Leclerc Philippe

Publié le par Mémoires de Guerre

Philippe de Hauteclocque, dit « Leclerc », est un militaire français, né le 22 novembre 1902 au château de Belloy, dans la commune de Belloy-Saint-Léonard (Somme). Il est mort, lors d'une mission d'inspection militaire, le 28 novembre 1947 dans un accident d'avion près de Colomb-Béchar (territoire d'Ain Sefra, Algérie française). Il est inhumé dans un tombeau de la Crypte des Invalides. Il fut l'un des principaux chefs militaires de la France libre durant la Seconde Guerre mondiale ; ses fonctions au sein des Forces françaises libres l'amenèrent notamment à commander la 2e division blindée. « Leclerc » fut tout d'abord son nom de guerre au sein des Forces françaises libres, avant d'être ajouté à son patronyme légal : il a été autorisé à se nommer Leclerc de Hauteclocque par décret du 17 novembre 1945 publié au Journal officiel daté des 19 et 20 novembre 1945 (à la date du 20 novembre, p. 7694-7695). Il a été élevé à titre posthume à la dignité de maréchal de France. 

Leclerc Philippe
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Philippe, François, Marie de Hauteclocque, puis Leclerc de Hauteclocque, est issu de la famille de Hauteclocque, originaire de la province d'Artois, de noblesse chevaleresque, reconnue depuis l'an 1163, dont la devise est : On entend loing haulte clocque. Il est le petit-fils du comte Gustave de Hauteclocque (Arras, 1829 - Naples, 30 avril 1914), historien et archéologue, maire de Bermicourt et de Marie-Henriette de Morgan-Frondeville (1834-1908). Le couple a trois fils : Henry (1862-1914, mort pour la France), Adrien (1864-1945) et Wallerand (1866-1914, mort pour la France). Il est le fils du comte Adrien de Hauteclocque (1864-1945) et de Marie-Thérèse van der Cruisse de Waziers (1870-1956), fille elle-même de Louis, comte van der Cruisse de Waziers et de Léontine du Passage. Philippe de Hauteclocque grandit au sein d'une fratrie de six enfants, dont :

  • Guy de Hauteclocque (1892-1965) qui épouse Madeleine de Gargan (sœur de la maréchale Leclerc), dont postérité ;
  • Françoise de Hauteclocque (1895-1919), qui épouse Renaud de Chaumont-Quitry (sans postérité) ;
  • Madeleine de Hauteclocque (1897-1935), religieuse dominicaine ;
  • Yvonne de Hauteclocque (1900-1967), qui épouse Pierre de Bodard de La Jacopière, dont postérité ;
  • Colette de Hauteclocque (1906-1990), qui épouse Jacques de Baynast de Septfontaines, dont postérité.

Ses parents assurent son éducation jusqu'à l’âge de 13 ans. Il entre en quatrième en 1915 au collège de La Providence d'Amiens, évacué à Poitiers au cours de la Première Guerre mondiale, où il poursuit ses études en lycée.  En 1922, après avoir préparé le concours à Sainte-Geneviève de Versailles, il est admis à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr (promotion Metz et Strasbourg-1922-1924), dont il sort cinquième en 19245. Il entre alors à l'École d'application de la cavalerie de Saumur, dont il sort en 1925, là encore, en étant major. Il épouse la même année, le 10 août 1925, Thérèse de Gargan (1903-1996), fille d'Auguste de Gargan, (1861-1902) et d'Henriette d'Irumberry de Salaberry, (1866-1944). Ils auront six enfants :

  • Henri Leclerc de Hauteclocque (1926-1952, mort pour la France) ;
  • Hubert Leclerc de Hauteclocque (1927-2015), maire de Tailly (Somme) de 1965 à 2008 8, commandeur de la Légion d'honneur, qui épouse le 31 octobre 1956, Marie-Églé de Buxeuil de Roujoux. D'où : Bénédicte, Sylvia(+), Marie-Thérèse et Gilone ;
  • Charles Leclerc de Hauteclocque (1929-2016) , commandeur du mérite agricole, qui épouse Geneviève de Chabot-Tramecourt. D'où : Henri, Florence, Catherine, Yolaine et Gautier ;
  • Jeanne Leclerc de Hauteclocque (1931-), qui épouse, le 26 octobre 1960, Robert Galley (1921-2012), engagé dans les FFL à Londres en 1940, Compagnon de la Libération, député de l'Aube, ministre, maire de Troyes. D'où deux enfants : Philippe Galley et Alexis Galley ;
  • Michel Leclerc de Hauteclocque (1933-2014), colonel de cavalerie, chevalier de la Légion d'honneur, qui épouse le 4 juillet 1964, Béatrice Guilhem de Pothuau. D'où : Isabelle, Arnaud, Sabine, Emmanuel, Hélène et Xavier ;
  • Bénédicte Leclerc de Hauteclocque (1936-), qui épouse, le 16 août 1958 à Tailly, Gérard de Francqueville, chevalier de la Légion d'honneur, d'où : Philippe, Pierre-Emmanuel, Thibault et Laure.

