Bockel Pierre

Publié le par Roger Cousin

Bockel PierrePierre Bockel, né le 3 octobre 1914 à Saint-Amarin et mort le 13 août 1995 à Strasbourg est un prêtre catholique du diocèse de Strasbourg, résistant, écrivain et journaliste français. Ordonné prêtre le 24 juin 1943 en la cathédrale Notre-Dame de Fourvière à Lyon, il est également Théologien et écrivain, aumônier de la Brigade Alsace-Lorraine auprès d’André Malraux, fondateur et directeur de la revue Bible et Terre sainte, ancêtre de la revue Le Monde de la Bible, aumônier des étudiants de Strasbourg de 1953 à 1968, archiprêtre de la Cathédrale de Strasbourg de 1967 à 1986, chanoine titulaire du Chapitre de la Cathédrale de Strasbourg, et Prélat d’honneur de Sa Sainteté.

Il est honoré par l’État d’Israël du titre de « Juste parmi les nations » en 1988. Il est l’oncle de Jean-Marie Bockel, sénateur du Haut-Rhin et fondateur du mouvement La Gauche moderne. Fils aîné de Louis Bockel, notaire à Thann et conseiller général et de Valérie Rothenburger, Pierre Bockel fait ses études primaires au collège de la ville, puis étant un enfant « de nature turbulente» il est envoyé au collège marianiste de la Villa-Saint-Jean à Fribourg en Suisse.

Lors de vacances à Thann en 1929, il rencontre dans le train l’homme qui sera à l’origine de sa vocation, l’abbé Jean Flory, un prêtre originaire de la ville : « Je soutenais mal son regard perçant d’intelligence et de malicieuse bonté qui s’obstinait sur moi. Ma timidité de garçon de quinze ans, mal dans sa peau, tourmenté, complexé, me rendait insupportable ce face à face silencieux. Enfin, il se mit à parler : “ N‘est-ce pas que la vie est belle ? “ me demanda-t-il. “ Oh ! que non ! ” lui répondis-je d’instinct et d’un ton d’adolescent malheureux à qui l’internat ne laissait le choix qu’entre le rêve mystique et la tristesse romantique. La riposte fut aussi rapide qu’inattendue : une gifle… mais avec un tel sourire ! J’avais trouvé en l’abbé Flory mon maître et mon grand ami ». Suite à l’annexion de fait de l’Alsace-Lorraine par les Allemands, Pierre Bockel est expulsé d’Alsace le 10 décembre 1940 avec toute sa famille.

Il commence son séminaire au Séminaire des Carmes à Paris. Il fait ensuite ses années de service militaire et est capturé en juin 1940, captivité suivie de l’expulsion d’Alsace avec toute sa famille en décembre de la même année. Il poursuit ensuite ses études de théologie au Séminaire Universitaire de Lyon et est ordonné prêtre en la cathédrale de Fourvière de Lyon le 24 juin 1943. La devise qu’il a fait graver sur la patène de sa première messe est « Ut omnes unum sunt ! Que tous soient un ! » Conjointement à ses études de séminariste, Pierre Bockel commence son activité dans la Résistance. Le Réseau « 7ème colonne d’Alsace » fondé par Paul Dungler, membre de l’Action française, deviendra le « Réseau Martial ». « Pierrot » Bockel est responsable avec Bernard Metz du « Réseau Martial » de la Zone Sud à Clermont-Ferrand où s’était repliée l’Université de Strasbourg.

Pierre Bockel fait partie du réseau qui, autour du jésuite Pierre Chaillet, rédige et diffuse clandestinement depuis 1941 les « Cahiers du Témoignage chrétien», publication clandestine dont l’influence dépasse de beaucoup les milieux chrétiens, et certains jeunes ayant cheminé loin de l’esprit du gouvernement de Vichy, y puisèrent le courage de passer à la Résistance en constituant en 1943, les « Groupes mobiles d’Alsace » dans le Périgord et à Toulouse. En septembre 1943, entouré d’une petite équipe, Pierre Bockel rédige en une semaine le volume XX-XXIII des « Cahiers du Témoignage chrétien » : « Alsace et Lorraine, terres françaises », qui paraîtra en octobre. « Dans les premiers jours du mois de septembre 1943, le Père Chaillet […] m’accordait une semaine pour rédiger un témoignage sur la situation de l’Alsace et de la Lorraine annexées par l’Allemagne national-socialiste, en vue d’informer les Français que la presse et la radio d’alors tenaient à l’écart de la vérité. […] La rapidité de la rédaction, et peut-être aussi la passion qui m’animait alors, furent aux dépens du style et de la forme. Fernand Belot et moi-même avions d’abord donné à cet ouvrage le titre de « Trahison ». Le Père Chaillet l’a ensuite transformé en « Alsace et Lorraine terres françaises ». L’édition clandestine fut tirée à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. La France en fut inondée.»

