Virlogeux Pierre
Pierre Virlogeux, dit Vernier, époux de Claude Rodier, ingénieur céramiste, chef d’entreprise, commandant des MUR (Mouvements unis de la Résistance) d’Auvergne, né le 21
janvier 1903 à Cérilly (Allier, Auvergne) et mort le 9 février 1944 à Riom (Puy-de-Dôme, Auvergne), fut jusqu’à son décès dans les geôles du SD (Sicherheitsdienst) de Clermont-Ferrand, un des
principaux chefs de la Résistance française en Auvergne, pendant la Seconde Guerre mondiale.
Pierre Virlogeux naît le 21 janvier 1903 dans une ferme installée au lieu-dit « Le Grand Pernier », commune de Cérilly dont son grand-père fut maire entre 1929 et 1935. Issu d'une famille
paysanne qui partage depuis plusieurs générations entre l'agriculture et les activités sylvicoles en raison de la proximité de la forêt de Tronçais. Sa culture familiale est fortement marquée à
gauche dans un Bourbonnais rural où le métayage est plus fréquent que le fermage.
Élève brillant et doté de talents artistiques certains, il bénéficie de l'ascenseur social qui le conduira à étudier à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Bourges, puis à intégrer
l'École nationale supérieure de céramique industrielle, encore installée à Sèvres dans les locaux de la Manufacture. Ce choix d'orienter sa carrière vers la céramique n'est sans doute pas un
hasard. La coexistence dans le Bourbonnais, de l'air, du kaolin (la terre), de l'eau et du bois (le feu) en faisait un lieu idéal pour cette industrie comme en témoigne le roman de Suzanne
Lavisse-Serre, Les Enfants de la Porcelaine dont l'action se passe à Cérilly et dont l'un des personnages porte le nom homonyme de Pierre Virlogeux.
Pierre Virlogeux est diplômé ingénieur céramiste DPLG en 1921, 28ème promotion de l'ENSCI de Sèvres, promotion qui comptait quatre élèves. Pierre Virlogeux épouse le 28 août 1926 une jeune
agrégée de physique, Claude Rodier, ancienne élève de Paul Langevin à l'École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres (ENSFJ). Ils s'installent en 1929 à Riom, Puy-de-Dôme où Pierre
Virlogeux crée une usine Les Grès Flammés. La production de l’usine est diversifiée :
- Aménagement d’intérieur (ex : couvres radiateurs)
- Laves émaillées (ex : conduites de tir, dioramas touristiques)
- Mobilier urbain (ex : fontaines, panneaux directionnels « Michelin»)
- Architecture (ex : décoration d’établissements thermaux auvergnats) (Établissement thermal du Mont-Dore)
Pour les besoins d'approvisionnement de son entreprise, Pierre Virlogeux est amené à acheter une carrière de Pierre de Volvic. Il est adhérent de la SFIO et Franc-maçon (Grand Orient de France).
De son union avec Claude Rodier naissent deux fils : Jean (1927-2006) et Marc (1934-2008). Il est assez rare de pouvoir documenter l' « entrée en Résistance » d'une personne. S'agissant de Pierre
Virlogeux, celle-ci est documentée (mais dans l'attente de la parution des mémoires du fils d'acteurs de cette évolution, en cours de rédaction, deux personnages importants resteront
anonymes).
De fait, cette « entrée » a lieu dès 1940, quand la débâcle et l'exode, conduit l'Université de Strasbourg à trouver refuge à Clermont-Ferrand. En accueillant un couple d'enseignants des Vosges
et d'origine juive, dont la femme était condisciple de Claude Rodier à l'Ecole normale supérieure de jeunes filles de Sèvres, et le mari, en contact, depuis le début de la Guerre, avec les
services secrets britanniques, le chemin était tracé.
Si l’affiliation originelle aux réseaux du Special Operations Executive (SOE) - et plus particulièrement aux Réseaux Buckmaster (SOE en France) - est avérée, un doute existe sur le nom exact du
réseau dont Pierre Virlogeux était membre. Tout porte à croire qu'il s'agissait du Réseau Alibi, d'autres riomois, dont le maire de Riom (1965-1971), ancien résistant, ancien déporté au camp de
Buchenwald, lié à la famille famille Virlogeux, acteur des hommages rendus par la Ville, Guy Thomas, fut un membre attesté.
