Barrot Noël

Publié le par Mémoires de Guerre

Noël Barrot, né le 24 décembre 1903 à Saint-Étienne (France) et mort le 8 juin 1966 à Paris, est un homme politique français. 

Barrot Noël

Jeunesse

Noël Barrot était le fils d'Antoine Barrot, pharmacien à Saint-Etienne qui avait épousé Mademoiselle Coron fille d'un marchand de grains. Antoine Barrot ayant été frappé d'une hémiplégie, son épouse dut vendre la pharmacie et racheter une officine à Yssingeaux vers 1924. Noël Barrot effectue sa scolarité secondaire au collège Saint-Louis à Saint-Etienne, tenu par les frères des Ecoles chrétiennes, et ses études de pharmacie à la Faculté de Lyon. Pendant cette dernière période, il participe aux activités de la Maison des étudiants catholiques de Lyon, dirigée par les Jésuites et à celles de la Jeune République issue du Sillon de Marc Sangnier, lequel marqua durablement les orientations politiques du futur député de la Haute-Loire. Après avoir obtenu son diplôme de docteur en pharmacie en 1928, Noël Barrot s'établit comme pharmacien à Yssingeaux et y épouse Marthe Pivot, elle-même pharmacienne et fille de Charles Pivot pharmacien à La Tour-du-Pin (Isère).

Résistance

Dès son arrivée à Yssingeaux, il crée le cercle Ozanam, cercle de réflexion chrétienne et d'animation culturelle. Le cercle est fermé fin 1942, sur ordre du préfet de Vichy, car il était devenu un centre d'opposition à la politique de collaboration du Régime de Vichy, Noël Barrot ayant, dès 1941, manifesté ses sentiments gaullistes. Parmi les autres œuvres sociales que Noël Barrot anime à cette époque, on doit citer l'Association des petits bergers des Cévennes, destinée à placer à la campagne des enfants de milieu modeste et qui sert de couverture pour sauver des enfants juifs dont les parents sont persécutés. Noël Barrot s'engage de plus en plus activement dans la Résistance : il appartient à l'armée secrète et approvisionne en médicaments les maquis des Forces françaises de l'intérieur. Aussi est-il désigné comme président du Comité de libération d'Yssingeaux, puis comme adjoint au maire dans la délégation municipale nommée par le préfet en octobre 1944.

Carrière politique

Il est élu maire, avec toute sa liste, aux élections municipales de mai 1945 (mandat qu'il détient jusqu'en octobre 1947). Placé en seconde position sur la liste "républicaine d'action sociale" pour les élections à la première Assemblée nationale Constituante, Noël Barrot est élu avec deux autres colistiers, Paul Antier et Jean Deshors, avec 66576 suffrages contre 21 446 voix à la liste communiste qui obtient le 4e siège. Après la validation de son élection, Noël Barrot est nommé membre de la commission des territoires d'outremer et de celle du ravitaillement. Le 15 janvier 1946, il dépose une proposition de loi portant statut des laboratoires d'analyses médicales et intervient sur ce point dans la discussion du budget de la population. Son appartenance au conseil national de l'Ordre des pharmaciens à partir de 1946 le rend en effet particulièrement sensible à ces problèmes. Aux élections pour la seconde Assemblée nationale Constituante, une scission s'est produite entre les anciens colistiers de 1945. Paul Antier et Jean Deshors d'une part sont à la tête d'une liste "républicaine d'action sociale et paysanne" (45 550 voix et deux sièges) tandis que Noël Barrot, d'autre part dirige une liste MRP homogène (29 555 voix et un élu). Pendant la durée de la seconde Assemblée Constituante, Noël Barrot appartient à la Commission de la famille, de la population et de la santé publique ainsi qu'à celle des territoires d'outremer. Il dépose un rapport sur la proposition de résolution de Vincent Badie tendant à inviter le gouvernement à faciliter la distribution et l'utilisation de la pénicilline.

