Bezen Perrot

Publié le par Mémoires de Guerre

Le Bezen Perrot (« formation Perrot » en français), également appelé en allemand Der bretonische Waffenverband der SS (ou Die bretonische SS) est une unité paramilitaire nationaliste bretonne faisant partie du Sicherheitsdienst. Cette unité fut active en Bretagne durant la Seconde Guerre mondiale. Le Bezen Perrot prend la suite du Lu Brezon (en breton armée bretonne), qui succède elle-même au Kadervenn des organisations nationalistes bretonnes.

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Bezen Perrot

Bezen Perrot

Historique

Nom

Le nom de l'unité est un hommage à Jean-Marie Perrot. En allemand, le Bezen Perrot était appelé Der bretonische Waffenverband et surnommé Die bretonische SS mais ces noms n'étaient semble-t-il pas officiels pour les Allemands.

Contexte

En 1936, Célestin Lainé crée le Kadervenn qui comprend alors une douzaine de membres. Dans l'esprit de Lainé, c'est l'embryon de ce qu'il espère être la future armée bretonne d'une Bretagne indépendante. En 1938, les effectifs ont doublé. En 1938, le Kadervenn se dote d'un service de renseignement, le « Service Spécial ». C'est lui qui récupère les armes du Gwalarn en 1939 lors du débarquement d'armes de Plestin. C'est une unité paramilitaire conçue sur le modèle de l'IRA, comprenant une douzaine de membres environ engagés dans des manœuvres militaires. Cette organisation instruit les nouvelles recrues et participe à des manœuvres dans les monts d'Arrée en 1937 puis dans les landes de Lanvaux en 1938. En 1943, hostile à la politique temporisatrice du PNB de Raymond Delaporte, Célestin Lainé constitue une bande paramilitaire composée de séparatistes en uniforme allemand, prête à combattre non seulement les Français, mais tous les ennemis du Reich.

Quelques jeunes garçons du Bagadou Stourm s'enrôlent spontanément dans les rangs du Bezen Kadoudal en demeurant persuadés qu'ils étaient en accord avec leur chef, Yann Goulet (un certain nombre d'autres membres rejoignent la Résistance, en créant notamment le groupe Liberté ou Timoléon dans la région de Saint-Nazaire). Cette unité n'est pas reconnue par Raymond Delaporte, qui déclare que « cette armée bretonne » ne pouvait avoir aucune réalité légale étant donné qu'elle n'était composée que de volontaires sans uniforme national et directement engagés dans les forces allemandes. Le Bezen Perrot est issu d'une évolution du Bagadoù stourm de Yann Goulet. Les membres du Bezen Perrot se sentent honorés et ne cachent pas leur satisfaction d'appartenir à cette unité.

Bezen Perrot

Le Bezen Perrot est mise en place en décembre 1943. Il s'agit d'un renommage du Bezen Cadoudal. Le renommage a lieu après la mort de l'abbé Pierrot. L'unité est rattaché au S.D (Sicherheitsdienst) de Rennes. D'après Roger Bruge :

Les membres du Bezen Perrot se sentent honorés et ne cachent pas leur satisfaction d'appartenir, comme le dit parfois Pulmer, au Bretonische Waffenverband der SS.

Du côté de Lainé, les membres de cette milice sont considérés comme les soldats du Lu Brezon. Célestin Lainé, qui avait pourtant connaissance du mépris de l'abbé Perrot à l'égard du Lu Brezon, décide de rebaptisé son unité la formation Perrot, ou Bezen Perrot en 1944, en hommage à ce dernier, assassiné en 1943.

Actions contre la Résistance

En 1944, le groupe est installé à Rennes, caserne du Colombier, et participe à des actions contre les maquis et les résistants de Bretagne. Ces volontaires, encadrés par Ange Péresse et Léon Jasson, portent l’uniforme du SD, même si tout d'abord les hommes doivent se partager les uniformes disponibles qui ne sont pas assez nombreux. Des membres du Bezen Perrot se sont affrontés aux maquisards à Guer (contre les résistants cachés dans le manoir de Saint-Gurval). L'école publique d'Uzel est l'un de leurs centres de torture. Le 7 février 1944, des feldgendarmes, épaulés de membres du Bezen Perrot (dont Ange Péresse, originaire de Bubry) et du groupe de Guy Vissault de Coëtlogon (dont Joseph Le Ruyet, originaire de Bubry) arrêtent 17 résistants à Baud, Bubry, Camors et Quistinic ; parmi eux Robert Pourchasse qui travaillait au secrétariat de la mairie de Bubry. L'unité participe à une rafle le 9 avril 1944 à Callac. Le 16 mai 1944, le Bezen Perrot participe à une rafle à Maël-Pestivien. Une vingtaine d’hommes sont raflés, dont le maire. Le 3 juin 1944, un combat oppose sur la route allant de Callac à Carhaix des résistants et des miliciens de la Bezen Perrot ; ce combat fait un mort parmi les miliciens.

