Sarfatti Margherita

Publié le par Roger Cousin

Sarfatti MargheritaMargherita Sarfatti, née Margherita Grassini, (Venise, 8 avril 1880 – Cavallasca, 30 octobre 1961) fut une femme de lettres italienne, journaliste, critique d'art et fut de la première guerre mondiale au début des années 30, la maîtresse et la conseillère politique de Mussolini. Margherita Grassini, naît dans une riche famille juive vénitienne. Son grand-père est un des héros du Risorgimento. Nourrie d’idéaux patriotes, elle reçoit une éducation de haut niveau, se découvre très tôt des convictions socialistes et épouse à 18 ans Cesare Sarfatti, un avocat de 29 ans.

Le couple s’installe en 1902 à Milan se lie aux dirigeants du parti socialiste italien, Filippo Turati et Anna Kuliscioff dont le salon attire l’intelligentsia milanaise. Cesare devient conseiller du parti et un avocat en vue – il défend Filippo Tommaso Marinetti accusé le pornographie, pour son roman Mafarka le futuriste. Margherita collabore un temps à la revue "La difesa delle lavoratrici"fondée par Anna Kuliscioff, elle y devient l'ami de la poétesse Ada Negri, mais vite les dissensions éclatent entre la jeune bourgeoise fortunée et la militante féministe et médecin qui organise des crèches et des dispensaires et dans les quartiers ouvriers tandis qu'Ada donne des cours d'alphabétisation.

Margherita ouvre bientôt son salon, fréquenté par les écrivains les écrivains et artistes d'avant-garde - en particuleir les futuristes Carlo Carrà, Umberto Boccioni, Mario Sironi -ainsi que des journalistes, hommes politiqueset diplomates étrangers. Cesare, resté proche de la communauté juive, prend la direction du groupe sioniste milanais. Le couple a trois enfants, Roberto né en 1900, Amedeo né en 1902 et FIammetta née en 1909. Margherita Sarfatti s’affirme bientôt comme critique d’art, collabore à l'Avanti ! le journal du parti socialiste où elle tient une rubrique à parti de 1909. Lors d’un meeting du parti Cesare est impressionné par un jeune tribun au verbe enflammé, aux manières rudes : c’est Benito Mussolini, dès lors son l’ascension dans le parti sera rapide, encouragée par le couple Sarfatti. En 1912 il est nommé directeur de l'Avanti! maîtresses, dont Ida Dalser, et vit avec Rachele, mère de la petite Edda, future épouse de Ciano) se noue alors.

A la veille de la première guerre mondiale, alors que le parti socialiste italien, suivant les résolutions de l’internationale, prône la neutralité, Mussolini se proclame «interventionniste» et appelle à l’entrée en guerre aux cotés de la France. Exclu du Parti, il fonde son propre journal, Il Popolo d'Italia. Margherita devenue sa conseillère, son mentor, l’aide à financer le journal par ses fonds propres et ses relations. Son salon devient le lieu de ralliement de l’interventionnisme. Dans cette atmosphère exaltée le jeune Roberto quinze ans, encouragé par Mussolini s’enrôle dans "Alpini" (les chasseurs alpins italiens) avec de faux papiers. Il meurt au combat sur l'Altopiano di Asiago à l’âge de 17 ans.

Après l’armistice la relation entre Mussolini et Margherita Sarfatti se mue en passion amoureuse. Désormais par sa fortune, ses écrits, ses réseaux, son sens politique, elle va se faire la propagandiste du fascisme. Justifiant les violences des milices, invectivant ses amis d’hier, proclamant sa haine des démocraties, elle va soutenir l’ascension du duce jusqu’à la Marche sur Rome et l’instauration du nouveau régime. Rédactrice de ”Gerarchia”, la revue théorique du fascisme, fondée par Mussolini, elle en trace les principes et les objectifs. Après la mort de Cesare, en 1924, elle reprend à son compte l’antisémitisme de Mussolini, exhortant les Juifs d’Italie à « choisir entre Rome et Jérusalem ».