Depuis 1918 (et jusqu'en 1930), la Sarre est sous occupation française en conséquence du traité de Versailles faisant suite à la Première Guerre mondiale. Le jeune Philippe de Hauteclocque a pour première affectation le 5e régiment de cuirassiers à Trèves ; après y avoir passé un an, il obtient une affectation au 8e spahis, au Maroc. Il participe à la pacification du territoire au cours de la guerre du Rif, durant laquelle il se distingue. En 1929, le commandement du 38e goum lui est confié. Il devient instructeur à l'École de Saint-Cyr en 1931. Lors d'un exercice à cheval, sa jambe se casse sous sa monture ce qui lui vaudra d'utiliser une canne tout le reste de sa vie. Au cours d'un second séjour au Maroc, il est promu capitaine en 1934, et obtient la Légion d'honneur. En 1938, il réussit le concours d'entrée à l'École de Guerre, dont il sort major en 1939. Il est « issu d'une famille Action française jusqu'en 1940 ». Lui-même lit l'Action française, sans adhérer à l'ensemble de la doctrine, appréciant surtout l'exaltation des valeurs de la France monarchique contenues dans ce journal et le fait qu'il fonde sa politique sur cette notion : « Le présent vient du passé ». Chevauchant à la tête de son escadron lors de la revue du 14 juillet 1936, et passant devant la tribune officielle où se tiennent Léon Blum et Édouard Daladier, il aurait brocardé ce dernier d'un « Pour le fusilleur, tête droite ! ». Il rompt avec l'Action française en 1940, jugeant que le mouvement trahit ses idées et fourvoie les élites qui le suivent. Il se défait également, à cette même époque, des préjugés antisémites des milieux maurrassiens. Après la guerre, il n'évoquera plus Charles Maurras que pour juger sa philosophie critiquable et fera détruire les exemplaires du journal conservés à Tailly. De tradition catholique16, fervent pratiquant, il a manifesté toute sa vie son attachement à sa foi. 

En mai 1940, le capitaine Philippe de Hauteclocque est chef du 3e Bureau à l'état-major de la 4e division d'infanterie, qui fait mouvement vers la Belgique du 12 au 14 mai et dont certains éléments se trouvent encerclés dans la Poche de Lille dans les derniers jours du mois de mai. Le 28, alors que la capitulation du Groupement Molinié est proche et qu'il est devenu inutile, le capitaine de Hauteclocque obtient de son chef, le général Musse, l'autorisation de tenter de traverser les lignes allemandes pour échapper à la captivité. Il part vers la porte de Douai et récupère une bicyclette abandonnée. Il va mettre le cap au sud. Il échappe plusieurs fois à la capture, abandonne casque et ceinturon, guidé par la rage de s'échapper pour reprendre le combat. Le 29 mai 1940, il est capturé en vêtements pseudo-civils et à bicyclette. Fouillé, il est trahi par un certificat de paiement de l'école militaire. Il est emprisonné et réussit à récupérer son portefeuille, dans le sac où était stocké le résultat de la fouille allemande, laissé imprudemment à sa portée. Il détruit la pièce compromettante et réussit à remettre le portefeuille sans être vu. Lors de son interrogatoire à la mairie de Bohain-en-Vermandois par un officier allemand, il affirme être réformé comme père de famille de 6 enfants. Il subit la raillerie de l'officier qui s'étonne qu'à 37 ans il ne soit pas en train de défendre son « vaterland ». Certainement fatigué de ramasser des prisonniers, l'officier l'invite à décamper de façon dédaigneuse, non sans avoir affirmé que : « Nation en décadence…(Il ajoute, l'air méprisant:) Jamais le Grand Reich allemand ne permettra à la France de se relever » — Dronne 1970, p. 14-16. Leclerc n'oubliera jamais cette insulte à laquelle il s'abstint de répondre. Il rejoindra les lignes françaises en traversant le canal du Nord. Il réintègre alors une unité combattante.

