L'opération Northwoods est un projet d'opérations militaires clandestines sous fausse bannière destinées à manipuler l'opinion publique. Il s'agissait de blesser ou tuer des citoyens américains pour ensuite accuser les Cubains et envahir leur pays.
Conçu par des chefs de l'état-major américain de leur propre initiative, ce projet d'opération fut proposé à l'exécutif américain en 1962 (administration Kennedy), qui le rejeta. Il ne fut jamais mis à exécution. L'opération consistait, dans le contexte de la guerre froide, en l'organisation d'une série d'actions d'intoxications pour justifier aux yeux de l'opinion américaine une intervention militaire contre Cuba et obtenir l'appui diplomatique, voire militaire, des nations occidentales, le Royaume-Uni en particulier. La commission d'attentats sur des cibles situées aux États-Unis par les forces armées américaines elles-mêmes de manière à en imputer la responsabilité au régime cubain, était envisagée.
L'opération Northwoods est élaborée dans le contexte de la guerre froide. De 1959 à 1961, deux événements majeurs contrarient la puissance américaine :
Ces deux échecs de la politique extérieure américaine dans un intervalle de temps réduit conduisent de nombreux responsables politiques et militaires à accuser le président Kennedy, qui n'est pourtant entré en fonctions que le 20 janvier 1961, de passivité et d'incapacité à gérer la crise.
Peu après ces deux événements, Kennedy met en place un « Groupe spécial élargi » chargé de concevoir et d'organiser la lutte anti-castriste. Il est composé de :
Le général Lemnitzer, spécialiste des actions secrètes et le général Lauris Norstad, commandant des forces américaines en Europe protestent contre la "passivité" du président et tiennent la CIA pour responsable du fiasco cubain. Ils imaginent alors un stratagème capable de forcer la main au président Kennedy et de le contraindre à une intervention armée à Cuba. Ils décident alors de présenter le plan, œuvre du général de brigade William H. Craig, intitulé « Northwoods », au « Groupe spécial élargi ».
Le plan conçu par Craig consistait à faire subir des dommages aux biens et personnels américains civil et/ou militaire, suffisamment importants pour susciter une forte indignation dirigée contre Fidel Castro et son régime. Ainsi, il était prévu de :
Il était par ailleurs envisagé de :
En plus de ces projets, le ministère de la Défense avança plusieurs idées d'opérations, telle l'opération Coup vicieux, partie d'un ensemble de projets baptisé « opération Mongoose », qui envisageait un possible accident du vol Mercury devant envoyer dans l'espace John Glenn et prévoyait d'en rendre les Cubains responsables à l'aide de preuves préfabriquées établissant des interférences électroniques. Conscient de la difficulté dans un État démocratique comme les États-Unis de maintenir le secret de telles opérations, l'état-major interarmes insistait sur la nécessité de limiter la participation aux personnes de totale confiance.
Le 13 mars 1962, le plan est présenté au « Groupe spécial élargi », siégeant au Pentagone, par le général Lemnitzer en personne. Malgré les menaces proférées par ce dernier, Robert McNamara rejette le projet dans sa totalité. Le président Kennedy refuse également d'autoriser la mise en œuvre du projet. Il perçoit le général Lemnitzer comme un anti-communiste hystérique, soutenu par le complexe militaro-industriel. Il tient ferme la ligne définie par son prédécesseur, lequel avait mis en garde Kennedy lors de son discours de fin de mandat :
« Dans les conseils de gouvernement, nous devons prendre garde à l'acquisition d'une influence illégitime, qu'elle soit recherchée ou non, par le complexe militaro-industriel. Le risque d'un développement désastreux d'un pouvoir usurpé existe et persistera. Nous ne devrons jamais laisser le poids de cette conjonction menacer nos libertés ou les processus démocratiques. Nous ne devons rien considérer comme acquis. Seules une vigilance et une conscience citoyennes peuvent garantir l'équilibre entre l'influence de la gigantesque machinerie industrielle et militaire de défense et nos méthodes et nos buts pacifiques, de sorte que la sécurité et la liberté puisse croître de pair. » — Dwight Eisenhower, Farewell adress, 17 janvier 1961
Des comptes rendus de réunion de haut niveau du 16 mars montrent un rejet net de la part du président. Suivent six mois de relations hostiles entre l'état major interarmes et l'administration Kennedy. Lemnitzer est finalement remplacé par Kennedy en septembre 1962 et nommé à l'OTAN en remplacement de Norstad. Avant de rejoindre son nouveau poste, il donne l'ordre de détruire toute trace du projet. Robert Mcnamara, qui conserve son exemplaire en ses archives, a pu préserver une connaissance documentée de ce projet.
Le document central, « Justifications pour une intervention militaire à Cuba », est un ensemble -classifié top secret- de mémos rédigés par les représentants du département de la Défense des États-Unis et du chef d'état-major interarmes, membres de l'équipe d'étude des Caraïbes. Il a été déclassifié le 18 novembre 1997 par le John F. Kennedy Assassination Records Review Board, chargé de les mettre à disposition du public comme d'autres documents militaires inclus dans ce dossier et jusqu'alors tenus secrets. Le document contenant les propositions d'actes terroristes, « Annexe à l'Appendice du Document joint A », ainsi que l'Appendice lui-même, a été publié sur Internet le 6 novembre 1998 par le National Security Archive. L'ensemble des documents relatifs à cette opération était disponible le 30 avril 2001.