Durroux Jean
Originaire d'un village de l'Ariège dont il sera très longtemps le premier magistrat, Jean Durroux effectue ses études supérieures à Toulouse. Dès cette époque, il milite à la SFIO à laquelle il
adhère en 1933 et fonde l'Union syndicale des étudiants de Toulouse. Nommé professeur adjoint au lycée de Foix, il s'engage, après la défaite de 1940, dans la Résistance et devient le secrétaire
fédéral pour l'Ariège du Parti socialiste clandestin. Il conserve cette fonction jusqu'en 1947. A l'issue de la guerre, sa conduite lui vaut la Médaille de la Résistance. Après avoir conquis la
mairie de Betchat aux premières élections municipales de 1945 (mandat qu'il conserve jusqu'à son décès), il est tout naturellement le chef de file de la liste SFIO pour les élections à la
première Assemblée nationale constituante de 1945. Dans ce département ancré de longue date à gauche, les deux partis de gauche, socialiste et communiste, font presque jeu égal et laissent peu de
place à leurs concurrents. Jean Durroux, avec 24 896 voix, est distancé d'une courte tête par la liste communiste (25 265 suffrages) tandis que le Parti radical (14 725 voix) et le MRP (10373
voix) sont loin derrière. Les trois premières listes citées emportent chacune l'un des trois sièges à pourvoir. Le nouveau député socialiste siège à la Commission de la justice et à celle de
l'éducation nationale mais il ne dépose aucun texte ni ne participe à aucun débat pendant ce premier mandat.
La même configuration électorale caractérise le scrutin pour la seconde Assemblée nationale constituante, si ce n'est un effritement du score socialiste au profit des partis plus modérés, radical
et républicain populaire. Jean Durroux ne recueille plus que 22 962 suffrages, soit près de deux mille voix de moins que Pierre Poumadère, chef de la liste communiste (24 942 voix), tandis que le
Rassemblement des gauches républicaines obtient 16 335 voix et que le MRP progresse encore plus (14 531 suffrages). Jean Durroux choisit de siéger pendant son second mandat à la Commission de
l'agriculture. A ce titre, il dépose une proposition de loi tendant à revenir à la structure donnée, par la loi du 15 août 1936, à l'Office national inter-professionnel des céréales. Le 12
septembre 1946, il dépose un rapport sur la proposition de résolution Baurens tendant à inviter le Gouvernement à assurer aux producteurs de blé la consommation familiale.
Pour les premières élections législatives de la IVe République, les rapports de force entre les quatre principales formations restent remarquablement stables, si ce n'est une montée, sensible
également au plan national, des abstentions, qui entraîne une érosion du capital électoral de chaque parti. Jean Durroux et ses colistiers socialistes ne recueillent plus que 21 089 suffrages
contre respectivement 24 505 au Parti communiste, 14 383 au Rassemblement des gauches républicaines et 13 393 au MRP. Jean Durroux siège pendant toute la législature à la Commission de
l'agriculture ainsi que, brièvement, à la Commission du ravitaillement, puis à celle de la production industrielle ; de 1949 à 1951, il opte pour la Commission des pensions et pour celle du
travail et de la sécurité sociale. Les quatre rapports qu'il rédige sont liés aux problèmes des pensions tandis que la proposition de loi qu'il dépose concerne un projet de création d'un tribunal
de commerce départemental pour les départements où le petit nombre d'affaires ne permet point l'existence d'un tribunal par arrondissement, cas de l'Ariège.
L'expérience parlementaire aidant, Jean Durroux participe plus fréquemment aux débats. En dehors de la défense de divers amendements à propos de questions agricoles, sa principale intervention
orale est une explication de vote sur l'ordre du jour Moussu, le 24 février 1950. C'est l'occasion pour lui d'attirer l'attention du ministre sur l'insuffisance des méthodes d'indemnisation ou
d'aide des paysans en cas de calamités agricoles. Il voit dans cette insécurité agricole permanente l'une des causes de l'exode rural.