Le 15 juin, il participe à une contre-offensive dans la plaine de Champagne, au cours de laquelle il est blessé à la tête. Les blindés allemands ont ouvert le feu sur la maison dans laquelle il se trouvait, et une partie du plafond s'est effondrée sur lui. La blessure ne semble pas l'affecter, à tel point qu'il continue le combat, jusqu'à ce qu'il soit à nouveau fait prisonnier. Son cheval, Iris XVI, sera abattu par les troupes allemandes à l'école de Saint-Cyr le 14 juin 1940 après avoir tué un soldat d'une ruade. Le 17 juin 1940, il parvient à s'évader de l'hôpital des Sœurs de la Charité et prend le parti de continuer sa route pour poursuivre la lutte. Il traverse la France par Tailly (5/6/1940) et atteint Paris (7/6 et 21/6/1940). À bicyclette, malgré l'occupation allemande, il rejoint sa femme et leurs six enfants sur les routes de l'exode près de Libourne en Gironde. Après les avoir mis au courant de sa volonté de se battre, il se rend à Bayonne où il obtient le 8 juillet un visa pour le Portugal mais pas pour l'Espagne. Repassant la ligne de démarcation le 10 juillet, il est le lendemain à Perpignan où il obtient son visa pour l'Espagne. Arrivé le 12 à Cerbère par le train, il est brièvement arrêté le 13 à Port-Bou par les douaniers espagnols qui le font conduire à Figueras pour interrogatoire et jugement, à cause d'un excédent de devises étrangères. Mais, il s'échappe à nouveau et prend le train pour Madrid et de là, celui de Lisbonne où il arrive le 17 juillet. Embarqué le 20 juillet sur le SS Hilary, il arrive à Londres le 24 juillet 1940. 

Il se présente au général de Gaulle le 25 juillet. Afin d'éviter que des représailles ne soient dirigées contre sa famille, il a pris le pseudonyme de « François Leclerc », le patronyme étant très fréquent en Picardie et à Belloy même. Cette discussion a probablement changé sa vie. Le général de Gaulle, reconnaissant en lui un chef exceptionnel, le promeut de capitaine à chef d'escadron dès leur première rencontre et lui donne pour mission de rallier l'AEF à la France libre. Le 6 août 1940, il quitte l'Angleterre pour le Cameroun avec René Pleven, André Parant et Claude Hettier de Boislambert. Le voyage se fait à bord d'un hydravion Sunderland, le Clyde. Il atterrit à Lagos le 10 août 1940. Dix jours plus tard, il débarque de nuit en pirogue à Douala avec 22 hommes. Il fait la connaissance du commandant Louis Dio, qui arrive de Fort-Lamy à la tête d'un détachement du régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad. Il parvient à convaincre les autorités fidèles à Vichy de s'effacer et rallie le Cameroun, le Tchad et le Congo à la cause de la France libre sous l’égide de Félix Éboué et du colonel de Larminat. Jugeant son grade de commandant insuffisant, face au gouverneur général et au lieutenant-colonel Bureau, commandant les troupes à Douala, il arrache les quatre galons de sa manche gauche pour en recoudre un sur celle de droite : le voici colonel, lui qui n'était qu'un simple capitaine un mois plus tôt. Leclerc est nommé Commissaire général du Cameroun et le 28 août, c'est toute l'Afrique-Équatoriale française, à l'exception du Gabon, qui s'est ralliée au général de Gaulle. Celui-ci, au cours d'une visite à Douala le 8 octobre, donne son accord à Leclerc pour qu'il tente de rallier ce dernier pays à sa cause. Avec l'aide des Forces françaises libres, repliées après l’échec de l’expédition de Dakar (23-25 septembre), Leclerc débarque près de Libreville le 8 et, le 10 novembre, le Gabon se joint à la France libre. 

Leclerc est alors officiellement confirmé au grade de colonel par le général de Gaulle, grade qu'il s'était attribué « comme par enchantement », selon l'expression de De Gaulle, en arrivant au Cameroun pour ne pas être en infériorité hiérarchique par rapport au lieutenant-colonel Bureau en poste à Douala, et il est désigné comme commandant militaire du Tchad. La France libre a pour la première fois une assise territoriale et stratégique significative. À partir de ces bases, sa colonne, qui compte notamment le capitaine Massu, effectue des raids de plusieurs milliers de kilomètres au milieu du désert, avec un équipement peu adapté aux conditions climatiques et au sol sableux et se dirige vers des postes italiens. Ayant pris l'oasis de Koufra (28 février 1941) avec un canon et 300 hommes seulement (par surprise, avec des effectifs limités et avec une grande rapidité, ce qui sera plus tard sa tactique dans ses combats sur le sol français en 1944), il fait le serment avec ses soldats de ne pas déposer les armes avant d'avoir vu le drapeau français flotter sur la cathédrale de Strasbourg. Le 16 juin 1941, il est déchu de la nationalité française par un décret du gouvernement de Vichy. Le 11 octobre, la cour martiale de Gannat le condamne à mort par contumace et à la confiscation de ses biens pour « crimes et manœuvres contre l'unité et la sauvegarde de la patrie ». Parallèlement, il est promu général de brigade dès le mois d'aout 1941 mais trouvant cette promotion prématurée il n’arborera ses nouveaux galons que plus tard, lorsque ses hommes lui offriront un képi étoilé cousu main. 

