Dati Rachida

Publié le par Mémoires de Guerre

Rachida Dati, née le 27 novembre 1965 à Saint-Rémy (Saône-et-Loire), est une femme politique française. Magistrate et conseillère de Nicolas Sarkozy, dont elle est porte-parole lors de la campagne pour l'élection présidentielle de 2007, elle est garde des Sceaux, ministre de la Justice au sein des gouvernements François Fillon I et II, ce qui en fait la première personnalité politique née de parents immigrés maghrébins à occuper un ministère régalien dans un gouvernement français. Députée européenne de 2009 à 2019 et maire du 7e arrondissement de Paris depuis 2008, elle est tête de liste des Républicains aux élections municipales de 2020 à Paris, qu'elle perd au second tour face à la maire sortante, Anne Hidalgo

Dati Rachida
Dati Rachida
Dati Rachida

Jeunesse et études

Rachida Dati est la fille de M'Barek Dati, maçon d'origine marocaine arrivé en France en 19631, et de Fatima-Zohra, d'origine algérienne, décédée en 2001. Elle est la deuxième d'une famille de onze enfants (sept filles et quatre garçons). Elle passe son enfance à Chalon-sur-Saône, dans le quartier des Prés-Saint-Jean. Elle suit sa scolarité dans un collège privé catholique tenu par des religieuses du Saint-Sacrement, puis au lycée public Mathias, où elle frise l'exclusion ; elle obtient son baccalauréat D en 1983. Elle insiste pour relativiser l'importance de ses origines maghrébines dans sa construction personnelle. Tout en évoquant ses racines familiales nord-africaines, elle tient à mettre en relief qu'elle se considère d'abord comme fille de France, issue d'un milieu modeste. Pour compléter ses revenus, Rachida Dati travaille tous les dimanches ainsi que l'été, notamment comme vendeuse, standardiste, veilleuse de nuit, ou faisant le ménage ou comme faisant fonction d'aide-soignante (mais sans en avoir le titre).

Rachida Dati tente des études de médecine, mais échoue deux fois à sa première année. À partir d'octobre 1985, elle suit un DEUG de sciences économiques à l'université de Dijon. Au cours de ces deux années, elle tient le stand de la Mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF) à la rentrée universitaire. Elle s'inscrit pour l'année 1988-1989 à l'université Panthéon-Assas. Elle obtient une licence en 1990, puis une maîtrise en sciences économiques à l'été 1991. En 1992, avec un financement de Matra, elle suit les cours pour obtenir une maîtrise en administration des affaires à l'Institut supérieur des affaires qui dépend du groupe HEC. En mai 1993, elle cesse ses études à l'institut sans obtenir le diplôme. Elle rejoint alors l'équipe de Jacques Attali, à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. En 1996, elle obtient une maîtrise avec mention passable en droit public en bénéficiant de la validation des acquis professionnels.

Sur les conseils de Simone Veil et Albin Chalandon, elle entre à l'École nationale de la magistrature (ENM), où elle est admise sur dossier, ayant obtenu la maîtrise en droit nécessaire par validation des acquis. Elle étudie à l’ENM de 1997 à 1999, comme auditrice de justice. Après avoir effectué son stage au tribunal de grande instance de Bobigny, elle sort de l'ENM classée 116 sur 154 de la promotion 1999. Le Canard enchaîné indique en 2007 qu'elle aurait produit un faux curriculum vitæ pour intégrer l'ENM, en utilisant une formulation qui laissait entendre qu'elle était titulaire d'un MBA européen du groupe HEC-ISA, cultivant une forme d'ambiguïté qui a pu induire certains magistrats ou hauts fonctionnaires en erreur ; le directeur d'HEC indique qu'elle « n'a pas obtenu son diplôme, alors qu'elle avait validé tous les modules, parce qu'elle n'a pas assisté au séminaire de clôture de l'année ». 

