Moa Pio

Publié le par Roger Cousin

Moa PioLuis Pío Moa Rodríguez est un journaliste espagnol né en 1948 à Vigo (Galice). Historien autodidacte, il suscite une violente controverse pour ses travaux sur la guerre d'Espagne et la IIe République espagnole2, qui ont obtenu d'importants succès d'édition en Espagne. Pío Moa a commencé par être un militant d'extrême gauche : ancien militant du Parti communiste d'Espagne (PCE), il fut co-fondateur du groupe terroriste d'inspiration maoïste GRAPO (Groupes de résistance antifasciste du premier octobre) et le responsable de sa propagande, participe à des actions violentes contre les phalangistes jusqu'à en être évincé en 1977.

Il a ensuite changé de convictions politiques : se revendiquant libéral et démocrate depuis lors, également partisan du conservatisme, il a consacré ses travaux à la dénonciation de ce qu'il estime être des légendes de la propagande républicaine, concernant notamment le bombardement de Guernica et le massacre de Badajoz. Il a également été libraire à l'Athénée de Madrid et a dirigé dans les années 1990 deux revues culturelles (une d'histoire, Ayeres, et une de réflexion, Tanteos). Il travaille actuellement à Libertad Digital, à El Economista et à Chesterton.

Les mythes de la guerre civile, paru en 2003 et dont plus de 100 000 exemplaires furent vendus en 4 mois, expose une de ses principales thèses sur la guerre d'Espagne : selon lui, l'origine du conflit n'est pas le coup d'État raté du 17 juillet 1936 contre la Seconde République espagnole mais la « menace rouge » que représentaient pour la démocratie les factions d'extrême-gauche qui préparaient une révolution de type communiste ou anarchiste, dont la révolution asturienne manquée de 1934 serait emblématique et qu'il prend donc comme point de départ de la guerre civile.

La radicalisation de la gauche au pouvoir sous le Frente popular (assassinats de militants et hommes politiques des différentes composantes de la droite démocratique par les "pistoleros" de la CNT et des Jeunesses Socialistes, destruction d'édifices religieux, assassinats de religieux, etc.) va entraîner un raidissement des conservateurs. C'est l'escalade: le soulèvement militaire du 18 juillet 1936 survient alors que Largo Caballero et ses partisans avaient lancé depuis 1934 un processus révolutionnaire similaire à celui qui en octobre 1917 a eu raison du régime Kerensky en Russie. Le PSOE et ses alliés indépendantistes catalans de l'Esquerra Republicana de Catalunya porteraient ainsi la responsabilité de la guerre civile espagnole.

Cette vision de la guerre civile espagnole a été qualifiée de révisionniste et critiquée par l'éditeur et écrivain Thierry Pech, mais Pío Moa lui-même qualifie sa démarche comme « la plus élémentaire exigence de la méthode scientifique », ses écrits font donc l'objet de vives controverses en Espagne et aussi chez les spécialistes de l'histoire de l'Espagne. De nombreux historiens critiquent avec virulence Pío Moa et ses thèses, parmi lesquels on peut citer en particulier Paul Preston, Alberto Reig Tapia, Javier Tusell, Justo Serna8 et Enrique Moradiellos. Ils l'accusent de perpétuer l'argumentaire et les mythes traditionnellement utilisés par les historiens officiels du franquisme tels que Ricardo de la Cierva. Pío Moa accuse pour sa part les milieux universitaires et les partisans de la gauche de refuser de remettre en cause ce qu'il estime être une version subjective de l'histoire élaborée après la mort de Franco et la transition démocratique, qui se baserait principalement sur des mensonges et des exagérations issues de la propagande républicaine anti-franquiste.

Parmi ceux qui soutiennent les analyses de Pío Moa, on peut citer les historiens Stanley Payne, Ricardo de la Cierva et César Vidal. L'historien et hispaniste Henry Kamen a dénoncé la censure pratiquée par ceux qui rejettent en bloc les thèses de Pío Moa. Certaines de ses déclarations sur l'homosexualité lui ont valu d'être accusé d'homophobie par des groupes communautaires gays. Une plainte en diffamation avait été lancée contre lui en novembre 2007 à l'initiative d'un militant d'Izquierda Unida (coalition politique de la gauche de la gauche qui comprend le Parti communiste) soutenu par une pétition ayant recueilli plus de 2000 signatures sur le site « TerceraInformación ». L'affaire s'est soldée par un non-lieu.

Publié dans Journalistes

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