En février-mars 1942, il mène une campagne dans le Fezzan italien. Nommé le 25 mars commandant supérieur des troupes de l'Afrique française libre, il part pour Brazzaville, laissant le colonel François Ingold à la tête des troupes du Tchad. Le 22 septembre, de Gaulle lui donne l'ordre de conquérir le Fezzan et d'avancer jusqu'à Tripoli, de même qu'il prescrit l'envoi de troupes au Niger, afin de rallier à la France libre l'Afrique-Occidentale française (objectif qu'il abandonne finalement à la mi-novembre). Le 16 décembre 1942, Leclerc est à Zouar en inspection. Il lance le 22 décembre l'offensive sur le Fezzan et conduit sa colonne, forte de 4 000 Africains et 600 Européens appuyés par le groupe aérien Bretagne, à Sebha le 12 janvier, Mourzouk le 13 et Tripoli le 25. Le 2 février 1943, il rencontre à Ghadamès le général Delay, commandant le front Est du Sud algérien. Puis, rejoint par la colonne volante de Jean Rémy, détachée des Forces françaises libres du Western Desert, il participe avec la 8e armée britannique à la campagne de Tunisie contre l'Africa Korps. Après la bataille de Ksar Ghilane, où la Force L (L pour Leclerc) résiste victorieusement à une attaque allemande, il s'empare de Gabès, puis entre à Kairouan le 12 avril. Huit jours plus tard, il participe, à Tunis, au défilé de la victoire à la tête de ses troupes (au sein des troupes anglo-américaines et non avec les Français de l'Armée d'Afrique, que les FFL ont parfois combattu, notamment à Dakar). « Tirailleurs africains ou coloniaux et soldats de France métropolitaine venus du cœur de l'Afrique à travers le Sahara, fraternellement unis, debout dans leurs étonnantes voitures bardées de filets de camouflage, de tôles de désensablement, de guerbas avaient un halo de légende. Ils furent frénétiquement applaudis. » — Raymond Dronne (1970) p. 291. Leclerc se consacra dès lors à forger l'outil du renouveau de l'Armée française. 

Leclerc est nommé général de division le 25 mai 1943, la Force L devenant 2e division française libre (2e DFL) le 30 sur le sol africain. Renvoyée par le général Giraud en Libye le 10 juin, sa division reçoit le renfort d'évadés de France par l'Espagne et d'unités issues des troupes vichystes ralliées de l'Armée d'Afrique. Rebaptisée 2e division blindée (2e DB) le 24 août 1943 , elle est réorganisée sur le modèle américain, et rejoint, en septembre 1943 , le camp de Temara, au Maroc, où elle demeure jusqu'en avril 1944 pour y parfaire son entraînement et compléter ses effectifs. Il reçoit enfin l'affectation d'un régiment de chasseurs de chars, le RBFM, qui lui avait été promis. Le 10 avril 1944, la 2e DB au complet entame son embarquement pour l'Angleterre, où elle est affectée à la 3e armée américaine du général Patton. Une grande unité française, armée, équipée et structurée à l'américaine, va combattre sous commandement américain. Envoyée en Normandie, la 2e DB débarque le 1er août 1944 dans la Manche, sur la plage de Saint-Martin-de-Varreville, et va établir son premier camp à Vesly, dans un champ dénommé « champ Robert », où elle séjourne dix jours, le temps de s'organiser avant de faire route sur Argentan et Alençon, tout en ayant au passage prêté main-forte, lors de la fermeture de la poche de Falaise, à Chambois-Mont-Ormel. Faisant partie de la 3e armée du général Patton, la division de Leclerc, ou « division Croix de Lorraine », devient parfois même le fer de lance des attaques américaines. Sa division libère, le 12 août, Alençon, s'illustre dans la forêt d'Écouves mais bute, le 13 août, à Argentan, qu'elle ne peut investir, gênant, en fait, les mouvements américains. Leclerc demande alors l'autorisation de quitter le théâtre des opérations en Normandie, pour : « Ne plus perdre un seul homme ici et libérer Paris, la capitale de la France. ».