Les élections législatives du 10 novembre 1946 mettent en présence, en Haute-Loire, les mêmes personnalités que les élections précédentes. La liste MRP de Noël Barrot arrive en deuxième position (avec 28 243 voix) derrière celle de Paul Antier (39 211 voix), qui obtient deux élus et avant la liste communiste (22 796 suffrages et un élu). Pendant la première législature de la Quatrième République, Noël Barrot appartient de nouveau à la Commission de la famille, il entre à celle de la production industrielle à partir de 1949 et à celle de la presse en 1950 et 1951 ; il est nommé, le 15 juillet 1947, juré de la Haute cour de justice. Il participe activement à la vie de ces commissions, puisqu'il ne dépose pas moins de 22 rapports, propositions de loi ou de résolution principalement consacrés à l'hygiène publique ou à la pharmacie. Le plus important de ces textes est une proposition de loi tendant à rendre au ministère de la santé publique et de la population les prérogatives dont on l'a successivement dessaisi, en rattachant à celui-ci le service des fraudes alimentaires et le service de l'hygiène scolaire et universitaire relevant alors, respectivement, du ministère de l'agriculture et de celui de l'éducation nationale.

Ses interventions dans les débats sont centrées sur les mêmes thèmes. Chaque année notamment, il prend part à la discussion du budget de la santé publique et de la population. Le 29 juillet 1948, il dénonce l'insuffisance des crédits alloués et la concurrence néfaste qui existe entre la sécurité sociale et les services relevant de ce ministère. Aussi plaide-t-il pour la mise en œuvre d'une véritable réforme hospitalière. Il expose le plan de réorganisation en cours d'élaboration, qui hiérarchise les divers types d'hôpitaux selon le degré de spécialisation et le rayonnement géographique. Ce plan suppose au préalable une réforme de la législation hospitalière donnant au ministre le pouvoir de réaliser cette rationalisation d'ensemble qui se heurte à de nombreux intérêts locaux. Noël Barrot développe de nouveau ces thèmes le 23 mars 1949. Il y ajoute des remarques critiques sur les effets négatifs causés par certaines mesures d'économie décidées sur les laboratoires de recherche et insiste sur les problèmes causés par l'état sanitaire médiocre des travailleurs d'origine nord-africaine et sur les difficultés financières des communes rurales qui ne peuvent faire face aux dépenses d'adduction d'eau potable. Le 12 juin 1950, il insiste sur la nécessité d'une réforme hospitalière et sur l'insuffisance des crédits prévus pour la modernisation des hôpitaux comme pour la recherche pharmaceutique. Enfin, le 4 mai 1951, il revient à la charge, réclamant une réorganisation administrative d'ensemble faisant cesser la dualité nocive entre hygiène publique et hygiène sociale, santé publique et sécurité sociale, cette dernière relevant du ministère du travail.

Aux élections du 17 juin 1951, Noël Barrot conduit à nouveau la liste du MRP. Dans sa profession de foi, il souligne l'œuvre accomplie par l'Assemblée sortante et dénonce les hommes de la Troisième République qui "ont conduit la France aux abîmes" et la conjonction des extrêmes qui s'oppose au relèvement de la France par leur opposition systématique. Il vante aussi les préoccupations sociales de son parti, le MRP, directement inspirées par la doctrine sociale de l'Eglise et qui vient en aide à "tous les faibles et à tous les petits de la société française". Sa liste arrive, une fois encore, en seconde position derrière celle de Paul Antier, avec 17,7 % des voix et Noël Barrot est réélu avec 21346 suffrages. Dans la nouvelle assemblée, il retrouve ses fonctions de commissaire à la famille et siège, en outre, à partir de 1955, à la Commission de la France d'outremer. Son activité parlementaire est tout aussi intense que dans la précédente législature puisqu'il dépose 20 textes principalement consacrés aux problèmes de santé publique. Le plus important est son rapport du 28 août 1954 relatif à la réforme hospitalière. Ses interventions orales relèvent des mêmes sujets. Le 30 octobre 1953, il participe aux débats en tant que rapporteur du projet de loi de réorganisation des hôpitaux de Marseille. Le 6 avril 1954, il intervient dans la discussion générale d'un projet de loi relatif aux oeuvres en faveur des étudiants. Le 1er décembre 1954, il insiste sur l'insuffisance des crédits consacrés au traitement des alcooliques et à l'enfance inadaptée, demande une prime de rendement pour les fonctionnaires départementaux du ministère et souhaite la mise en œuvre d'une Communauté européenne de la santé (dite "pool blanc").

