Luchaire Julien

Publié le par Roger Cousin

Julien Luchaire, né le 15 août 1876 à Bordeaux et mort le 2 mai 1962 à Paris, est un écrivain français, spécialiste de la littérature et de la civilisation italienne. Fils et petit-fils de deux historiens respectés, le médiéviste protestant Achille Luchaire et l’historien juif Jules Zeller, il se marie trois fois : en premières noces avec Fernande Dauriac (1877-1954). Fille du philosophe et historien Lionel Dauriac, elle est économiste, et éditrice chez Stock. Ils auront ensemble Jean Luchaire et Marguerite (25 décembre 1904) qui épouse en 1933 le psychanalyste Théodore Fraenkel co-fondateur du dadaïsme à Paris. En 1916, Fernande Dauriac, divorcée de Julien Luchaire, épouse l’historien et homme politique italien Gaetano Salvemini.

Sa deuxième femme Maria Padovani, une Sicilienne, mourut rapidement. Ils eurent un fils né en 1915, André. Sa troisième femme, une intellectuelle allemande, épousée en 1929 Antonina Silberstein dite « Tosia » (1893-1957) est issue d’une famille juive polonaise de Lwow. Peintre, traductrice, écrivain et critique d'art, elle est aussi connue sous son nom de plume Antonina Vallentin, du nom de son premier mari. Journaliste à Berlin elle a lié des relations amicales avec la plupart des intellectuels allemands de l’époque Thomas Mann, Stefan Zweig, Lion Feuchtwanger ou d’autres comme H. G. Wells ou Malraux. En 1940 elle publie une brochure Les atrocités allemandes en Pologne. Elle a écrit de nombreux ouvrages dont les biographies de Heine, Léonard de Vinci, Mirabeau, Goya.

Il mène de brillantes études d’abord au lycée Henri-IV de 1885 à 1894 puis à Normale Supérieure. Il est reçu premier au concours d’agrégation de l’enseignement secondaire (grammaire) en 1897. De 1898 à 1899 il est membre de l' École française de Rome puis maitre de conférence à la faculté de lettres de Lyon (1900-1905) et obtient le titre de docteur ès lettres de l’Université de Paris en 1906. Il est alors nommé professeur de langue et littérature italienne à l’université de Grenoble.

En 1907, grâce à l’aide de l’université de Grenoble il crée l’Institut français de Florence, premier de tous les Instituts français du monde entier, qu’il dirige jusqu’en 1918. En mai 1916, il crée avec Guglielmo Ferrero la Revue des Nations Latines rédigée par des Français et des Italiens et qui devait s’attacher à définir en quoi consistait le germanisme et ses dangers et aider la science l’art à se purifier des courants germaniques qui la dénaturent. Cette revue paraîtra jusqu’en avril 1919. Elle eut des collaborateurs prestigieux comme Gaetano Salvemini, Giuseppe Prezzolini ou Benjamin Crémieux à qui Julien Luchaire confiera des introductions ou articles sous l’Occupation.

De 1919 à 1920 il est directeur des Services de l’Enseignement au ministère des colonies puis chef de cabinet d’André Honnorat, ministre de l’Instruction Publique (1920-1921). Il est également nommé professeur honoraire de l’université de Grenoble. Inspecteur général de l’instruction publique (mission spéciale d’inspection des professeurs détachés à l’Étranger), il est nommé expert en 1922 à la Commission internationale de coopération intellectuelle de la Société des Nations et fut un ami et collaborateur proche du Président, Henri Bergson. Sont membres Albert Einstein et Marie Curie. Il est un précurseur en attirant l’attention de la commission sur le rôle du cinéma dans l’art et l’éducation.

En 1925, le gouvernement français crée à Paris l’Institut international de coopération intellectuelle, ancêtre de l’UNESCO, dont il prend la direction. Face aux divergences nationales, il voulut affirmer son autonomie mais finit par démissionner en 1930. Ne retrouvant pas de poste immédiatement comme inspecteur, il refuse le poste de recteur à Rennes, et enseigne à l’École pratique des hautes études de 1932 à 1937. Il se présente sans succès aux élections législatives sous l'étiquette du parti radical.