Il a à sa disposition un char PC de commandement armé d'un simulacre de canon en bois, le Tailly. Il peut, au passage, le 2 août 1944, s'arrêter chez ses cousins à Prétot-Sainte-Suzanne, chez Françoise de Hautecloque. Il en repart accompagné des deux premiers engagés sur le sol de France (un neveu et son ami). Après les demandes répétées du général de Gaulle aux alliés, le général Marie-Pierre Kœnig porte le 22 août 1944 une seconde lettre de De Gaulle au général Eisenhower. Celui-ci informe alors le général Marshall, chef d'état-major de Roosevelt qu'il a donné l'ordre de libérer Paris, car l’insurrection ayant démarré le 19 août, la situation était grave dans la capitale. Dans la soirée, le général Omar Bradley autorise le général Leclerc à marcher sur Paris. La 2e DB fonce pour la libération de Paris dans une attaque audacieuse et, le 25 août 1944, le général Leclerc reçoit la reddition du général von Choltitz, gouverneur militaire allemand de Paris, à la gare de Paris-Montparnasse, négociée préalablement par le chef résistant parisien Rol Tanguy. La capitale a été libérée en deux jours, en particulier par l'action menée de l'intérieur par ces mêmes forces résistantes sous les ordres de Rol Tanguy, dans un mélange de liesse et de coups de feu. Les blindés de Leclerc ont exercé une pression supplémentaire sur les forces nazies. Les généraux de Gaulle et Leclerc descendent alors côte à côte l'avenue des Champs-Élysées le 26 août alors qu'éclatent encore des accrochages sporadiques. Autorisé à prendre une courte permission chez lui à Tailly où il se rend en avion, il retrouve sa famille qu'il n'avait pas vue depuis quatre années. Il rentre après deux jours de séjour accompagné de ses deux fils ainés, Henri (18 ans) et Hubert (17 ans) qui s'engagent dans les unités de la 2e DB. Le combat reprend, en famille. 

Partie de Paris le 8 septembre 1944, la 2e DB se dirige vers l'Est pour des combats contre le général von Manteuffel durant lesquels la 112e Panzer Brigade est écrasée à Dompaire le 13 septembre perdant 59 chars. Après une pause imposée par le commandement américain, l'axe de marche est dirigé sur Strasbourg. Pendant la pause face à la Vor Vogensen Stellung (1re ligne de défense), Leclerc a connaissance d'exactions allemandes. Il adresse une lettre de mise en garde au Kampfkommandant de Baccarat : « L'armée allemande n'obéit plus, vis-à-vis des populations civiles, aux lois de la guerre. Des villages sont systématiquement brûlés, les habitants fusillés ou déportés… L'ordre de déportation de la population de Baccarat et de celle de Raon-l'Étape vient d'être donné… J'avertis officiellement le commandement allemand que je vais faire, au fur et à mesure, des constats et que je relève, chaque fois, les noms des officiers responsables. Quel que soit le nombre de semaines, de mois pendant lesquels l'Allemagne réussira encore à prolonger la guerre, elle devra bientôt s'incliner. J'emploierai tout mon poids à ce que justice soit faite. » — Général Leclerc au Général Feuchtinger. Le général Feuchtinger n'exécute pas la déportation prévue, et part avant l'attaque du 29 octobre. Avant la fin de l'année 1944, le 23 novembre, ses troupes libèrent Strasbourg, à l'issue d'une charge partie de Baccarat, ville libérée le 31 octobre, et traversant des cols des Vosges difficilement praticables et barrés. C'est l'occasion d'une prise d'armes à Strasbourg pour rappeler que le serment de Koufra a été tenu.

Cependant, Leclerc est cloué en Alsace et doit se battre contre sa hiérarchie. Sa division est bloquée dans la plaine d'Alsace inondée, en position défensive. Il travaille à la réduction de la poche de Colmar puis à celle de Royan. Ses relations sont difficiles avec le général de Monsabert. Leurs conceptions militaires s'affrontent. Dans les premiers jours de mai, passés en Allemagne, les soldats de la 2e DB découvrent les horreurs des camps de concentration et portent secours à des Français rescapés de Dachau. Ils s'emparent brièvement, dans la nuit du 4 au 5 mai 1945, du Kehlsteinhaus, le « nid d'aigle » d'Adolf Hitler, à Berchtesgaden, en Bavière, et le tiennent jusqu'au 10 mai, date à laquelle ils sont remplacés par des troupes américaines. En réalité, plusieurs unités revendiquent le fait que leurs hommes aient atteint les premiers le « Nid d'aigle », notamment :

