Affaire des disparues de l'A6

Publié le par Mémoires de Guerre

Les disparues de l'A6 est un ensemble d'affaires criminelles et de dossiers judiciaires, dont les victimes sont des jeunes femmes dans un rayon de 200 kilomètres aux abords de l'autoroute A6 dans un triangle délimité par Mâcon, Chalon-sur-Saône et Montceau-les-Mines, surnommé le « triangle de la peur », entre 1984 et 2005, faisant envisager l'existence d'un ou plusieurs tueurs en série sévissant sur ce secteur. 

Affaire des disparues de l'A6

Les victimes

Toutes les victimes étaient jeunes, âgées de 13 à 37 ans. Elles ont toutes disparu de façon brutale entre 1984 et 2005 sans donner d'explication, dans le périmètre restreint de la Saône-et-Loire, dans un rayon de 200 kilomètres le long de l'autoroute A6 dans une sorte de « triangle de la peur » entre Mâcon, Chalon-sur-Saône et Montceau-les-Mines. Des morts non élucidées pour la plupart, regroupées sous le nom des « disparues de l'A6 ». L'association « Christelle » regroupe certaines de ces familles de victimes. Elle compte actuellement 11 familles membres de droit. Entre le 22 août 1984 et le 2 avril 2005, une vingtaine de dossiers des « disparues de l'A6 » connaît de nombreux rebondissements, l'enquête policière ayant pu élucider certains meurtres mais hésitant pour les autres à y voir des coïncidences ou les actes d'un ou de plusieurs meurtriers ou tueurs en série.

La quatrième disparue, Christelle Maillery, meurt en décembre 1986. En 1990, le juge d'instruction rend une ordonnance de non-lieu. Selon Le Nouvel Observateur les pièces à conviction de l'affaire, notamment « les vêtements de la victime, ses bijoux, le couteau retrouvé à 200 mètres du lieu du crime », sont détruites par le service des scellés du tribunal de grande instance de Chalon-sur-Saône. Il faudra attendre 2003 et l'enquête menée par un détective privé travaillant pour l'Association d'aide aux familles victimes d'agression criminelle avait recueilli le témoignage de l'ancien petit copain de Christelle pour relancer l'affaire. Celui-ci avait affirmé qu'après le meurtre, Jean-Pierre Mura lui avait proposé de le dédommager de 300 euros pour la mort de la jeune fille. Le petit copain en question n'avait pas cru bon de signaler cet élément.

L'information judiciaire est rouverte en 2005. Jean-Pierre Mura, 44 ans, est arrêté par les policiers et entendu. Chez lui, des dizaines de couteaux sont retrouvés. Les lames sont comparées à celles du couteau de la scène de crime, détruit, mais pris en photo par les enquêteurs. « Les lames saisies et celle prise en photo ont été aiguisées par la même meule et par le ou les mêmes personnes ». L’expertise s’appuie sur « quatre points communs de stigmates d’affûtage » laissées par la meule, comme en balistique lorsque les experts comparent les traces laissées sur la balle par le canon d’un fusil. Ces éléments, ainsi que d’autres témoignages, permettent au juge de mettre en examen le suspect pour « homicide volontaire » le 15 décembre 2011 et placé en détention provisoire à la prison de Varennes-le-Grand (Saône-et-Loire). Avant son arrestation par les enquêteurs de la police judiciaire de Dijon, il était interné en hôpital psychiatrique près de Chalon-sur-Saône. 

A la demande d'un de ses proches et sur avis médical, il avait été hospitalisé d'office par arrêté préfectoral au centre hospitalier de Sevrey. En décembre 1986, ce Creusotin d'origine, ouvrier métallier et jeune adulte de 19 ans est déjà père d'une petite fille. Il traînait dans le quartier des Charmilles, à proximité de la cité HLM où Christelle résidait. Il a été impliqué adolescent dans des cambriolages de caves dans cette même résidence3. Ce dernier était connu comme consommateur de drogue dont l'alcool. Jean-Pierre Mura est condamné en appel à Dijon à une peine de 20 ans de réclusion criminelle, comme en première instance il y a un an devant les assises de Chalon-sur-Saône. Le jury de la cour a également considéré que son discernement était altéré au moment des faits par les prémices de sa schizophrénie. La septième disparue est Carole Soltysiak, 13 ans. Des chasseurs découvrent son corps nu et partiellement brûlé dans un bois près de Montceau-les-Mines. D'après La Gazette de Côte-d'Or, « quatre coups de poignard ont été portés au thorax. Des traces de strangulation sont relevées ». Les examens attestent que la fillette était saoul avant de subir des violences sexuelles. Le sperme isolé par les enquêteurs a la particularité de ne contenir aucun spermatozoïde. L'ADN qui en est extrait est comparé négativement à celui de Francis Heaulme et de deux autres hommes qui avaient reconnu être présents sur les lieux.

La neuvième victime est Virginie Bluzet, disparue en février 1997, quelques mois après Christelle Blétry. Le corps de la jeune Beaunoise de 21 ans est retrouvé le 17 mars 1997 en bord de Saône, à Verdun-sur-le-Doubs, après cinq semaines passées dans l'eau. Elle a été menottée, bâillonnée et sa tête recouverte d'une taie d'oreiller. Des scellés non exploités jusqu'alors, permettent de relancer l'enquête en février 2010. Les gendarmes de la section de recherches de Dijon avaient conduit à la mise en cause du petit ami mais le juge avait conclu le 6 novembre 2002 à un non-lieu pour défaut de preuves. « Une tache de sang a été retrouvée dans le bâillon et malgré toutes ces années, on sait désormais que l’on peut retrouver des éléments probants, je croise les doigts » déclare serein mais déterminé Michel Bluzet le père de Virginie.

En 1999, c'est du côté de Mâcon, également en bord de Saône, qu'est retrouvé le corps de Vanessa Thiellon, 17 ans, apprentie cuisinière. Vanessa a été sauvagement battue et est morte d'une overdose, sans avoir subie d'agression sexuelle. Le 19 mars 2005, après un gala de danse à Macon, Anne-Sophie Girollet, 20 ans, étudiante en troisième année de médecine à Lyon, disparaît. Son corps flottant dans la Saône est repêché le 2 avril près d'un pont de Mâcon. D'après les médecins légistes, elle a subi des violences sexuelles, avant d'être étranglée et est morte par suffocation suite aux coups reçus au thorax. Jacky Martin est interpellé sept ans après les faits après de nouvelles expertises sur les traces génétiques prélevées dans sa voiture, une Peugeot 405 immatriculée dans le Rhône, également repêchée dans la rivière. L’homme étant inscrit au Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) pour divers vols, recels de voiture et violences est condamné à Chalon-sur-Saône à 30 ans de réclusion criminelle assortie d’une peine de sûreté de vingt ans pour la séquestration et le meurtre d'Anne-Sophie Girollet et fait appel. 

Publié dans Banditisme

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