Bergasse Henry Alexandre

Publié le par Mémoires de Guerre

Henry Alexandre Bergasse né le 26 septembre 1894 à Marseille (Bouches-du-Rhône), décédé le 28 mars 1977 à Marseille (Bouches-du-Rhône). Membre de la seconde Assemblée nationale Constituante (Bouches-du-Rhône) Député des Bouches-du-Rhône de 1946 à 1958. Ministre des Anciens combattants et victimes de guerre du 8 janvier au 28 juin 1953.

Bergasse Henry Alexandre

La famille Bergasse est originaire de Tarascon-sur-Ariège, que Joachim Bergasse quitte pour s'établir à Lyon, où il se marie en 1746. Le ménage compte neuf enfants, dont trois principalement méritent de retenir l'attention Joseph Dominique Bergasse sera guillotiné pendant la Terreur ; Nicolas Bergasse, né à Lyon en 1750, est avocat, puis député aux Etats-Généraux de 1789. Il mourra en 1832. Enfin, Henri Joachim Bergasse quitte Lyon pour Marseille, où il fait souche. On doit également mentionner une autre branche de la famille, demeurée en Ariège : Georges Bergasse de Lazeroul, né à Saurat (Ariège) en 1763, est député du Tiers-Etat de Pamiers aux Etats-Généraux de 1789, puis député du département de l'Ariège au Conseil des Cinq-Cents ; il se retirera après le 18-Brumaire. Descendant de Henri Joachim Bergasse, Henry-Emmanuel Bergasse est fils de Paul Bergasse, avocat, et de son épouse, née Marie Le Serrurier : il naît le 26 septembre 1894, à Marseille. Licencié en droit et élève de l'Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr (promotion "Croix du drapeau"), il est blessé en Champagne en 1915. Il reçoit la croix de la Légion d'honneur avec trois citations et la croix de guerre 1914-1918. Après avoir été attaché militaire auprès de l'ambassade de France en Grèce, Henry-Emmanuel Bergasse abandonne la carrière militaire en 1927, et s'inscrit au barreau de Marseille pour y exercer la profession d'avocat. Il est élu conseiller d'arrondissement du 2ème canton de Marseille en octobre 1937.

Il entre dans la Résistance en octobre 1941 et assure le commandement du réseau Dominique Kléber. En 1944, Henry-Emmanuel Bergasse reprend du service actif sous le commandement du général de Larminat, participant notamment à la libération de Royan. Colonel de réserve, il est fait officier de la Légion d'honneur, reçoit la médaille de la Résistance, la Croix de guerre 1939-1945 et la Bronze star américaine. Candidat aux élections cantonales de septembre 1945 à Marseille il est battu au deuxième tour par le candidat communiste qui bénéficie de l'opposition entre la droite, représentée par Henry-Emmanuel Bergasse, et le MRP, représenté par Germaine Poinso-Chapuis, futur membre du gouvernement. Henry Emmanuel Bergasse conduit la Liste républicaine d'opposition (PRL et indépendants) dans la première circonscription des Bouches-du-Rhône aux élections du 2 juin 1946 pour la seconde Assemblée nationale Constituante. Avec 28 111 voix sur 282 918 suffrages exprimés, la liste obtient un siège. Membre de la Commission des affaires économiques, de celle des moyens de communication et de celle des postes, télégraphes et téléphones, il intervient à plusieurs reprises dans des débats importants. Il présente notamment, avec Joseph Denais, un amendement au huitième alinéa du projet de Constitution de 1946, amendement relatif au droit des travailleurs à la gestion de leurs entreprises, et déclare à cette occasion : "Nous estimons que la cogestion n'est pas un droit de l'homme". Cet amendement est repoussé par 484 voix contre 61 et Henry-Emmanuel Bergasse s'abstiendra lors du vote du 28 septembre sur le projet de Constitution.

