Beger Bruno

Publié le par Roger Cousin

Beger BrunoBruno Beger (27 avril 1911 – 12 octobre 2009) était un anthropologue, ethnologue allemand, et Hauptsturmführer–SS, capitaine SS. Il participa à l'expédition au Tibet d'Ernst Schäfer, en 1938. Il travailla sous le nazisme pour l'Ahnenerbe, ou Héritage des ancêtres, société pour l'étude des idées premières, institut de recherche créé par Himmler. Il aida notamment à trouver les squelettes utilisés pour créer une collection anthropométrique servant à l'identification des Juifs. Bruno Beger est né en 1911 d'une vieille famille d'Heidelberg.

Après la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle son père fut tué, un ami de la famille lui paya ses études à l'Université d'Iéna. Il y assista aux cours d'anthropologie d'Hans F. K. Günther, qui devint l'un des raciologues éminents du Troisième Reich. Selon ses propres dires, Bruno Beger étudia l'anthropologie, la géographie et l'ethnographie à Iéna et à Heidelberg, puis gagna Berlin pour y parachever ses études.

En 1934, Beger commença à travailler à mi-temps au RuSHA, bureau racial des SS, où il obtint un poste de responsabilité. Alors qu'il devait partir pour une expédition à Hawaï, on l'invita à participer plutôt à l'expédition au Tibet organisée par Ernst Schäfer, qui visait entre autres, selon Charlie Buffet, à valider les thèses de l'Ahnenerbe sur les origines de la « race aryenne ». Beger lui proposa le programme suivant dans le cadre de l'expédition : « étudier la situation anthropologique et raciale actuelle au moyen de mesures, de l'examen, la photographie et le moulage des traits [...], recueillir des informations sur la place, les origines, la signification et le développement de la race nordique dans cette région ».

Lors de l'expédition, Beger tint un journal de voyage qu'il devait publier 60 ans plus tard, sous la forme d'un livre édité à une cinquantaine d'exemplaires : Mit der deutschen Tibetexpedition Ernst Schäfer 1938/39 nach Lhasa (Wiesbaden, 1998). Sur place, il photographia et prit les mesures anthropomorphiques, crânologiques et chirologiques, ainsi que les empreintes digitales, de sujets appartenant à divers peuples du Sikkim ou du Tibet, en respectant les critères médicaux et biologiques de l’époque, appliqués à l’anthropologie et à la raciologie.

L'expédition s'avéra un succès, tant par la quantité de matériel collecté que par l'amélioration des relations politiques entre l'Allemagne et le Tibet, pour plusieurs raisons, au nombre desquels le fait que Bruno Beger avait reçu une courte formation médicale qui lui permis de soigner efficacement des membres de l'aristocratie tibétaine. Tous les matins, des gens faisaient la queue à l'entrée de la maison d'hôte gouvernementale où des membres de l'expédition logeaient. Voila pourquoi ces deniers étaient fréquemment invités chez la noblesse tibétaine. Pour le traitement médical de la célèbre famille Phala, ils reçurent une copie complète du Kangyur de Lhassa.

Selon Kathy Brewis, pendant les huit mois passés à Lhassa, il prit les mensurations de 376 individus et fit des moulages de la tête, du visage, des mains et des oreilles de 17 autres, et releva les empreintes digitales et les empreintes de main de 350 autres. Il s'efforça de gagner les faveurs de l’aristocratie tibétaine en distribuant des médicaments et en soignant des moines ayant une maladie vénérienne, en échange de la possibilité d'effectuer ses recherches.

Selon ses dires, Bruno Beger noua de nombreuses amitiés tibétaines à Lhassa, en particulier avec la famille du 14e dalaï-lama, la famille Phala et le moine Möndro, responsable de la police municipale. Il est cependant impossible qu'il ait pu rencontrer la famille du dalaï-lama à Lhassa, car l'expédition allemande au Tibet (1938-1939) était déjà à Simla en Inde sur le chemin du retour dès les premiers jours d'août 1939. Or, le jeune dalaï-lama et une partie de sa famille (son père, sa mère, deux de ses frères – Lobsang Samten et Gyalo Dhondup – et un oncle, le moine Tagtsèr Garpa Loyèr) partirent de Koumboum dans l'Amdo le 21 juillet, et n'arrivèrent à Lhassa que le 8 octobre 1939.

Beger travailla avec August Hirt à la Reichsuniversität Straßburg. Il était chargé par l'Ahnenerbe de fournir au médecin nazi des détenus de différents types ethniques, provenant des camps de concentration, et servant aux différentes expériences raciales. En fonction de mesures anthropométriques, il sélectionna à Auschwitz, en 1943, 115 individus vivants qui furent ensuite gazés au camp de Natzweiler, puis, après leur mort, transférés à la Reichsuniversität où officiait Hirt, qui devait transformer les dépouilles en squelettes afin d'établir une collection macabre servant à l'identification des membres de la « race juive ». Si les individus en question furent bien gazés, l'Ahnenerbe omit de les transformer en squelettes.

Dans une lettre du 13 avril 1943, adressée au secrétaire particulier de Himmler, le Dr. Beger dit son approbation de « l'extermination des Juifs en Europe et, au-delà, dans le monde entier si possible ». En février 1948, un tribunal de dénazification exonéra Beger, ignorant le rôle de celui-ci dans l'établissement de la collection de squelettes. Le 30 mars 1960, à la suite d'une enquête réalisée sur cette collection, Beger fut incarcéré, puis relâché quatre mois plus tard en attendant un procès, lequel commença le 27 octobre 1970.

Son nom fut mentionné lors du procès d'Adolf Eichmann à Jérusalem, Eichmann ayant participé à l'organisation du recensement effectué par Beger à Auschwitz. À son procès, Beger affirma qu'il ignorait que les détenus d'Auschwitz dont il avait pris les mensurations étaient destinés à être tués. Le 6 avril 1971, il fut condamné par le tribunal de Francfort pour complicité dans le meurtre de 86 juifs dans des camps de concentration. Le tribunal ne le condamna qu'à 3 ans de prison, ce qui était la peine minimale, mais Beger n'effectua aucun séjour en prison, sa peine ayant été commuée en appel à 3 ans de prison avec sursis. En 1986, Bruno Beger publia aux éditions Schwartz un fascicule intitulé Meine Begegnungen mit dem Ozeam des Wissens (« Mes rencontres avec l'océan de sagesse »). Victor et Victoria Trimondi écrivent que des rencontres entre Beger et le dalaï-lama ont eu lieu en 1983, 84, 85, 86 et 94.

Avec l'alpiniste Heinrich Harrer (qui vécut au Tibet de 1944 à 1951) et Kazi Sonam Togpyal (ancien interprète auprès de la mission indienne au Tibet), Robert W. Ford (ancien officier radio de la mission britannique à Lhassa, puis du gouvernement tibétain), Ronguy Collectt (fille de Sir Charles Bell), Joan Mary Jehu (séjour au Tibet en 1932), Archibald Jack (visite de la garnison britannique à Gyantsé), Fosco Maraini (séjour au Tibet en 1937 et 1948), Bruno Beger co-signa un document affirmant la « conviction que le Tibet était un état pleinement souverain avant 1950 », et posa pour une photographie de groupe aux côtés du 14e dalaï-lama, en 1994, à Londres. Sa famille a annoncé sa mort à Königstein le 12 octobre 2009, à l'âge de 98 ans.


Publié dans Scientifiques

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