Catroux Diomède Anne
Diomède Catroux est le fils de René Catroux, expert en tableaux anciens, qui fut condamné à mort en 1944, et s'évada de prison en avril pour prendre le maquis jusqu'à la Libération ; il est le
neveu du général Catroux, membre du Comité national français de Londres et du gouvernement provisoire de la République française à Alger puis à Paris. Il a fait ses études à Paris, aux lycées
Buffon, Janson de Sailly et Condorcet. Elève de l'Ecole libre des sciences politiques, étudiant à la Faculté de droit, il obtient une licence ès lettres et un doctorat en droit, en présentant en
1939 une thèse sur "l'organisation des marchés agricoles en Algérie". Il est, en outre, diplômé de l'Institut des études internationales. En 1938, il est chargé de mission au centre politique des
affaires étrangères, pour la section d'Extrême-Orient.
Mobilisé en 1939, il entre à l'Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr d'où il sort en mai 1940. Il fait alors la campagne de France de mai à juin. Démobilisé, en octobre, il s'engage dans la
Résistance et participe à l'organisation des premiers réseaux de résistants pour le renseignement et l'action. Jusqu'en novembre 1942, il se préoccupe de toutes les questions concernant le
ravitaillement, l'agriculture et l'industrie. Il est amené à travailler avec Christian Pineau, un des fondateurs de "Libération Nord". Membre des "Forces françaises libres" , en 1943, il est
condamné à mort par le gouvernement de Vichy. Il gagne Alger, où il est chargé de mission auprès de Jean Monnet, commissaire à l'armement, à l'approvisionnement et à la reconstruction dans le
gouvernement provisoire. Dans cette même année, il est expert économique du gouvernement français à la conférence de l'UNRA à Atlantic-City. Il est ensuite nommé chef de cabinet du commissaire en
mission aux Etats-Unis jusqu'en juin 1944 pour la préparation du débarquement en France occupée. D'octobre à décembre 1944, il est chef de cabinet du général Catroux, ministre d'Etat chargé de
1'Afrique du Nord. Puis, il devient chef de cabinet de Christian Pineau, ministre du ravitaillement jusqu'en octobre 1945. Enfin, jusqu'en janvier 1946, il est conseiller technique au cabinet
d'André Malraux, ministre de l'information, où il est particulièrement chargé de la réorganisation du ministère. Il reçoit la Croix de guerre avec palme, la Médaille des évadés, la Médaille des
engagés volontaires, la Médaille de la France Libre, enfin la Légion d'honneur à titre militaire. En 1945, il publie un essai sociologique, Thomas l'incrédule.
De juin 1946 à janvier 1949, Diomède Catroux est membre de la Délégation permanente du gouvernement français au Conseil de sécurité des Nations-Unies. Il a en même temps une action politique
militante. A partir du printemps 1947, il est appelé par André Malraux comme directeur général des services de presse et de propagande du Rassemblement du peuple français. Il le demeure jusqu'en
1951 moment où il se fait mettre en disponibilité. Il se marie et aura deux enfants.
Le 2 juin 1951, pour les élections législatives, il se présente en deuxième position sur la liste du RPF dans le Maine-et-Loire, département où il a des attaches familiales, son père étant
originaire de Montrevault. La profession de foi du RPF le présente comme "une des personnalités les plus redoutées du Parti communiste". Dans ce département où six sièges sont à pourvoir, un
apparentement est conclu entre le MRP et les Indépendants paysans, mais il n'atteint pas la majorité absolue. Sur 298 103 électeurs inscrits et 229 761 suffrages exprimés, le RPF avec 83 350 voix
arrive en tête et emporte trois sièges, le M.R.P., avec 47 231 voix, obtient deux sièges et les Indépendants paysans, avec 36 609, un siège.
Diomède Catroux s'affirme d'emblée comme un parlementaire de talent possédant ses dossiers, et un polémiste redoutable. Il est nommé membre de plusieurs commissions celle des affaires économiques
(1951) et celle de la presse (1954), et membre suppléant de la Commission des finances. La Commission des affaires économiques le désigne, le 3 février 1953, pour faire partie de la
Sous-commission chargée de suivre et d'apprécier la mise en œuvre de la convention de coopération économique européenne et du programme de relèvement européen, le 5 mars 1954, de la Commission de
coordination pour l'étude des questions relatives à la Commu-nauté européenne de charbon et de l'acier, le 8 juin de la même année, de la Commission de coordination pour l'examen des problèmes
intéressant les Etats associés d'Indochine en qualité de membre suppléant.