Mais il s'intéresse aussi aux problèmes des déséquilibres économiques régionaux, si sensibles dans son département. Ainsi, le 29 mars 1955, il dénonce les iniquités du système fiscal, notamment à l'égard des commerçants et les handicaps que certaines taxes constituent pour le développement économique des départements situés au sud de la Loire. Il s'inquiète aussi du sort des descendants des agriculteurs dont les exploitations sont trop petites. Il préconise une politique d'aménagement du territoire qui ne se limiterait pas à la décentralisation des grosses entreprises mais contribuerait à la naissance de petites entreprises dans les départements ruraux et absorberait le surplus de main-d'œuvre libéré par la modern-sation agricole. Il demande au gouvernement de prendre des mesures d'encouragement en ce sens en exonérant les nouvelles entreprises de l'impôt sur les salaires. Il conclut en évoquant les possibilités offertes par le développement du tourisme social à la ferme, qu'il conviendrait de faciliter par des dispositions juridiques. Sa dernière intervention de la législature se produit le 10 mai 1955, en tant que rapporteur pour avis de la Commission de la famille, à propos du Deuxième plan de modernisation. Noël Barrot y souligne l'insuffisance des crédits consacrés à l'équipement sanitaire du pays de 1946 à 1954.

Il note aussi que les mesures prévues pour la lutte anti-alcoolique prennent du retard, ce qui encombre indûment les hôpitaux de patients relevant de centres de traitement spécialisés. Il réclame une aide de l'Etat aux établissements privés à but non lucratif et une politique d'hébergement pour les personnes âgées qui n'ont souvent comme recours que "la salle commune d'un hospice délabré, véritable antichambre de la mort". Lors du renouvellement du 2 janvier 1956, six listes sont en présence en Haute-Loire et la loi sur les apparentements ne s'applique pas. Une fois de plus, la liste MRP de Noël Barrot arrive en seconde position derrière celle de Paul Antier. Mais son score en voix et en pourcentage est inférieur à celui de 1951 du fait du succès de la liste de Front républicain formée par la SFIO et le parti radical et de la concurrence de la liste poujadiste dont la tête de liste talonne Noël Barrot (17 709 voix contre 17 752 à ce dernier). Noël Barrot est nommé, le 25 janvier 1956, questeur de l'Assemblée nationale, fonction qu'il occupera jusqu'à son décès. Ces nouvelles charges administratives ne l'empêchent pas de rester un parlementaire actif. Pendant la courte législature 1956-1958, il dépose 15 textes consacrés presque tous aux problèmes de santé publique. Les deux plus importants sont son rapport sur la réforme hospitalière et son avis sur les mesures sociales liées à la création du Fonds national de solidarité.

Le 29 novembre 1956, lors de la discussion du budget du ministère de la santé, il se félicite de la fusion des deux directions d'hygiène du ministère et souhaite que les textes élaborés par la Commission de la famille sur la réforme hospitalière viennent en discussion rapide. Celle-ci a lieu un an plus tard, le 3 décembre 1957, et Noël Barrot en est le rapporteur. Son exposé très complet remplit sept pages des débats parlementaires, où il reprend les principales idées évoquées au cours des années précédentes et tirées des expériences étrangères : planification nationale de l'équipement, coordination régionale, coexistence du secteur privé et du secteur public, unification des divers types d'établissements de soins, suppression de la fonction d'hébergement des hôpitaux, mission de réadaptation, séparation de la politique hospitalière et de la gestion, effort immense d'équipement. Les graves problèmes affrontés par le régime en 1958 repousseront à plus tard la mise en œuvre de ces projets. Sur le plan purement politique, Noël Barrot suit tout au long de la Quatrième République les positions de son parti : fervent européen, il défend la CED. Ouvert à la décolonisation en Afrique, il reste en même temps attaché à l'Algérie française mais soutient Pierre Pflimlin puis le général de Gaulle pour résoudre la question. Parallèlement à ses activités parlementaires, Noël Barrot participe aux travaux du conseil de l'Ordre des pharmaciens, est vice-président du syndicat des pharmaciens de la Haute-Loire et anime, avec Jules Catoire, le groupe de spiritualité des Assemblées. Il est le père de trois enfants (deux filles et un fils, Jacques, qui lui succédera au Parlement).

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