Carrière professionnelle

En 1987, Rachida Dati effectue un stage en tant que chargée d’études auprès de la direction comptabilité-finance du groupe Elf Aquitaine grâce à Albin Chalandon, qu'elle rencontre lors d'une réception à l'ambassade d'Algérie en France. Elle poursuit en parallèle des études supérieures en sciences économiques et gestion des entreprises. Après une rencontre avec Jean-Luc Lagardère en 1990, elle entre à la direction de l'audit de Matra communication, puis, en 1993, passe un an à Londres, auprès de Jacques Attali, à la BERD, toujours dans l'audit. En 1994, elle devient contrôleuse de gestion et secrétaire générale du bureau d'études sur le développement urbain à la Lyonnaise des eaux, puis, de 1995 à 1997, conseillère technique à la direction juridique du ministère de l'Éducation nationale.

Par décret du 20 juillet 1999, elle est nommée juge au tribunal de grande instance de Péronne (Somme). Pendant cette période, elle aurait reçu un blâme du procureur de Péronne pour avoir mal parlé aux fonctionnaires du greffe. Se rendant souvent à Paris pendant la semaine, elle est convoquée par le premier président de la cour d'appel d'Amiens, qui lui reproche de disposer de son temps à volonté et qui l'avertit qu'il va envoyer un rapport sur elle à la direction des services judiciaires. Finalement, elle est enfin nommée substitut du procureur au tribunal d'Évry en septembre 2003. Elle est candidate au Conseil d'État, dont elle connaît bien le vice-président, Marceau Long. Malgré la qualité de ses recommandations émanant de personnalités prestigieuses, elle est refusée.

Elle est directrice générale adjointe au conseil général des Hauts-de-Seine, chargée des marchés publics, de 2004 à 2005. Elle prend l'habitude de sous-traiter ses dossiers avec un cabinet d'avocats, au point qu'elle se fait réprimander à ce sujet par son supérieur. Le Point indique en 2008 : « Des âmes charitables affirment qu'à l'heure de la curée, Rachida Dati, qui connaît les histoires de la famille et du département des Hauts-de-Seine pour s'être occupée, pendant quelque temps, en 2005, du secteur sensible des marchés publics, saura, le cas échéant, se rappeler au bon soin de son protecteur ». Peu après sa sortie du gouvernement, à l'été 2009, elle fonde une société de conseil, dénommée « La Bourdonnais consultant », qu'elle doit dissoudre en 2010 pour pouvoir accéder, à titre dérogatoire, à la profession d'avocat. Elle reste toutefois magistrate en disponibilité, à compter du 14 juillet 2012, pour une durée de deux ans. 

Parcours politique

Débuts

Selon Le Parisien, Rachida Dati aurait souhaité se présenter aux élections européennes de 1994 sur la liste conduite par Michel Rocard, mais elle se serait retirée avant le vote des militants socialistes. Elle assure que cette information est fausse. En 1994, le ministre de l'Éducation nationale, François Bayrou, la nomme — avec l'inspectrice de l'Éducation nationale Hanifa Cherifi — chargée de mission pour la question du voile à l'école. Elle devient auditeur de justice en 1997 ; en cette qualité, elle est nommée en 1999 dans la juridiction d'Amiens. En décembre 2002, elle devient conseillère de Nicolas Sarkozy, pour qui elle travaille sur le projet de loi sur la « prévention de la délinquance » au ministère de l'Intérieur. 

Elle est nommée conseiller technique en avril 2004 au cabinet de Nicolas Sarkozy, ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie. Entre janvier et juin 2005, elle est directrice générale adjointe des services du conseil général des Hauts-de-Seine (après un mois en tant qu'administratrice territoriale). Réintégrant le cabinet du ministre de l'Intérieur où elle est nommée conseiller technique en juin 2005, elle adhère à l'Union pour un mouvement populaire (UMP) en décembre 2006. Elle est nommée, le 14 janvier 2007 au soir, porte-parole de Nicolas Sarkozy (en duo avec Xavier Bertrand), désigné le même jour candidat de l'UMP à l'élection présidentielle. Rachida Dati est par ailleurs membre de l'Institut Montaigne, du club Le Siècle, cofondatrice du Club XXIe siècle et fondatrice de l'association Bleu Blanc Rouge. 