Diplomate de profession, ses interventions ont surtout porté sur la politique étrangère et la politique militaire. Il est un des principaux porte-parole du RPF pour défendre l'identité nationale.
"Nous voulons, déclare-t-il dans le débat du 7 décembre 1951, sur la ratification du traité instituant la CECA, une France bien saine, bien vivante. Nous demandons seulement que le gouvernement
ne livre pas le corps fragile de l'Europe aux démons intérieurs d'une Allemagne qui se croira libre, ayant tout obtenu". Face à l'instabilité ministérielle, il met en évidence, à plusieurs
reprises, les insuffisances du système politique. Ainsi dans le débat sur la loi de finances, le 5 décembre 1952 : " Si vous n'avez pas réussi, ce n'est pas parce que votre volonté de stabiliser
le franc était mauvaise en soi - elle est même nécessaire et s'imposerait demain à vos successeurs - mais parce que les conditions de vie de l'appareil de l'Etat sont défectueuses".
Après l'éclatement du RPF, Diomède Catroux appartient à cette faction de députés gaullistes influencés par les analyses et la personnalité de Pierre Mendès France. Dans le débat d'investiture du
5 juin 1953, qui ne permet pas à Pierre Mendès France d'atteindre la majorité requise, il déclare : "Vous avez fait renaître l'espoir qu'un jour, un regroupement social et national s'opérera pour
faire que la France retrouve dans les instances internationales l'autorité qui lui est nécessaire pour négocier ses chances de vie, le maintien de l'Union française et également sa place dans le
monde". Il est amené à prendre nettement position contre l'institution de la Communauté européenne de défense. "Nous n'avons pas le droit, déclare-t-il le 19 novembre 1953, de laisser disparaître
la France au profit d'une Europe allemande". Mais, en même temps, il approuve la recherche d'une paix honorable en Indochine. Au printemps 1954, il est élu conseiller municipal de
Montrevault.
Persuadé que "c'est à Paris que se gagne la partie de la France dans le monde" , il accepte, avec quelques uns des Républicains sociaux, d'entrer dans le gouvernement que forme Pierre Mendès
France. Le 19 juin 1954, il est nommé secrétaire d'Etat aux forces armées pour l'air. Le 3 août 1954, lors du vote de la question préalable opposée par le général Aumeran, qui entraîne le rejet
de la CED, il ne prend pas part au vote. Ses responsabilités gouvernementales l'amènent à être partie prenante dans les études pour la fabrication de l'arme atomique française. Le 20 janvier 1955
dans le remaniement qu'effectue Pierre Mendès France, il est nommé secrétaire d'Etat à l'armement, mais le gouvernement "tombe" le 4 février.
Redevenu simple député, il intervient à plusieurs reprises sur la question marocaine pour dénoncer les illusions d'une politique de force qui "compromet la France avec le Maroc traditionaliste".
Dans le débat du 28 octobre 1955, il est amené à définir sa position politique : "il se trouve que ma tendance marquée par les positions que j'ai prises, est une tendance libérale, que je
qualifierai de centre-centre-gauche et que tout m'incite à refuser la confiance au gouvernement mais, pour ne pas remettre en cause l'évolution du Maroc, je l'accorderai ".
Le 2 janvier 1956, pour les élections législatives anticipées, Diomède Catroux se représente dans le Maine-et-Loire sur une liste d'Union nationale d'action sociale. Aucun des trois
apparentements conclus n'obtient la majorité absolue. Les six sièges à pourvoir sont répartis à la proportionnelle. Sur 320 438 électeurs inscrits et 254 739 suffrages exprimés, le MRP, avec 53
075 voix conserve trois sièges, une liste d'Union des indépendants d'action démocratique, avec 28 590 voix, une liste d'Union nationale d'action sociale, avec 24 155 voix, et le Centre national
des indépendants et paysans, avec 22 943 voix, obtiennent chacun un siège. Deuxième de liste, Diomède Catroux n'est pas réélu. Il reprend une activité professionnelle en étant directeur financier
de Publicis et de Régie Presse. Il garde ses attaches politiques avec les milieux gaullistes et soutient le retour au pouvoir du général de Gaulle.