Szenes Hannah

Publié le par Mémoires de Guerre

Hannah Szenes ou Chana Senesh (1921-1944), d'origine hongroise, fut l’une des 37 personnes juives vivant en Palestine mandataire qui ont suivi l’entraînement spécial britannique pour être parachutées ou infiltrées en Europe en vue d’aider à sauver les Juifs et servir d'agents de liaison avec l'armée britannique. Elle fut arrêtée à la frontière hongroise, emprisonnée et torturée, mais refusa de révéler les détails de sa mission et fut finalement jugée et fusillée. C’est une héroïne en Israël : parmi les rues portant un nom de femme, le sien est celui qui revient le plus fréquemment (devant celui de Golda Meir), et ses poèmes sont très connus. 

Szenes Hannah

Famille

Hannah Szenes est née à Budapest, en Hongrie, dans une famille juive assimilée. Son père, Béla, était journaliste et auteur dramatique. Sa mère s'appelait Katrina, née Salzberger, et son frère Gyuri. Tous résidaient à Rózsadomb un quartier cossu de Budapest. Dans le cadre de la magyarisation, la famille dut adopter un nom de famille hongrois, elle adopta donc celui de Szenes à la place de Schlesinger. 

Premières années

Hannah Szenes naît le 17 juillet 1921, née avec le prénom Anikó. Elle a six ans lorsque son père meurt et continue à vivre avec sa mère et son frère. Elle entre dans une école privée protestante pour filles, qui accepte des élèves catholiques et juives moyennant une forte participation financière. Réalisant la précarité croissante de la situation des Juifs en Hongrie, Hannah Senesh de religion juive Néologue apprend l'hébreu dès qu'elle décide de faire son Alyah. Elle rejoint le mouvement de jeunesse "Maccabea Hatzaïr" qui formait les jeunes à émigrer en Palestine sous le mandat britannique alors que les quotats sont très restreints. Elle écrit : « Je suis devenue sioniste. Je sens désormais de façon consciente et forte que je suis juive et fière de l'être. Mon but est de partir en Palestine... »

Nahalal

Hannah Szenes obtient son diplôme en 1939. Elle décide la même année d’émigrer en Palestine, alors sous mandat britannique, à bord du Bessarabia, un navire roumain, pour étudier à l’école d’agriculture pour filles de Nahalal, et trouve le travail agricole routinier et épuisant. Elle rejoint le kibboutz Sdot Yam en 1941. En 1943, elle s’engage dans l’armée britannique et commence son entraînement en Égypte comme parachutiste pour le service secret Special Operations Executive (SOE). 

Arrestation et torture

En mars 1944, dans le cadre de l'opération Het, première lettre en hébreu du mot « Hadira », « Infiltration », visant à infiltrer l'Europe nazie dans un groupe de 37 Juifs de Palestine, elle va au Caire puis à Bari avant d’être parachutée en Yougoslavie avec deux collègues masculins, Yoel Palgi et Peretz Goldstein. Ils rejoignent un groupe de partisans. Après leur atterrissage, ils apprennent que les Allemands ont déjà envahi la Hongrie et mis en place le Gouvernement d'unité nationale, sous domination des Croix-Fléchées, ce qui conduit les deux hommes à interrompre la mission, qu’ils jugent trop dangereuse. Elle continue seule et se dirige vers la frontière hongroise. À la frontière, elle est arrêtée par des gendarmes hongrois, qui trouvent l’émetteur radio britannique qu’elle porte et qu’elle utilise pour communiquer avec le SOE et avec les autres partisans. 

Elle est emmenée à la prison de Budapest, attachée à une chaise, nue, fouettée et frappée à coups de bâton pendant plusieurs heures. Les gardiens veulent connaître le code de son émetteur, de manière à pouvoir localiser les autres parachutistes. Elle ne le leur donne pas, même quand ils amènent sa mère dans sa cellule et la menacent elle aussi de torture. En prison, elle utilise un miroir pour envoyer des signaux aux Juifs détenus dans les autres cellules, et communique avec eux en utilisant de grandes lettres hébraïques découpées, qu’elle place une par une sur sa fenêtre et en dessinant l’étoile de David dans la poussière. Elle essaye de maintenir leur moral en chantant. 

Jugement et exécution

Hannah Szenes est jugée pour trahison le 28 octobre. Le verdict est repoussé deux fois : la première, pour donner un délai de huit jours supplémentaires aux juges, et la deuxième en raison de la nomination d’un nouvel assesseur. Accusée d'avoir trahi la Hongrie, elle répondit que "Les traîtres sont ceux qui ont semé le désastre sous les pas du peuple." Elle est exécutée le 7 novembre, avant que les juges aient rendu leur décision. 

Après sa mort

Son journal est publié en hébreu en 1946. En 1950, ses restes sont ramenés en Israël et enterrés au cimetière du Mont Herzl, à Jérusalem. Le 5 novembre 1993, après la fin de la Guerre froide, sa famille en Israël est informée qu’une cour militaire hongroise l’a officiellement innocentée. 

Publications

Hannah Szenes a tenu son journal jusqu’à son dernier jour. Szenes fut un poète et un auteur de théâtre. Elle écrivait aussi bien en hongrois qu’en hébreu. Voici quatre de ses poèmes. Le plus connu est Halikha LeKesariya ("Une balade à Caesarea"), communément désignée par Eli, Eli ("Mon Dieu, Mon Dieu"), que beaucoup de chanteurs ont chanté, y compris Regina Spektor et Sophie Milman, et qui a été utilisé pour clore certaines versions du film La Liste de Schindler3 :

Mon Dieu, mon Dieu,
Que jamais ne finissent
Le sable et la mer,
Les eaux jaillissantes,
Le rougeoiement du ciel,
La prière de l’Homme.

Un autre :

La voix a appelé, et je suis venue.
Je suis venue, parce que la voix a appelé.

Voici le dernier chant qu’elle écrivit après avoir été parachutée dans un camp de partisans en Yougoslavie :

Bénie soit l’allumette qui se consume comme du petit bois dans la flamme.
Bénie soit la flamme qui brûle dans la forteresse secrète du cœur.
Béni soit le cœur assez robuste pour arrêter de battre pour l’honneur.
Bénie soit l’allumette qui se consume comme du petit bois dans la flamme.

Les lignes suivantes ont été trouvées dans la cellule d’Hannah après son exécution :

Un - deux - trois... huit pieds de long
Deux enjambées, le repos est sombre...
La vie est un point d'interrogation éphémère
Un - deux - trois... peut-être une autre semaine.
Ou le mois prochain pourra me trouver encore ici,
Mais la mort, je la sens proche.
J’aurais eu 23 ans en juillet prochain.
J'ai joué à ce qui importait le plus, les dés ont roulé. J'ai perdu.

Publié dans Ecrivains, Militaires

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