Garde des Sceaux, ministre de la Justice

Nomination et débuts

Après la victoire à l’élection présidentielle de Nicolas Sarkozy, Rachida Dati intègre le gouvernement Fillon en tant que garde des Sceaux, ministre de la Justice. Elle bénéficie alors d'un soutien marqué du couple Sarkozy. Son directeur de cabinet, Michel Dobkine, démissionne le 6 juillet 2007, suivi peu après par trois autres membres du cabinet, puis par son chef de cabinet et deux conseillers techniques. Un nouveau cabinet de dix-huit membres, davantage ouvert aux hauts fonctionnaires, et comprenant François Guéant (fils de Claude Guéant), est annoncé le 5 septembre suivant. 

Loi de lutte contre la récidive des majeurs et des mineurs

Le projet de loi renforçant la lutte contre la récidive des majeurs et des mineurs est adopté par le Parlement en juillet 2007. Ce texte instaure des peines minimales pour les récidivistes (« peines plancher ») correspondant à un tiers du maximum prévu pour l'infraction, et à quinze ans pour les crimes punis de la réclusion à perpétuité. Par ailleurs, il modifie l'ordonnance de 1945 relative à l'enfance délinquante et élargit les exceptions à l'application de l'excuse de minorité pour les mineurs de seize à dix-huit ans. La loi généralise également l'injonction de soins. Sauf décision contraire de la juridiction, les personnes condamnées à un suivi socio-judiciaire et qui sont susceptibles, après expertise médicale, de faire l'objet d'un traitement seront soumises à une injonction de soins. Les condamnés qui refusent de s'y soumettre ne pourront bénéficier de réduction de peine ou de libération conditionnelle.

Contrôleur général des lieux de privation de liberté

Le 18 octobre 2007, trois mois après un entretien médiatisé entre Rachida Dati et l’inspectrice en chef des prisons britanniques, Anne Owers, le Sénat adopte le projet de loi créant le poste de contrôleur général des lieux de privation de liberté. Le texte prévoit que celui-ci assure le respect des droits fondamentaux des personnes privées de liberté. Nommé par décret du président de la République, le contrôleur général a le statut d’autorité administrative indépendante. Le premier titulaire du poste, Jean-Marie Delarue, est nommé en juin 2008 ; ses premières recommandations sur les locaux de rétention, rendues publiques en novembre 2008, sont jugées extrêmement sévères. 

Loi relative sur la rétention de sûreté

Rachida Dati est également chargée de la loi du 25 février 2008 relative à la rétention de sûreté et à la déclaration d'irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental. Bien que critiquée par l’opposition, le texte n’est pas remis en cause par le Conseil constitutionnel. 

Réforme de la carte judiciaire

Considérant les grosses juridictions comme plus efficaces que les petites et souhaitant « tenir une promesse de l'élection présidentielle », Rachida Dati annonce, le 25 juin 2007, une réforme de la carte judiciaire qui supprime et transfère un grand nombre de tribunaux vers des sièges plus importants. Cette réforme est considérée comme étant la plus importante depuis celle de la Révolution française. Elle provoque un mouvement de protestation parmi les magistrats, greffiers et personnels des services judiciaires, avocats et élus locaux. La réforme est entérinée par un décret de la ministre du 15 février 2008. Le texte ne prévoit pas de suppression de cours d'appel, mais touche les autres juridictions. Face aux risques de voir aboutir les recours déposés contre le texte, la chancellerie prend, le 30 octobre 2008, un nouveau décret. 

