L'Italo Continentale

Publié le par Mémoires de Guerre

Le bureau d'achat Italo-Continentale, qui travaillera directement pour l'Abwehr était placé sous les ordres du Colonel Reille. C'est lui qui nommera un curieux personnage à la tête de cette immense entreprise d'espionnage, André Gabisson. 

Le colonel Oskar Reille

Le colonel Oskar Reille

Historique

Né le 30 décembre 1907, tunisien, protégé français et de confession Israélite. Il est arrivé en France en 1922 pour poursuivre ses études secondaires à Paris, où il fut licencié en droit. Gabison commença de travailler dans les milieux cinématographiques à Paris, où il aurait fait de mauvaises affaires, et vécut alors grâce à la générosité de sa maîtresse, une prénommée "Kate", de nationalité luxembourgeoise, propriétaire d'une maison de couture. En 1929, les parents de Gabison vinrent s'installer à Paris dans un luxeux appartement situé 2 Square d'Urpé à Paris 16ème. Ils apparaissaient fortunés et Mme Gabison effectua des voyages sans les pays Scandinaves pour sori plaisir. Mr Gabison père exploitait un magasin de chaussures situé près du boulevard Saint-Germain. En 1935, ce dernier retourna à Tunis et laissa à Paris, sa femme qui s'installa, en 1938 sans un appartement situé 6 rue Cerunschi à Paris 17ème. Jusqu'à cette époque, Gabison André avait résidé à Paris. Il s'installe alors avec sa mère 6 rue Cerunschi. Le 26 août 1939, Gabison souscrit un engagement dans l'armée Française, mais il ne fut pas appelé sous les drapeaux. Fin 1940, il entra en qualité de comptable à la Compagnie Commerciale Italo-Continentale que dirigeait l'Italien Rovegno et qui avait son siège social 79 avenue des Champs-Elysées à Paris.

Peu après cette affaire était rachetée par l'Italien Vannuchi Dante, né le 29 mars 1903 à Esch sur Alette (Luxembourg). Vannuchi était, bien avant guerre déjà un agent de l'Abwehr. Il avait été recruté par Reille, alors en fonction à Trêves et qui manipulait de nombreux agents en France , notamment des luxembourgeois. Reille ayant été nommé Chef de la Section III de l'Abwehr à Paris (Hôtel Lutétia) au moment de l'entrée des troupes allemandes à Paris, il continua d'utiliser Vannuchi qui lui présenta Folmer. Dès ce moment l'italo Continentale, imaginée, organisée, montée et dirigée par l'Abwehr, n'exerça plus son activité qu'au profit des autorités allemandes, notamment de la "Kommandierender Admirai in Frankreich (Service d'achat de la marine de guerre allemande). Gabison obtint la confiance de Vannuchi et, il fut nommé Directeur Commercial de l'affaire.

Il percevait une part des bénéfices réalisés. Gabison serait alors inscrit à l'Abwehr et obtint son "Dieustellenansweis". Vers fin 1941, l'Italo-continentale fut transférée dans un hôtel particulier situé 53" avenue Hoche Paris 16ème, appartenant à Mme De Bourdon, fille de Basile Zaharoff. En février 1942, Vannuchi étant "brûlé" comme agent de l'Abwehr, fut chargé d'une autre mission et remplacé à la tête de l'Italo-continentale par Folmer andré dit PAT. La société prit alors le titre de Organisation "PAT". De janvier 1941 à février 1942 et suivant les vérifications effectuées par la Direction du Contrôle Economique, 2 rue Megerber, l'italo continentale avait réalisé des opérations commerciales, avec la kriegsmarine, d'une valeur de près de 300 millions de francs. Des chèques pour une valeur de 156 millions de francs avaient été tirés notamment au bénéfice de Gabison. L'italo Continentale, devenue "Organisation PAT" développa encore son commerce avec l'ennemi et utilisa de nombreux courtiers et parmi eux le nommé Schaposchnikoff Yvan qui apporta pour plus de 600 millions d'affaires. Gabison avait conclu un accord tacite avec Schaposchnikoff aux termes duquel les affaires, traitées par des courtiers occasionnels, étaient notés « au  compte  de  ce dernier et la  commission de courtage partagée entre eux deux.