  • les éléments de la 2e division blindée française, Georges Buis et Paul Repiton-Préneuf, qui auraient été présents dès la nuit du 4 au 5 mai, et auraient dû partir le 10 sur demande du commandement américain, après avoir pris de nombreuses photographies 39.
  • la 3e division d'infanterie américaine, soutenue par les écrits de Herman Louis Finnell, du 7e régiment, 1re compagnie 40, ce que confirme le général Maxwell D. Taylor 41, affirma avoir été présente dès le 10 mai.
  • la Easy Company, du 506e régiment d'infanterie, 101e division aéroportée américaine 42 prétend également être arrivée la première.

Le 6 mai au matin, Leclerc prend ses quartiers dans le village de Bad Reichenhall (Haute-Bavière), non loin de Berchtesgaden. Le même jour, douze Waffen-SS français, issus pour la plupart de la division Charlemagne, ont été capturés par les Américains. Ils sont remis à la 2e DB. Quelques clichés photographiques ont été pris lors de cette rencontre entre Français. Leclerc a un bref échange avec les prisonniers, demandant à l'un d'eux : « N'avez-vous pas honte de servir sous cet uniforme ? » Le SS français aurait alors répondu que Leclerc portait lui-même un uniforme américain. Selon les témoignages existants, Leclerc aurait ensuite quitté les lieux, en déclarant sur le ton de l'agacement : « Débarrassez-moi de ces gens-là ! » Le GPRF, informé de l'existence des prisonniers, ne reçoit plus ensuite aucune nouvelle et s'en inquiète par télégramme le 18 mai. Les autorités de Paris ignorent alors que les douze SS français ont été fusillés, le 7 ou le 8 mai, dans une clairière, au lieu-dit Kugelbach, par des soldats du régiment de marche du Tchad (des républicains espagnols de la Nueve). Exécutés par groupe de quatre, ils ont été assistés religieusement par le père Gaume, aumônier d'un groupe d'artillerie de la division. L'exécution des prisonniers ne s'est accompagnée d'aucun jugement, le tribunal militaire de la 2e DB ne s'étant pas réuni pour l'occasion. Plusieurs décennies après les faits, la responsabilité de cet acte, qui s'inscrit dans le cadre plus large de la répression de la collaboration avec l'Allemagne nazie, n'a pas pu être déterminée. Le père Gaume, désigné pour assister les fusillés, aurait déclaré que la décision d'exécuter les prisonniers avait été prise « à l'État-major » de la division. Le 2 août 1948, le même père Gaume déclare aux gendarmes du Dahomey que l'ordre de fusiller les prisonniers avait été donné par « le commandant français », sans plus de précisions.

Au moment de l'exécution, le lieutenant Morvan, qui commandait l'un des pelotons, aurait évoqué « le haut État-major de la division ». Jean-Christophe Notin, biographe de Leclerc, estime impossible de déterminer ce que recouvre exactement ce terme de « haut État-major » ; il s'abstient dès lors, de conclure si l'ordre d'exécution a été donné par Leclerc lui-même, « travaillé par les horreurs de Dachau, révolté par l'arrogance des prisonniers » et qui aurait alors cédé à un accès de colère, ou par un autre officier supérieur, qui aurait interprété le « Débarrassez-moi de ces gens-là ! » de Leclerc comme un ordre de les fusiller. Jean-Christophe Notin estime que « l'affaire est grave, puisqu'elle mêle l'icône de la Libération à l'exécution de douze prisonniers » ; en l'absence de toute conclusion définitive, il replace cependant cet épisode dans le contexte « des horribles visages de la guerre, qui n'en a que très peu de beaux ». Le 21 juin 1945, Leclerc fait ses adieux avec solennité à sa division. Il la quitte pour rejoindre le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient, mis sur pied pour intervenir en Indochine française, que l'Empire du Japon occupe depuis 1940 et contrôle totalement depuis le coup de force du 9 mars 1945. Leclerc prend en charge l'entraînement du Corps expéditionnaire, mais le Japon annonce finalement sa capitulation en août. Leclerc arrive le 22 août à la base alliée de Kandy (Ceylan) pour préparer l'entrée de ses troupes en Indochine, où différents groupes indépendantistes prennent le pouvoir, tandis qu'une partie des Français demeurent prisonniers des Japonais. Leclerc apprend de la bouche du commandant britannique Louis Mountbatten que Britanniques et Chinois, en vertu des accords de Potsdam négociés sans la France, vont pénétrer les premiers en Indochine française et que les troupes françaises n'ont pas encore l'autorisation d'y débarquer. Leclerc, bloqué à Ceylan et empêché de secourir les populations françaises, alerte de Gaulle pour qu'il fasse pression sur le président Truman mais les États-Unis s'abstiennent d'intervenir pour ne pas mécontenter le président chinois Tchang Kaï-chek. Le 2 septembre 1945, Leclerc signe, au nom de la France, les actes de capitulation du Japon à bord du cuirassé USS Missouri, en rade de Tokyo. Le 12 septembre 1945, il est présent à la signature de la reddition japonaise à Singapour. 

