Boemelburg Karl

Publié le par Mémoires de Guerre

Karl Bömelburg, né le 28 octobre 1885 à Elberfeld et mort le 1er janvier 1946, fut le chef de la Gestapo en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Sturmbannführer-SS, il avait autorité notamment sur la section IV J, qui comprenait Alois Brunner, et qui était chargée de la déportation des Juifs, envoyé en 1943 par Müller. Il était aussi connu sous les alias Charles Bois, Mollemburg ou encore Bennelburger. 

La Gestapo en 1941, Karl Boemelburg au centre sans ceinturon.

La Gestapo en 1941, Karl Boemelburg au centre sans ceinturon.

Avant la guerre

Karl Bömelburg nait à Elberfeld, le 28 octobre 1885 (aujourd'hui fusionnée dans Wuppertal), en Allemagne. Pendant sa jeunesse, il passe cinq ans à Paris. Puis il rentre en Allemagne, se marie et travaille à Berlin dans la pâtisserie de ses parents. En 1931, Il entre au NSDAP, le parti nazi. Il est embauché dans la SA, puis dans la SS. Il rejoint la Gestapo en 1933, où il devient commissaire à la direction de la Kripo au siège de Berlin. Il est membre de la suite de von Ribbentrop à Paris en 1938. Début novembre, il est chargé d'enquêter sur le meurtre du conseiller d'ambassade Ernst vom Rath.

L'affaire ayant été résolue rapidement, il devient ensuite attaché de l'ambassade d'Allemagne à Paris. Il met en place un centre officieux de la Gestapo dans la capitale française. Il travaille à Lyon et à Saint-Étienne, ce qui lui permet de s'exprimer en bon français. En janvier 1939, il est expulsé par l'inspecteur général de la police judiciaire Antoine Mondanel pour l'aide fournie aux organisations françaises d'extrême-droite et aux agents de la 5e colonne. À Prague, il est commissaire de police à la Gestapo, chef de la section de lutte contre le maquis. 

Paris

Le 14 juin 1940, lors de l'invasion allemande, il revient en France dans le Kommando SD du colonel Helmut Knochen et dirige le KdS comme conseiller criminel. En août, promu Lieutenant colonel SS, il est nommé par Heinrich Müller comme son représentant personnel et comme chef de la Gestapo (section IV du BdS pour la France) avec le titre de directeur criminel. Durant les années qu'il passe à Paris, son activité se traduit par la répression et les interrogatoires, au cours desquels ses subordonnés tels que Ernst Misselwitz utilisent souvent la torture. Non seulement il supervise la répression mise en œuvre par ses hommes, mais il suit aussi de très près les activités des auxiliaires français de la Gestapo, notamment de l'équipe de Bony et Lafont, rue Lauriston. C'est lui qui fera ajouter 10 cellules aux locaux de la rue Lauriston. La police française étant obligée de remettre à la Gestapo tous les gaullistes, communistes et autres résistants arrêtés par ses soins, c'est Bömelburg et ses subordonnés qui réceptionnent les personnes que leur remettent les auxiliaires français de la Gestapo et la police française. 

Il ratifie les décisions prises par ses subordonnés concernant le sort des personnes détenues. Celles-ci étaient très rarement relâchées. Un certain nombre d'entre elles étaient désignées comme otages à fusiller. Les autres, dont les Juifs, étaient envoyées en Allemagne, où elles étaient exécutées ou enfermées dans les camps de la mort. Bömelburg est responsable de l'envoi en Allemagne de la plus grande partie des 150 000 Français qui aboutirent dans les camps. Il faut mentionner aussi toutes les personnes qui ne sortirent pas vivantes des locaux de la Gestapo. Bömelburg appréciait les soirées mondaines et les petits cadeaux offerts par Henri Lafont provenant des très juteux trafics du marché noir et des différentes spoliations. L'un des souhaits de Bömelburg est d'avoir un élevage de volailles : Henri Lafont lui trouve une ferme dans les environs de Giverny, qu'il fait exploiter par ses hommes. Ses bureaux sont situés successivement :

  • 11, rue des Saussaies, jusqu'en 1942 ;
  • 82, avenue Foch.