Sous l'impulsion de Folmer-PAT et de Gabison, la Société travailla en étroite collaboration avec le"Groupe Otto" traita directement avec lui. Folmer-PAT et Gabison s'intéressèrent par ailleurs aux questions politiques et effectuèrent, ensemble, un premier voyage en Espagne en novembre 1942. Le visa de sortie fut accordé par la Préfecture de Police à la demande de la Police de Sûreté (S.I.P.O.) et du Service de Sécurité (S.D.) allemand eh France. Folmer sous le couvert de l'italo continentale et en se faisant passer pour un agent de l'Intelligence Service avait fait un gros travail pour l'Abwehr et permis, notamment, l'arrestation de 500 patriotes français et de 100 belges dont le Général Genotte, en une seule opération. Il était alors brûlé ainsi que son collaborateur Gabison et c'est pourquoi Raille les envoya en Espagne et en Afrique du Nord pour y installer des postes d'émission clandestins. Ils avaient également pour mission de tenter de faire la même opération en Grande Bretagne même. Folmer et Gabison effectuèrent plusieurs voyages en ce sens, rencontrant notamment à Madrid le Prince De Ligne.

Dans le courant de l'année 1943, Gabison se fixa en Espagne, à Madrid, comme agent de l'Abwehr (Section III contre espionnage). A partir de Mai 1944, il ne retourna plus en France, pour échapper aux représailles dont il aurait pu être l'objet de la part de la Résistance, du fait des déportations de patriotes français dont il était responsable. La liaison entre Madrid et Paris était surtout faite par Folmer-PAT et la maîtresse de Gabison Kate Lieffrig. La majeure partie de la fortune de Gabison fut alors transférée en Espagne avec l'aide de Michel Szkolsnikoff ami de Gabison et acheteur du bureau des S.S., 4 rue du Général Appert à Paris, dirigé par Fritz Engelke. Gabison possédait des biens en France, en Suisse et serait intéressé dans plusieurs usines, notamment aux "Forges et Aciéries de Coly" (Dordogne), dans l'affaire du Casini d'Hendaye et dans d'autres biens immobiliers. L'activité commerciale de Gabison en Espagne aurait été telle que les anglais le couchèrent sur la "liste Noire" pour ses opérations sur le mica, le wolfram et l'aluminium. Domicilié, Jorga Juan n° 17 à Madrid, il n'aurait jamais cessé d'y travailler activement mpor le compte de l'Abwehr et l'attaché de police allemand Winzer dépendant directement de la Section VI du Reichssicherheitshauptamp (R.S.H.A.) de Berlin.

Après la libération de la France, Gabison aurait conservé à Paris un noyau de relations qui se serait chargé de mettre en sécurité une partie de sa fortune qu'il ne put transférer à l'étranger. Il s'agirait des nommés Peyronnet-Torres René 52 rue de Bourgogne à Paris ; Metchersky Philippe et une secrétaire Melle Geneviève, domiciliée 8 rue Bellenger à Neully sur Seine. Gabison aurait réalisé une fortune de plus d'un milliard. Sous l'apparence d'un bureau d'achat ordinaire l'organisation de Folmer André, dissimulait, en dehors de son travail pour l'Abwehr (hôtel Lutétia) une agence de renseignements importante, dépendant directement de l'O.K.H.. Les deux gardes du corps de Folmer étaient :

a) Jacobs Léon, Belge, ancien pilote de chasse ayant fait la guerre d'Espagne chez les gouvernementaux et condamné à mort en 1942 par le Conseil de Guerre de Montpellier pour espionnage. C'est Folmer-PAT qui le libéra manumilitari après avoir proposé 100 officiers prisonniers en échange. Il était à son service depuis 1936.

b) Haler Pierre, luxembourgeois, ancien fonctionnaire des douanes, au service de Folmer depuis 1936. Parmis les principaux collaborateurs de Folmer on trouve : Régis de Bregeot, Metchersky, Marcarian, Yvan et Wolff qui se disaient "Courtiers". En réalité ils effectuèrent un travail de renseignements et de fréquentes missions à l'étranger, notamment en Espa'gne où Folmer entretenait un service permanent, avec liaison radio. Un des lieux de rendez-vous était l'hôtel de Calais rue des Capucines à Paris, véritable succursale du Lutétia offrant plus de discrétion.