Le sommaire est le suivant : I. L’Alsace-Lorraine dans le cadre des conventions d’Armistice. II. Or, qu’en ont-ils fait ? III. Trois ans sous la botte. IV. Et Vichy ? V. Mais les Alsaciens et les Lorrains résistent au mépris des souffrances et des répressions les plus cruelles. VI. Ce que sont et ce que veulent demeurer l’Alsace et la Lorraine. Ce Cahier est le seul qui déborde largement le cadre religieux. Il n’hésite pas à dénoncer le silence et l’hypocrisie de Vichy et à les condamner. Bourré de documents et de témoignages vérifiés, ce dossier de 64 pages est un cas unique. Il reçut une couverture cartonnée et fut imprimé à 60 000 exemplaires, soit le double du tirage habituel et immédiatement diffusé dans la France entière. 800 exemplaires furent acheminés par péniche vers l’Alsace-Lorraine. La Résistance existe aussi parmi les Alsaciens réfugiés dans la zone sud : ils forment les « Groupes mobiles d’Alsace », qui seront en butte aux coups de filet des Allemands et des auxiliaires de Vichy. Ces maquisards Alsaciens de la zone sud montent le projet de créer une « Brigade Alsace-Lorraine ». dont l’action ne s’arrêtera qu’avec la libération totale du territoire français. Ce projet va trouver un homme providentiel qui lui donne corps et organisation : le « colonel Berger », alias André Malraux, qui en prend le commandement en septembre 1944. De l’aveu même de Malraux, celui-ci s’est retrouvé à la tête de la Brigade de manière fortuite, cherchant surtout à écrire un livre sur la Libération de l’Alsace vue de l’intérieur !

Les 2 000 volontaires, combattants indisciplinés, mal équipés, font souffler un esprit d'Espagne sur cette brigade qui s'intègre dans la 1re armée du général de Lattre de Tassigny. Pendant cinq mois, de septembre 1944 à février 1945, la « Brigade Alsace-Lorraine » participe aux violents combats d’Alsace et s’illustre lors de la prise de Dannemarie, de la défense de Strasbourg lors de la contre-offensive de Von Rundstedt et de la charge sur Colmar. André Bord, l’abbé Bockel qui sera l’aumônier de la Brigade, Antoine Diener Ancel, Jean Claus, et Bernard Metz en font partie. Pierre Bockel et André Malraux se rencontrèrent en juillet 1944, alors que prenait forme la brigade Alsace-Lorraine dont l’abbé Bockel allait devenir l’aumônier catholique et André Malraux le commandant. De cette période naîtra une amitié qui ne finira plus. Après la guerre, les deux hommes se revirent souvent et parfois dans des circonstances tragiques : ainsi, en mai 1961, après la mort accidentelle des deux fils d’André Malraux, Pierre-Gauthier et Vincent, pour lesquels le père Bockel célébra une messe.

En 1973, André Malraux écrivit une préface particulièrement substantielle pour le récit autobiographique que le père Bockel L’Enfant du rire (Grasset, 1973). André Malraux y écrit notamment : « Chacun sait, à Strasbourg (et quelques-uns savent, ailleurs) que l'abbé Bockel est un prêtre selon l’Évangile. Toute sa vie exemplaire nous interroge sur ce qui l’anime. ». « Sous la chape de haine et de nuit tombée sur la France dans les années d’occupation, des lumières, par milliers, refusèrent de s’éteindre. Nommés « Justes parmi les nations » ou restés anonymes, des femmes et des hommes, de toutes origines et de toutes conditions, ont sauvé des juifs des persécutions antisémites et des camps d'extermination. Bravant les risques encourus, ils ont incarné l'honneur de la France, ses valeurs de justice, de tolérance et d’humanité ». Jeune séminariste Pierre Bockel s’engage avec d’autres camarades alsaciens au sein du « Réseau Martial » dans la Résistance. Il va prendre une part active au sauvetage de plusieurs juifs, qu’ils fussent de sa connaissance ou anonymes. En septembre 1942, lorsque Charles Schwed, sa femme, ses enfants, juifs de Colmar, s’étaient réfugiés à Lyon, il n’hésita pas à leur procurer des faux papiers d’identité et leur trouva un refuge. Quelques mois plus tard lorsque leur fils, Pierre, étudiant en médecine, fut arrêté par les autorités de Vichy, il intervint auprès d’un inspecteur de police connu pour être favorable à la cause juive et Pierre fut relâché.