Toujours dans la même circonscription, Henry-Emmanuel Bergasse conduit, aux élections du 10 novembre 1946 pour la première législature, la "Liste d'union républicaine et gaulliste (rassemblement des non)". Avec 43 155 voix pour la liste sur 280 901 suffrages exprimés, il est élu député des Bouches-du-Rhône. La remontée de la droite et des modérés se fait notamment au détriment de la SFIO : après la dissolution de la délégation municipale présidée par Gaston Defferre, la gauche doit s'unir pour imposer, aux élections municipales du 8 décembre 1946, une liste François Billoux (PC)-Gaston Defferre. Jean Cristofol (PC), ancien président du Comité régional de libération, est élu à la mairie de Marseille. Toujours très actif, Henry-Emmanuel Bergasse est membre de plusieurs commissions parlementaires. Ses attaches marseillaises le poussent à participer à la Commission de la marine marchande et des pêches et à celle des affaires économiques dont il est élu vice-président. Il est également juré à la Haute cour de justice et désigné pour faire partie de la sous-commission chargée de suivre et d'apprécier la mise en œuvre de la convention de coopération économique européenne et du programme de relèvement européen. Henry-Emmanuel Bergasse vote pour la candidature Léon Blum (12 décembre 1946). Il ne dépose pas moins de 11 textes, portant notamment sur des matières financières. Si lui-même s'abstient vote du 4 mai 1947, à la suite duquel Ramadier se sépare de ses ministres communistes, la crise ainsi ouverte a des répercussions très profondes ; les élections municipales d'octobre 1947 voient la défaite des communistes, face au RPF. A Marseille, la liste gaulliste (Vernejoul-Carlini) arrive en tête. Henry-Emmanuel Bergasse est amené à déposer une demande d'interpellation sur les incidents survenus à Marseille les 10 et 12 novembre 1947, le refus du MRP et de la SFIO de prendre parti ayant amené l'élection de Me Carlini (RPF) comme maire de la ville. Prenant prétexte d'une hausse des tarifs de tramways le PCF et la CGT lancent des appels à la grève, celle-ci bientôt suivie d'émeutes au cours desquelles le nouveau maire est blessé et un manifestant tué. Deux compagnies de CRS seront dissoutes à la suite de ces événements.

Henry-Emmanuel Bergasse dépose une proposition de loi visant à revenir à une forme de protectionnisme vis-à-vis de l'Italie. Il intervient, enfin, longuement dans la séance du 21 décembre 1948 portant sur les questions budgétaires : "La France n'est pas en état de supporter un budget qui comporte 1 250 milliards de francs de dépenses ordinaires et 275 milliards de dépenses de reconstruction (...). Il faut refondre le budget, il faut en limiter les maxima et les adapter à la capacité de paiement de notre pays, car il importe de régler les dépenses de l'Etat sur les recettes possibles... ". Il vote contre le statut de l'Algérie (27 août 1947). Henry-Emmanuel Bergasse est élu conseiller général des Bouches-du-Rhône en mars 1949. Il conduit la liste du Rassemblement du peuple français (RPF), dans la première circonscription des Bouches-du-Rhône, aux élections du 17 juin 1951, la seconde place étant occupée par Michel Carlini, maire de Marseille. Ses engagements électoraux sont avant tout dirigés contre le poids excessif des partis et les combinaisons constamment nécessaires pour maintenir une certaine stabilité du pouvoir. Avec 75 228 voix sur 291 674 suffrages exprimés, Henry-Emmanuel Bergasse est réélu député des Bouches-du-Rhône. Les résultats de l'ensemble de la ville marquent le maintien de l'audience communiste (plus de 30 % des voix, 4 sièges), et la montée du gaullisme (environ 20 %). Henry-Emmanuel Bergasse est vice-président, puis membre respectivement de la Commission des affaires économiques, de la marine marchande et des pêches, des immunités parlementaires, des pensions et des territoires d'outremer. En 1955, il est nommé membre titulaire de la Commission des immunités parlementaires. Il est également membre de la sous-commission sur la CEE et le programme de relèvement européen et de la Commission d'instruction de la Haute cour de justice. Enfin il intervient en outre très largement dans les discussions parlementaires.

Il vote contre la ratification de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (13 décembre 1951) mais pour l'ordre du jour gouvernemental lors des débats sur l'Algérie (27 octobre 1953), au cours de la séance du 12 juin 1954, il intervient à propos de la situation en Indochine et des négociations de Genève : "Faudrait-il aujourd'hui que nous appelions à cette table les stratèges de la guerre au compte-gouttes et les spécialistes de la retraite sur la pointe des pieds ?" Le groupe d'Action républicaine et sociale apportera, sans enthousiasme, ses voix au gouvernement. Henry-Emmanuel Bergasse vote contre la question préalable opposée par le général Aumeran au traité de Paris (30 août 1954), soutenant par là le projet de la Communauté européenne de défense (CED), puis contre la question de confiance (4 février 1955) sollicitée par Pierre Mendès France, pour l'état d'urgence en Algérie (31 mars 1955) et pour la question de confiance (29 novembre 1955), dont le rejet entraînera la chute du cabinet Edgar Faure. Ayant voté l'investiture à Antoine Pinay en mars 1952, ce qui entraîne une scission au sein du mouvement gaulliste, Henry-Emmanuel Bergasse adhère ensuite au groupe ARS (Action républicaine et sociale), qu'il préside de juillet 1953 à décembre 1955. Ce groupe fusionnera avec celui des Indépendants.