Metchersky I rue de l'Université, aurait eu comme collaborateur Saclier Maurice, domicilié 16 rue des Saints Pères, ayant demeuré 40/50 rue de Lille. Saclier d'Arquan qui était par ailleurs associé de Maslenikof rue de Verneuil, aurait été le fournisseur d'argenterie de nombreux officiers de l'armée allemande. Il aurait recherché également des collections et oeuvres d'art française pour leur compte et celui des musées de Vienne et de Berlin en liaison avec les acheteurs de Goering. En relation avec la Comtesse Besobrasoff (ex-Mme Henri Garât) maîtresse du Dr Leimers et de Henri Laffont (le patron de la gestapo de la rue Lauriston), il aurait été associé en affaires avec un italien dont le bureau d'achat se trouvait avenue Victor Emmanuel Petit-Brunatto. Pour avoir une vue plus précise de l'action de l'Organisation Pat-Folmer, il faut lire ici les délcarations du Colonel Reille chef de la Section III de l'Abwehr en France durant l'occupation :

« Avant la guerre, j'ai fait la connaissance, par un de nos agents nommé Dante Vannuchi, de Folmer. Folmer, d'origine Luxembourgeoise, doit être actuellement âgé d'environ 43 ans. Il a deux filles. Quand je l'ai connu, il habitait Bruxelles et dans le but de gagner de l'argent, il s'est offert à travailler pour nous. De 1937 à 1940, je l'ai reçu à mon bureau de Trêves et lui ai confié une mission générale d'espionnage contre la France. Les possibilités de Folmer étant beaucoup plus grandes sur la Belgique que sur la France et, en tout état de cause étant plus du ressort de la Section I, je l'ai présenté à mon collègue major Steffan alors chargé de l'espionnage sur la France et la Belgique. Steffan lui a confié plusieurs missions dans lesquelles il a réussi. Il était payé par Steffan, mais connu à Berlin comme un de mes agents. Arrivé en France peu après nous, il a essayé de faire du commerce en installant un bureau d'achat près de l'Etoile dans une rue dont je n'ai gardé que le souvenir du N° 52.

Cela lui servait bien entendu de couverture et j'ai été informé par mon collègue du Portugal, au cours de l'été 1941, que Folmer pouvait jouer le rôle d'un Capitaine anglais, chef d'un réseau de résistance. Je lui ai confié ce rôle et il a pleinement réussi dans cette mission bien que parlant mal la langue anglaise. Sous la couverture de son activité commerciale et en se faisant passer pour un chef de la Résistance, il a contacté les chefs les plus importants des mouvements de résistance française et belges. Certains de ceux-ci lui apportaient des postes émetteurs, mais il faisait le nécessaire pour que ceux-ci ne fonctionnent pas. Il prétendait, vis à vis de ses interlocuteurs être en contact et avoir des possibilités à Londres. Vers novembre 1941, le Général Stûlpnagel, estimant que les organisations de résistance devenaient par trop dangereuses du fait de leur armement toujours accru, a décidé de mettre fin au jeu de Folmer et une grande rafle a été décidée.

Grâce aux indications fournies par Folmer, nous avons pu arrêter environ 500 personnes en France et une centaine en-Belgique. Je ne me souviens que du nom du Général Genotte en Belgique. Les arrestations ont été faites par la G.F.P. et, en Décembre 1941, la SIPO und S.D. a pris l'affaire en mains, sur un ordre de Berlin. Folmer, après cette affaire, était évidemment "brûlé" et je l'ai chargé de la mission d'installer des postes émetteurs clandestins en Afrique du Nord et, si possible, en Angleterre. Je l'ai envoyé dans ce but en Espagne pour y rencontrer le Prince de Ligne. Son permier voyage a été sans résultat, mais je lui ai fait faire plusieurs voyages. Ceux-ci n'ont pas donné de résultats appréciable. M n'a pas trouvé en Espagne de gens décidés à faire ce travail. Par la suite, il a continué son commerce dans le bureau que j'ai déjà situé près de l'Etoile. Il avait en outre un appartement à Paris et une villa à 10 kms, environ au Nord de Fontainebleau. Après notre départ de France, il était domicilié à Bad Ems et je l'ai chargé de s'occuper des écoles destinées à préparer des hommes devant être parachutés en France. Quelques hommes ont été effectivement parachutés mais sans grand résultat je crois. Lorsque je l'ai perdu de vue, Folmer, qui se faisait également appeler "Frey", je crois, résidait à Bad Ems.

