Duclos Jacques

Publié le par Roger Cousin

Principal dirigeant du parti communiste, devenu clandestin depuis sa dissolution en septembre 1939, Jacques Duclos est présent à Paris quand son adjoint Maurice Tréand négocie - entre le 17 juin et le 27 août 1940 -la reparution de l'Humanité avec les autorités allemandes. Hormis un séjour à Bourg-la-Reine, il réside en région parisienne pendant toute l'Occupation.

Duclos Jacques

Le 15 mai 1941 le parti communiste appelle à la formation d'un "Front national pour l'indépendance de la France" et prend des contacts avec l'ensemble des milieux résistants. La répression anti-communiste redouble et grâce au talent d'organisateur de Jacques Duclos son parti parvient à fonctionner. A partir de la fin de 1942, l'évolution de la situation militaire à l'Est et en Méditerranée ainsi que le STO lui permettent de développer sa politique d'alliance avec les gaullistes et de faire participer les communistes à tous les organismes unis de résistance.

Après la Libération l'ancien député de la Seine est relevé de la déchéance de son mandat par décision du Conseil des ministres du 28 octobre 1944 prise en application de l'ordonnance du 9 août 1944 portant rétablissement de la légalité républicaine et nommé à l'Assemblée consultative provisoire au titre de la résistance métropolitaine (parti communiste). Membre de la Commission des prisonniers et déportés et des pensions il dépose des propositions de résolution relatives aux nationalisations et demandant l'ouverture de poursuites contre les administrateurs de banques ou de sociétés ayant collaboré avec l'occupant. Il prend part à la discussion de textes financiers, à un débat de politique générale et exprime l'avis du parti communiste sur l'élection d'une Assemblée nationale Constituante et l'organisation des pouvoirs publics.

Aux élections du 21 octobre 1945 pour la première Assemblée nationale Constituante, le parti communiste confie la tête de liste à Jacques Duclos dans la sixième circonscription de la Seine qui comprend Aubervilliers, Noisy-le-Sec, Pantin, Saint-Denis, Vincennes et Montreuil où, depuis 1939, son parti a mis un pavillon à sa disposition. La liste communiste arrive nettement en tête (46,6 % des suffrages exprimés) et obtient quatre des sept sièges à pourvoir. Il en ira de même aux élections du 2 juin 1946 pour la seconde Assemblée nationale Constituante et aux élections législatives du 10 novembre 1946 (respectivement 45,6 % et 48 % des voix). Aux élections législatives du 17 juin 1951 et du 2 janvier 1956 la liste communiste, toujours conduite par Jacques Duclos réalise des scores analogues (43,9 % et 45,5 %) qui lui garantiraient quatre sièges selon la "proportionnelle à la plus forte moyenne" mais la répartition au plus fort reste, introduite en 1951, ramène sa représentation à trois députés.

Pendant toute cette période (1945-1958), l'activité parlementaire de Jacques Duclos est étroitement liée à ses fonctions au sein de son parti et à la ligne de celui-ci. Membre du comité central, du bureau politique et du secrétariat, numéro deux du parti, son expérience, ses talents d'organisateur et d'orateur, les liens qu'il a noués dans le mouvement communiste international, sa popularité auprès des militants en font presque l'égal de Maurice Thorez. Celui-ci accorde sa confiance à Jacques Duclos qui exerce l'intérim du secrétaire général quand, atteint par la maladie et fréquemment soigné en Union soviétique, il ne peut assumer directement et pleinement l'ensemble de ses tâches. Pourtant l'ampleur de ses responsabilités au sein du parti communiste n'empêche pas Jacques Duclos de jouer un rôle parlementaire de tout premier plan. Président du groupe communiste des Assemblées nationales Constituantes puis de l'Assemblée nationale, Jacques Duclos est élu vice-président de cette dernière en 1947 et en 1949.

Membre de la Commission des finances et du contrôle budgétaire des deux Assemblées nationales Constituantes et membre de la Commission de l'intérieur au sein de la seconde de ces assemblées, il dépose des propositions de loi relatives à la Constitution de la République française, à l'élection des députés et aux nationalisations. En séance, il intervient dans ces domaines mais participe aussi aux débats budgétaires et de politique générale. A l'Assemblée nationale, le député de la Seine siège au sein de deux des plus prestigieuses Commissions : celle des finances (sauf en 1955) dont il est vice-président de 1946 à 1949 et celle du suffrage universel.

Pendant la première législature de la IVe République (1946-1951) Jacques Duclos dépose cinquante et un textes parlementaires propositions de loi ou de résolution et rapports. Il s'intéresse particulièrement aux questions économiques et fiscales, à la fonction publique et aux régimes électoraux des différentes élections - municipales, cantonales, nationales - pour lesquelles il préconise la proportionnelle. Parmi ces textes, une référence à son passé : sa proposition de loi supprimant le travail de nuit dans la boulangerie et dans la pâtisserie (21 mai 1948).

