Kabuga Félicien

Publié le par Mémoires de Guerre

Félicien Kabuga, né le 1er mars 1933 à Muniga, dans la préfecture de Byumba, est un homme d'affaires rwandais présumé génocidaire. Accusé de participation au génocide des Tutsi au Rwanda, il est surnommé « le financier du génocide », du fait de son rôle auprès de l'Akazu, et des financements qu'il aurait fourni à la Radio télévision libre des Mille Collines (une radio extrémiste anti-Tutsi qu'il préside à cette époque), au magazine extrémiste Kangura, et à l'armement des milices génocidaires Interahamwe. Il est inculpé par le Tribunal pénal international pour le Rwanda pour sept chefs d'accusation en lien direct avec les crimes commis pendant le génocide des Tutsi au Rwanda. Il est arrêté le 16 mai 2020 en France par les gendarmes de l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité, les génocides et les crimes de guerre : il vivait à Asnières-sur-Seine sous une fausse identité. 

Kabuga Félicien

Carrière

Il fait fortune en exploitant 350 hectares de plantations de thé, ainsi qu'une minoterie qui produit de la farine de blé. Il possède aussi des maisons à Kigali, la capitale, et fait bâtir le premier centre commercial du pays (hôtel de 120 chambres, 80 bureaux et une galerie marchande) dans le quartier de Muhima, dans le nord du Rwanda. Il vit alors à Kigali, dans une maison luxueuse. 

Génocide des Tutsi au Rwanda

Membre de l'ancien parti unique au pouvoir — le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND) — Félicien Kabuga est très lié au président rwandais Juvénal Habyarimana — deux de ses filles sont mariées aux fils de ce dernier — et au réseau extrémiste hutu Akazu, un groupe de hauts dirigeants organisant le financement des milices Interahamwe par des détournements de procédure pour acquérir du matériel militaire malgré les restrictions du FMI et celui de taxes sur les importations dans le pays. L'Akazu met en effet en place différents détournements financiers pour amasser de quoi équiper les milices génocidaires hutus.

Félicien Kabuga a été le financier et le président du comité d'initiative de la Radio télévision libre des Mille Collines (RTLM), l'un des principaux relais médiatiques des thèses du Hutu Power et du gouvernement génocidaire. Il organise le financement de la RTLM avec l'appui du président, en se fondant sur les apports de grands donateurs extrémistes membres de l'Akazu. Il a également financé le magazine extrémiste Kangura. Il a également armé les milices génocidaires Interahamwe en important 25 tonnes de machettes chinoises en novembre 1993, puis encore 50 000 unités supplémentaires quelques semaines avant le début des massacres. Quand le génocide est lancé, il envoie par prudence sa famille à l'ambassade de France, son épouse étant tutsi. Sa famille est évacuée par l'armée française, avec d'autres hauts-dignitaires du régime, le 12 avril, alors que les massacres sont en cours dans le pays. 

Inculpation par le TPIR

Depuis 1997, le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) l'inculpe de sept chefs d’accusation de génocide, de complicité de génocide, d’incitation directe et publique à commettre le génocide, de tentative de génocide, de complot en vue de commettre le génocide, de persécution et d’extermination. Il a toujours nié avoir participé au génocide et clamé son innocence. 

Cavale

En juin 1994, il fuit le Rwanda devant l'avancée du Front patriotique rwandais (FPR), d'abord pour la Suisse d'où il a été expulsé vers Kinshasa (RD Congo) avant de gagner le Kenya. Il y aurait vécu en cavale malgré le mandat d'arrêt lancé contre lui par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) et plusieurs tentatives d'arrestation qui furent des échecs. En 2006, Barack Obama, alors sénateur, accuse le gouvernement kényan de lui procurer asile, ce dont ce dernier se défend. En 2019, toujours recherché, il fait l'objet par la justice internationale d'une prime de 5 millions de dollars pour les renseignements qui conduiraient à son arrestation. 

Arrestation en France

Le 16 mai 2020, dans le cadre de l'opération 955 — portant le numéro de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies mettant en place le Tribunal pénal international pour le Rwanda —, Félicien Kabuga, alors âgé de 87 ans, est arrêté à Asnières-sur-Seine (dans le département des Hauts-de-Seine, en France), où il vivait sous une fausse identité6. Il est mis à la disposition de la justice. Le 3 juin 2020, la justice française approuve son transfert vers le Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI) afin qu'il y soit jugé pour génocide et crimes contre l'humanité commis entre avril et juillet 1994. Félicien Kabuga se pourvoit en cassation.

Le 30 septembre 2020, la Cour de cassation française valide définitivement la remise de Félicien Kabuga au MTPI en considérant que la cour d'appel de Paris « a pu valablement considérer qu'il n'y avait pas d'obstacle juridique ou médical à l’exécution du mandat d'arrêt ». Fin octobre, il est transféré temporairement à La Haye au sein d'une des divisions du mécanisme en vue d'un examen médical après une requête formulée par ses avocats. 

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