Catrice Jean Louis
Jean Catrice a fait ses études à l'institution Notre-Dame des Victoires de Roubaix puis à l'Ecole nationale supérieure des arts et industries textiles. Une fois ingénieur, il entre dans
l'entreprise familiale. Il appartient à cette partie du patronat chrétien qui a fait siens les principes du catholicisme social. En 1926, Jean Catrice est président de la Fédération roubaisienne
de l'Association catholique de la jeunesse française. L'été 1928, il se marie avec Claire Corset et aura sept enfants, quatre filles et trois garçons. En octobre 1930, il succède à l'industriel
Adolphe Demasure comme président de l'Union diocésaine de Lille. Il défend l'action des laïcs dans l'apostolat de l'Eglise. Ami du chanoine Pierre Tiberghien, proche du cardinal Lienard, il se
fait l'avocat de la jeunesse ouvrière chrétienne et de la Confédération française des travailleurs chrétiens dans les milieux patronaux. Il a aussi une action politique. Membre du Parti démocrate
populaire, fondé en 1924, il se retrouve secrétaire général de la section roubaisienne à la veille de la guerre.
Entré tôt dans la Résistance, il appartient à l'Organisation civile et militaire. En 1943, il est chargé de la constitution des comités départementaux de libération dans le Nord et le
Pas-de-Calais. II assure en même temps la liaison du mouvement "Voix du Nord" auprès du Conseil national de la Résistance. A la veille de la Libération, il est une des figures les plus marquantes
de la Résistance dans le Nord. II est nommé Commissaire régional de l'information. Il fonde avec quelques amis le Rassemblement démocratique des résistants d'inspiration chrétienne connu sous le
sigle RIC. Ce regroupement donne naissance au Mouvement républicain populaire en novembre 1944. Jean Catrice devient vice-président du nouveau parti. Il est en même temps fondateur de
Nord-Eclair, ancien Journal de Roubaix où il occupe les fonctions de gérant. Il est décoré de la Croix de guerre, la Rosette de la Résistance et la Légion d'honneur. Il est aussi officier de
l'Ordre de Léopold 1er de Belgique.
Le 2 juin 1946, pour les élections à la seconde Assemblée nationale Constituante, le MRP présente Jean Catrice en troisième position sur sa liste dans la deuxième circonscription du Nord. Cinq
listes s'affrontent pour neuf sièges à pourvoir. Sur 513 633 électeurs inscrits et 457 801 suffrages exprimés, le MRP arrive en tête avec 169 212 voix et emporte trois sièges, la SFIO avec 128
900 voix a également trois élus, le Parti communiste avec 109 681 voix a deux élus. Le dernier siège, avec 42 702 suffrages échoit à une liste d'Union des républicains du Nord.
Jean Catrice est nommé membre de la Commission des affaires économiques, des douanes et des conventions commerciales et de la Commission de l'équipement national et de la production. Il a
l'occasion d'intervenir pour défendre la représentation des artisans, des commerçants, des associations familiales au Conseil économique. Dans le débat du 2 octobre, il définit avec clarté sa
démarche politique : "Certains ont tendance à vouloir passer de la réglementation étriquée à la liberté complète, c'est-à-dire au libéralisme économique, au régime où l'homme est un loup pour
l'homme et où les petits sont nécessairement les victimes. Nous voulons, nous, une liberté organisée par des mesures de coordination et de contrôle ".
En novembre 1946, pour les élections à la première Assemblée nationale législative, le MRP présente la même liste dans la deuxième circonscription du Nord et demeure encore la première force
politique malgré un recul en voix. Sur 520 875 électeurs inscrits et 453 631 suffrages exprimés, la liste conduite par Maurice Schuman, où Jean Catrice figure en troisième position, regroupe 131
095 voix et conserve ses trois sièges. La SFIO, avec 113 298 voix, a trois sièges, le Parti communiste, avec 110 254, deux sièges, et une liste d'Union des républicains et de rassemblement
gaulliste, avec 94 657 voix a deux élus.
