Pinçon Michel

Publié le par Mémoires de Guerre

Michel Pinçon, né le 18 mai 1942 à Lonny dans les Ardennes et mort le 26 septembre 2022 à Paris, est un sociologue français, ancien directeur de recherche au CNRS rattaché à l'Institut de recherche sur les sociétés contemporaines (IRESCO) de l'université Paris-VIII. L'essentiel de son œuvre, écrit en collaboration avec sa femme, Monique Pinçon-Charlot, est consacré à l'étude de la haute bourgeoisie et des élites sociales. 

Pinçon Michel

Carrière

Michel Pinçon naît le 18 mai 1942 dans la commune de Lonny (Ardennes), dans une famille d'ouvriers : son père est un temps ouvrier polisseur à Nouzonville. Il se marie en 1967, avec une étudiante en sociologie, Monique Charlot ; le couple a un fils. Le mariage permet à son épouse de le suivre pendant la période de service national en coopération, au Maroc, où ils enseignent le français, tirant de cette expérience un mémoire supervisé par Jean-Claude Passeron. À leur retour, ils terminent leur formation à l'université libre de Vincennes. Ils ont ensuite la possibilité d'entrer au CNRS. Lui travaille sur le monde ouvrier, son épouse sur la ségrégation urbaine. Un de ses premiers ouvrages, Désarrois ouvriers, familles de métallurgistes dans les mutations industrielles et sociales, est consacré aux évolutions de l'industrie métallurgique dans la vallée de la Meuse et à leurs conséquences sociales. Les travaux et ouvrages suivants sont généralement l'œuvre du couple. Ils s'intéressent notamment aux normes sociales, aux dynasties, bourgeoises ou nobles, aux nouveaux entrants dans le monde de la richesse, ainsi qu'aux loisirs et aux us et coutumes des familles fortunées. Ils arrivent à pénétrer ce milieu à partir de 1986 grâce à Paul Rendu (directeur de leur laboratoire, le Centre de sociologie urbaine), lui-même issu de cette classe. Une synthèse de leurs travaux a été publiée sous le titre Sociologie de la bourgeoisie. À travers ces différents éclairages, leur ambition est de construire une anthropologie des privilégiés de la société française contemporaine.

Les relations entre les deux enquêteurs et les milieux sociaux qu'ils étudient constituent un problème scientifique à part entière, auquel Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot consacrent en 1993 un article de revue savante puis, en 1997, un ouvrage méthodologique complet, Voyage en grande bourgeoisie. Journal d'enquête. Ils y détaillent les problèmes posés par leur objet d'étude, notamment les attitudes adoptées par les "enquêtés", de la tentative d'enjôlement à la condescendance en passant par la prudence, ou encore la célébrité de certaines personnes ou familles étudiées, qui met à mal l'anonymat de l'étude et pose des problèmes spécifiques. Ils s'interrogent sur les risques d'autocensure consécutifs à ces problèmes d'écriture ainsi qu'à la réception des ouvrages, pris entre les exigences de la communauté scientifique (qui voit d'un mauvais œil une forte médiatisation d'un livre) et celles des médias (qui voient d'un mauvais œil un langage trop technique). Retraités en 2007, ils publient depuis des ouvrages plus engagés – étant « libérés de leur neutralité scientifique » – et qui sont des succès en matière de ventes. En 2011, il soutient publiquement Jean-Luc Mélenchon candidat du Front de gauche à l'élection présidentielle de 2012. Comme son épouse, il prend par la suite ses distances, considérant que « c’est un nouveau Mitterrand ».

Réception universitaire de ses travaux de recherche

Au sujet du premier ouvrage de Michel Pinçon, Désarrois ouvriers. Familles de métallurgistes dans les mutations industrielles et sociales (paru en 1987), Luc Thériault apprécie la même année dans la Revue internationale d’action communautaire la capacité du livre à « traiter de façon intéressante un sujet qui pouvait, au premier regard, sembler assez banal » et à « éviter dans son traitement de l'impact des mutations intervenues le piège d'un passéisme larmoyant ». Dans la revue Espace populations sociétés, Jeanne Fagnani salue un ouvrage « riche et stimulant, qui devrait être un ouvrage de référence pour tout géographe ou sociologue travaillant sur l'impact des mutations économiques et technologiques sur le monde ouvrier ». Michel Pinçon co-écrit ses ouvrages suivants avec son épouse Monique Pinçon-Charlot. 