En représailles, Mlle Leniet, domiciliée à Hennebont, suspectée d' être un agent de liaison, fut abattue par les miliciens. Le 18 juin 1944, l'unité participe à une attaque contre le camp de résistants de Saint-Marcel à Guémené-sur-Scorff où étaient stationnés un peu plus de deux mille FFI encadrés par deux cents SAS. Selon Françoise Morvan, un groupe du Bezen Perrot dirigé par Michel Chevillotte s'installe en Basse-Bretagne du 26 juin au 7 juillet 1944 à Maël-Carhaix, épaulant un régiment d'infanterie allemand. À partir de là, les membres de ce groupe effectuèrent deux rafles, l'une à Callac le 27 juin, l'autre à Trébrivan le 29 juin et brûlèrent six fermes suspectées d'abriter des résistants à Scrignac et dans les environs. Ce groupe quitta Maël-Carhaix pour Bourbriac le 7 juillet 1944 et participa le 11 juillet à la rafle de Saint-Nicolas-du-Pélem. Du 7 au 11 juillet 1944, Bezen Perrot organisent participe à une rafle à Saint-Nicolas-du-Pélem (appelée la rafle du 11 juillet) et aux alentours :

  • six personnes, qui s'enfuient pour échapper à une rafle, sont assassinées dès le 11 juillet : Marcel Le Floch, Jacques Poisson, Albert Névez, Marcel Louis Le Floc’h et Arthur Nicol, Henri Rivoal, la stèle des six patriotes leur est dédiée rue du Stade à Saint-Nicolas-du-Pélem ;
  • six personnes sont transférées à Uzel, torturées et assassinées le 14 juillet 1944, et jetées dans les fosses de L'Hermitage-Lorge (on trouvera au total 35 corps dans ces fosses). Mireille Chrisostome dite « Jacotte », agent de liaison de la Résistance, fait partie des victimes tuées à Uzel, et a donné son nom à une rue de Saint-Brieuc ;
  • 12 personnes sont transférées à Bourbriac et interrogées/torturées dans la cave de la maison Sourimant, dont sept (Jean-Louis Corbel, François Louis Le Berre, François Marie Le Berre, Pierre Maillard, Marcel Sanguy, Pierre Secardin, Albert Torqueau) furent exécutées à Garzonval en Plougonver le 16 juillet 1944 ; une stèle leur est dédiée à Garzonval.

Le 11 juillet 1944, des « gours » du Bezen Perrot réunissent dans la cour de l'école de Locminé tous les hommes âgés de 18 à 45 ans et retiennent 24 d'entre eux comme otages, les interrogeant de manière musclée pour savoir où étaient cachées les armes et munitions après les combats du maquis de Saint-Marcel. Deux otages furent fusillés à Moustoir-Ac et vingt autres dans les bois de Coët-Kermeno, près de Botségalo au sud de la commune de Colpo le 25 juillet 1944 ; quatre autres furent tués le 28 juillet.

La fuite

Les principaux promoteurs de l'alliance avec les nazis n'avaient pas attendu la chute finale de l'Allemagne hitlérienne pour prendre la fuite. Dès juin 1944, certains s'étaient enfuis en Allemagne (ce fut le cas de Fred Moyse qui réussit à se faire naturaliser allemand et qui s'installa plus tard à Francfort). Philippe Aziz écrira « Pendant toute la journée du 1er août, Célestin Lainé lance ses lieutenants Ange Péresse et Léon Jasson à la recherche des "gours" du Bezen afin que ceux-ci rejoignent la rue Lesage, centre de rassemblement. Il se rend à deux reprises rue Jules Ferry, au siège de la Gestapo, pour mettre au point avec Pulmer les modalités du repli et organiser les convois et les itinéraires. Le 1er août au soir, un premier contingent de trente membres du Bezen, mêlé à un groupe d'employés de la Gestapo, prend la route. Le 2 août, le reste de la troupe suit. Il y a, outre les autres gours du Bezen, l'imprimeur de L'Heure bretonne; Marcel Guieysse, sa femme et leur fille Denise, Mme Peresse et ses enfants; Roparz Hemon, fondateur de l'Institut celtique de Bretagne; Jos Youenou, beau-frère de François Debeauvais ; Françoise Rozec-Andouard, alias Meavenn…) ».

