Boegner Marc

Publié le par Roger Cousin

Boegner MarcMarc Boegner, couramment appelé le pasteur Boegner, né le 21 février 1881 à Épinal, mort le 18 décembre 1970 à Paris, est un théologien, homme d'Église et essayiste français. Originaire d’une famille protestante, républicaine et patriote, fils du préfet des Vosges, Paul Boegner, Marc Boegner passe les premières années de sa vie à Épinal, avant de s’installer avec sa famille à Orléans où il se lie d’amitié avec Charles Péguy. Après avoir achevé ses études secondaires à l’École alsacienne, à Paris, il entra en classe préparatoire de Navale, au lycée Lakanal. Très marqué par l'influence de son oncle le pasteur Tommy Fallot (1844-1904), et finalement obligé de renoncer à une carrière dans la marine du fait d'un début de myopie, il se décide après ce qu'il appellera lui-même sa « conversion » et l'obtention d'une licence en droit, à entrer à la faculté de théologie protestante de Paris.

Après la soutenance de sa thèse de doctorat sur "Les Catéchismes de Calvin", étude d’histoire et de catéchétique, en juillet 1905, il est nommé pasteur dans une paroisse rurale à Aouste-sur-Sye, dans la Drôme, où son oncle Tommy Fallot avait été pasteur pendant 9 ans avant sa mort. Dans cette modeste paroisse de campagne, Marc Boegner inaugure un ministère fondé sur l'humilité, l'écoute et le rassemblement, dans une même foi, des hommes et des idées. Il est nommé en 1911 professeur à la Maison des Missions de Paris. C'est là qu'il réalise la nécessité indispensable du lien entre mission et unité de l'Église. En 1912, il rencontre John Mott (1855-1965), laïc américain, baptiste, fondateur de la Fédération universelle des associations chrétiennes d'étudiants, futur prix Nobel de la Paix (1946), qui sera l'initiateur du mouvement œcuménique. Mobilisé à Paris comme infirmier-chef dès août 1914, Boegner ne cesse pas pendant les quatre années de guerre de présider des cultes, de soutenir ceux qui lui demandent de l'aide, profondément déchiré entre « l'ardent espoir de la victoire et l'obligation de refuser la haine ».

En octobre 1918, il est nommé pasteur de la paroisse parisienne de Passy-Annonciation, poste qu'il conservera jusqu'en 1953. De cette paroisse divisée entre des sensibilités différentes, théologiques et politiques - division fréquente à cette époque à l'intérieur du protestantisme -, il va faire un lieu de rayonnement de la mission de l'Église. Il sera considérablement aidé dans cette tâche par l'arrivée auprès de lui, en 1934, du pasteur Pierre Maury, homme chaleureux, remarquable théologien qui sera pour lui « l'ami, le frère, le confident de toutes ses préoccupations paroissiales ». En 1928, il inaugure les prêches du Carême protestant à la radio, ce qui contribue à sa notoriété. Il y prêche l'Unité des Chrétiens. En 1929, il devient le premier président de la Fédération protestante de France, charge qu'il occupera jusqu'en 1961. A l'Assemblée de Lyon en mai 1938, il devient le premier président du Conseil national de l'Église réformée de France.

Il cumule alors deux des plus hautes charges au sein du protestantisme français. Sous l'Occupation, le pasteur Boegner est d'abord membre du Conseil national instauré par Vichy, mais il œuvre activement, tant de façon ouverte que clandestinement, pour essayer d'améliorer le sort des Juifs, voire en défendre et en sauver un certain nombre, compassion d'ailleurs étendue à de nombreux réfugiés politiques. Réservé sur la violence et la lutte armée, il laisse cependant ses fidèles choisir en conscience d'aller ou non au maquis. En juin 1940, après l'armistice, la Fédération Protestante souhaite que son président se fixe en zone libre et Marc Boegner s'installe à Nîmes où la tradition protestante reste forte. Il multiplie les déplacements et les interventions auprès du gouvernement de Vichy en faveur des personnes déplacées ou regroupées dans les camps d'internement de Drancy ou Gurs (Pyrénées Atlantiques) et ensuite en faveur des juifs. Il intervient ainsi auprès de Pierre Laval, mais en vain, pour lui demander de renoncer à inclure les enfants juifs de moins de 16 ans dans les convois de déportation.

