Bardoux Achille Octave
Après la Libération, par sa décision du 23 juin 1945, le Jury d'honneur relève Jacques Bardoux de l'inéligibilité qui le frappait en raison de son vote du 10 juillet 1940, favorable au projet de
loi portant révision constitutionnelle. Quelques mois plus tard, lors des élections du 21 octobre à la première Assemblée nationale Constituante, l'ancien sénateur du Puy-de-Dôme conduit, dans ce
département, la Liste de rénovation républicaine. Recueillant 42 246 voix sur 226 977 suffrages exprimés, elle arrive en quatrième position et Jacques Bardoux est le seul élu de sa liste. Il
retrouve son siège aux élections du 2 juin 1946, pour la seconde Assemblée nationale Constituante, à la tête de la Liste républicaine et sociale de redressement constitutionnel, de libération
économique et d'action paysanne qui, arrivée en première position avec 52 340 voix sur 235 890 suffrages exprimés, compte un élu supplémentaire.
Siégeant dans l'opposition de droite, il s'inscrit au groupe paysan puis à celui du centre républicain indépendant d'action paysanne et sociale. En séance, Jacques Bardoux intervient lors de la
discussion des deux projets de Constitution de la IVe République qu'il repousse (19 avril et 28 septembre 1946) et participe à plusieurs grands débats : prestations familiales, événements
survenus en France de 1933 à 1945, organisation du Conseil économique et social, ravitaillement et santé publique. S'il ne prend pas part au vote sur la nationalisation de la Banque de France,
des grandes banques et l'organisation du crédit (2 décembre 1945), il s'oppose à celles de l'électricité et du gaz (28 mars 1946) et des assurances (24 avril). Aux élections du 10 novembre 1946,
pour la première législature de la IVe République, la Liste républicaine indépendante d'action paysanne et sociale dirigée par Jacques Bardoux conserve la première place et ses deux élus avec 50
072 voix sur 221 749 suffrages exprimés.
Toujours inscrit au groupe du centre républicain indépendant d'action paysanne et sociale le député du Puy-de-Dôme se voit confier d'importantes fonctions par ses collègues députés : membre de la
Commission du suffrage universel de 1946 à 1950, il en assure la présidence en 1948 et 1949 et, à partir de 1950, devient vice-président de la Commission des affaires étrangères. Il dépose de
nombreuses propositions de loi et de résolution ayant trait à trois domaines principaux : la réforme de l'Etat et de l'administration locale, l'organisation professionnelle et les travailleurs
indépendants, la politique économique et sociale. A plusieurs reprises, Jacques Bardoux propose de modifier le règlement de l'Assemblée nationale afin d'améliorer les conditions du travail
parlementaire et de renforcer la stabilité de l'exécutif. Il s'intéresse aussi à l'élection des députés et des conseillers de la République.
Décentralisateur, il rédige des textes relatifs aux collectivités territoriales : administration et élection, municipales, conseils cantonaux et de préfecture, régions administratives. Attaché à
la libre organisation des professions et à la défense des travailleurs indépendants, il propose l'institution de chambres de travail et de chambres de paysannerie, la réforme des chambres
d'agriculture, des mesures concernant les conventions collectives, la déduction fiscale du salaire du conjoint ainsi qu'un régime favorable de cotisations d'allocations familiales pour les
travailleurs indépendants. En matière économique et sociale, son travail de législateur porte sur la sécurité sociale, les loyers, la situation des rentiers-viagers, la construction de maisons
d'habitation, spécialement en faveur des familles nombreuses. Enfin, il dépose une proposition de loi tendant à déduire l'épargne investie du revenu imposable.