Le 19 décembre 2008, le Conseil d'État annule partiellement le décret ayant créé les 91 pôles d'instruction, revenant en particulier sur la liste des tribunaux dans lesquels existe un pôle de l'instruction et la compétence territoriale des juges d'instruction qui le composent, mais laisse quatre mois au gouvernement pour régler la situation et éviter l'annulation de toutes les enquêtes judiciaires menées dans ces pôles d'instruction depuis le 1er mars. À partir de 2010, l'essentiel de la réforme est en vigueur. Les mesures prises sont saluées en 2015 par la Cour des comptes, qui indique que « la réforme d'un grand service public est possible, qu'elle peut avoir un coût initial maîtrisé et que, nonobstant les critiques qu'elle a pu susciter dans un premier temps, et ses inévitables imperfections, elle est porteuse d'effets positifs ».

Réforme du code pénal des mineurs

Avec la loi renforçant la lutte contre la récidive des majeurs et des mineurs, Rachida Dati souhaite extraire la justice des mineurs du code pénal et du code de procédure pénale pour lui arroger un code spécifique. Alors qu’une commission préparatoire (rapport « Varinard ») propose « de fixer à douze ans l'âge en dessous duquel un mineur échappe à la justice pénale », Rachida Dati retient l'âge de la responsabilité pénale à treize ans. Le texte prévoit qu’en cas d'infraction la « prise en charge » ne pourra être qu'« éducative ». Toutefois, un mineur de treize ans soupçonné d'avoir commis une infraction pourra être entendu par les enquêteurs et « placé en retenue le temps de son audition ».

Rôle du parquet

Une polémique sur les liens entre la Chancellerie et les parquets se cristallise en septembre-octobre 2007 autour du refus de mutation du procureur général d'Agen, Bernard Blais, à la Cour de cassation à huit mois de sa retraite. La ministre maintient sa décision malgré l'avis défavorable rendu par le Conseil supérieur de la magistrature. Rachida Dati renouvelle un tiers des procureurs généraux en nommant dix nouveaux procureurs, dont cinq femmes, le 15 novembre 2007 ; jusqu’ici, ce corps comptait deux femmes sur trente-cinq membres, alors qu'elles représentent environ 50 % des effectifs des magistrats. L'historien Alain Bancaud estime qu'un renouvellement d'une telle ampleur ne s'est pas vu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Tensions avec la magistrature

Une journée de mobilisation de la magistrature a lieu le 23 octobre 2008 afin de contester la politique « menée sans aucun moyen » par la garde des Sceaux. Rachida Dati est accusée de fragiliser l’autorité judiciaire et de rechercher systématiquement des boucs émissaires. Les magistrats critiquent notamment la convocation de procureurs pour des statistiques jugées « décevantes » sur les peines planchers — accusées par ailleurs de remplir les prisons. En novembre 2008, quelque cinq cents magistrats dénoncent dans une pétition des « pressions personnalisées exercées par la garde des Sceaux » qu'ils jugent « inadmissibles ». En outre, le monde judiciaire déplore un manque de présence de la ministre, qui se décommande à la dernière minute du congrès de l'Union syndicale des magistrats, n'assiste pas à la rentrée solennelle des avocats du barreau de Paris ou encore au dîner de 2008 offert aux ministres de la Justice francophones. 

