La Chambre Guy

Publié le par Roger Cousin

La Chambre GuyLa carrière politique de Guy La Chambre illustre les difficultés pour bon nombre de caciques de la Troisième République de renouer avec les succès électoraux au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Le 10 juillet 1940, Guy La Chambre vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain mais Vichy tient l'ancien ministre de l'air pour responsable de la défaite au même titre que Blum, Daladier, Reynaud qui sont arrêtés. La Chambre quitte alors les Etats-Unis et se constitue prisonnier pour répondre aux accusations qui sont proférées contre lui. Il est démis de ses fonctions de maire de Saint-Servan et interné au château de Chazeron avant d'être transféré à Bourrassol puis à Evaux-les-Bains. Le procès de Riom, censé juger les coupables de la défaite étant ajourné sur injonction des Allemands, Vichy décida début 1943 de placer Guy La Chambre en liberté provisoire mais les Allemands s'y opposèrent.

A la Libération, Guy La Chambre ne retrouve pas le chemin du Palais Bourbon. Il est élu en 1947 maire de Saint-Malo et assure sa reconstruction. Il le reste jusqu'en 1965. En 1951, il est élu conseiller général de Dinard sous l'étiquette d'Indépendant et paysan. Ses adversaires se sont plu à souligner la diversité tant de ses attaches géographiques que des étiquettes sous lesquelles il a présenté ses différentes candidatures. Le 17 juin 1951, aux élections législatives, Guy La Chambre, ancien ministre radical du gouvernement Daladier, se présente dans le département d'Ille-et-Vilaine à la tête d'une liste indépendante des Républicains d'Action, investi par le Centre national des indépendants et paysans. Sa liste a conclu un apparentement avec la liste gaulliste de Pierre de Bénouville. Les principaux thèmes de sa campagne électorale sont l'aide à l'enseignement privé, la défense des intérêts des paysans, artisans et marins. L'ancien chef de cabinet de Briand propose d'assurer la paix dans le monde par un accord général sur le désarmement mais jusqu'à ce qu'il soit conclu de mettre la France à l'abri d'une invasion en l'intégrant dans le système de sécurité institué par le Pacte atlantique. Avec 59 090 voix sur 280 274 suffrages exprimés, Guy La Chambre retrouve le Palais Bourbon. Il vote l'investiture des gouvernements qui se sont succédé au cours de la législature et soutient les initiatives en faveur de la construction européenne. Les 17-19 mars 1953, devant les journées nationales d'études du CNIP, il estime que la CED " est une nécessité qui s'impose à nous, de toute manière et quelle que soit la position qu'on adopte à l'égard du réarmement allemand. "

Fort d'une expérience déjà ancienne du Parlement, Guy La Chambre s'y voit confier des responsabilités importantes. Il est nommé membre des commissions des affaires étrangères et des finances et présente à ce titre de nombreux rapports sur des propositions et projets de loi. Au cours de la législature, il plaide en faveur d'une réforme fiscale et intervient à plusieurs reprises sur les questions touchant à la reconstruction et aux dommages de guerre. En 1952, 1953 et 1954, il est chargé du rapport du budget de l'Air. Le rapporteur reprend des arguments qui avaient été utilisés par le dernier ministre de l'Air de la Troisième République : il faut construire en grande série pour abaisser les coûts de production. Guy La Chambre attire, notamment le 25 janvier 1953, l'attention du gouvernement sur les prix de revient des avions français, très supérieurs aux prix étrangers parce que la capacité de production est supérieure à ce qui est réellement produit.

Il propose d'augmenter la production car la politique européenne de défense offre des perspectives de débouchés, notamment pour le Mystère IV. Le 14 novembre 1953, Guy La Chambre consacre son intervention à la nécessaire coopération qui doit s'établir entre aviation civile et aviation militaire. Quant à la compagnie Air-France, Guy La Chambre s'inquiète de sa gestion et de la crise d'autorité qui règne en son sein. S'il est d'accord pour considérer que la Compagnie doit acheter avec l'aide de l'Etat des avions français, il s'interroge sur la contrepartie financière que devraient consentir les constructeurs à l'Etat. Le 16 mars 1954, à nouveau, Guy La Chambre regrette que les plans d'armement aérien soit constamment revus à la baisse au moment même où un effort accru devrait être consenti pour renouveler les matériels par des avions de classe internationale du type Mystère IV A et B.