Ce n'est que le 5 octobre que Leclerc, après avoir enfin reçu l'autorisation des Alliés, peut débarquer en Indochine pour en entamer la reconquête et participer au désarmement des troupes japonaises : la destruction de l'administration coloniale par les Japonais en mars 1945, puis la reddition des Japonais en août, ont laissé le territoire indochinois en plein chaos, les indépendantistes vietnamiens, cambodgiens et laotiens ayant les mains libres. Hô Chi Minh, chef du Việt Minh communiste, a notamment proclamé le 2 septembre 1945 l'indépendance du Viêt Nam. La reprise en main du Cambodge est aisée : le roi Norodom Sihanouk ayant invité les Français à rétablir leur protectorat, Leclerc peut arrêter sans difficultés le premier ministre indépendantiste Son Ngoc Thanh. La situation est nettement plus complexe en territoire vietnamien, où les hommes de Leclerc parviennent progressivement, entre octobre 1945 et janvier 1946, à rétablir la souveraineté française dans toute la Cochinchine, puis dans le Sud-Annam, tandis que le nord de l'Annam et tout le Tonkin demeurent sous le contrôle du Việt Minh. Les accords Hô-Sainteny permettent finalement de débloquer la situation en lançant un processus de négociations avec les indépendantistes communistes vietnamiens : le 18 mars 1946, le Corps expéditionnaire commandé par Leclerc peut enfin faire son entrée dans Hanoï. Le 26 mars, Leclerc rencontre Hô Chi Minh ; leur prise de contact se passe bien, Leclerc étant favorable à une résolution par la voie politique de la crise qui secoue la colonie française. En mai 1946, les troupes de Leclerc achèvent de reprendre le contrôle de l'Indochine en s'assurant celui du Laos. Le 12 juillet 1946, Leclerc est nommé inspecteur des forces terrestres en Afrique du Nord. Pour qu'il accepte plus facilement ce poste moins prestigieux, il est promu général d'armée deux jours plus tard. 

Le 28 novembre 1947, au cours d'une tournée d'inspection en Afrique du Nord, l'avion de Leclerc, un B-25 Mitchell est pris dans une tempête de sable. On suppose que le pilote est descendu à basse altitude pour trouver des repères géographiques, mais l'avion a percuté le remblai de la voie ferrée, à côté du Djebel Aïssa, non loin de Colomb-Béchar. Les douze occupants de l'appareil sont tués sur le coup. Un treizième cadavre aurait été retrouvé dans la carcasse de l'avion. Selon le général Vézinet, il ne s'agirait que de vertèbres cervicales. Ce treizième corps, jamais identifié, a alimenté l'idée d'un complot. Conrad Kilian, mort le 30 août 1950 dans des circonstances controversées, est le premier à lancer l'idée : l'Angleterre aurait fait assassiner Leclerc à cause de la guerre secrète du pétrole dans le Fezzan, dans la partie ouest de la Libye. Cette théorie est reprise par la suite par d'autres sources. Aucune preuve n'a permis toutefois de confirmer cette thèse. A contrario, Jean-Christophe Notin apporte des pistes de réflexion montrant que l'avion, modifié pour accueillir des passagers et déséquilibré par l'ajout d'une couchette à l'arrière, aurait simplement décroché alors qu'il volait à basse altitude, ainsi qu'il avait tendance à le faire à la suite de ces modifications. Selon la même source, qui cite plusieurs exemples, Leclerc avait à de nombreuses reprises durant la Seconde Guerre mondiale forcé des équipages à voler dans des conditions plus que défavorables, ce qui provoqua plusieurs accidents. Les légionnaires bâtiront en 1957 le « monument Leclerc » sur le lieu de l'accident. La nouvelle de ce décès est un choc pour une France qui se relève difficilement d'une terrible guerre, et qui voyait en cet homme le libérateur de Paris et de Strasbourg, celui qui avait lavé l'affront de la défaite de 1940. Le 29 novembre 1947, l'Assemblée nationale vote à l'unanimité les obsèques nationales, sur une résolution déposée par le député René Pleven. Après un hommage national à Notre-Dame, la 2e DB escorte son chef vers l'Arc de Triomphe, où une foule de Français viennent s'incliner devant le cercueil du général. Il est inhumé dans la crypte des Invalides, dans le caveau des gouverneurs. Le 30 novembre 1997, pour le cinquantenaire de l'anniversaire de son décès, une homélie ainsi qu'une messe sont célébrées en la cathédrale d'Amiens par Mgr Jacques Noyer, évêque d'Amiens, et le père Maurice Cordier, ancien combattant de la 2e DB et aumônier général des anciens de la 2e DB. 