Ses adjoints sont le SS-Sturmbannführer Hans Kieffer (commissaire de la police criminelle), Heimboldt et Wolf. En 1941, il succède à Rudy de Mérode au 40, boulevard Victor-Hugo, à Neuilly-sur-Seine, dans une Gasthaus (maison réservée aux hôtes « forcés »), dite villa Bömelburg. Il recrute des agents personnels, portant l'indicatif B ou Boe. Il effectue un voyage en zone non occupée pour réactiver ses agents d'avant-guerre. Il supervise l'enquête sur Paul Collette, qui a tiré sur Pierre Laval et Marcel Déat. Il dirige le Kommando Orchestre rouge et met en place un Funkspiel contre les Soviétiques. À l'automne 1942, il met en place Aktion Donar. En juin 1943, Jean Moulin, arrêté le 21 à Caluire, passe deux semaines (du 25 juin au 8 juillet) à la villa Bömelburg, et meurt lors de son transfert en train à Berlin. Bömelburg est le dernier officier supérieur allemand à voir Jean Moulin vivant. En août, Albert Lebrun et André François-Poncet sont aussi retenus dans cette même villa par Bömelburg avant leur transfert en Allemagne. Exception à la règle, ces hôtes de marque sont bien traités. 

Vichy

En novembre 1943, atteint par la limite d'âge, Bömelburg est remplacé par Stindt, et est muté à Vichy, où il représente Karl Oberg. En juin 1944, en remplacement du capitaine SS Hugo Geissler, tué lors d'un accrochage près de Murat (Cantal), il devient le chef de la Gestapo en zone sud. 

Sigmaringen

Le 28 août 1944, il assure le transfert du maréchal Pétain à Sigmaringen où il devient le chef de la sécurité. Le 29 avril 1945, il autorise le départ du Maréchal vers la Suisse. 

Disparition

En mai 1945, après la capitulation, Bömelburg disparaît et ne sera jamais officiellement retrouvé, tout comme son chef à Berlin, Heinrich Müller. Il subtilise les papiers d'un sergent Bergman, tué sous un bombardement, et met les siens à la place. Il est embauché comme jardinier par un hobereau des environs de Munich, puis promu comme bibliothécaire. Il dirige un groupe de nazis actifs réfugiés en Espagne. En 1946, à la Saint-Sylvestre, il glisse sur du verglas et meurt, le crâne fendu. Plus tard, son fils Ralf fera graver son nom sur la pierre tombale. Le 2 mars 1950, il est condamné à mort par contumace par le tribunal militaire de Lyon. Les autorités tchécoslovaques le recherchent également pour crime de guerre

Les archives parlent: Auvergne, Bourbonnais, 1940-1945 par Eugène Martres

Karl Bömelburg

A la date du 19 juin 1944, le général von Brodowski, commandant l'état-major principal de liaison à Clermont-Ferrand, note dans son livre de rapports : "Le successeur du Hauptsturmführer Geissler est le Sturmbannführer (commandant Bömelburg." Surprenant successeur. En 1944 Karl Bömelburg à cinquante-neuf ans ! Dans les archives allemandes, les renseignements concernant Bömelburg sont bien plus fournis que ceux de Geissler.

Karl Bömelburg, né à Elberfeld en 1885, avait vécu en France, à Paris, de 1905 à 1911 (six ans), et travaillé dans une affaire commerciale. Mobilisé au cours de la guerre 1914-1918, il s'était installé, après la défaite allemande, dans le négoce à Berlin. Victime de la crise économique, après 1929, il s'était retrouvé au chômage. C'est alors qu'il adhéra au parti national-socialiste (1931) et qu'"il entra aux SA, donc avant la prise de pouvoir par Hitler, détail qui favorias sa carrière. Il affirma d'ailleurs, plus tard que c'est son appartenance au parti, avant 1933, qui l'a réduit au chômage.

Il passa bientôt des SA aux SS et, le 25 février 1933, moins d'un mois après l'arrivée de Hitler à la chancellerie, il entra dans les bureaux de la direction de la police, puis du SD. En avril 1936 il est promu sous-lieutenant SS : le 30 janvier 1938 lieutenant et le 30 janvier 1939 capitaine (Hauptsturmführer), promotions accélérées, toujours acquises un 30 janvier, anniversaire de l'arrivée au pouvoir de Hitler. Les anciens camarades ne sont jamais oubliés. ils portaient d'ailleurs, comme signe distinctif attribué aux nazis entrés au parti avant 1933, un liseré blanc sur une manche de l'uniforme. En outre Karl Bömelburg a justifié d'aïeux pur aryens et son dossier comporte même l'annotation "lebensborn". Ce mot, à plusieurs sens, signifiait ici "pur aryen". On l'utilisa aussi pour désigner les enfants de "pure race aryenne", portés par des Allemands volontaires et dont les pères avaient fourni des preuves de leur "pureté raciale".

