Bongo Ali

Publié le par Mémoires de Guerre

Ali Bongo Ondimba, né Alain-Bernard Bongo le 9 février 1959 à Brazzaville, est un homme d'État gabonais, président de la République depuis le 16 octobre 2009. Fils du président Omar Bongo, il est ministre de la Défense de 1999 à 2009. Il est élu chef de l’État en 2009, puis réélu en 2016. Ses deux élections sont contestées par ses opposants.

Bongo Ali
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Jeunesse

Né Alain-Bernard Bongo le 9 février 1959 à Brazzaville (selon la version officielle, ce qui est contesté par deux héritières d'Omar Bongo dont la demande a été classée sans suite), fils aîné d'Albert-Bernard Bongo et de la chanteuse Joséphine Nkama (devenue par la suite Patience Dabany) et d'ethnie Teke, il prend le nom d'Ali Ben Bongo lorsque son père convertit la famille à l'islam en 1973. Il fait ses études en France, dans un collège protestant des Cévennes (à Alès), ses études secondaires partiellement au collège Sainte-Croix de Neuilly-sur-Seine, puis il étudie le droit à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Prisant les voitures de luxe et les grands vins, il s'essaie notamment à la chanson (sur le modèle de sa mère), et s'associe aux musiciens de son idole James Brown pour enregistrer en 1977 un album de funk intitulé A Brand New Man, sans rencontrer toutefois de réel succès. 

Carrière politique

1987-1999 : débuts

Ali Bongo revient au Gabon et travaille dans le cabinet de son père entre 1987 et 1989. Son entrée dans la vie politique est une décision de son père mais se révèle compliquée, alors qu'Ali Bongo ne maîtrise pas les langues ni les coutumes locales. De 1989 à 1991, il est ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Casimir Oyé Mba. Il doit démissionner à cause de son âge : la Constitution de 1991 impose d'avoir au moins 35 ans pour exercer des fonctions ministérielles et Ali Bongo a alors 32 ans. Il revient dans le cabinet de son père. Il crée, avec André Mba Obame, un groupe de proches (Alfred Mabika Mouyama, Germain Ngoyo Moussavou…) qui vise à rénover la vie politique gabonaise.

Ali Bongo se présente à la députation en 1990 dans le Haut-Ogooué et est élu. En 1996, il cherche à prendre le contrôle du Haut-Ogooué qui est le fief de son cousin, le ministre de la Défense, général et ancien chef d'État-major Idriss Ngari. Ali Ben Bongo s'affronte avec Ngari et « patauge » (méconnaissance de la langue locale, pas de résidence dans la région) mais il obtient le soutien de son père qui le fait élire.

1999-2009 : ministre de la Défense

En février 1999, il est nommé ministre de la Défense en remplacement de Ngari au sein du gouvernement. Ali Bongo dépense beaucoup pour sa popularité au sein de l'armée et place ses alliés. Son beau-frère, le ministre de l'Économie Paul Toungui, le trouve trop dépensier et bloque un achat militaire. À ce poste, il dispose par ailleurs de peu d'influence. Ali Bongo est réélu député en 2001 et 2006. 

Depuis 2009 : président de la République

Élection de 2009

Vice-président du Parti démocratique gabonais, Ali Bongo est désigné candidat par le parti au pouvoir pour l'élection présidentielle prévue le 30 août 2009 et destinée à remplacer Omar Bongo mort en juin 2009. Cette décision est le fruit d'un accord entre les élites gabonaises et la France afin d'assurer la stabilité du régime, des critiques apparaissant cependant sur cet héritage monarchique. Dans une interview accordée à Voice of America, il explique se vouloir candidat au changement. Ali Bongo est en tout état de cause un des dauphins auxquels songeait son père parmi ses innombrables enfants. Ali est en effet le seul à avoir été préparé de la sorte. Il utilise pleinement le PDG, machine électorale que lui a laissée son père et qui a remporté haut la main toutes les élections depuis l’avènement du multipartisme en 1990.

Le 3 septembre 2009, les résultats officiels indiquent qu’Ali Bongo est élu président de la République avec 41,7 % des voix, face à Pierre Mamboundou (25,6 %) et André Mba Obame (25,3 %). Ces derniers contestent la légalité de la proclamation et la sincérité des résultats. À la suite de l'annonce des résultats, des émeutes éclatent à Port-Gentil et sont violemment réprimées, faisant au moins 15 morts. Selon une rumeur, Ali Bongo serait un enfant du Biafra adopté par Bongo, ce que l'intéressé dément. Le candidat à la présidentielle Luc Bengono Nsi a déposé un recours pour annuler l'élection du 30 août pour cette raison. Après la validation des résultats de l'élection, Ali Bongo est investi le 16 octobre 2009. 