Maire du 7e arrondissement de Paris

Rachida Dati conduit la liste UMP-Nouveau Centre aux élections municipales de 2008 dans le 7e arrondissement de Paris, après avoir un temps envisagé de se présenter dans le 12e arrondissement. Sa liste manque de peu de l’emporter au premier tour, obtenant 49,5 % des suffrages ; au second tour, elle l’emporte avec 57,7 %, contre 27,2 % à la liste de gauche et 15,1 % à celle du MoDem. Elle est l'une des cinq élus UMP-NC de l'arrondissement à être élue au Conseil de Paris. Le 29 mars 2008, le conseil d'arrondissement l'élit maire du 7e arrondissement. À la mairie, Rachida Dati se mobilise notamment contre le Mur pour la Paix, un monument de verre installé en 2000, notamment car il « obstrue la perspective classée de l'École militaire à la tour Eiffel ». Assignée en justice par l’auteur du monument, Clara Halter, Rachida Dati est condamnée pour diffamation par la cour d'appel de Paris en 2012. Mais, en 2014, la Cour de cassation casse sans renvoi cette condamnation, estimant que les propos de Rachida Dati « ne dépassaient pas les limites admissibles de la liberté d’expression ». En octobre 2012, elle lance le mouvement des « Sardines » pour lutter contre la fermeture des voies sur berge à Paris et en demander la révision.

Après avoir déclaré vouloir se présenter contre François Fillon aux élections législatives de 2012 dans sa circonscription parisienne, Rachida Dati y renonce. Elle fonde ensuite, avec des élues UMP, le collectif « À droite… toutes ! », afin de renforcer la place des femmes dans la société. Dans la perspective des élections municipales de 2014 à Paris, elle annonce qu’elle souhaite se présenter à la primaire de l'UMP pour être tête de liste dans la capitale, mais elle retire sa candidature en avril 2013, estimant que Nathalie Kosciusko-Morizet « a déjà été choisie par les médias et le système ». Tête de liste UMP-UDI-MoDem dans le 7e arrondissement, elle l’emporte avec 55,5 % des suffrages exprimés au second tour, devant la liste divers droite de Christian Le Roux (24,3 %) et la liste de gauche conduite par Capucine Edou (20,2 %) ; elle est réélue maire de l’arrondissement le 13 avril 2014. En septembre 2015, elle est suspendue du groupe Les Républicains (ex-UMP) au Conseil de Paris, à la suite d'arriérés de cotisation au parti de l'ordre de 6 500 euros. Elle soutient Nicolas Sarkozy pour le premier tour de la primaire présidentielle des Républicains de 2016 ; dans le cadre de sa campagne, elle est nommée conseillère politique ; pour le second tour, elle soutient François Fillon. Dans l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle de 2017, qui oppose Marine Le Pen à Emmanuel Macron, elle annonce qu'elle votera pour le candidat En marche. Elle parraine ensuite Laurent Wauquiez pour le congrès des Républicains de 2017, où celui-ci l’emporte. 

Députée européenne

Élections

Alors qu’elle est désignée pour figurer en deuxième position sur la liste UMP dans la circonscription Île-de-France aux élections européennes de 2009, Nicolas Sarkozy indique qu’elle quittera son ministère en cas d’élection ; la liste de la majorité présidentielle arrive en tête du scrutin, avec 29,6 % des voix et cinq élus, ce qui entraîne son départ du gouvernement. À nouveau numéro deux de la liste UMP en Île-de-France pour les élections européennes de 2014, elle est réélue députée européenne. 

Premier mandat

Lors de son premier mandat au Parlement européen, Rachida Dati est membre de la commission des affaires économiques et monétaires, de la commission spéciale sur la crise financière, économique et sociale, et de la délégation pour les relations avec les États-Unis. Elle est rapporteur pour le groupe PPE sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil de l'Union européenne établissant le programme Copernicus, ainsi que sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil de l'Union européenne concernant le programme européen d’observation de la Terre (GMES).

Elle est critiquée en 2013 à la suite de sa mission d'observation des élections en Azerbaïdjan, qu'elle avait jugées « libres et équitables », en contradiction le rapport de l'OSCE. En septembre 2017, elle vote contre l’ouverture d'une enquête parlementaire sur la corruption qu'exercerait le gouvernement azerbaïdjanais pour acheter des soutiens à l'étranger, notamment au Conseil de l’Europe. Elle est par ailleurs décrite par Le Canard enchaîné comme étant « une habituée des luxueuses soirées organisées par la première dame, Mehriban Aliyeva, à Paris ». Elle serait membre de l’Association des amis de l’Azerbaïdjan (AAA), « principal instrument » de la diplomatie du caviar en France selon Le Monde.