En juin 1954, Pierre Mendès France, qui avait été le collègue de Guy La Chambre dans le deuxième cabinet Blum, lui offre le ministère des relations avec les Etats associés. Lors du remaniement du 2 septembre, il conserve le même portefeuille mais est élevé à la dignité de ministre d'Etat. Sa principale mission consiste à veiller à l'application des accords de Genève qui ont mis fin au conflit indochinois. Le 26 août, à l'ouverture de la Conférence quadripartite qui réunit la France, le Laos, le Cambodge et le Vietnam, Guy La Chambre précise que " le gouvernement français a décidé de fonder sa politique sur la réalisation de la totale indépendance du Cambodge, du Laos et du Vietnam. " En d'autres termes, la France propose d'abroger les conventions signées à Pau en 1950 et de négocier des accords spéciaux avec chacun des Etats intéressés. Le 10 décembre 1954, à l'Assemblée, il répond à une question d'Albert Gau relative aux difficultés rencontrées par les chrétiens du Nord Vietnam. Le ministre partage l'inquiétude des parlementaires.

De nombreux missionnaires catholiques se replient vers Haïphong car ils sont " las " des séances d'endoctrinement. Guy La Chambre rappelle que la France a envoyé des bâtiments pour recueillir les réfugiés et a saisi la commission internationale chargée de surveiller l'application des accords de Genève. Il s'en remet à ses conclusions. Le 17 décembre, à l'occasion du débat sur le budget de son ministère, Guy La Chambre est amené à préciser à nouveau la politique du gouvernement en Indochine après la conclusion des accords de Genève : maintien du corps expéditionnaire au sud du 17° parallèle, garantie américaine renforcée (il a effectué à ce sujet un voyage aux Etats-Unis en septembre) et aide au développement économique. Compte tenu de la détérioration de la situation politique au Vietnam, le gouvernement fait l'objet de nombreuses critiques. Le rapporteur de la commission des finances fait savoir que la Commission a décidé de rejeter le budget.

Le ministre répondant aux interpellations de Jean Letourneau et d'Edouard Frédéric-Dupont précise que son budget vise à maintenir une présence française en Extrême-orient tant dans le domaine culturel que commercial. Il rappelle à nouveau que le gouvernement ne se désintéresse nullement des réfugiés et des disparus et qu'il a saisi la Commission internationale d'armistice du problème des prisonniers. Puis, le débat dévie sur la façon dont Pierre Mendès France a négocié à Genève. Il est sévèrement pris à parti par l'opposition. En l'absence du président du Conseil, le président de l'Assemblée met aux voix le rapport de la Commission des finances qui a repoussé le budget. Le gouvernement est battu de 10 voix à 19 h. 35. Dès l'annonce du résultat, Guy La Chambre fait savoir que le gouvernement va présenter un nouveau budget des Etats associés et le président du Conseil autorise le dépôt d'une question de confiance. A minuit 50, le gouvernement est sauvé à deux voix de majorité. Mais, le 5 février 1955, il est renversé. Le 29 novembre 1955, Guy La Chambre refuse la confiance au gouvernement Edgar Faure.

Le 2 janvier 1956, Guy La Chambre conclut à nouveau un apparentement avec la liste conduite par Pierre de Bénouville. Le principe de l'apparentement ne joue pas plus cette fois-ci que lors des dernières élections législatives. Avec 35 223 voix sur 300 280 suffrages exprimés, Guy La Chambre sauve son siège. Il vote le 12 mars 1956 les pouvoirs spéciaux au gouvernement en Algérie et le 19 juin la loi-cadre Defferre mais se montre très réservé en ce qui concerne l'opération de Suez. Le 1er juin 1958, il vote l'investiture du gouvernement de Gaulle et les 2 et 3 juin les pleins pouvoirs et la réforme de l'article 90 de la Constitution.

Il se représente en novembre 1958 aux premières élections législatives de la Cinquième République dans la 6ème circonscription de l'Ille-et-Villaine. Avec 24 125 voix sur 59 849 suffrages exprimés, il devance au soir du second tour Emmanuel d'Astier de la Vigerie (8 419 voix) mais est battu par le candidat du MRP, Georges Coudray, qui obtient 27 305 voix. Il abandonne alors la vie politique nationale. Il décède à Neuilly-sur-Seine le 24 mai 1975.

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