En 1939-40, Bömelburg était en poste à Prague où il a certainement connu Geissler. Au cours de ces années d'avant-guerre, le policier Bömelburg, sous le prétexte de collaboration policière entre Etats (Interpol avant la lettre), s'était rendu à Paris pour rencontrer des policiers français. Ses activités dans la capitale française parurent suspectent au point que Bömelburg fut expulsé du territoire national par l'inspecteur auvergnat Mondanel. En 1940, Bömelburg ne l'avait pas oublié.

Probablement fin 1940 Bömelburg, bon connaisseur de la langue française, fut nommé à Paris (où il avait vécu six ans) à la direction de la sécurité allemande pour l'ensemble du territoire, située avenue Foch, et dont le chef était alors Helmut Knochen, avant l'arrivée en mai 1942 du général Oberg. Il est douteux que Bömelburg ait été à Paris dès juin 1940 (François Broche dans L'armée française sous l'Occupation). Un organigramme de la mi-1941 désigne Bömelburg comme adjoint de Knochen et chef du service IV (communisme, contre-espionnage, avenue Foch et rue des Saussais). C'est à Bömelburg que le leader communiste Marcel Cachin, emprisonné, écrit le 21 octobre 1941 pour condamner les attentats individuels contre les soldats allemands.

Dans un ouvrage consacré à Honoré d'Estienne d'Orves (condamné à mort en juillet 1941 par un tribunal allemand), Etienne de Montéty affirme que Bömelburg plaida la grâce de d'Estiennes d'Orves auprès de Hitler. En vain. Le même auteur écrit qu'un mois plus tard, après l'attentat de Fabien au métro Barbès contre l'aspirant Moser, c'est Bömelburg qui désigna 100 otages, parmi lesquels 50 furent exécutés.

A une date indéterminée, Karl Bömelburg fut muté à Vichy, probablement au début de l'année 1944, donc du vivant de Geissler. Une jeune française, convoquée devant la chambre civique en février 1945, déclare : "J'ai fait la connaissance à Vichy de l'Allemand Wagner et, comme je devais être expulsée de Vichy, je me suis rendue en février 1944, à l'hôtel du Portugal et j'ai demandé à Wagner qu'il me trouve un emploi. Il m'a fait embaucher comme femme de chambre au 115 avenue des Etats-Unis, dans une villa occupée par un officier allemand, le commandant Bömelburg."

La raison de cette nomination de Bömelburg à Vichy reste obscur. Car Geissler était et resta Kommandeur de la Sipo-SD. Bömelburg est désigné, dans un document allemand comme "Polizeiverbindungsführer, 19 avenue des Cygnes à Vichy" (Chef de liaison de la Police ?), tandis que pour Darnand il est le représentant du général Oberg à Vichy. On a avancé l'idée que Bömelburg, âgé et fatigué, ne parut plus apte à diriger un  service à Paris. De fait Geissler continua à commander jusqu'à sa mort les services de Vichy et de Clermont-Ferrand. Après le 19 juin 1944, Bömelburg en prit donc la direction. Georges Rougeron écrit : "Policier de vieille école, personnellement moins féroce peut-être que Geissler."

Avant cette demi-disgrâce (?) Bömelburg avait dirigé une importante opération de détection. On sait, début 1942, alors que la zone sud n'était pas encore occupée par les allemands, le gouvernement français de Vichy autorisa le déploiement en zone sud de spécialistes allemands, chargés de détecter et de "neutraliser" les postes émetteurs-récepteurs alliés ou de la France libre. Cette recherche fut développée depuis Lyon, sous l'autorité de Karl Bömelburg. Un officier français, le commandant Desloges, avait été affecté auprès de Bömelburg et Desloges, lors de son procès déclara : "A la demande de Bömelburg et sur instructions du général Delmotte, je vivais à Lyon dans le même hôtel que les Allemands et je prenais mes repas à leur table."

Deux ans plus tard Bömelburg était à Vichy et il apparaît que le commandant Desloges est intervenu auprès de Bömelburg, qu'il connaissait bien, pour obtenir la libération de personnes arrêtées. Au procès du commandant Desloges (septembre 1944), le commandant Montagnon déclara : "J'ai été arrêté le 6 mai 1944 à Clermont-Ferrand. Et le 22 juin 1944 j'ai été conduit à Vichy, où le major Bömelburg m'a déclaré : "Je vous remet en liberté. Vous devez cette faveur à l'intervention du commandant Desloges, qui est d'ailleurs intervenu pour d'autres personnes."

Durant les deux derniers mois de la présence de la Sipo-SD en Auvergne, il est de fait que Bömelburg n'apparait guère. Certe, la Sipo continua répression, arestations, exécutions mais avec les anciens du service : à Vichy, Gallinger, Kienast, Altmann, Ihrig, Essinger, Adrian et toujours Batissier ; à Clermont-Ferrand, Eckhardt, kaltseiss, Bisenius, Grunewald, Roth et le groupe français : Mathieu, Bresson, Vernières.