Au sujet de Vial : En 1942 ou 1943, Mr Volterra a proposé au Colonel Rudolph, les services d'un commissaire de Police français nommé Vial qui, disait-il, nous était entièrement acquis. Le Colonel Rudolph m'a chargé de prendre le contact et c'est ainsi que j'ai vu deux fois ce Commissaire dans un hôtel du Boulevard des Capucines. Le Commissaire Vial a été manipulé par le Dr Zipper. Il avait reçu de moi la mission de nous renseigner sur les personnes qui avaient l'intention de commettre des sabotages sur les voies de chemin de fer. Vial était en effet Commissaire dans une gare, peut être celle de Lyon ou de l'Est. Le Dr Zipper pourra dire combien Vial était payé. Au sujet du Prince de Ligne : Au cours de l'hiver 1941/1942, le Prince de Ligne a été arrêté et reconnu comme membre de la résistance, il aurait pu être condamné à mort en cour martiale allemande. Estimant que nous avions besoin d'agents dans les pays étrangers et que le Prince de Ligne pourrait être utilement employé à la 1ère Section de l'Abwehr dans ce but, j'ai demandé au Général Stulpnagel et obtenu qu'il soit libéré. Je l'ai effectivement envoyé à Madrid pour y contacter les diplomates étrangers accrédités, mais son voyage n'a pas donné de résultats appréciables. Dans l'entretemps, je lui avais envoyé Folmer et était moi-même allé le voir à Madrid, au mois de novembre 1943.

Le Prince de Ligne avait évidemment été payé pour sa mission à Madrid. Lorsque je suis allé le voir il m'a de nouveau demandé de l'argent, mais j'ai refusé étant donné les résultats insuffisants de son travail. J'étais d'ailleurs d'autant plus étonné qu'il me demande de l'argent qu'il m'avait déclaré à son départ pour Madrid, avoir de grandes propriétés à l'étranger. De toute manière, après une première mise de fonds de notre part, il avait dit pouvoir se suffire à lui même, ce qui n'était pas le cas. J'ai vu le Prince de Ligne deux fois alors qu'il était en cellule à Fresnes, deux fois dans l'appartement de Folmer et une fois à Madrid. Au sujet du Commandant Latham : Au moment de la campagne de Tunisie, le Commandant Latham a pris le commandement de l'équipe d'hommes de Doriot qui ont été conduits par avion en Afrique du Nord pour être parachutés sur les arrières des alliés dans le but d'installer des postes émetteurs clandestins et faire du sabotage. Je l'ai vu trois fois chez Beugras et les nombreux messages qu'il nous a envoyés d'Afrique ont été transmis par moi à la Section !..

Parmi d'autres de mes agents je peux citer :

  • Kessler Peter : Domicilié ai Luxembourg, est venu à Paris avec sa femme en 1941. Je l'ai chargé de s'infiltrer dans la résistance. Il était manipulé par Schaeffer. Par son intermédiaire, j'ai connu un vicaire ayant des papiers luxembourgeois, mais étant d'origine allemande. Ce vicaire a obtenu d'excellents résultats en Bretagne en 1943. Il était chargé de la détection des réseaux de résistance et se faisait appeler je crois, Alesch. A un certain moment, j'ai eu l'ordre de le considérer comme allemand. Il a travaillé avec succès dans le midi de la France, Marseille et Lyon. Kaiser Robert : Luxembourgeois, d'origine allemande, est venu après l'occupation. Manipulé par le Comte de Kreuz, il a réussi à détecter le maquis de Bretagne en 1943 et à le faire arrêter. Brûlé après cette affaire, je l'ai chargé de s'occuper avec les hommes de Beugras.
  • Marna Léo : Ex-agent de police luxembourgeois, était un de mes agents d'avant guerre et un ami. Il était chargé de travailler avec les hommes de Filliol.
  • Uracca : Travaillait avec Folmer. Mon service l'a utilisé pour recevoir des documents espagnols et des pièces d'identité qui facilitaient les missions de nos agents. Tous ces agents prirent la fuite à la Libération. Gabisson accompagné de certains continua son trafic en Espagne, ainsi que divers opérations de blanchiements en Suisse.

Publié dans Bureaux d'achats

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