Bignon Albert Charles Louis
Albert Bignon était fils de J. Bignon, administrateur de l'Inscription maritime et de Madame, née Stéphan. Il effectue ses études au Prytanée militaire de la Flèche et au lycée de Lorient avant
de s'inscrire à la faculté de droit de Rennes. Il y préside la fédération des étudiants républicains et socialistes et quitte l'université titulaire de la licence et du diplôme d'études
supérieures de droit civil et commercial. A 23 ans, en 1933, il se marie avec Mademoiselle Dalmont et s'installe comme avocat à Rochefort. Il sera à six reprises bâtonnier de l'ordre des avocats
de la Rochelle et Rochefort.
Acquis à la Résistance dès l'appel du 18 juin, Albert Bignon prend une part active à la lutte contre l'occupant comme chef du sous-secteur du réseau Navarre et chef de groupe de l'OCM
(Organisation civile et militaire) de Rochefort. Mais le 21 septembre 1943, il est arrêté par la Gestapo, incarcéré et torturé à la Rochelle et Poitiers et il gardera de cet épisode douloureux de
graves séquelles. A la Libération, Albert Bignon fait partie du Comité départemental de Libération et devient maire de Rochefort. Il n'hésite pas cependant à démissionner pour s'engager dans le
6e régiment d'infanterie et participer à la fin des combats contre l'Allemagne. Il termine la guerre titulaire de la Croix de guerre 1939-1945, de la médaille de la Résistance et de la Légion
d'honneur.
En 1947, Albert Bignon retrouve son siège au conseil municipal de Rochefort et le gardera jusqu'en 1971. En 1949, il est également élu conseiller général de Rochefort-Sud, mandat qu'il conservera
jusqu'à son décès. Plus que jamais gaulliste, il devient le candidat du RPF en Charente-Maritime aux élections de 1951. Sa profession de foi dénonce les partis de la Troisième force, le régime
des partis et la loi électorale des apparentements. Elle réclame aussi la fin du dirigisme, des économies massives sur le budget de l'Etat afin de ranimer la confiance et la production. La liste
du RPF arrive en tête en Charente-Maritime avec 65 527 voix (34,7 %) contre 22,1 % au parti communiste, 19,9 % au Rassemblement des gauches républicaines, 13,3 % à la SFIO et 9,9 % au MRP.
Aussi le parti gaulliste compte-t-il deux élus, Max Brusset, député sortant, et Albert Bignon, second de la liste. Ce succès s'explique par le reflux du MRP qui perd la moitié de ses voix par
rapport en 1946 et dont les électeurs se sont en grande partie reportés sur la liste du RPF. Pendant son mandat, Albert Bignon est un parlementaire actif. Il est nommé membre de la Commission de
la marine marchande et des pêches et de celle des pensions, dont il est le vice-président. Il ne dépose pas moins de trente et un rapports ou propositions de loi, consacrés soit aux problèmes des
pensions militaires et civiles, soit à la marine marchande. Il intervient également régulièrement en séance, notamment lors de la discussion du budget du ministère de la marine marchande et de
celui des anciens combattants et victimes de guerre.
Mais, dès le 30 août 1951, Albert Bignon montre aussi qu'il reste avocat en défendant un amendement au projet de loi relatif au redressement financier de la sécurité sociale. Il y demande que les
débineurs puissent faire appel des décisions des juridictions contentieuses de la sécurité sociale, sinon celle-ci sera juge et partie et les débiteurs, de bonne comme de mauvaise foi, seront
également frappés sans recours possible. Or bien souvent, selon lui, les retards de paiement des cotisations par les employeurs sont dus en fait aux délais de paiement de l'Etat lui-même. Le 31
décembre 1953, Albert Bignon intervient dans une discussion du même type en donnant l'explication du vote positif de son groupe à propos du projet de loi relatif au renouvellement des baux
commerciaux, amendé par le Conseil de la République. Il souhaite à cette occasion que le Parlement tire les conséquences de la notion de propriété commerciale, apparue en 1926, et reconnaisse que
le "bail commercial est un contrat sui generis auquel les règles traditionnelles du Code civil de 1804 ne peuvent plus s'appliquer (...). Il faudra par conséquent que, dans un proche avenir, un
projet d'ensemble, issu de négociations entre le monde du commerce et les représentants de la propriété bâtie, soit mis à l'étude. Ainsi prendra fin une querelle stérile dont nos discussions
d'aujourd'hui ont été encore une fois l'exemple".
Ses deux dernières interventions importantes ont trait à la défense des intérêts des anciens combattants. Le 6 août 1954, il obtient du ministre des finances, Edgar Faure, l'assurance formelle
que le plan quadriennal visant à résoudre les problèmes des anciens combattants et victimes de guerre ne sera pas affecté par la demande de pouvoirs spéciaux en matière économique et financière
faite par le Gouvernement Mendès France. Le 11 mars 1955, alors qu'Edgar Faure est devenu président du conseil, il revient à la charge et se félicite que celui-ci tienne les promesses faites en
dépit des velléités d'économies sur ce chapitre qu'il avait eues comme ministre des finances. Il conclut en annonçant que les républicains sociaux voteront le budget. Hostile à la CECA et à la
CED, Albert Bignon avait déjà rallié la majorité lors du vote de confiance au gouvernement Mendès France, qui s'était soldé par la chute de ce dernier.
Aux élections du 2 janvier 1956, Albert Bignon est à nouveau second sur la liste des "républicains sociaux", nouveau nom des gaullistes après la dissolution du RPF. Mais la multiplication des
listes et l'apparition d'un assez fort courant poujadiste en Charente-Maritime entraînent un émiettement de l'électorat qui fait fortement régresser le score de la liste où figure Albert Bignon.
Celui-ci ne recueille que 25 178 voix (11,3 %) contre plus de 65 000 cinq ans plus tôt. Ainsi, seul Max Brusset est-il réélu de 1956 à 1958. Albert Bignon retrouve son cabinet d'avocat et ses
mandats locaux, mais l'avènement de la Cinquième République va lui permettre de poursuivre une carrière politique.