L’avènement du fascisme, offre à la conseillère un pouvoir d’influence dont le zénith se situé à la fin des années 20. C’est auprès d’elle que les journalistes étrangers doivent demander une entrevue avec le duce, c’est elle qui fait à Mussolini le compte rendu de la presse étrangère, elle encore qu’on sollicite pour des faveurs et passe-droits. Se faisant le chantre de la révolution culturelle fasciste, elle proclame que le temps est venu du « retour à l’ordre », d’une nouvelle figuration puisant aux sources du classicisme.

Elle rassemble des artistes Anselmo Bucci, Leonardo Dudreville, Achille Funi, Gian Emilio Malerba, Pietro Marussig, Ubaldo Oppi et Mario Sironi en un mouvement qu’elle appelle Novecento, dont elle organise à la galerie Pesaro à Milan la première exposition, inaugurée par Mussolini en 1923. En 1925 Paris offre à Margherita Sarfatti le titre de vice présidente du jury international à l’exposition des Arts décoratifs - elle est aussi Commissaire pour le pavillon italien - et la décore de la légion d’honneur. L’année suivante elle organise un rassemblement plus large d’artistes (plus de 200) rebaptisé Novecento italiano, qu’elle expose à la triennale de Milan, puis lors de tournées en Europe du Nord et en Amérique du sud, dans l’intention d’accréditer l’avènement d’un « style fasciste ».

Elle accède à la célébrité internationale avec Dux, son hagiographie de Mussolini, publiée en 1925 d’abord à Londres (en Italie en 1926) vendu à des millions d’exemplaires, traduit en 17 langues. Elle y bâtit le mythe du duce, nouvel Auguste, étendant son empire au-delà de la méditerranée et offrant au peuple une nouvelle ère de prospérité, la troisième Rome.

A la suite de la publication de l’ouvrage aux États-Unis, le patron de presse américain William Randolph Hearst offre à Mussolini des contrats faramineux pour des articles qui le présentent sous le meilleur jour et plaident en faveur du réarmement de l’Italie en vue de son extension coloniale. Le contrat est double, il prévoit qu’ils soient écrits par Margherita Sarfatti et signés par le dictateur, et sera reconduit jusqu’en 1934.

Si Mussolini l’écarte de sa vie privée à partir de 1932, elle reste sa conseillère. Elle fait alors tout son possible pour le dissuader d’envahir l’Éthiopie et pour empêcher le rapprochement avec Hitler. En 1934, elle se rend aux Etats-Unis où elle rencontre le président Franklin Delano Roosevelt. Mais son retour coïncide avec la première visite d' Hitler en Italie : il est trop tard, Mussolini ne l’entend plus. Commence alors le temps de la disgrâce. Désormais aucune exposition ne peut se faire hors du cadre de la corporation des artistes, la nomenklatura fasciste déserte son salon. Bientôt victime des ”leggi razziali”, les lois antisémites, elle part en septembre 1939 en Uruguay où s’est réfugié son fils Amedeo. Sa fille, FIammetta, qui a épousé le comte Livio Gaetani d’Aragona, reste à Rome où elle doit se cacher pendant l’occupation nazie.

Mais c'est en Argentine, À Buenos-Aires où se côtoient anti-fascistes, réfugiés juifs et à partir de 1944 d’anciens membres de la haute gérarchie fasciste, que la vieille dame retrouve la vie mondaine qui a toujours été la sienne, publie quelques ouvrages d’art puis, après l’exécution de Mussolini en 1944, publie dans le journal ”Critica” une série d’articles vengeurs contre le dictateur qui constituent ses seules mémoires politiques. Margherita Sarfatti rentre en 1947 après la victoire électorale en Italie. où elle apprend la mort de sa sœur et son beau-frère, déportés en 1943 à Auschwitz. Elle partage son temps entre Rome où elle réside à l'hotel ambasciatori, un palace de la via Veneto et les étés dans sa maison de campagne à Cavallasca, près de Côme, elle y écrit "Aqua passata, des mémoires "mondaines" où ni le fascisme ni Musoslini ne sont évoqués; elle s'y éteint en octobre 1961.


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