On sait que l'attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler échoua mais, après l'explosion de la bombe dans le bunker du Führer? Hitler passa pour mort pendant quelques heures. Croyant à la disparition de Hitler, de nombreuses garnisons allemandes de la Wehrmacht procédèrent sur le champs aux arrestations des agents de la Sipo-SD, ce qui en dit long sur les rapports réciproques entre les deux services. En certains lieux, il y eut de brefs combats entre eux. Il ne semble pas que des troubles inter-allemands auent secoué les villes auvergnates et bourbonnaises.

Ce sont les hommes de Bömelburg qui arrêtèrent le DMR (délégué militaire régional) de Courson de la Villeneuve, "Pyramide", le 2 juillet 1944 avec toutes les arestations qui en résultèrent jusqu'au sein de la garde du Maréchal à Vichy, où sept officiers de cette unité furent arrêtés le 7 juillet 1944, parmi lesquels Robelin mort sous la torture. Delmas et morand décédés à Mauthausen, Bouchardon rentré des camps de concentration. Les brutalités, allant jusqu'aux décès, et les exécutions qui s'ensuivirent ne peuvent pas avoir été ignorées de Bömelburg, bien qu'il n'ait jamais été cité par ses adjoints après leurs arrestations.

Si les services de la Sipo-SD ont continué leur traque des opposants de tous les bords jusqu'aux derniers jours de leur séjour en Auvergne (Mathieu s'enfuit le 15 août 1944), les documents et les déclarations des accusés eux-mêmes montrent, qu cours des trois derniers mois de l'occupation, la montée en puissance des agents de l'OPA (Office de placement allemand) dans les opérations de répression.

L'OPA était chargé de recruter de la main-d'oeuvre pour les usines allemandes et c'est ce qu'il fit pendant des mois. Mais en ce qui concerne le bureau de recrutement de Clermont-Ferrand, au personnel mixte (directeurs allemands, personnel en partie français), il dévia complètement de sa mission initiale, ce qui se comprend car, en 1944, il n'y avait plus personne à recruter. le service clermontois de l'OPA devint alors une annexe active de l'antenne Sipo-SD de Clermont-Ferrand. Il recruta de nombreux Français, tous peu recommandables, voire de véritables truands, qui devinrent, du jour au lendemain, des pseudo-policiers. Ces hommes de main, devenus tout puissants et armés, se livrèrent dans l'agglomération clermontoise à tous les excès : arrestations désordonnées, pillages, chantages odieux (juin, juillet, mi-août). Un seul exemple peut caractériser le stade atteint par ces dévoyés.

Le 17 août 1944, la police clermontoise se rend rue Verdier-Latour, où on lui a signalé la présence de deux cadavres. L'inspecteur écrit : "Sur place nous trouvons trois inspecteurs (sic) de l'office de placement allemand de la place Delille qui nous déclarent qu'ils avaient été avertis la veille qu'un de leurs collègues avait été tué. Ces inspecteurs (sic) n'ont pas prévenu les services de police. Nous constatons, sur un unique lit, la présence de deux corps en décomposition. L'un deux est nu jusqu'à mi-corps, sa tête pend hors du lit et une hachette est enfoncée dans le milieu du crâne et y demeure (plantée). Dans les vêtements, nous trouvons un laissez-passer délivré par les autorités allemandes." Il s'agissait, pour l'un d'eux, de Gérard Vernières, frère de Jean Vernières.

A la Libération, ces truands furent arrêtés et condamnés, le plus souvent à la peine suprême. A Clremont-Ferrand, la Sipo-SD terrorisait la population et finissait dans la pire abjectation. Avant de quitter Vichy, en août 1944, on brûla des documents dans la cour du 125 boulevard des Etats-Unis et au terrain d'aviation mais 150 000 fiches furent soigneusement emballées et transportées à Brux, en Tchécoslovaquie (témoignage de Bier François ou Franz).

Après le départ de la Sipo-SD de Vichy, le 19 août 1944, Bömelburg fut nommé en octobre au kommando spécial de Sigmaringen, c'est à dire à la garde de Philippe Pétain et des autres ex-personnalités de Vichy. Bömelburg disparaît ensuite de tous les documents allemands ; il n'est cité, après 1945, dans aucune des enquêtes de police française pour la recherche des auteurs d'exactions, et, au cours des différents procès des membres de la Sipo-SD, le nom de Bömelburg ne fut jamais prononcé par les inculpés et une seule fois par les juges.

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