Bauer Fritz

Publié le par Roger Cousin

Fritz Bauer, né le 16 juillet 1903 à Stuttgart et mort le 1er juillet 1968 à Francfort-sur-le-Main, est un juge et un procureur allemand. Il fut l’initiateur des procès dits « d'Auschwitz » à Francfort-sur-le-Main où comparurent des gardiens du camp d’Auschwitz.

Bauer Fritz

Bauer, qui était juif, a fait des études de commerce et étudié le droit à Heidelberg, Munich et Tübingen. Après avoir passé son doctorat en droit (il fut le plus jeune docteur en droit d'Allemagne), Fritz Bauer est devenu juge assesseur à la cour locale de la région de Stuttgart. En 1920, Bauer avait déjà adhéré au Parti social démocrate, le S.P.D.. En raison de cette adhésion et de ses origines juives, il est arrêté par la Gestapo en mai 1933 puis, un peu plus tard, exclu de la fonction publique.

En 1935, Bauer s'exile au Danemark puis en Suède en 1943 après que le Danemark ait été occupé par la Wehrmacht durant la Seconde Guerre mondiale. En Suède, Bauer crée, en collaboration avec Willy Brandt du Parti socialiste ouvrier (SAP), le périodique Sozialistische Tribüne (La Tribune Socialiste). Bauer rentre en Allemagne en 1949, lorsque la République fédérale est bien installée et que la fonction publique et le système judiciaire ont été rétablis. Il devient, dans un premier temps, Directeur des cours fédérales puis, plus tard, procureur de la république de Braunschweig. En 1956, il est nommé aux fonctions de Procureur général du Land de Hesse, situé à Francfort sur le Main. Bauer a occupé cette fonction jusqu'à sa mort en 1968.

Après-guerre, Bauer ne fut pas avare de ses efforts afin d'obtenir justice et compensations aux victimes du régime nazi. En 1958, il réussit à obtenir qu'un procès en action collective certifié ait lieu; le recueil des nombreuses réclamations individuelles de victimes aboutira aux procès dits « d'Auschwitz » de Francfort dont la procédure débuta en 1963. Il a contribué aussi aux recueils de renseignements qu'il a transmis au Mossad en 1957 ce qui a permis la capture ultérieure d'Adolf Eichmann par les services secrets israéliens.

En effet, de 1957 à 1960, Fritz Bauer a contribué de façon décisive aux efforts pour retrouver Adolf Eichman en Argentine afin que ce dernier soit finalement jugé en Israël. Le hasard et un homme, Lothar Hermann, Allemand établi avant la guerre en Argentine où il avait fui l'arrivée au pouvoir des nazis permirent qu'Adolf Eichman soit localisé. Sylvia Hermann, sa fille, avait été un moment courtisée par un jeune homme du nom de Nicholas Eichmann, dont le père, officier durant la guerre, avait, disait son fils, « rempli son devoir pour la patrie ». De temps à autre Nicholas Eichmann regrettait « qu'on en n'ait pas fini une fois pour toutes avec ces juifs ».

Lothar Hermann avait fait le rapprochement avec Adolf Eichmann, dont il ne connaissait rien, lorsque, plus tard, il avait lu son nom mentionné dans un article sur le procès d'un criminel de guerre, à Francfort. Il envoya alors sa fille enquêter chez les Eichmann (qui se faisaient encore appeler Klement), et elle obtint de la bouche même d'Adolf la confirmation des soupçons de son père. Hermann écrivit aussitôt à Fritz Bauer. Bauer qui, n'ayant pas confiance dans le système judiciaire allemand toujours infiltré par d'anciens nazis, prévint directement les autorités israéliennes et leur fournit l'information qu'Adolf Eichmann habitait au 4261, rue Chacabuco, à Olivos, un quartier modeste de la banlieue de Buenos Aires. Le Mossad finit, grâce aux indications de Hermann qui continuait à le surveiller, par localiser précisément Eichmann et les services secrets israéliens élaborèrent un plan d'enlèvement. Le gouvernement israélien approuva finalement en 1960 ce plan qui fut exécuté peu de temps après.

Bauer fonda également, avec Gerhard Szczesny, le Syndicat Humaniste, une organisation de défense des droits de l'Homme, en 1961. Après la mort de Bauer, l'Union fit un don pour financer le Prix Fritz Bauer. De plus, l'Institut Fritz Bauer fut fondé en 1995, une organisation à but non lucratif consacrée aux droits civils, qui se concentre sur l'histoire et les conséquences de l'Holocauste. Le travail de Fritz Bauer a contribué à l'élaboration d'un système de justice démocratique en Allemagne, aussi bien qu'à la condamnation, cohérente et légale, des injustices nazies ainsi qu'à la réforme du droit pénal et des systèmes pénaux. Sans l'engagement constant de Bauer, les procès d'Auschwitz de Francfort n'auraient jamais pu avoir lieu. Dans le système judiciaire allemand de l'après-guerre, Bauer était une figure controversée en raison de son engagement sociopolitique. Il aurait déclaré « Dans le système judiciaire, je vis comme en exil ». Fritz Bauer fut retrouvé mort dans sa baignoire le 1er juillet 1968.

Mais Fritz Bauer savait qu’il était un homme haï et en danger. Il disait : « Dès que je sors du palais de justice je me retrouve en territoire ennemi ». Son appartement habituellement jonché de manuscrits et de dossiers était totalement « rangé ». C’est l’étrangeté de cette mort subite sans traces et jamais remise en question par la police ou par le gouvernement allemand qui décida la documentariste Ivona Ziok à se mettre à la recherche de témoins qui racontent la vie et leurs doutes sur la mort de Fritz Bauer, et à réaliser le film 'Fritz Bauer—Tod auf Raten (Fritz Bauer—Death by Instalments) qui rend hommage à Fritz Bauer, qui est si injustement oublié en Allemagne. Ce film conduit à une réflexion nouvelle sur « ce passé qui ne passe pas » en Allemagne et ailleurs.

Bauer, qui est un juriste de formation et de passion, pense que seules la justice et la démocratie peuvent aider à une durable reconstruction de l’Europe après la Deuxième Guerre mondiale. « Il faut, dit-il plus que la loi; il faut une reconstruction intérieure fondée sur le droit, c’est à dire d’abord juridique puis éthique, de l’Allemagne ». Outre d'être initiateur des procès dits d’Auschwitz, il se bat pour la réhabilitation des accusés du putsch contre Hitler du 20 juillet 1944, défend pied à pied la réforme des prisons en Allemagne. Bauer écrit, dans les années soixante : « Il existe de nombreuses formes de résistance. » Allusion à la résistance dirigée contre la tyrannie criminelle des nazis, mais longtemps privée d’une reconnaissance juridique et politique pendant l’ère Adenauer (1949-1963).

Ancien exilé sous le nazisme, Fritz Bauer, devenu procureur général du Land de Hesse, lutte à ce titre contre « les assassins parmi nous » qui, à la différence des victimes du nazisme, bénéficient peu après 1945 d’une généreuse amnistie et d’une réintégration sociale. Bauer milite aussi pour la reconnaissance d’un droit à la résistance, d’où dériverait une obligation, ce qui pose à ses yeux la question essentielle de la responsabilité de l’individu. Aux coupables appliqués à taire collectivement leurs massacres à grande échelle, Bauer oppose l’image d’Anne Frank qui, même en très grand danger, soulevait les questions de la responsabilité vis-à-vis des souffrances d’autrui.

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