Le député du Nord retrouve la Commission des affaires économiques, il en est élu vice-président le 20 janvier 1948. Il est désigné pour faire partie de la Sous-commission chargée de suivre et
d'apprécier la gestion des entreprises industrielles nationalisées et des sociétés d'économie mixte. En juillet 1947, il est, en outre, nommé juré à la Haute cour de justice. II travaille
particulièrement sur les questions commerciales nationales et internationales. Il défend une politique d'expansion du crédit pour les petites et moyennes entre-prises industrielles, commerciales
et artisanales. Soucieux de la réalisation d'une unité économique de l'Europe, il est amené à intervenir à plusieurs reprises pour défendre les positions du MRP. Ainsi, le 2 juillet 1948,
déclare-t-il : " Il faut, dans ce dessein, se décider à bousculer un certain nombre de positions traditionnelles et réaliser, au plus vite, des unions douanières ". Dans son travail
parlementaire, il s'impose par un grand esprit de rigueur et de sérieux.
Les élections législatives du 17 juin 1951 se font au scrutin majoritaire à un tour avec apparentement. Dans la deuxième circonscription du Nord, un apparentement est conclu entre le ..P, la
SFIO, les Radicaux et les Indépendants et paysans. Dans sa profession de foi, Jean Catrice met en lumière le rôle du MRP dans la conclusion de cet apparentement : "N'oubliez pas que dans le Nord,
comme dans beaucoup de départements, c'est sur notre initiative qu'a pu se faire dans le respect des légitimes divergences, l'accord entre ceux qui veulent défendre la patrie contre
l'impérialisme oriental, la liberté contre toutes les dictatures, la paix contre toutes les aventures". Sur 523 307 électeurs inscrits et 451 713 suffrages exprimés, les listes apparentées
obtiennent 240 550 suffrages, soit 14 703 de plus que la majorité absolue. Les dix sièges vont aux listes apparentées, cinq pour la S.F.I.O. qui recueille 107 392 voix, quatre pour le MRP avec 84
480 voix, et un pour les Indépendants et paysans avec 39 409 voix.
Jean Catrice est à nouveau nommé vice-président de la Commission des affaires économiques le 17 juillet. Il est en outre membre de la Commission de la presse (1951). Il est désigné pour faire
partie de la Sous-commis-sion chargée de suivre et d'apprécier la mise en œuvre de la convention de coopération économique et du programme de relèvement européen. Le 3 juin 1953, la Commission
des affaires économiques le désigne pour faire partie de la Commission de coordination pour l'étude des questions relatives à la Communauté du charbon et de l'acier, dont il est nommé secrétaire
le 16 juillet. En juin 1954, il est membre suppléant de la Commission de coordination pour l'examen des problèmes intéressant les Etats associés d'Indochine. Enfin, le 10 mars 1955, il fait
partie de la Commission de coordination de l'énergie atomique et des recherches nucléaires.
Il continue de manifester une importante activité parlementaire et dépose plusieurs rapports et propositions de loi de nature économique. Le 1er juillet 1952, faisant le tableau de la crise de
l'industrie textile, il critique la politique menée par le gouvernement d'Antoine Pinay : "Poursuivre la baisse par des prières et des supplications sans cesse répétées et en se refusant
d'intervenir, de recourir à la contrainte sous le prétexte d'un abri commode sous un libéralisme dépassé, c'est créer une crise de dépression, provoquer un ralentissement et bientôt un arrêt du
courant des affaires à travers tout le pays, dans l'espérance d'une baisse qui ne se fait pas". Il suit son groupe dans les grands votes parlementaires. Le 17 juin, il s'abstient volontairement
lors de l'investiture du gouvernement Mendès France, le 30 août, il vote contre la question préalable posée par le général Aumeran dont l'adoption entraîne le rejet de la CED, le 4 février 1955,
il refuse la confiance au gouvernement Mendès France (chute du cabinet).
Le 2 janvier 1956, pour les élections législatives anticipées, aucun apparentement n'étant conclu dans la deuxième circonscription du Nord, les dix sièges sont répartis à la proportionnelle. Sur
570 639 électeurs inscrits et 507 934 suffrages exprimés, la SFIO avec 160 044 voix, arrive en tête et emporte quatre sièges, suivie par le Parti communiste, avec 114 015 voix, et le MRP avec 84
465 voix, qui ont chacun deux sièges. La troisième position de Jean Catrice ne lui permet pas d'être réélu. Les deux derniers sièges échoient, aux Indépendants et paysans, avec 87 488 voix, et à
une liste poujadiste avec 38 351 voix. Jean Catrice quitte alors la vie politique mais conserve ses autres responsabilités sociales, notamment la gérance de Nord-Eclair.