Spoliation des Juifs

Publié le par Mémoires de Guerre

La spoliation des Juifs organisée par l'Allemagne nazie s'est déroulée en Allemagne et aussi dans les États alliés de l'Allemagne et les pays occupés, avec d'éventuelles répercussions dans des pays neutres : Suisse, Espagne, Portugal... Les premières mesures de l'État national-socialiste et la fin de la Seconde Guerre mondiale peuvent être retenues comme limites chronologiques. Un autre problème vient de la quantité des objets concernés, environ un million de mètres cubes, et de la diversité des objets d'art, de collection et de valeur saisis par les nazis. Figurent à côté des biens juifs les biens des déportés non israélites. 

Spoliation des Juifs

Historique

La politique de spoliation des Juifs initiée par l’Etat allemand, fondée sur un dispositif légal, se généralise. Elle est bientôt exportée dans les territoires occupés et adoptée par les régimes alliés au Reich, à l’instar de Vichy. L’État français en intègre dès 1940 les principes dans le cadre de sa politique antisémite. Il promulgue à cet effet un arsenal législatif spécifique visant à « éliminer toute influence juive dans l’économie nationale » (loi du 22 juillet 1941).

La spoliation systématique des entreprises et des biens appartenant aux Juifs est ainsi engagée sur l’ensemble du territoire français. De l’identification des Juifs et de leurs biens jusqu’à l’ « aryanisation » de ces derniers par la vente ou la liquidation, c’est un processus administratif efficace qui est mis en place, impliquant non seulement un nombre important d’administrations de l’État français, mais également de larges pans de la société.

En France, et plus largement en Europe, les spoliations furent un rouage essentiel du processus d’exclusion, qui facilita par la suite la mise en œuvre de la « Solution finale de la Question juive ». En s’appuyant sur de nombreux documents provenant notamment des fonds des Archives nationales et départementales, l’exposition propose d’expliquer les bases et les rouages de cette politique d’État, en la réinscrivant dans le contexte de l’Europe nazie.

Mesures françaises de restitution

Créé par la loi française du 29 mars 1941, le Commissariat général aux questions juives intervient dans les deux zones pour la politique de spoliation et d’aryanisation en France. Dès l’hiver 1944 Émile Terroine, un professeur et un résistant est nommé administrateur-séquestre du CRQJ (Commissariat Régional aux questions juives de Lyon). Il va forcer les administrateurs provisoires à justifier de leur gestion. À Lyon, la mission d'Émile Terroine a permis la restitution en 1945 de 63 % des biens aryanisés. Il rédige un rapport demandant l’extension de sa mission et le 30 janvier 1945 est créé à Paris le Service de restitution des biens des victimes des lois et mesures de spoliation par la direction du blocus du Ministère des Finances dont il prend la direction. Il est nommé rapporteur du décret de l’ordonnance d’avril 1945 qui annule les ventes et liquidations de biens juifs opérées pendant la guerre.

Lionel Jospin fut assez étonné qu'un journaliste américain, lors d'une conférence de presse aux États-Unis lui demande s'il n'était gêné d'être à Matignon assis sur un fauteuil volé aux Juifs. Le Premier ministre d'alors ignorait le sort des biens retrouvés en Allemagne. Lors de son retour, il convoqua les responsables du musée du Louvre, et leur demanda de prendre toutes les mesures pour hâter les restitutions des meubles, tableaux et objets d'arts détenus par les musées. Certains départements firent le nécessaire, mais pas tous. Par exemple, le département des peintures eut une incompréhensible attitude d'obstruction à la restitution. Tableau restitué par le département des peintures du musée du Louvre, à la suite d'une décision de justice : Alexandre le Grand et Campaspe dans l'atelier d'Apelle, de Giovanni Battista Tiepolo, arrêt du 2 juin 1999 (Gentili di Giuseppe contre musée du Louvre), tableau vendu 2 202 500 US$ vente aux enchères publiques chez Christie's à New York du 27 janvier 2000.

En Suisse

La spoliation des Juifs en Suisse a surtout concerné les biens qui avaient été placés dans les banques suisses par des personnes vivant à l'étranger et qui furent ensuite déportées. Leurs héritiers n'ont pas pu récupérer les avoirs, et les comptes sont tombés en déshérence. Après de fortes pressions exercées par les communautés juives américaines notamment, la Suisse a décidé de se pencher sur son passé et a ouvert une enquête sur son attitude durant la Seconde Guerre mondiale, mandatant pour cela une Commission indépendante d’experts « Suisse – Seconde Guerre mondiale » (CIE), présidée par l'historien Jean-François Bergier. Cette commission, créée en 1996 par le Parlement, a rendu son rapport en 2002. En 1997, la Confédération suisse mettait en outre sur pied le Fonds suisse en faveur des victimes de l'Holocauste, sans lien avec l'accord à conclure par les banques en faveur des plaignants juifs. 

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