Politique économique

Au début de sa présidence, il mène notamment une politique de « grands chantiers »16, contrastant avec la politique de son père, piètre gestionnaire : construction de 600 km de routes ou de la zone d'intérêt économique de Nkok. Dans son programme présidentiel, le « Gabon vert » est basé sur des valeurs écologiques fortes en faveur de la préservation de l’environnement, de la lutte contre le réchauffement climatique et de la protection de la biodiversité. Il s’appuie sur un réseau de 13 parcs nationaux créés en 2002 et couvrant 11 % du territoire national. Le pilier « Gabon vert » promeut également le développement de différents secteurs économiques durables tels que l’écotourisme ou encore l’agriculture, avec l’objectif d’atteindre l'autosuffisance alimentaire.

Le « Gabon industriel » a pour enjeu de promouvoir la valorisation locale des matières premières et l'exportation de produits à haute valeur ajoutée. L’objectif est de garantir une exploitation durable des nombreuses ressources naturelles dont dispose le Gabon (pétrole, gaz, manganèse, bois, or, minerai de fer…). Parmi les mesures emblématiques du Gabon industriel, l’entrée en vigueur en 2010 de l’interdiction d’export des grumes, destinée à assurer la mise en place d’un processus de transformation locale générateur d’emploi.

Le Gabon des Services est quant à lui consacré à la valorisation des ressources humaines du Gabon. L’enjeu est de mieux former les Gabonais par un niveau d’éducation élevé, de leur garantir la prise en charge des frais de santé et un accès à des structures de soins de qualité. Le développement des infrastructures, tant au niveau des télécommunications que des routes, des transports ou encore du logement, fait également partie des enjeux du Gabon des Services. Les habitants du Gabon souffrent cependant toujours de pénuries d'eau, d'électricité et de manque d'argent. Certains des grands travaux sont par ailleurs restés lettre morte. 

Mesures sociales

Le cabinet McKinsey, sous la supervision de la Première dame du Gabon, Sylvia Bongo Ondimba, a rédigé un « rapport de préconisations de la stratégie d’investissement humain du Gabon ». Ce rapport est remis au président en février 2014. Afin de mettre en œuvre la stratégie d’investissement humain préconisée par le rapport, Ali Bongo convoque, en avril 2014, les Assises sociales du Gabon. Réunissant plus de 1300 personnes pour la session plénière, l'objectif de ces assises est de faire sortir de la précarité les 30 % de Gabonais qui s'y trouvent. Ali Bongo Ondimba annonce la mobilisation de 250 milliards de francs CFA sur 3 ans, pour une série de mesures sociales à destination des foyers économiquement faibles, soit ceux vivant avec moins de 90 000 FCFA par mois. 

Relations internationales

Le 1er janvier 2010, le Gabon a intégré le Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies pour une durée de deux ans. Dans le cadre de ce mandat, Ali Bongo s’est rendu à New York en mars 2010 afin de lancer la présidence gabonaise du Conseil de Sécurité, effective pendant un mois. À cette occasion, Ali Bongo a été reçu par le Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon et par la secrétaire d'État des États-Unis, Hillary Clinton. Le 12 novembre 2012, l’Assemblée générale des Nations unies a élu dix-huit nouveaux membres au Conseil des droits de l’homme, dont le Gabon avec 187 voix. Le Gabon sera amené à siéger à l’ONU à compter du 1er janvier 2013 sur une durée de trois ans afin « d’œuvrer pour l’application de la justice contre l’impunité et la criminalité transnationale organisée ».

Ses liens avec la France sont étroits. En 2010, Ali Bongo acquiert l'hôtel de Soyecourt pour 100 millions d'euros. Il a reçu, en mai 2009, lors de son hospitalisation à Neuilly-sur-Seine, le secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant. Le 24 février 2010, Nicolas Sarkozy le décore grand officier de la Légion d'honneur, en même temps que Rose Rogombé (grade de commandeur). Robert Bourgi, conseiller de Nicolas Sarkozy pour les relations avec les pays africains, l'a soutenu lors de la présidentielle de 2009 : « Au Gabon, la France n'a pas de candidat, mais le candidat de Robert Bourgi, c'est Ali Bongo. Or je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy. De façon subliminale, l'électeur le comprendra. » Allié du président turc Recep Tayyip Erdoğan, il fait arrêter des dissidents politiques turcs réfugiés sur le territoire gabonais. 

Réélection en 2016

Ali Bongo se présente à l'élection présidentielle du 27 août 2016. Il remporte le scrutin avec 49,8 % des voix. Sa victoire est contestée par l'opposition, dont le principal candidat, Jean Ping, est battu de seulement 5 000 voix par Bongo. L'opposition s'étonne de la non-publication des résultats par bureau de vote et invoque des fraudes dans la province du Haut-Ogooué, fief d'Ali Bongo, où la participation s'élève à 99,9 % (contre 59,5 % au niveau national) et où Ali Bongo aurait reçu 95,5 % des voix. Des émeutes éclatent après l’annonce de la victoire de Bongo : l'Assemblée nationale est notamment incendiée, les manifestants sont dispersés avec des tirs à balles réelles puis environ 27 Gabonais sont tués par les forces de l'ordre au QG de Jean Ping situé à quelques centaine mètres du camp militaire français Charles de Gaulle. 

