Brossolette Pierre

Publié le par Mémoires de Guerre

Pierre Brossolette est un journaliste, homme politique et résistant français, né le 25 juin 1903 à Paris où il est mort le 22 mars 1944. Responsable socialiste, il fut l'un des principaux dirigeants et héros de la résistance intérieure française. Arrêté et torturé par la Gestapo, il choisit de se suicider, se jetant par la fenêtre du siège de la Gestapo, avenue Foch, sans avoir parlé. Ses cendres ont été transférées au Panthéon, le 27 mai 2015. 

Brossolette Pierre

Études, engagement civique et journalisme

Pierre Brossolette est né au 77 bis, rue Michel-Ange. Fils de Léon Brossolette, inspecteur de l'enseignement primaire à Paris et ardent défenseur de l'enseignement laïque au début du XXe siècle, et de Jeanne Vial, elle-même fille de Francisque Vial, directeur de l'enseignement secondaire, il poursuit des études au lycée Janson-de-Sailly, puis entre premier à l'École normale supérieure en 1922. Il n'est reçu que deuxième à l'agrégation d'histoire et géographie, derrière Georges Bidault, à la suite d'un petit scandale. Au cours de ses études à l'ENS, il obtient un brevet de préparation militaire supérieure, désormais nécessaire aux normaliens afin d'être nommés officiers de réserve. Brossolette se soumet sans enthousiasme, mais avec conscience, à ses obligations militaires. Dans le cadre de cette préparation militaire effectuée notamment à la caserne de Lourcine, il obtient de bons résultats malgré une assiduité médiocre. Il est d'abord incorporé au 158e régiment d'infanterie et nommé caporal. En 1925, à l'issue de la PMS, il est nommé sous-lieutenant de réserve dans l'infanterie et est affecté au 5e régiment d'infanterie.

Pendant son service militaire, il épouse en 1926 Gilberte Bruel, avec qui il aura deux enfants, Anne et Claude, et ce avec l'autorisation du général Gouraud, gouverneur militaire de Paris, puisqu'il était encore sous les drapeaux. Après la Libération, elle deviendra la première femme sénateur en France. Il se lance peu après dans le journalisme. Membre de la Ligue des droits de l'homme, de la Ligue internationale contre l'antisémitisme et de la Grande Loge de France où il est initié le 22 janvier 1927 à la loge Émile Zola, il est ensuite reçu dans les hauts grades maçonniques dans la loge La Perfection latine du Suprême Conseil de France et s'affilie également à la loge du Grand Orient de France L'Aurore sociale, de Troyes. Il adhère à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) en 1929, et participe au courant Bataille socialiste au cours des années 1930. Il se présente d'abord aux élections cantonales de 1934 puis à la députation de l'Aube sous l'étiquette du Front populaire en 1936 sans succès. D'abord fervent défenseur des idéaux pacifistes et européens d'Aristide Briand, ses conceptions évoluent à partir de 1938 lorsqu'il prend conscience de la réalité de la menace nazie et de l'inévitabilité de la guerre. Journaliste au sein de plusieurs journaux (l'Europe nouvelle, le Quotidien, le Progrès civique, les Primaires, Notre temps, Excelsior, Marianne et la Terre Libre), ainsi que celui de la SFIO Le Populaire (où il est rédacteur de politique étrangère), il travaille également pour Radio PTT, dont il est licencié en janvier 1939 lorsqu'il s'oppose dans une émission aux accords de Munich. 

Résistance

Au début de la Seconde Guerre mondiale, il est mobilisé avec le grade de lieutenant au 5e régiment d'infanterie Navarre, puis promu capitaine avant la défaite de la France et est décoré avec la première Croix de guerre 1939-1945 avec étoile de bronze le 11 juillet 1940, en raison de son attitude au cours de la retraite de son unité (il réussit à ramener tous ses hommes avec leurs armes). Hostile au régime de Vichy, il rejoint le Groupe du musée de l'Homme, présenté à son fondateur Jean Cassou par Agnès Humbert. Au même moment, il écrit le dernier numéro du journal Résistance appartenant au mouvement, et échappe de peu à son démantèlement. Puis, il participe à la formation des groupes de résistance Libération-Nord et Organisation civile et militaire dans la zone occupée et devient, après sa rencontre avec le Colonel Rémy, chef de la section presse et propagande de la Confrérie Notre-Dame sous le nom de code Pedro « parce qu'il a quelque chose d'espagnol dans le regard » selon Rémy.