Aux élections législatives du 17 juin 1951, deux nouveautés perturbent les résultats par rapport au scrutin précédent. Un accord d'apparentement a été conclu entre les trois partis centre-gauche,
socialiste, radical et M.R.P., tandis que le R.P.F. présente une liste " d'Union anti-communiste et anti-Troisième force des indépendants de l'Ariège pour le Rassemblement du peuple français ".
Son score est néanmoins nettement inférieur à la moyenne nationale avec 6,7 % des voix. Les partis apparentés bénéficient en outre du recul absolu et relatif du Parti communiste puisque, pour la
première fois, la liste de Jean Durroux arrive en tête (29,7 % des voix contre 29,5 % à la liste communiste). Aussi la liste socialiste recueille-t-elle deux sièges et la liste radicale un. Le
M.R.P. et le Parti communiste sont donc les deux grands perdants du scrutin. Jean Durroux siège à la Commission de l'intérieur et à celle de la famille, de la santé publique et de la population
dans la nouvelle assemblée. Il exerce en outre les fonctions de secrétaire de l'Assemblée nationale à partir du 13 janvier 1954. Pendant la législature, le député de l'Ariège dépose une série de
propositions de résolution à propos de catastrophes naturelles ou de problèmes économiques affectant son département. Dans les débats, il intervient sous forme de brèves interventions lors du
dépôt d'amendements au cours des discussions budgétaires du ministère de l'agriculture ou de l'intérieur. Fin 1953 et fin 1954 par exemple, il critique les effets de la politique d'austérité du
Gouvernement sur le financement des collectivités locales. Enfin, le 31 mars 1955, il intervient sur le projet de loi établissant l'état d'urgence en Algérie à la suite de l'insurrec-tion
déclenchée à la Toussaint 1954 et déplore la non-application du statut de 1947, cause, selon lui, des difficultés et des troubles en Algérie.
Pour les élections du 2 janvier 1956, un apparentement a été conclu entre socialistes et radicaux au sein du Front républicain établi au plan national. Jean Durroux conforte sa position
électorale avec un score personnel de 22 733 voix, très proche du meilleur score de son parti en 1945. Son nouveau mandat de conseiller général du canton des Cabannes obtenu le 14 octobre 1951 et
son poste de vice-président du conseil général de l'Ariège y ont sans doute contribué. Le chef de file communiste, Pierre Poumadère, est également distancé pour la première fois par le député
sortant radical, Georges Galy-Gasparrou, ancien ministre (20 567 voix contre 20 825). Les listes marginales ou nouvelles venues, à la différence de ce qu'on constate dans d'autres régions pour ce
scrutin ne séduisent que moins d'un électeur sur six.
Pendant la dernière législature de la IVe République, Jean Durroux siège successivement ou parallèlement dans les Commissions de l'intérieur (1956-1958), du suffrage universel (1956), des
boissons (1956), de l'agriculture (1957) et des affaires économiques (1957-1958). Ses travaux écrits se limitent à un avis au nom de la Commission de l'intérieur à propos d'un projet de loi et
d'une lettre rectificative au projet de loi de finances pour 1957, à une proposition de résolution d'aménagement de la sécurité sociale pour les enfants placés dans les écoles de plein air et à
un rapport sur un projet de loi aménageant les ressources des collectivités locales.
Comme précédemment, ses discours revêtent un caractère technique et sont liés aux débats budgétaires. Ils sont toutefois plus développés dans la mesure où Jean Durroux est plusieurs fois
rapporteur pour avis de certains chapitres. Son examen attentif des chiffres va de pair avec le souci de montrer les insuffisances de certains articles du budget notamment celui des collectivités
locales, de plus en plus victimes des déséquilibres de la croissance industrielle. Lors de la crise finale de la IVe République, Jean Durroux fait partie des socialistes qui refusent la confiance
au général de Gaulle lors de son vote d'investiture.