Durant cette législature le résumé de ses interventions en séance publique occupe douze pages de la table nominative des débats de l'Assemblée nationale. Outre les sujets qui font l'objet de ses propositions et rapports, il intervient dans les grands débats : investitures des présidents du Conseil et questions de confiance, politique du Gouvernement en Indochine et à Madagascar, politique étrangère, mouvements sociaux. Au cours des deux autres législatures de la IVe République, le député de la Seine reprend ses précédentes propositions et, surtout à partir de 1956, concentre ses interventions sur la politique européenne - accords de Londres et de Paris, Marché commun - l'Indochine et l'Algérie et la révision constitutionnelle.

Principal orateur communiste dans de nombreux débats, il lui revient de justifier les évolutions de son parti. Ainsi, après avoir soutenu le Gouvernement Guy Mollet au sujet des pouvoirs spéciaux en Algérie (12 mars 1956), il rejette leur reconduction (16 et 17 juillet 1957). Partisan de l'union de la gauche à laquelle il travaille de 1945 à 1947, il n'a de cesse par la suite de fustiger les socialistes et les "apparentés". Cependant lors de la discussion du projet de loi relatif au renouvellement de l'Assemblée nationale, il propose un désistement réciproque à gauche au cas où le scrutin d'arrondissement serait rétabli (29 novembre 1955). De même après les élections de 1956 fait-il fréquemment référence à la majorité de gauche existant à l'Assemblée nationale.

Souvent bonhomme, sachant manier l'humour Jacques Duclos se comporte parfois en "vieux parlementaire républicain". Ainsi souhaite-t-il un bon anniversaire à Louis Marin qui vient d'avoir soixante-dix ans (7 février 1947) ou exprime-t-il ses vœux de prompt rétablissement au président Herriot (29 avril 1947). Mais en général le président du groupe communiste se montre particulièrement incisif et cisèle des formules blessantes qui lui valurent de nombreux rappels à l'ordre. Le 29 novembre 1947 il déclare à propos de Robert Schuman, président du Conseil : "c'est un ancien officier allemand, c'est un boche". Le 7 mai 1951 au cours de la discussion sur le mode de scrutin pour les élections législatives il parle du "fasciste de Gaulle" et compare le système des apparentements à l'exclusion des députés communistes du Reichstag par Hitler en 1933. Le 19 février 1952, dans le débat sur l'année européenne, il stigmatise "l'esprit revanchard d'Adenauer et de sa clique".

C'est peu après que Jacques Duclos connaît à nouveau la prison. Sous sa responsabilité, le parti communiste organise une violente manifestation, d'ailleurs interdite, contre la venue à Paris le 28 mai 1952 du général américain Ridgway - "Ridgway la peste" - nouveau chef des forces alliées en Europe. Arrêté le 28 mai au soir de l'émeute, alors qu'il regagne son domicile, d'où le flagrant délit, sa voiture est fouillée : on y trouve deux pigeons et un cahier de notes du bureau politique rédigées par le député de la Seine. On apprit plus tard que les volatiles étaient destinés à être accommodés en vue de leur dégustation mais cet incident permit au ministre de l'intérieur d'alimenter la thèse d'un complot communiste : "le complot des pigeons". Après sa libération, intervenue le les juillet 1952, Jacques Duclos fait paraître ses Ecrits de prison. L'affaire connaît son épilogue le 6 novembre 1953 avec le refus de l'Assemblée nationale de lever l'immunité parlementaire de Jacques Duclos et de quatre autres députés communistes.

Gardien de l'orthodoxie au sein du parti communiste, Jacques Duclos se détermine uniquement en fonction de ce qu'il estime être l'intérêt supérieur du parti et de l'Internationale. Il participe largement à la campagne contre André Marty et Charles Tillon alors que les tournées de propagande qu'il avait organisées avec le premier les avaient tous deux conduits en prison en 1927 et qu'il menait la lutte électorale dans sa circonscription avec le second depuis 1945. En décembre 1952 André Marty est exclu du parti communiste et peu après Charles Tillon se retire dans le midi. Après la mort de Staline en mars 1953, Jacques Duclos refuse la " déstalinisation " contrairement à Auguste Lecoeur dont l'exclusion est prononcée le 16 novembre 1954.

De même dans le mouvement communiste international où il semble superviser la politique du parti communiste français, le député de la Seine défend-t-il des positions de la plus stricte orthodoxie. Après avoir eu connaissance du rapport secret de Krouchtchev lors du XXe Congrès du parti communiste d'Union soviétique, il fait ovationner le nom de Staline dans un grand meeting le 9 mars 1956. Il entretient de bonnes relations avec le parti communiste chinois qui, lui aussi, refuse l'évolution du monde communiste et, quelques mois plus tard, il approuve l'intervention soviétique en Hongrie. Avec ses collègues du groupe communiste, Jacques Duclos vote contre l'investiture du général de Gaulle (1er juin 1958), contre les pleins pouvoirs et la révision constitutionnelle (2 juin).

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