L'ouvrage La chasse à courre (paru en 1993) reçoit dans la Revue française de sociologie une critique très favorable de Luc Arrondel et Cyril Grange, qui en apprécient la capacité à offrir « une vue exhaustive et nuancée d'une pratique très controversée » grâce à « La subtile position de neutralité qu'ils ont adoptée [et qui] laisse toute liberté au lecteur de forger lui-même son propre jugement ». Les auteurs du compte-rendu déplorent cependant le regroupement des trois formes de vénerie sous une même dénomination alors que, comme l'ouvrage le montre, elles ne recoupent pas les mêmes mondes sociaux. Dans la revue L'Homme et la société, Pierre Lantz écrit au sujet de leur livre Les Rotschild. Une famille bien ordonnée (paru en 1998) qu'« Il fallait s'être consacré depuis longtemps à l'étude de la grande bourgeoisie pour s'intéresser sans complaisance ni malveillance à une famille aussi représentative des liens entre haute finance et grande politique que les Rothschild ». Évoquant Nouveaux patrons, nouvelles dynasties (paru en 1999), Nicole Rousier loue dans les Annales de la Recherche Urbaine « leur écriture très accessible » et leurs « références et citations judicieuses ». Au sujet de Sociologie de la bourgeoisie (paru en 2000), Clara Lévy apprécie dans la Revue française de sociologie « la clarté des énoncés et la rigueur de la démonstration » dans un texte « concis et précis ». 

Critiques libérales

Les travaux du couple Pinçon-Charlot attirent la critique libérale, surtout après leur passage en retraite du CNRS. Les auteurs du livre, Le danger sociologique, Gérald Bronner et Étienne Géhin, reprochent ainsi en 2017 au couple Pinçon-Charlot de masquer leur militantisme derrière des travaux scientifiques (sans que leur noms soient formellement cités dans l’ouvrage en question). Au magazine Le Point, le chroniqueur Julien Damon estime qu'« en faisant fi de toute méthodologie, le couple de sociologues porte atteinte à la discipline », que leurs travaux sont « frauduleux », et qu'ils manquent de « rigueur et [qu'ils devraient] limiter l'invective ». Sur le site Atlantico, le directeur d'un Institut de recherches économiques et fiscales, Nicolas Lecaussin, affirme que « leur analyse est faite en fonction de leurs croyances et non pas en fonction des réalités ». Sur France 2, la journaliste Natacha Polony reproche à Monique Pinçon-Charlot l'usage des termes de « riches » et « dominants », jamais clairement explicités dans le livre La violence des riches et estime que les analyses tendent à la caricature sociale et à l'exagération.

Le journaliste Luc Peillon reproche en février 2019 la confusion entre taux marginal d'imposition et taux effectif d'imposition, ce qui permet aux Pinçon-Charlot d'affirmer à tort dans une interview au journal Libération le 29 janvier 2019 : « le plus mal payé des contribuables paie plus en impôts sur le revenu que le plus riche des actionnaires sur chaque euro de dividendes perçus ». Le journaliste Florent Georgesco, dans Le Monde, critique en 2019 l'absence de rigueur scientifique dans leur ouvrage Le Président des ultra-riches, leur reprochant une attitude de « badauds », « sans moyens sociologiques », et un engagement politique auprès du PCF. À la suite de la mort de Michel Pinçon, la rédaction du Monde avance que « les Pinçon-Charlot avaient quitté depuis la rigueur des canons scientifiques pour se livrer à des observations davantage impressionnistes » avant de conclure son article sur l'annonce de de ce décès par une remarque de Benoît Payan : « Michel Pinçon n’a jamais fait semblant d’être neutre. Les travaux de Michel et Monique ont inspiré nos combats contre les inégalités ». 

Radio

Michel Pinçon a été invité à plusieurs reprises sur la radio France Inter. 