C’est à cette époque qu’il commence à écrire des pièces de théâtre dont Boccace conte 19 en 1934 où il confie un rôle à Madeleine Sologne qu’il avait remarquée dans une maison de couture et Altitude 3200 en 1937 où il confie un rôle à sa petite-fille Corinne. En 1937, il retrouve son poste et sera mis à la retraite en 1941. Installé en juillet 1940 à Clermont-Ferrand, pour protéger la famille de sa femme, il va assurer, dans le cadre de l’aryanisation, la présidence des Éditions du Sagittaire qui appartiennent à Léon Pierre-Quint, juif, de gauche, anti-munichois, homosexuel et toxicomane. Il dirige en accord avec Quint et fait appel à de nombreux amis. En 1944, il rendra la société à Quint.

En 1943, il y publie le premier tome de son autobiographie Confession d’un Français moyen (1876-1914) le second tome sera publié après sa mort. À la Libération, il fera partie du Comité national des écrivains. Disposant de relations de tous les bords, il rencontra ou fut ami avec la plupart des intellectuels de l’époque, de nombreux juifs comme Edmond Fleg, n’oublions pas que sa dernière femme l’était. Il n’adhéra pas aux options politiques de son fils qui, dès 1930, avait choisi le nazisme. Il continua d'entretenir avec lui des rapports comme avec certains membres du gouvernement de Vichy. Après guerre, il souffrira d'une forme d'ostracisme à cause de son nom. Bel homme, de grande culture il eut beaucoup de succès avec les femmes. Il fut aussi secrétaire l'Association France-Estonie.

bookŒuvres

Essais

  • Le Mouvement pour la rénovation de la culture nationale, Presses Universitaires de France 1900
  • La crise de la science pure, 1900.
  • La Protection et la diffusion du goût artistique
  • Le Désarmement moral, Paris, Valois, 1932


Littérature

  • L’Église et le seizième siècle d'Alexandre Borgia à Sixte-Quint, 1904
  • Histoire des révolutions politiques de la commune de Sienne de 1365 à 1378, Lyon 1906
  • Essai sur l'évolution intellectuelle de l'Italie de 1815 à 1830-1906
  • Les Démocraties italiennes du livre, Flammarion, Bibliothèque de philosophie scientifique, 1920 couronné par l’Académie française
  • Les Sociétés italiennes du 13e au 15e siècle
  • Boccace, Flammarion 1951
  • Châteaugay, roman 1943
  • La Ceinture rose, N.E.L, 1945.
  • Confession d'un Français moyen (1876-1950), Florence, Olschki, 1965


ThéâtreThéâtre

  • 1934 : Boccace conte 19
  • 1937 : Altitude 3200, comédie en trois actes et cinq tableaux mise en scène de Raymond Rouleau, Théâtre de l'Étoile La Petite Illustration. no 820 avec Corinne Luchaire et Bernard Blier
  • 1939 : Le Tocsin
  • 1941 : François d’Assisse
  • 1941 Bérénice : une femme et un roi, pièce en trois actes et six tableaux‎
  • 1943 : Saint Louis, roi de France
  • 1952 : Le Cheval arabe, comédie en un acte tirée de Boccace Librairie Théâtrale


MusiqueOpéra

  • 1938 : livret de Ginevra, tiré de Boccace opéra comique en 3 actes de Marcel Delannoy
  • Filmographie
  • 1938 : sa pièce Altitude 3200 est produite est portée à l’écran par la Transcontinental Films avec comme réalisateurs : Marie Epstein et Jean Benoit-Levy- Acteurs : Bernard Blier, Blanchette Brunoy, Jean-Louis Barrault, Fabien Loris

Publié dans Ecrivains

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