Le 2 février 2017, une résolution est adoptée par le Parlement européen pour condamner les violences, violations des droits de l’homme, arrestations arbitraires, détentions illégales et intimidations politiques qui ont suivi la proclamation de résultats « extrêmement douteux » qui remettent en cause la légitimité d'Ali Bongo. Le 24 septembre 2016, Ali Bongo est proclamé vainqueur par la Cour constitutionnelle, présidée par sa belle-mère, Marie-Madeleine Mborantsuo, avec 50,66 % des voix, suivi de Jean Ping avec 47,24 % des suffrages. Le 27 septembre suivant, il prête serment pour un deuxième mandat. 

Hospitalisation de 2018

Le 24 octobre 2018, alors que sont dévoilés les résultats officiels des élections législatives de 2018, largement remportées par le parti au pouvoir, Ali Bongo est hospitalisé à Riyad, en Arabie saoudite, officiellement pour une « fatigue sévère » due à du surmenage. De nombreux journaux de la presse internationale avancent qu'il a été victime d'un accident vasculaire cérébral ou d'un œdème cérébral. Les semaines suivantes voient la propagation dans les médias de débats quant à la nature de la transition politique à mettre en œuvre en cas d'incapacité du chef de l'État. De multiples fausses annonces de son décès se répandent également. La confusion s'accentue avec la diffusion à la télévision d'État d'une présumée intervention de l'ambassadeur du Gabon en France, Flavien Enongoué, annonçant la mort du président, une intoxication montée de toute pièce par le trucage de la voix du diplomate, dont une prise de parole était alors attendue. L’opposant Jean Ping lance pour sa part un appel à reconnaître sa légitimité à la présidence, lors d'une conférence qui est perçue comme un souhait de voir le président destitué.

Après son hospitalisation de plus d'un mois à Riyad, Ali Bongo est transféré le 29 novembre 2018 à l'hôpital d’instruction militaire Mohammed V, à Rabat, au Maroc. Dans une vidéo diffusée le 4 décembre par le palais royal marocain, il apparaît aux côtés du roi du Maroc Mohamed VI. Dans cette vidéo, il est filmé uniquement de profil, ce qui ne met pas fin aux spéculations vis-à-vis de son état de santé. Il quitte l’hôpital militaire le 5 décembre pour poursuivre sa convalescence dans une résidence privée à Rabat. Le 8 décembre, en déplacement à Franceville, le vice-président gabonais, Pierre Claver Maganga Moussavou, laisse fortement entendre qu'Ali Bongo a fait un accident vasculaire cérébral. Le 7 janvier 2019, une unité de soldats mutinés, prétextant l'état de santé d'Ali Bongo, en convalescence après un accident vasculaire cérébral, prend brièvement le contrôle de Radio Gabon et transmet un appel au soulèvement, dans une apparente tentative de coup d'État. Cette insurrection échoue le même jour ; sur cinq mutins, deux sont tués et les autres arrêtés. Le 15 janvier, il assiste à l'investiture des nouveaux ministres, en fauteuil roulant. Le 15 février, la prestation de serment de la ministre de la Défense, Rose Christiane Ossouka Raponda, est délocalisée à l'ambassade du Gabon au Maroc. Le 25 mars, il retourne au Gabon. 

Vie privée

Ali Bongo rencontre Inge Lynn Collins, touriste originaire de Los Angeles, lors d'une soirée en 1975. Ils se marient à Madrid en 1984. Ali Bongo a déclaré qu'il avait ensuite divorcé, ce qu'Inge Bongo conteste. Depuis 1989, il est marié avec une Française, Sylvia Valentin, fille d'Édouard Valentin, patron du groupe d'assurance « Omnium gabonais d'assurances et de réassurances » (OGAR), lui-même marié à une fille d'Omar Bongo. Il est père de quatre enfants : Malika (mariée à Steve Dossou, fils de Samuel Dossou-Aworet, Noureddine, Jalil et Bilal, ce dernier étant adopté.

Débat sur sa filiation

Sa filiation est remise en cause par l'ouvrage de Pierre Péan, Nouvelles affaires africaines, qui assure qu'Ali Bongo est en fait un enfant biafrais adopté par Omar Bongo. Une des filles d'Omar Bongo, Onaida Maisha Bongo, a ainsi réclamé devant la justice française de consulter la copie intégrale de l'acte de naissance de son frère, conservée au service central de l'état civil, à Nantes. 

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