Décès

Michel Pinçon meurt le 26 septembre 2022. Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, rend hommage « à ce compagnon de route, grand sociologue, qui n’a eu de cesse, avec Monique, de décrypter les rapports de domination sous toutes ses formes ». D'après son éditeur, La Découverte, Michel Pinçon est décédé « des suites de la maladie d'Alzheimer ». 

Publications

  • Désarrois ouvriers, familles de métallurgistes dans les mutations industrielles et sociales, Éditions l'Harmattan, 1987 (ISBN 2-85802-807-9)

En collaboration avec Monique Pinçon-Charlot :

  • Dans les beaux quartiers, Seuil, 1989 (ISBN 978-2020109369)
  • La chasse à courre, ses rites et ses enjeux, Payot, 1993, (ISBN 2228897493)
  • Voyage en grande bourgeoisie, PUF, 1997 réédité en 2002 et 2005 (ISBN 978-2130554202)
  • Grandes Fortunes. Dynasties familiales et formes de richesse en France17, Paris, Éditions Payot, coll. « Documents Payot », 1996, (ISBN 9782228889858) ; rééditions coll. « Petite bibliothèque Payot », 1998, 2006 et 2019
  • Sociologie de la bourgeoisie, La Découverte, coll. « Repères », 2000, 2003 (ISBN 978-2707146823)
  • Sociologie de Paris, La Découverte, 2004 (ISBN 978-2707142801)
  • Châteaux et Châtelains : Les siècles passent, le symbole demeure, Éditions Anne Carrière, 2005 (ISBN 978-2843373251)
  • Les Ghettos du gotha : comment la bourgeoisie défend ses espaces, Seuil, Paris, 2007, (ISBN 9782020889209)
  • Paris : quinze promenades sociologiques, Payot, Paris, 2009 (ISBN 978-2228904117)
  • Les millionnaires de la chance, Payot, Paris, 2010 (ISBN 978-2228905152)
  • Le Président des riches, La Découverte, 20106,3,7, (ISBN 9782355220180)
  • Des sociologues sans qualités ? Pratiques de recherche et engagements, (ouvrage collectif sous la direction de Delphine Naudier et Maud Simonet), Paris, La Découverte, 2011.
  • L'argent sans foi ni loi, Éditions Textuel, 2012, (ISBN 978-2845974449)
  • Altergouvernement, ouvrage collectif réunissant Paul Ariès, Geneviève Azam, Marc Dufumier, Marie Duru-Bellat, Claude Egullion, Jean-Baptiste Eyraud, Susan George, Franck Lepage, Jean-Marie Harribey, Philippe Leymarie, Laurent Mucchielli, Aline Pailler, Nathalie Péré-Marzano, Fabien Piasecki, Monique Pinçon-Charlot, Clarisse Taron, et Jacques Testart, éditions Le Muscadier, 2012, (ISBN 979-1090685000)
  • La Violence des riches, Zones, 2013
  • Riche, pourquoi pas toi ? avec Monique Pinçon-Charlot, illustré par Marion Montaigne, 2013, Dargaud.
  • Pourquoi les riches sont-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres ?, illustré par Étienne Lécroart, Paris, La Ville Brûle, 2014.
  • C'est quoi être riche ? Entretiens avec Emile, illustré par Pascal Lemaître, Paris, Éditions de l'Aube, 2015.
  • Tentative d'évasion (fiscale), Zones, 2015.
  • Les prédateurs au pouvoir. Main basse sur notre avenir, Textuel, 2017.
  • Panique dans le 16e ! : Une enquête sociologique et dessinée, dessins d'Étienne Lécroart, La Vlle brûle, 2017.
  • Les Riches au tribunal : l'affaire Cahuzac et l'évasion fiscale, dessins d'Étienne Lécroart, Delcourt/Encrages, 2018.
  • Le Président des ultra-riches : Chronique du mépris de classe dans la politique d’Emmanuel Macron, Paris, Zones/La Découverte, 31 janvier 2019, 176 p. (ISBN 978-2-35522-128-6, 
  • Michel Pinçon et Pinçon-Charlot, Notre vie chez les riches : mémoires d'un couple de sociologues, Paris, Zones, 2021 (ISBN 978-2-35522-127-9)

Publié dans Scientifiques

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article