Jacques Bardoux intervient fréquemment sur ces sujets mais aussi sur les textes financiers et dans les débats de politique étrangère. Siégeant toujours dans l'opposition de droite, il vote contre
le statut de l'Algérie (27 août 1947) et refuse la confiance au gouvernement Ramadier après le départ des ministres communistes (30 octobre). A nouveau candidat aux élections du 17 juin 1951 à la
tête de la Liste des indépendants paysans et républicains nationaux, il met l'accent, dans ses engagements électoraux, sur la réforme de l'Etat et la stabilité gouvernementale, le libéralisme
économique, les libertés individuelles et religieuses et la politique familiale. Avec 41 117 voix soit 18,9 % des suffrages exprimés sa liste est distancée par celle du Parti communiste mais
conserve ses deux sièges.
Pendant cette législature, inscrit au groupe des Républicains indépendants puis au groupe paysan et du centre démocratique, Jacques Bardoux déploie à nouveau une intense activité parlementaire.
Vice-président de la Commission des affaires étrangères, qu'il préside en 1952, et par ailleurs vice-président de la Commission du suffrage universel en 1951, il reprend la plupart de ses
propositions antérieures, notamment celles relatives à la liberté de culte dans les établissements scolaires, à la définition de la nationalité et à la politique de l'immigration. Cependant il
insiste tout par-ticulièrement sur la réforme de l'Etat. A ce titre, il dépose tout d'abord quatre grandes propositions de résolution tendant à réviser la Constitution : pouvoir judiciaire (6
novembre 1951), pouvoir législatif (14 novembre 1951), pouvoir exécutif (14 novembre 1951 et 3 août 1954). Conscient de l'importance de l'application des textes constitutionnels par le Parlement,
il propose à cinq reprises de modifier le règlement de l'Assemblée. Enfin, le 17 juin 1954, Jacques Bardoux propose une réforme de l'élection des députés par l'institution du scrutin binominal
majoritaire à deux tours, le vote obligatoire et le suffrage familial.
A la fin de cette législature, le 8 mars 1955, le député du Puy-de-Dôme rédige une proposition de loi prémonitoire tendant à la construction d'un troisième Arc de triomphe sur le Rond-Point de la
Défense et devant être inauguré en 1975 pour le centenaire de la République. En 1989 à l'occasion du bi-centenaire de la Révolution et de la déclaration des Droits de l'homme et du citoyen, le
président François Mitterrand inaugurait l'Arche de la Défense.
Toujours très présent en séance, Jacques Bardoux interpelle fréquemment le gouvernement et intervient dans les grands débats relatifs à l'Indochine (4 mai, 6 mai et 12 juin 1954), à l'Afrique du
Nord (10 août et 26 août 1954, 2 février 1955, 6, 7 et 8 octobre 1955) et à la politique étrangère (7 et 11 novembre 1951, 21 et 29 décembre 1954). Il s'abstient sur la Communauté européenne du
charbon et de l'acier (CECA, le 13 décembre 1951), vote la confiance à Edgar Faure (17 janvier 1952) mais la lui refuse le 29 février (chute du cabinet), soutient le gouvernement Pinay, puis le
cabinet Laniel et sa politique indochinoise mais vote la confiance à Pierre Mendès France le 17 juin 1954. Il approuve les accords de Genève mettant fin aux hostilités en Indochine (23 juillet),
vote contre la Communauté européenne de défense (CED, le 30 août), et pour les accords de Londres qui mettent fin à l'occupation de l'Allemagne (12 octobre) et ceux de Paris qui autorisent le
réarmement de la RFA et son entrée dans l'OTAN (29 décembre). Cependant, opposé à la politique nord-africaine de Pierre Mendès France, il lui refuse la confiance le 4 février 1955 (chute du
cabinet) puis soutient le gouvernement Edgar Faure mais s'abstient volontairement le 29 novembre 1955 sur la date des élections et le mode de scrutin (chute du cabinet).
Il ne se représente pas aux élections du 2 juin 1956 mais sur la Liste d'union des indépendants et paysans, conduite par Joseph Dixmier, député sortant, et qui comptera deux élus, figure en
deuxième position le petit-fils de Jacques Bardoux, Valéry Giscard d'Estaing. Parallèlement à son activité politique, l'élu du Puy-de-Dôme a rédigé une œuvre littéraire considérable, honorée par
un prix de l'Académie française.