En septembre 1943, il vient d’être ordonné prêtre. Il est envoyé à Toulouse pour devenir l’aumônier des alsaciens-lorrains réfugiés dans la ville. Pierre Bockel protégea de la même façon une famille juive réfugiée à Toulouse et sauva du massacre leurs deux petits enfants, alors que la mère fut abattue par la Gestapo dans leur appartement. Ensuite il guida le père et les enfants jusqu’à Crest dans la Drôme, pour les confier à une de leur tantes, qui accepta de les cacher. Au début de l’année 1944, Pierre Bockel tira d’affaire David Weill, un avocat juif, et sa famille, qui se trouvaient sérieusement menacés. Il a également fourni de nombreuses fausses cartes d’identité à d’autres juifs. Pierre Bockel, titulaire de la Médaille de la Résistance, a été élevé en 1988 à la dignité de « Juste parmi les nations ». En 1957, le chanoine René Lecomte, doyen de la faculté de théologie de Lille et l’abbé Pierre Bockel, lancent la revue Bible et Terre sainte. C'est la grande époque des pèlerinages de masse comme celui du Centre Richelieu, dirigé par Maxime Charles.

Passionnés de la Terre sainte, les concepteurs de la revue voulaient permettre aux pèlerins de se tenir au courant des découvertes archéologiques et de faire connaissance avec les sites bibliques. Pour la première fois, une revue francophone présentait le résultat des fouilles du Proche-Orient à partir de reportages photographiques de première main et de textes rédigés par les archéologues et épigraphistes qui travaillaient sur les sites ou qui déchiffraient les manuscrits. Dès 1957 un numéro fut consacré entièrement aux Manuscrits de la mer Morte. En 1958, un reportage concernait le site de Jéricho dont les fouilles de Kathleen Kenyon venaient tout juste de s’achever. En 1959, Yigaël Yadin présentait ses fouilles de Hazor et Avi-Yonah décrivait le site de Massada dont il venait de diriger les fouilles. En 1977 la revue devient Le Monde de la Bible. En 1973, il publie son premier livre L’Enfant du rire qui sera préfacé par son ami André Malraux.

À la fin du conflit, Pierre Bockel célèbrera la messe de la Libération à Mulhouse puis prononcera l’homélie de la messe de la Libération totale de Strasbourg, le 18 janvier 1945 en la cathédrale Notre-Dame enfin rendue au culte. Retrouvant son diocèse qu’il avait dû quitter au moment de son expulsion d’Alsace, c’est tout naturellement qu’il est appelé par son évêque, Mgr Charles Ruch, à exercer son apostolat auprès des étudiants de Strasbourg. Aumônier au Collège moderne et technique de Colmar en 1945 puis au Lycée Fustel de Coulanges à Strasbourg en 1951. Aumônier diocésain de la jeunesse étudiante chrétienne (JEC). Aumônier diocésain de l’Université de Strasbourg de 1952 à 1966. En 1952, il fonde le Cercle Universitaire Georges Bernanos de Strasbourg.

En 1967, une nouvelle mission l’attends, archiprêtre de la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Lui qui n’a jamais exercé en paroisse va se trouver confronté à de nouveaux défis. Archiprêtre de la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg de 1967 à 1986. En 1977, sur proposition de Mgr Léon-Arthur Elchinger, évêque de Strasbourg, le pape Paul VI l’honorera du titre de Prélat d’honneur de Sa Sainteté. Dès lors, le jeune « Pierrot » de la Résistance est devenu pour tous Mgr Bockel quoiqu’il ait toujours préféré qu’on l’appelle Père. Il sera aussi délégué épiscopal pour le diocèse de Strasbourg, délégué régional pour l’œcuménisme et président d’honneur du Colloque européen des paroisses de 1986 à 1993. Pierre Bockel prend sa retraite en 1993. Atteint d’un cancer, Pierre Bockel décède le 13 août 1995 à l’Hôpital civil de Strasbourg. Il est enterré à Thann.


Publié dans Eclésiastiques

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