L'activité durant la période qui va de 1940 à fin 1942 n'est pas documentée. Il prend un part active à la création des Mouvements unis de la Résistance finalisée en janvier 1943 qui, dans le
cadre de la réunion des principaux mouvements de résistance de la zone sud, donna naissance aux MUR d'Auvergne. A cette date, la zone sous sa responsabilité s'étend de Riom, au sud, à
Cosne-d'Allier, au nord, à La Souterraine à l'ouest, un territoire un peu plus vaste que les Combrailles. Vichy, siège de l' « État français » et Clermont-Ferrand sont tout proche. Interrogatoire
de Georges Mathieu, Affaires Mathieu et autres, Clermont-Ferrand, 16 septembre 1944"
“Expédition dans le région de Riom : D'une part, les interrogatoires du commandant Madeline et de l'adjudant (de gendarmerie) Dodinet, d'autre part, les archives de Saint-Maurice (il s'agit de la
fameuse serviette d'Emile Coulaudon, trouvée le 11 décembre 1943, au château de Saint-Maurice, près de Billom, comportant la liste des camps et dirigeants des MUR du Puy-de-Dôme, avec leurs vrais
noms et leurs pseudonymes, et bien d'autres choses encore) nous donnèrent les renseignements nécessaires.
Dodinet qui était originaire de Riom, donna les noms de Perol, Virlogeux, Passemard, Robin. Les archives de Saint-Maurice avaient fourni les noms de Laborier, Marconnet et Labrousse, le capitaine
de gendarmerie (Berger), et de Raynaud. Enfin, un renseignement du SB (Sonderkommando Blumenkampf, du nom de son chef, arrivé à Clermont en octobre 1943) avait signalé Chouvy. On devait aller non
seulement à Riom mais à Ennezat où les dirigeants du M.U.R. devaient être arrêtés.
Le 8 février, le SD au complet partit pour Riom. Immédiatement fut arrêté le nommé Chouvy. A 5 heures les opérations commencèrent. Dodinet guida la Gestapo. On arrêta Virlogeux avec toute sa
famille, Laborier, Perol, qui nous avait été montré par Dodinet alors qu"il se trouvait sur la place de la Fédération. A la maison centrale, le gardien Passemard nous échappa. Ensuite furent
arrêtés Marconnet, Labrousse et le capitaine de gendarmerie. Ensuite, on se rendit chez Robin qui était en fuite. Raynaud avait été oublié et les perquisitions ne donnèrent aucun résultat.
A 5 heures (du soir ?) on interrogea les prisonniers. J'allai voir si le nommé Menut, alias Benevol (Max Menut était déjà dans le Cantal), n'était pas chez lui mais il était en fuite. Nous
arrêtâmes l'abbé Anneser. Jean Virlogeux, fils aîné de Pierre Virlogeux, a fêté son 17ème anniversaire, le 4 janvier 1944. Après avoir tenté, l'année précédente de rejoindre le maquis et ramené
"manu-militari" par des amis de son père à la maison, il suit celui-ci dans ses actions comme "estafette", participe à la récupération de parachutages...
Arrêté avec son père, le 8 février 1944, il témoigne : "le 8 février 1944, alors que je dors tranquillement dans ma chambre au deuxième étage de la maison de mes parents, je suis brusquement
réveillé par une jeune femme (Ursula Brandt) avec un fort accent allemand, qui pistolet au poing, me fit lever, habiller et descendre au premier étage où je trouvais mon père encadré par deux
agents de la Gestapo, mitraillette braquée sur lui, tandis que dans la chambre de mes parents, ma mère finissait de s'habiller sous la menace d'un pistolet tenu par celui qui menait les
opérations, un français, ancien de Saint-Cyr, devenu chef de la Gestapo pour la région de Clermont-Ferrand. Il était six heures du matin... ...