Pierre Brossolette et son épouse rachètent une librairie russe à Paris, au 89, rue de la Pompe, qui sert de lieu de rencontre et de « boîte aux lettres » pour les Résistants. Dans la bibliothèque tournante dans le sous-sol, plusieurs documents ont été échangés pendant cette période dont les plans de l'usine Renault. En avril 1942, il entreprend un voyage à Londres en tant que représentant de la Résistance pour rencontrer Charles de Gaulle. Il travaille dès lors, promu commandant, pour les services secrets de la France libre, le Bureau central de renseignements et d'action (BCRA), en liaison avec la section RF du Special Operations Executive (SOE) britannique. À la suite de deux perquisitions successives effectuées par les autorités allemandes à son domicile à Paris en mai 1942, il vend la librairie, fait franchir à sa famille la ligne de démarcation en juillet 1942, navigue vers Gibraltar en felouque et sa famille parvient à Londres en cargo. Il poursuit son action dans la Résistance seul en France tandis que Gilberte Brossolette assure la liaison entre le Commissariat à l'Intérieur de la France libre et la BBC.

Le 1er octobre 1942, il prend la tête de la section opératoire, service chargé de faire le lien entre la Résistance extérieure et les mouvements de la Résistance intérieure. Il est parachuté à trois reprises en France, la deuxième fois en janvier 1943 avec André Dewavrin, alias le colonel Passy, et Forest Yeo-Thomas alias « Shelley », agent du SOE surnommé familièrement « le Lapin Blanc ». Ils vont parvenir à unifier l'ensemble des mouvements de Résistance de la Zone occupée, dans le cadre de la mission « Arquebuse-Brumaire », du nom de code de Passy et Brossolette. Pierre Brossolette est aussi le porte-voix à Londres des combattants de l'ombre. Dans un discours à la BBC le 22 septembre 1942, il rend un vibrant hommage aux « soutiers de la gloire », expression qui deviendra par la suite usitée. Il prendra la parole à 38 reprises au micro de la BBC en remplacement de Maurice Schumann et écrira des articles, dont un dans La Marseillaise qui par la suite sera considéré par certains comme un des textes fondateurs du gaullisme de guerre. 

Arrestation

Après avoir échappé plusieurs fois à des arrestations, Brossolette veut rentrer à Londres pour présenter au général de Gaulle le nouveau délégué général du CFLN auprès du CNR, Émile Bollaert. Plusieurs tentatives d'exfiltration par Lysander échouent. Brossolette et Bollaert décident de rentrer par bateau. Ils quittent alors Paris en train, direction Quimper. Sur place, l'officier de renseignement James Bargain et le lieutenant de vaisseau Yves Le Hénaff, tous deux originaires de l'Île-Tudy, préparent cette évacuation nommée opération Dahlia9. Le 3 février 1944, partant de la plage du petit port bigouden, la pinasse le Jouet des Flots qui doit les conduire à une frégate britannique au large de l'île de Sein fait naufrage à cause d'une voie d'eau et du mauvais temps près de la pointe du Raz, s'échouant à Feunteun Aod à Plogoff. Les deux chefs de la Résistance ainsi qu'une trentaine d'hommes, marins et aviateurs alliés échouent sur la côte, où ils sont accueillis par des Résistants. Parmi les rescapés figurait également Edmond Jouhaud. Lors d'un barrage de routine, alors qu'ils arrivent à Audierne dans une voiture à gazogène, ils sont dénoncés par une collaboratrice, contrôlés par un poste volant de la Wehrmacht et emmenés dans la prison Jacques-Cartier de Rennes, siège de la Kommandantur locale.

Plusieurs semaines passent sans qu'ils soient reconnus. Finalement, le 16 mars, Ernst Misselwitz (SS-Hauptscharführer du Sicherheitsdienst, ou SD) se rend à Rennes en personne pour identifier Brossolette et Bollaert et les fait transférer, le 19 mars, au quartier général de la Gestapo à Paris, 84, avenue Foch. On sait aujourd'hui à travers le témoignage de Roger Lebon que son identité a été découverte à la suite d'une imprudence de la part de la Délégation générale à Paris, représentée par Claude Bouchinet-Serreules et Jacques Bingen : un rapport semi-codé rédigé par les services de Daniel Cordier aurait été intercepté sur la frontière espagnole, alors que son grand ami Yeo-Thomas se trouvait déjà parachuté solo en urgence à Paris depuis le 25 février pour préparer une évasion audacieuse de la prison de Rennes en uniforme allemand avec l'aide de Brigitte Friang. Yeo-Thomas et Friang seront eux aussi capturés les jours suivants à la suite du démantèlement de nombreux réseaux parisiens consécutif à l'affaire dite « de la rue de la Pompe » (siège de la Délégation générale) et des aveux de Pierre Manuel. 

