Michel Pierre

Publié le par Mémoires de Guerre

Pierre Michel, né le 2 juillet 1943 à Saint-Amans-Soult (Tarn) et mort assassiné le 21 octobre 1981 à Marseille (Bouches-du-Rhône), est un juge d'instruction français. Il est, après François Renaud en 1975, le deuxième juge assassiné en France depuis l'Occupation durant la Seconde Guerre mondiale

Michel Pierre
Michel Pierre

Il est issu d'une famille de notaires et d'avocats de Metz, son père Georges tenant une étude de notaire mais, par indépendance, il refuse de rejoindre le cabinet d'avocat de son frère aîné Bernard. Il a deux enfants. En 1965, il est professeur de sciences naturelles dans un lycée à Jarny où il rencontre sa future femme, Jacqueline, professeur d'histoire-géographie. C'est pour suivre Jacqueline mutée à Marseille en 1973 qu'il se retrouve dans cette ville. D'abord auditeur de justice, apprenant beaucoup auprès de René Saurel, il deviendra le premier juge anti-drogue de la ville et fera tomber la French Connection. En tant que stagiaire, il a affaire à des cas d'adolescents drogués. Un de ses amis stagiaires affirme qu'il en avait été marqué. Après avoir obtenu son doctorat en droit, il entame sa carrière en 1974 et est nommé juge d'instruction le 31 décembre 1974 à Marseille où il s'occupe d'abord d'affaires de mineurs, puis de stupéfiants (notamment les règlements de compte liés à la drogue comme la tuerie du Bar du Téléphone ou l'affaire du « pouf » de Calvi). En 1977, on lui demande de remplacer un collègue chargé du grand banditisme, mais cet intérim se prolonge et il hérite finalement du poste. Premier juge d'instruction au tribunal de grande instance de Marseille, nommé par la presse « le justicier » ou le « cow-boy », il secoue la police marseillaise qu'il ne juge pas assez motivée, réalisant lui-même certaines filatures.

Début 1975, alors qu'Ilda Di Marino est devenue juge au siège, il est chargé de clore le dossier d'instruction de Christian Ranucci, inculpé de l'enlèvement et du meurtre d'une fillette, et de le transmettre à la chambre d'accusation de la cour d'appel d'Aix-en-Provence. Il aurait confié à propos de cette affaire à son ami et procureur adjoint Étienne Ceccaldi : « C'est un dossier de merde ! Mais il est coupable. » Voulant effectuer des actes supplémentaires afin de clarifier ce qu'il perçoit comme des zones d'ombre, il en aurait été empêché par sa hiérarchie et pressé par elle de clore le dossier. Par la suite, il assiste à l'exécution de Ranucci (condamné à mort en mars 1976), le 28 juillet 1976. Il a dans sa carrière instruit des dossiers contre le proxénétisme, le trafic d'armes ou les violences aux personnes. Mais il est surtout connu pour sa lutte acharnée contre le trafic de drogue dans Marseille, alors considérée comme la capitale mondiale de la drogue. Il a démantelé six laboratoires de transformation d'héroïne et a arrêté soixante-dix trafiquants en sept ans. Assisté des commissaires Gérard Girel et Lucien Aimé-Blanc, il est en première ligne dans le démantèlement de la French Connection en utilisant des méthodes inédites pour l'époque, comme celle d'arrêter les compagnes des trafiquants de drogues.

Le 21 octobre 1981, à Marseille, le juge Michel rentre chez lui à moto, une Honda 125 Twin, pour déjeuner avec son épouse et ses deux filles. Il est suivi depuis son départ du palais de justice par deux tueurs circulant sur une moto Honda CB900F Bol d'Or rouge. À 12 heures 49, alors qu'il ralentit à une intersection sur le boulevard Michelet, il est abattu de trois balles de 9 mm Parabellum par le tireur assis sur le tansad de la moto. Une balle pénètre dans l'épaule, une autre dans le thorax, perforant le cœur et le poumon, une autre à la base du cou, sectionnant la moelle épinière. La mort est instantanée. L'enquête est confiée au juge Patrick Guérin. La moto du crime est retrouvée, 48 heures après l'assassinat, sur le parking d'un immeuble de l'avenue Clot-Bey, près du parc Borély, grâce à un témoin qui relève en partie son numéro d'immatriculation. Elle est volée un an auparavant, vraisemblablement par une équipe spécialisée dans le vol et le recel de motos. Une empreinte digitale retrouvée sur un autocollant apposé sur la calandre arrière permet de retrouver le propriétaire de la moto, Charles Giardina. La surveillance de ce mécanicien dans un garage permet de remonter à deux de ses relations, les truands Gilbert Ciaramaglia et Daniel Danti, qui sont sous la coupe du parrain de Marseille Gaëtan Zampa. Interpellés, les trois comparses sont remis en liberté faute de preuves matérielles. D'autres pistes sont étudiées, comme celles de Cosa nostra et de la Camorra. 

C'est finalement par hasard, lors d'une arrestation de trafiquants français en Suisse, le 10 octobre 1985, que les commanditaires et les assassins sont « balancés » par François Scapula en échange de sa non-extradition en France. Le procès a confirmé les révélations de Scapula : le tueur était François Checchi, sur une moto conduite par Charles Altiéri, les commanditaires étant François Girard et Homère Filippi, truands associés à la French Connection. Le 30 juin 1988, la cour d'assises d'Aix-en-Provence condamne François Checchi et François Girard à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 18 ans. Charles Altiéri, et Homère Filippi sont condamnés par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité par la cour d'assises des Bouches-du-Rhône le 19 avril 1991. En septembre 2014, François Checchi, âgé de 65 ans, sort de détention sous le régime de semi liberté. Début octobre 2014, c'est au tour de Charles Altiéri d'être placé en libération conditionnelle sous bracelet électronique. Le juge Pierre Michel repose au cimetière de l'est à Metz, dans le caveau familial. La ville de Metz, dont il est originaire, a honoré sa mémoire en donnant son nom à une rue située tout à côté du Palais de justice. Une salle d'audience du palais de justice de Marseille porte son nom. 

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