Le 3 août 1944, l'unité massacre 49 résistants près de Rennes. Le même jour, le VIIIe corps d’armée américain entre à Rennes que la Wehrmacht avait évacué plusieurs jours avant. À l'étape de Paris, les désertions se multiplient : certains (comme celui qu’on surnomme "Tintin la Mitraille") rejoignent les FTP, d'autres les FFI (Le Bihan…) et quelques-uns enfilent discrètement des vêtements civils. Arrivé à Strasbourg, les effectifs du Bezen ne comptent plus que trente-trois hommes. Le 15 août 1944, l'unité se trouve à Troyes. Durant la fuite vers l'Allemagne, des membres du Bezen Perrot (Xavier Théophile, André Geoffroy, Michel Chevillotte) se signalent à Creney-près-Troyes par l'exécution sommaire de 49 résistants sortis de leur geôle le 22 août 1944. Christian-Joseph Guyonvarc'h est condamné à 10 ans de travaux forcés mais bénéficie de circonstances atténuantes lors du procès en raison de sa coopération avec les services de police et est libéré en février 1946. Célestin Lainé disparaît au cours de la retraite du Bezen Perrot en Allemagne, se cachant à Marbourg avant de se réfugier en Irlande. Une demi-douzaine de membres de l'unité sont jugés et condamnés à mort. Parmi les membres exécutés se trouve Guy Vissault de Coëtlogon. Il est condamné le 6 avril 1945 et fusillé le 24 avril 1945 au fort de Montrouge.

Après-Guerre

Plusieurs membres sont exécutés par des résistants pour faits de collaboration :

Les membres de la Bezen Perrot et d'autres cas de collaboration sont traités par la Cour de Justice établie à Rennes en 1944. Ses pouvoirs furent transférés au Tribunal Permanent des Forces Armées à Paris le 1er février 1951, chargé de revoir tous les cas. Parmi une douzaine de Bretons exilés en Allemagne de 1946 à 1948, 5 furent condamnés à mort par contumace dont Yann Bourc'hiz. La plupart d'entre eux se réfugièrent en Irlande grâce à la filière de faux papiers mise au point par Yann Fouéré et deux autres militants nationalistes en fuite. C'est le cas par exemple de Louis Feutren, qui part au Pays de Galles puis étudie à l'université de Galway avant d'enseigner le français à Dublin. Selon Olier Mordrel, Jos Youenou serait morts en détention après la guerre. Christian-Joseph Guyonvarc'h est condamné à 10 ans de travaux forcés mais il bénéficia de circonstances atténuantes lors du procès en raison de sa coopération avec les services de police et fut libéré en février 1946. En 1948, Roparz Hemon rend hommage aux membres du Bezen Perrot fusillés à la Libération.

Organisation

L'unité dépend du Sicherheitsdienst.

Effectifs

Les effectifs varient pendant la guerre. Georges Cadiou estime en 2001 leur nombre à 66 personnes entre fin 1943 jusqu'en juillet 1944, chiffre confirmé par Kristian Hamon en 2004. Cependant, ce dernier n'exclut pas que l'effectif probable pourrait s'approcher des 80 individus.

Selon Francis Arzalier :

Le Bezen Perrot n'a jamais réussi qu'à être une troupe de quelques dizaines de soldats perdus, auxiliaire des SS aux côtés des miliciens français : Mordrel parle de 72 hommes.

Hervé le Borgne parle d'une soixante d'hommes.

Logistique

Le groupe est installé à la caserne du Colombier à Rennes. Tous les membres du Bezen Perrot n’ont pas été identifiés, les archives ayant été détruites après la guerre et certains, une trentaine au moins, ne sont connus que par leurs surnoms. Parmi les membres bretons connus : Célestin Lainé (alias "Le Hénaff"), Ange Péresse, Léon Jasson, Jean-Marie Chanteau, André Geffroy, Louis Feutren, Alan Heusaff, Michel Chevillotte, Christian-Joseph Guyonvarc'h , etc.. Les principaux membres connus de cette milice sont :

  1. SS-Untersturmführer Célestin Lainé – Réfugié en Irlande à la Libération, condamné à mort par contumace. Il décède en 1983
  2. SS-Sturmscharführer Ange Péresse, adjoint de Célestin Lainé. Condamné à mort par contumace et naturalisé allemand après la guerre.
  3. SS-Oberscharführer Alan Heusaff – Condamné à mort par contumace. Réfugié en Irlande, décédé en 1999
  4. SS-Oberscharführer Léon Jasson – Fusillé.
Instruction

Les autorités allemandes laissent cartes blanches aux officiers du Bezen Perrot concernant l'instruction militaire. Ainsi, les miliciens bénéficient d'enseignements en mathématique, de celtologie, de langues (bretonne et allemande), d'histoire bretonne, etc., sous la direction d'Ange Peresse.

Missions

Les membres du Bezen Perrot n'agissent pas comme une unité indépendante, contrairement au souhait de Lainé, mais sont souvent intégrés au sein de commandos composés d'Allemands, de membres de la Légion Vlassov ou bien encore de francs-gardes de la Milice française. Les membres agissent toujours sous le contrôle strict de la police allemande, le SD. Durant les six premier mois de son existence, les membres de la formation Perrot participent à des opérations de police menées contres les résistants et à des rafles en Bretagne, plus rarement à des opérations militaires contre les maquis. À partir de mai 1944, des groupes du Bezen sont intégrés aux Sonderkommandos du SD, chargés du renseignement auprès des unités militaires engagées dans la répression des maquis.

Emblème

Le Bezen Perrot adopte dès sa formation le drapeau blanc à croix noire des combattants bretons du XVe siècle.

Article Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bezen_Perrot

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