Rouleau Éric

Publié le par Roger Cousin

Eric Rouleau, né Elie Raffoul le 1er juillet 1926 au Caire, et mort le 25 février 2015, est un journaliste, écrivain, et diplomate français.

Rouleau Éric

Eric Rouleau intègre l' "Egyptian Gazette" en 1943, décroche une interview du fondateur des Frères musulmans, Hassan Al-Banna. Mais ses convictions communistes lui valent d'être harcelé par la police du roi Farouk et contraint à l'exil en 1951. Il entre à l'AFP, puis en 1955 au Monde. Gamal Abdel Nasser lui offre une grande interview en 1963, dans laquelle il annonce la libération progressive des détenus communistes. Cet entretien lui assure un grand prestige auprès des dirigeants de la région. Il couvre aussi pendant plusieurs années au Monde la Révolution iranienne. Fort apprécié de François Mitterrand, il est chargé par celui-ci en 1984 d'une mission diplomatique informelle auprès du président libyen Kadhafi en vue de négocier le retrait des troupes libyennes installées au Tchad.

Sa mission ayant été couronnée de succès, il est ensuite nommé ambassadeur de France en Tunisie de 1985 à 1986, poste important puisque c'est alors le siège de l'OLP et le lieu de résidence de Yasser Arafat. Juste avant les élections législatives de 1986, il est envoyé en mission confidentielle à Téhéran pour y négocier -sans succès- la libération des otages français au Liban. Par un télégramme secret, Éric Rouleau attribue l'échec de sa mission à des surenchères émises par un émissaire de l'opposition d'alors, à en croire ce que lui a exposé Mohammed Sadegh, conseiller spécial du ministre des Gardiens de la Révolution.

Après le retour au pouvoir d'une majorité RPR-UDF, la carrière d'Éric Rouleau va faire l'objet d'un des premiers incidents feutrés de la « cohabitation » entre le président Mitterrand et son nouveau Premier ministre Jacques Chirac. Alors que ce dernier a demandé au Président de la République le remplacement de l'ambassadeur à Tunis, François Mitterrand refuse le 20 mai 1986 d'accorder sa signature tant qu'une nouvelle affectation digne des services qu'il a rendus n'a pas été proposée à Éric Rouleau. Jacques Chirac répond à ce refus par une provocation : alors qu'il est attendu à Tunis pour une visite de travail le 24 mai, il fait savoir à l'ambassadeur qu'il désire ne pas le rencontrer lors de cette visite et lui demande de rester à sa résidence. De nouvelles négociations s'engagent alors en urgence entre l'Élysée, Matignon et le quai d'Orsay qui aboutissent à un compromis de dernière minute : Éric Rouleau sera absent de Tunisie lors de la visite du Premier ministre, et quelques jours plus tard il sera nommé « ambassadeur itinérant ». (Selon Pierre Favier et Michel Martin-Rolland, le Président Mitterrand aurait ironisé en acceptant le compromis : « Itinérant entre quoi et quoi ? Pas entre Carpentras et Toulouse, j'espère » ). 

Un dernier soubresaut de l'affaire sera la publication du télégramme confidentiel de Téhéran par le quotidien de gauche Le Matin le 20 janvier 1987, et le déclenchement d'une polémique quant aux responsabilités de Jacques Chirac -qui opposera un démenti formel aux accusations rapportées à son égard. Éric Rouleau sera ensuite nommé ambassadeur en Turquie de 1988 à 1991. Il est membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine dont les travaux ont commencé le 4 mars 2009. Il est l'une des grandes signatures du mensuel Le Monde diplomatique.

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