Henry-Emmanuel Bergasse est ministre des anciens combattants et victimes de la guerre dans le cabinet René Mayer (du 8 janvier au 28 juin 1953). A ce titre, il lui revient notamment de défendre, dans la séance du 24 janvier, son budget pour 1953. Il donne sa démission le 27 mai 1953, mais continue à expédier les affaires courantes jusqu'au 28 juin. Henry-Emmanuel Bergasse est en outre élu conseiller municipal de Marseille (26 avril 1953). Ces élections, qui font suite à la scission du mouvement gaulliste, sont marquées avant tout par les divisions de la droite modérée et, face à un léger tassement des voix communistes, par la remontée socialiste : Gaston Defferre est élu maire de Marseille. Aux élections du 2 janvier 1956, Henry-Emmanuel Bergasse conduit, toujours dans la même circonscription des Bouches-du-Rhône, la Liste d'Union républicaine présentée par le Centre national des indépendants, des paysans et d'action républicaine et sociale, et par le Groupement national des indépendants d'action démocratique et paysanne. Dans ses engagements électoraux, il insiste particulièrement sur le problème du pouvoir d'achat et sur les difficultés causées à Marseille par la guerre d'Algérie, et attaque les mouvements patronnés par Pierre Mendès France et Pierre Poujade. Avec 56 163 voix sur 337 895 suffrages exprimés, il est à nouveau réélu député des Bouches-du-Rhône et s'inscrit au groupe des Indépendants et paysans d'action sociale, dont il est élu vice-président.

Membre de la Commission de la marine marchande et des pêches et de celle de la comptabilité, il est également juge suppléant à la Haute cour de justice constitutionnelle et juré titulaire de la Haute cour de justice. Enfin, il est désigné par la Commission de la marine marchande et des pêches pour participer à la sous-commission chargée de suivre et d'apprécier la gestion des entreprises nationalisées et des sociétés d'économie mixte. Henry-Emmanuel Bergasse intervient dans la séance du 5 juin 1956, pour expliquer l'abstention de son groupe lors du vote de confiance sur la politique algérienne du gouvernement. Il intervient à nouveau dans le débat parlementaire à l'occasion de la présentation du gouvernement Bourgès Maunoury (12 juin 1957), regrettant notamment l'absence d'un ministère de l'agriculture, revenant sur la question sociale et appuyant la politique algérienne de Robert Lacoste : "On ne fait pas la guerre un code à la main. Un territoire où la sécurité n'est plus garantie n'est pas un territoire en état de paix. L'état de guerre (...) suppose au moins l'état de siège (...). Si l'Algérie ne peut pas être perdue par la force des fellagha, elle peut l'être par notre propre faiblesse... ". Le groupe des indépendants vote la confiance sur le programme et la politique du gouvernement.

Henry-Emmanuel Bergasse vote à nouveau pour la politique générale du gouvernement (25 octobre 1957) et pour la loi-cadre sur l'Algérie (30 septembre 1957) dont le rejet entraînera la chute du gouvernement Bourgès-Maunoury. Enfin, il appuie les étapes successives conduisant au changement de régime en 1958 : il approuve l'état d'urgence (16 mai), s'oppose à la révision constitutionnelle (27 mai) et vote pour la confiance au général de Gaulle (1er juin), pour les pleins pouvoirs et pour la loi constitutionnelle (2 juin). Henry-Emmanuel Bergasse avait épousé, le 29 mars 1921, Marguerite Delanglade, qui lui donnera deux enfants : Edouard Bergasse, docteur en médecine et Jean-François Bergasse, directeur commercial. Editorialiste au Méridional de France, Henry-Emmanuel Bergasse a notamment publié La Profession d'Avocat en France et à l'Etranger et Le Tocsin de la Décadence.

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