En juin 2013, Les Échos affirment que Rachida Dati est consultante pour GDF Suez. Plusieurs médias soulignent ensuite qu'elle a proposé en 2012 plusieurs amendements à des textes qui rejoignent les positions des grands énergéticiens. Celle-ci nie tout conflit d'intérêts et affirme que ses rémunérations d'avocate sont « totalement déclaré[es] au Parlement européen ». Une enquête parlementaire sur le sujet est classée sans suite. En 2015, lorsque la journaliste Élise Lucet l’interroge sur ses liens supposés avec Engie, Rachida Dati refuse de répondre et l'insulte de « pauvre fille ». 

Second mandat

Réélue députée européenne en 2014, elle est membre de la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures, de la délégation pour les relations avec les pays du Machrek et de la délégation à l'Assemblée parlementaire de l'Union pour la Méditerranée. Rachida Dati se spécialise notamment sur les questions de prévention de la radicalisation, des prisons et de la gestion humaine de la crise migratoire. Dans un rapport de 2017, elle appelle à une responsabilité pénale des « géants du Web », à la mise à l'écart les prisonniers radicalisés dans les prisons, à l’instauration d’un programme éducatif (en primaire et secondaire) pour utiliser internet, à la formation des responsables religieux pour empêcher les incitations à la haine dans les lieux de culte, ou encore à l’établissement de contrôles systématiques aux frontières extérieures de l'Union européenne.

Elle est également rapporteur pour avis pour le groupe PPE sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil de l'Union européenne établissant une liste commune de l’Union de pays d’origine sûrs, ainsi que rapporteur sur la proposition de directive concernant l’aide juridictionnelle provisoire pour les suspects et les personnes poursuivies privées de liberté, ainsi que l’aide juridictionnelle dans le cadre des procédures relatives au mandat d’arrêt européen. Sans succès, elle se présente en mai 2018 à la fonction de représentante du Parlement pour la désignation du futur procureur européen. Après avoir annoncé qu’elle était candidate à sa réélection pour les élections européennes de 2019 sous l'étiquette des Républicains, elle renonce à briguer un nouveau mandat, privilégiant sa candidature aux élections municipales de 2020 à Paris. 

Élections municipales de 2020 à Paris

En novembre 2019, face à Marie-Claire Carrère-Gée, elle est investie par Les Républicains (LR) pour mener la liste de droite aux élections municipales de 2020 à Paris. Cette décision intervient dans un contexte de divisions de la droite parisienne, affaiblie par la percée électorale de La République en marche (LREM) dans ses bastions traditionnels au point que LR envisage un temps une alliance avec la majorité présidentielle. Rachida Dati est alors créditée de 13-14 % dans les sondages et ne suscite pas l’enthousiasme de plusieurs élus LR de la capitale, notamment fillonistes (elle s’était plusieurs fois opposée à l’ancien Premier ministre). Se disant opposée à toute « combine », elle fait notamment investir Agnès Evren dans le 15e arrondissement au détriment de Philippe Goujon, maire LR sortant qui refusait explicitement de lui apporter son soutien, et noue une alliance avec le parti Les Centristes d’Hervé Morin.

Très critique envers le bilan de la maire sortante, Anne Hidalgo, considérant que « plus un Parisien n’est content de Paris », elle met en avant les thèmes de la sécurité, de la propreté, de la mobilité et la défense des familles. Elle fait notamment campagne dans les quartiers du Nord et de l’Est, qui sont traditionnellement peu favorables à la droite et où celle-ci n'intervenait guère auparavant. À partir de janvier 2020, Rachida Dati voit les intentions de vote en sa faveur progresser, autour de 20 %, ce qui lui permet de passer devant le candidat investi par LREM, Benjamin Griveaux, qui finit par se retirer après la publication de vidéos privées. Elle appelle dès lors au rassemblement autour de sa candidature, se considérant comme la meilleure adversaire face à la maire sortante, soulignant l'insatisfaction des administrés à son égard relevée par les sondages. Rachida Dati arrive en tête des intentions de vote pour la première fois un mois avant le scrutin.

