Rivière Jacques

Publié le par Roger Cousin

Rivière JacquesJacques Rivière (né le 15 juillet 1886 à Bordeaux - mort le 14 février 1925 à Paris) était un homme de lettres français, directeur de La Nouvelle Revue française de 1919 jusqu'à sa mort et ami d'Alain-Fournier, avec qui il échangea une abondante correspondance avant de devenir son beau-frère. Fils d'un grand médecin bordelais, il se lie d’amitié avec Alain-Fournier, le futur auteur du Grand Meaulnes, sur les bancs du lycée Lakanal, à Sceaux, où tous deux préparent le concours d’entrée à l’École normale supérieure. Ils y échouent l'un comme l'autre. Revenu à Bordeaux en 1905, il continue d'entretenir avec lui une correspondance quasi-quotidienne où l’on voit se dessiner le goût particulier de chacun pour la littérature. Parallèlement, il fait la connaissance de Gabriel Frizeau et surtout d'André Lhote, avec qui il parle peinture.

Rivière obtient sa licence és lettres à Bordeaux, fait son service militaire, puis revient en 1907 à Paris préparer l’agrégation de philosophie et une thèse en Sorbonne sur La Théodicée de Fénelon, tout en gagnant modestement sa vie comme enseignant au lycée Stanislas. La musique de Claude Debussy le requiert. Il subit tour à tour les influences de Maurice Barrès, André Gide, André Suarès et Paul Claudel, avec qui il entre en correspondance. Le 24 août 1908, il épouse la jeune sœur d’Alain-Fournier, Isabelle, et, en 1913, il se rallie explicitement au catholicisme.

D’abord collaborateur à L’Occident, il devient secrétaire de rédaction de la NRF en 1911. Il entreprend alors la rédaction de critiques littéraires, qu’il rassemble et publie sous le titre d’Études, où il révèle un excellent sens de la psychologie. Il est mobilisé en 1914 au 220e régiment d'infanterie et fait prisonnier de guerre le 24 août, dès les premières échauffourées. Incarcéré au camp de Königsbrück en Saxe, il tente de s’en évader, ce qui lui vaut d'être transféré au camp disciplinaire de Hülsberg en Hanovre, où il consigne ses souvenirs de captivité, publiés en 1918 sous le titre L’Allemand. Gravement malade, il est transféré en Suisse en 1917 et interné jusqu’à la fin de la guerre.

Au lendemain du conflit, il songe à relancer la NRF dont la parution avait été interrompue. Sous sa nouvelle direction, elle reparaît le 1er juin 1919. Rivière y déploie de remarquables qualités en publiant Marcel Proust, François Mauriac, Paul Valéry, Saint-John Perse, Jean Giraudoux et Jules Romains, mais aussi, plus audacieusement encore, Louis Aragon. On a souvent dit que Jacques Rivière avait négligé sa propre carrière d’écrivain, au bénéfice de l'œuvre de ses amis. De fait, il n'écrira qu’un court roman psychologique, Aimé, paru en 1922. Mais son œuvre critique reste un modèle de lucidité, d'analyse et de prose française. Jacques Rivière a involontairement préparé sa propre succession en engageant dès 1919 Jean Paulhan comme secrétaire.

Parce qu'elle pose crûment la question de la possibilité même de la littérature, la correspondance avec Antonin Artaud sera sans doute sa contribution la plus significative au genre littéraire. Il décède le 14 février 1925 à Paris d’une fièvre typhoïde. Son épouse Isabelle se consacre après sa mort au classement et à la publication de ses nombreuses œuvres posthumes. Mais ce travail rencontre de vives réactions de la part des amis protestants de Jacques Rivière – suscitant aussi de douloureuses polémiques, sur la foi de Jacques Rivière et sur la mission, littéraire ou spirituelle, de la NRF.


Publié dans Ecrivains

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