Brossolette Pierre

Ligne politique

Pierre Brossolette est très critique vis-à-vis de la IIIe République. Il la rend responsable de la défaite, et il estime que la Libération, à venir, devra être l'occasion d'une profonde rénovation démocratique, notamment par la naissance d'un grand parti de la Résistance appelé à réaliser une politique de transformation sociale ambitieuse. Un programme commun, très proche de ses aspirations sociales, est élaboré par le Conseil national de la Résistance en mars 1944, le mois de la mort de Brossolette. Cette critique de la Troisième République est le principal sujet de discorde avec Jean Moulin et lui vaut par ailleurs l'opposition des partis. Ainsi, à la veille de son arrestation, Brossolette est exclu de la SFIO par Daniel Mayer et Gaston Defferre, décision qui n'est pas appliquée à cause de sa disparition. Si, dans un premier temps, la IVe République renoue avec les mœurs de la IIIe, l'avènement de la Ve République représente pour certains l'application a posteriori des idées de Brossolette sur l'après-guerre. En effet, le projet d'un grand parti rassemblé autour de De Gaulle pour gérer l'immédiat après-guerre et limiter les dégâts prévisibles d'une épuration incontrôlée est vivement critiqué et soupçonné même de dérives fascisantes. De Gaulle, conscient des soupçons d'autoritarisme qui pesaient déjà sur lui, tranchera pour la représentation des partis au sein du CNR et, partant, pour la réhabilitation du système parlementaire de la IIIe République, donnant ainsi gain de cause à Jean Moulin. Ce choix aura des conséquences importantes sur l'image de ces deux grands chefs de la Résistance et de leur place dans la mémoire nationale. 

Ainsi s'opposent a posteriori l'image d'un Moulin homme d'État proche du radicalisme d'avant-guerre, défenseur des valeurs républicaines et de la démocratie, voire du statu quo, à qui l'on a reproché de se laisser influencer par le parti communiste, et celle, complexe, d'un Brossolette homme politique certes visionnaire, précurseur du gaullisme « qu'il bâtissait en doctrine » (selon De Gaulle lui-même dans ses mémoires) bien que socialiste, dénonciateur féroce des dangers fasciste et communiste avant la guerre mais partisan de méthodes radicales. Cependant son idée d'un parti unique issu de la Résistance ne devait servir qu'à réorganiser l'après-guerre, et il aurait envisagé de créer lui-même un nouveau parti de gauche, sur le modèle social-démocrate donc non-marxiste ou, en tout cas, réformiste. Pour cela, Brossolette avait travaillé sur une ambitieuse critique du marxisme pendant ses missions, que sa stature d'intellectuel, normalien de haut vol, permettait de croire respectable ; ce document aurait été jeté par-dessus bord lors du naufrage sur les côtes bretonnes ayant amené son arrestation. 

Mort

Pierre Brossolette et Émile Bollaert sont torturés. Le 22 mars, pendant la pause-déjeuner de son gardien, Brossolette se serait levé de sa chaise, menotté dans le dos, aurait ouvert la fenêtre de la chambre de bonne dans laquelle il était enfermé, et serait tombé d'abord sur le balcon du 4e étage et ensuite devant l'entrée de l'immeuble côté avenue. Gravement blessé, il succombe à ses blessures vers 22 heures à l'hôpital de la Salpêtrière, sans avoir parlé. Le 24 mars, il est incinéré au cimetière du Père-Lachaise. 

Décorations

  • Croix de guerre 1939-1945, le 11 juillet 1940, avec étoile de bronze.
  • Compagnon de la Libération, sous le nom de « Pierre Bourgat », décret du 17 octobre 1942 ; nommé membre du conseil de l'ordre de la Libération.
  • Médaille de la Résistance avec rosette, décret du 6 avril 1943, et nommé parmi les quatre premiers membres de la Commission nationale de la médaille de la Résistance.
  • Croix de guerre 1939-1945, le 25 mai 1943, avec palme de vermeil.
  • Chevalier de la Légion d'honneur, décret du 19 avril 1945.
  • Médaille commémorative de la guerre 1939-1945 avec agrafes « France » (campagne de 1940 dans les rangs du 5e régiment d'infanterie) et « Libération » (action au sein de la Résistance).
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