Lors du premier tour, qui se tient durant la pandémie de maladie à coronavirus et qui est marqué par une abstention record, les listes qu’elle conduit arrivent en deuxième position, avec 22,7 % au niveau de la capitale, derrière celles de la maire sortante Anne Hidalgo et devant celles d’Agnès Buzyn, candidate désignée par LREM après le retrait de Benjamin Griveaux. Avec 50,7 % des voix dans le 7e arrondissement de Paris, dont elle est la maire sortante, Rachida Dati est la seule candidate à l’emporter dès le premier tour dans un arrondissement. Elle est battue au second tour, le 28 juin 2020, avec 34,3 % des voix au niveau de Paris, derrière Anne Hidalgo et devant Agnès Buzyn. En juillet 2020, elle est élue présidente du groupe « Changer Paris » (Républicains, Centristes et indépendants) au Conseil de Paris. 

Figure médiatique et de l'intégration

Lors de son ascension politique, Rachida Dati est perçue comme « un symbole », à la fois du sarkozysme et de la diversité. Elle est en effet la première femme d'origine maghrébine à occuper un ministère aussi important que celui de la Justice en France. Pour l'universitaire Jamil Dakhlia, elle est une icône de « l'intégration à la française », située à la croisée entre la politique et le people. D’après Nacira Guénif-Souilamas, la réussite de son intégration participe de la construction d'un discours sur l'intégration, Nicolas Sarkozy souhaitant envoyer avec son nomination au gouvernement le message « à tous les jeunes de France, qu'avec du travail et du mérite, tout devient possible ». Lorsque sont révélés en 2007 les démêlés judiciaires de deux de ses frères, Patrick Gaubert, président de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA), estime qu'elle est « victime, du fait de la consonance de son patronyme, d'une campagne injuste » et qu'elle « paie, dès son arrivée, le prix fort d'être la première personne issue de l'immigration maghrébine à accéder à une telle responsabilité gouvernementale ». Comme d'autres femmes ministres, elle fait face à des insultes racistes. Ministre de la Justice, elle est parfois comparée à l'étranger à Barack Obama. Elle est particulièrement appréciée des Américains, car elle incarne selon eux une ascension au mérite « à l’américaine ». Ses débuts de maire du 7e arrondissement de Paris, en 2008, sont remarqués en raison de son franc-parler et de son style vestimentaire (elle est appelée la candidate « aux Louboutin »). Ses adversaires la décrivent également comme autoritaire. 

Controverses

Proximité avec le Qatar

En 2007, Rachida Dati noue des liens avec le gouvernement du Qatar dans le cadre d’un projet de campus délocalisé de l’École nationale de la magistrature (ENM) française à Doha, qui n’aboutit finalement pas. Ses déplacements au Qatar en tant que ministre de la Justice suscitent des critiques de la part de journalistes, qui jugent trop proches ses relations avec le procureur général du Qatar, Ali Bin Fetais Al-Marri. Maire du 7e arrondissement, Rachida Dati porte en 2015 un projet de « Club des ambassadeurs » visant à réunir les nombreux représentants diplomatiques étrangers en poste à Paris et résidant dans son arrondissement. Pour financer cette association, Rachida Dati aurait demandé une somme de 400 000 euros à l’ambassadeur du Qatar en France, Meshaal al Thani, qui aurait refusé. Cependant, Rachida Dati tente de rétablir de bonnes relations avec le Qatar ; ainsi, elle aurait demandé à Nicolas Sarkozy d’intervenir auprès des al Thani pour recevoir une invitation au Doha Forum de 2016. 