Nous fûmes rapidement transférés en voiture à la caserne principale de Riom aujourd'hui Lycée Claude et Pierre Virlogeux], et placés dans les cellules du quartier disciplinaire. Je pus
communiquer avec mon père qui se trouvait dans la cellule à côté de la mienne et il me recommanda alors de jouer l'innocent, lui se chargeant de dire à la Gestapo qu'il était le seul de la
famille à faire partie du réseau. La Gestapo avait également arrêté la bonne de mes parents ainsi que mes grands-parents maternels et mon frère alors âgé de onze ans, lesquels habitaient dans une
villa à cinquante mètres de la maison de mes parents, ce qui laisse penser que la Gestapo était très bien renseignée sur le disposition des lieux.
Ce jour là, la Gestapo arrêta quarante-trois personnes à Riom, étant très bien renseignée grâce à des documents tombés entre leurs mains quelques temps plutôt...
...En fin d'après-midi, je fus emmené dans un bâtiment où la Gestapo s'était installée pour procéder aux premiers interrogatoires. En arrivant dans le bâtiment je vis mon père traîné par deux
soldats allemands, il ne pouvait plus marcher et avait la figure en sang. C'était la dernière fois que je devais le voir et je n'ai jamais su s'il m'avait reconnu.''
En févier 1944, le SIPO-SD (Sicherheitspolizeide Clermont-Ferrand est commandé par Paul Blumenkampf, un ancien boucher reconverti dans la police politique, secondée par une secrétaire, ancienne
étudiante allemande de l'Université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand, Ursula Brandt, dite "La Panthère" (en raison d'un manteau qu'elle portait régulièrement). Le SIPO-SD peut, pour des
opérations importantes comme la rafle contre les étudiants-résistants de l'Université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand, faire appel aux forces de police politique ou militaire de
l'occupant allemand.
Dans le cadre de l' "aktion" du 8 février 1944, si la présence d'Ursula Brandt est avérée, le sonderkommando du SIPO-SD est uniquement constitué de collaborateurs français dont les principaux
sont Georges Mathieu et Jean Vernières. Georges Mathieu, étudiant en lettres de l'Université de Clermont-Ferrand, aurait passé le concours de Saint-Cyr, infiltre les mouvements de Résistance
d'Auvergne, principal responsable du démantèlement du réseau constitué par les étudiants de l'Université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand, Chef du Sonderkommando français du SIPO-SD de
Clermont-Ferrand, responsable à ce titre de plusieurs dizaines d'arrestations. Fusillé à la Libération.
Jean Vernières, né à Clermont-Ferrand, requis au STO, à l'occasion de visiter Auchwitz comme "mouton", de retour en Auvergne s'engage au service du SD "par idéal anti-communiste", réputé pour sa
cruauté dans les interrogatoires. Fusillé à la Libération. Arrêté vers 6h00 du matin (heure allemande), Pierre Virlogeux est amené dans sa cellule du quartier disciplinaire de la Caserne
d'Anterroche, en fin de journée, les membres brisés (Jean Vernières a pris sa part aux tortures). Dans les cellules contiguës, son fils aîné, Jean, et l'instituteur Charles Chouvy arrêté dans la
même rafle.
C'est ce dernier, qui au retour de déportation (Auschwitz et Buchenwald, témoignera, dans une lettre manuscrite datée du 21 mai 1945 (Jean Virlogeux ne rentrera de déportation que le 26 juin
1945), des derniers instants et des derniers mots de Pierre Virlogeux : " Il m’est impossible d’en garantir, d’une façon absolue, le mot à mot, mais, sur l’honneur, je peux certifier que je n’en
déforme pas l’esprit : « Le moment est venu. Je vais mourir. J’ai fait mon devoir. Tranquillisez les amis, je n’ai rien dit. Mes fils peuvent porter la tête haute. Adieu ! Vive la France ».
"
Pierre Virlogeux s'était ouvert les veines avec le verre brisé de ses lunettes et pendu avec un lacet. Le corps est enfoui, avec un autre cadavre, dans un puisard de la caserne. Comble du
cynisme, les tortionnaires mêlent aux remblais qui comblent le trou, des quartiers de viande de boeuf. Lors de son interrogatoire, Georges Mathieu affirmera, dans un premier temps, ignorer où est
le corps. Il finira par en indiquer la localisation. Après l'exhumation,les restes de Pierre Virlogeux ont été placé dans un caveau, décoré de carreaux de grès flammés, dans le "nouveau"
cimetière de Cérilly dans l'Allier.