Ces protestations faites au nom de l'Église Réformée et de la Fédération Protestante sont souvent précédées de rencontres avec le Cardinal Gerlier, Archevêque de Lyon, et d'échanges avec le Grand-Rabbin de France Isaïe Schwartz. Elles prennent aussi la forme de lettres adressées directement par le pasteur Marc Boegner au Maréchal Pétain, qui sont souvent lues en chaire au cours des cultes dominicaux. Le 26 mars 1941, il écrit deux lettres au nom du conseil national de l’E.R.F. qu’il préside, l’une à l’Amiral Darlan, vice-président du Conseil, l’autre au Grand-Rabbin de France, Isaï Schwarz, dans laquelle il déplore la mise en place d’une législation raciste : "Notre Eglise, qui a jadis connu les souffrances de la persécution, ressent une ardente sympathie pour vos communautés dont en certains endroits la liberté du culte est déjà compromise et dont les fidèles viennent d’être si brusquement jetés dans le malheur. Elle a déjà entrepris et ne cessera pas de poursuivre des démarches en vue d’une refonte indispensable de la loi."

Le 20 août 1942, il écrit une lettre au Maréchal Pétain. Cette lettre connait une très large diffusion grâce à la presse et à la radio internationales. Elle présente un caractère tout nouveau par rapport à ses précédentes interventions, en ce sens qu’elle porte sur les opérations de livraison à l’Allemagne de juif étrangers, déjà internés dans les camps : « La vérité est que viennent d’être livrés à l’Allemagne des hommes et des femmes réfugiés en France pour des motifs politiques et religieux, dont plusieurs savent d’avance le sort terrible qui les attend (…) Je suis obligé d’ajouter, Monsieur le Maréchal, que la livraison de ces malheureux étrangers s’est effectuée, en maints endroits, dans des conditions d’inhumanité qui ont révolté les consciences les plus endurcies et arraché des larmes aux témoins de ces mesures ».

En 1943, il condamne l'envoi forcé des travailleurs en Allemagne au titre du STO. Ayant rencontré à six reprises, dans le cadre de ses fonctions, le maréchal Pétain, il fut décoré de la Francisque et nommé membre du Conseil National de Vichy. Il s'attacha, lors de sa déposition au procès du vieux dirigeant, le 30 juillet 1945, à témoigner des bonnes intentions et de la bonne volonté manifestées par celui-ci dans les circonstances difficiles que connaissait la France - une vision indulgente de l'action de Pétain, démentie aujourd'hui par beaucoup de travaux historiques. Après guerre, il continue son combat pour l'unité en participant au mouvement œcuménique. Il est aussi observateur au concile Vatican II. Son action en faveur des Juifs durant la guerre fait qu'il est désigné Juste parmi les nations en 1988.

Fonctions et distinctions :

 

  • Président de la Fédération française des associations chrétiennes d'étudiants (1923-1935),
  • Président de la Fédération protestante de France (1929-1961),
  • Président du conseil national de l'Église réformée de France (1938-1950),
  • Président de la Société des missions évangéliques de France (1945-1968),
  • Président du Mouvement œcuménique des Églises chrétiennes (1948-1954).

 

Autres :

 

  • Membre de l'Académie des sciences morales et politiques (1946)
  • Membre de l'Académie française (1962). À ce jour, Marc Boegner reste le seul pasteur à avoir jamais été élu à l'Académie française. Le fauteuil qu'il occupa (le fauteuil 2) avait eu pour premier titulaire - était-ce une coïncidence ? - le huguenot Valentin Conrart, fervent protestant, l'un des fondateurs et le premier secrétaire perpétuel de l'Académie.
  • Juste parmi les nations (1988)
  • Grand officier de la Légion d'honneur

Publié dans Eclésiastiques

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