Intérêts gaziers

En 2013, Rachida Dati prend position sur les questions énergétiques. Après avoir signé une tribune dans le quotidien Les Échos pour demander l'arrêt des subventions des énergies renouvelables, qui faussent selon elle la concurrence avec les énergies fossiles, elle se prononce en faveur d'une réouverture du débat sur les gaz de schiste. Dans un numéro de Cash Investigation sur les voyages présidentiels, la journaliste Élise Lucet s’interroge sur les relations entre Rachida Dati et le groupe Engie (ex-groupe GDF Suez).

Liens avec Renault-Nissan

Entre 2009 et 2013, alors qu'elle est députée européenne, Rachida Dati est rémunérée pour ses conseils d'avocate par la filiale RNBV, de Renault-Nissan. Une enquête est ouverte en mai 2019 au sujet de ces contrats. La nouvelle direction de Renault-Nissan, à l'origine de la plainte, explique que « la réalité des travaux du [consultant] n’a jamais été démontrée » et soupçonne son ancien PDG Carlos Ghosn d'avoir utilisé sa position pour faire profiter ses proches. En octobre 2019, une source proche du dossier judiciaire affirme que Rachida Dati aurait touché 900 000 euros entre 2010 et 2012. En octobre 2019, l'enquête visant Rachida Dati pour des faits d'« abus de biens sociaux » et de « corruption active et passive » est confiée à trois juges d'instruction. 

Fusillades de Hanau

En février 2020, Rachida Dati déclare au sujet des attentats de Hanau qu’Angela Merkel, chancelière allemande, « paie aujourd’hui au prix fort l’ouverture massive des frontières » de 2015 dont elle « n’a pas mesuré les conséquences » et qu’elle a décidé « sans anticipation ». Elle estime que la majorité des migrants en Europe « n’ont pas la même conception du vivre ensemble que la nôtre, n’ont pas conscience de nos valeurs républicaines », ce qui conduit à « des affrontements ». Ces déclarations suscitent des critiques à gauche, notamment de Dominique Versini, adjointe à la maire de Paris chargée des réfugiés. 

Vie privée

En novembre 1992, Rachida Dati se marie avec un homme « avec lequel elle n'avait rien à partager », selon ses termes, pour mettre fin aux « pressions récurrentes » de sa famille, ce qu'elle qualifie de « mariage forcé ». Dès le mois suivant, elle demande l'annulation de cette union, qui est prononcée en 1995. Le 2 janvier 2009, elle donne naissance à une fille, Zohra (nommée en hommage à sa mère), à la clinique de la Muette, dans le 16e arrondissement de Paris. Le nom du père de l'enfant n'est pas rendu public. Cinq jours après avoir accouché, Rachida Dati reprend ses fonctions au ministère pour conduire la réforme du statut du juge d'instruction, annoncée par Nicolas Sarkozy quelques jours auparavant.

Elle assigne en justice, en 2012, l’homme d’affaires Dominique Desseigne, puis dépose une demande de pension alimentaire mensuelle de 6 000 €, alors que Dominique Desseigne se défend d'être le père de son enfant, affirmant que Rachida Dati avait huit amants dans la même période. Il refuse cependant le test de paternité. En octobre 2014, s'appuyant sur les éléments fournis par Rachida Dati, le tribunal de grande instance de Versailles juge que Dominique Desseigne est bien le père de l'enfant de Rachida Dati et octroie à cette dernière une pension mensuelle de 2 500 € ; cette paternité est confirmée par la cour d'appel de Versailles en janvier 2016. De confession musulmane, Rachida Dati se rend toutefois à la messe catholique chaque dimanche. 

Décorations

  • Grand officier de l'ordre du Ouissam alaouite (avril 2010)
  • Commandeur de l'Ordre royal de François Ier (mai 2011)

Publications

  • Rachida Dati, La Confiscation du pouvoir, Paris, Plon, 2019, 128 p. (ISBN 978-2259282710).
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article