

Ainsi, Zhang Zhan a recherché des informations sur la mort de Li Wenliang, la disparition de son compatriote journaliste Fang Bin et l'Institut de virologie de Wuhan. Puis dans une vidéo qu'elle a mise en ligne le 12 mai 2020, la veille de son arrestation, un policier l’interpelle de manière virulente de la sorte : « Êtes-vous journaliste? Je vous le demande ! … Vous allez devoir assumer la responsabilité de toutes les photos que vous avez prises aujourd'hui! ». Elle est donc arrêtée quelques heures plus tard le 13 mai 2020. Le média local South China Morning Post a révélé que la famille de Zhang Zhan n'avait appris sa détention que le vendredi 19 juin 2020. Elle a donc disparu pendant plus d'un mois. L'ordonnance du tribunal (lue par l'Agence France-Presse) dispose que Zhang est sous les arrêts le 13 mai 2020 pour «provocation aux troubles», une incrimination souvent utilisée en République Populaire de Chine à l'égard de ceux qui s'opposent au régime communiste.

Dans un article qu'elle a publié en ligne, Zhang Zhan a pointé à Wuhan « de graves violations des droits de l'homme » concernant la gestion de la pandémie de la Covid-19 et les autorités voudraient l'obliger à admettre sa culpabilité ; ce qu'elle semble refuser. En détention, Zhang Zhan finit par apprendre qu'elle risque cinq ans de prison, et que son procès doit débuter à Shanghai. Elle doit être jugée devant le tribunal populaire du Nouveau District de Pudong, à Shanghai, le 28 décembre 2020 expliquera son avocat, Zhang Keke. Incarcérée à Shanghai, Zhang Zhan entamera une grève de la faim dans l'attente de son audience. Elle sera perfusée de force et on lui interdira d'enlever la perfusion en question selon son avocat. Celui-ci aura écrit dans une note diffusée sur les réseaux sociaux mentionnant que l'état de santé de sa cliente est extrêmement mauvais. Elle souffrirait de maux de tête, d'étourdissements et de maux d'estomac et « détenue 24 heures sur 24, elle a besoin d'aide pour aller aux toilettes ». Toujours selon son avocat, elle « pourrait ne pas survivre ». Par ailleurs, elle aurait été torturée au-cours de sa détention. 

Procès et détention

Zhang Zhan est jugée le 28 décembre 2020. Elle est la première personne condamnée par la République Populaire de Chine pour avoir diffusé une information indépendante sur la ville qui a été à l'épicentre du nouveau coronavirus. Les demandes au tribunal de libérer Zhang sous caution avant le procès et de retransmettre en direct le procès ont été ignorées, a déclaré son avocat. À Shanghai, la police a imposé des mesures de sécurité strictes à l’extérieur du tribunal où le procès s’est ouvert sept mois après la détention de Zhang. Une dizaine de diplomates étrangers et de partisans de cette journaliste citoyenne ont voulu, sans succès, entrer dans le tribunal de Shanghai où se tenait le procès, mais la police les a repoussés ainsi que les journalistes. Les journalistes étrangers se sont vu refuser l'entrée au tribunal «en raison de l'épidémie», ont déclaré des responsables de la sécurité du tribunal. C'est pour « provocation aux troubles » de Zhan Zhang a été finalement condamnée. Ses courtes vidéos YouTube sont des entretiens avec des résidents, des commentaires et des images d'un crématorium, de gares, des hôpitaux et de l'Institut de virologie de Wuhan. 

Pour cette raison, le parquet avait demandé une peine de quatre à cinq ans de prison pour « avoir publié à plusieurs reprises un grand nombre de fausses informations » et avoir accepté des entretiens avec des médias étrangers pour exagérer de façon malveillante la situation du coronavirus à Wuhan. Le procès devant le tribunal de Pudong s'est terminé à 12 h 30. L'autre avocat de Zhang Zhan, Ren Quanniu a déclaré « Nous ferons probablement appel » après avoir dit devant la cour « Mme Zhang pense qu'elle est persécutée pour avoir exercé sa liberté d'expression ». Zhang Zhan qui est apparue à l'audience complètement épuisée et en fauteuil roulant s'est effondrée à l'annonce du verdict. La terminologie de « provocation aux troubles » est fréquemment utilisée contre les opposants au régime du président Xi Jinping. Zhang Zhan fait partie des quatorze reporters encore derrière les barreaux en décembre 2020 en Chine. En grève de la faim depuis sa condamnation à 4 ans de prison en décembre 2020, elle est alimentée de force par sonde nasale selon ses avocats. Très amaigrie, elle «risque de ne plus vivre très longtemps», selon son frère Zhang Ju. 

Réactions

Ren Quanniu, avocat de Zhang Zhan, est radié par le ministère de la Justice de la province du Henan car il a défendu en 2018 un membre du Falun Gong. Mais l'avocat considère que cette radiation est certainement liée à sa défense de Zhang Zhan et de militants pro-démocratie Hongkongais. Le 29 décembre 2020, soit 24 heures après le verdict, l'Union européenne demande solennellement à la Chine la libération immédiate de Zhang Zhan. 

Publié dans Journalistes

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