Carrière militaire

  • 9 septembre 1924 : nommé sous-lieutenant, promotion Metz-Strasbourg de Saint-Cyr (5e de promotion sur 344 élèves), affecté au 24e régiment de dragons
  • 26 octobre 1926 : promu lieutenant
    • 8 octobre 1926 : affecté au 8e régiment de spahis marocains
    • 19 septembre 1928 : instructeur à l'École des élèves officiers marocains
    • 15 juillet 1930 : affecté au 1er régiment de chasseurs d'Afrique
    • 24 mai 1931 : instructeur de cavalerie à l'École spéciale militaire
  • 25 décembre 1934 : promu capitaine
    • 11 juin 1938 : breveté observateur en avion no 3993
    • 1er novembre 1938 : élève à l'École supérieure de guerre
    • 1939 : brevet d'état-major (60e promotion)
    • 13 février 1940 : chef du 3e bureau à la division cuirassée de l'état-major
    • 1er juin 1940 : fait prisonnier mais libéré.
    • 15 juin 1940 : blessé, fait prisonnier
    • 17 juin 1940 : évadé
    • 25 juillet 1940 : rejoint la France libre à Londres
  • 31 juillet 1940 : promu commandant
    • 27 août 1940 : rallie le Cameroun à la France libre
  • 25 novembre 1940 : auto-promu colonel, sans avoir jamais été lieutenant-colonel, sera confirmé ensuite dans son grade par le général de Gaulle
    • 25 novembre 1940 : commandant du régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad, et dirige les opérations Mourzouq et Koufra
  • 10 août 1941 : nommé général de brigade à titre provisoire
  • 14 avril 1942 : nommé général de brigade à titre définitif
  • 25 mai 1943 : promu général de division
    • juin 1943 : commandant de la 2e DFL
    • 1er septembre 1943 : commandant de la 2e DB
    • 20 février 1945 : commandant du 3e corps d'armée
  • 25 mai 1945 : élevé aux rang et appellation de général de corps d'armée
    • 18 août 1945 : commandant du corps expéditionnaire d'Extrême-Orient à Saïgon, délégué général du haut-commissaire de France en Indochine
    • 2 septembre 1945 : signataire, au nom de la France, des actes de capitulation du Japon
    • 19 novembre 1945 : autorisé à rajouter son nom de guerre Leclerc à son patronyme de naissance
    • 18 mars 1946 : entre à Hanoï
  • 14 juillet 1946 : élevé aux rang et appellation de général d'armée
    • 25 décembre 1946 : chargé de mission par le président de gouvernement en Indochine
    • 12 avril 1947 : nommé inspecteur des Forces terrestres, maritimes et aérienne d'Afrique du Nord
    • 1er juillet 1947 : nommé membre du Conseil supérieur de la Défense nationale
    • 28 novembre 1947 : décès en service commandé, à Colomb-Béchar, au cours d'une mission d'inspection (accident d'avion)
  • 23 août 1952 : élevé à titre posthume à la dignité de maréchal de France

Décorations 

  • Grand-croix de la Légion d'honneur (08/05/45); chevalier (20/12/35), officier (06/02/45 avec effet rétroactif au 25/05/43), commandeur (04/02/45 avec effet rétroactif au 25/08/44), grand officier (11/02/45 avec effet rétroactif au 25/12/44).
  • Compagnon de la Libération - décret du 6 mars 1941
  • Médaille militaire (6 juin 1946).
  • Croix de guerre 1939-1945 (8 citations à l'ordre de l'armée)
  • Croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs (2 palmes)
  • Médaille de la Résistance avec rosette
  • Médaille coloniale avec agrafes « Maroc », « Fezzan », « Koufra », « Tripolitaine » « Tunisie » et « Extrême-Orient »
  • Médaille des évadés
  • Médaille des blessés de guerre
  • Médaille commémorative des services volontaires dans la France libre
  • Médaille commémorative de la guerre 1939-1945

Publié dans Militaires

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