Affaire Troadec

Publié le par Mémoires de Guerre

L'affaire Troadec, parfois appelée affaire des disparus d'Orvault, est une affaire criminelle concernant l'assassinat, dans la nuit du 16 au 17 février 2017, des quatre membres de la famille Troadec à Orvault, commune de l'agglomération nantaise, en Loire-Atlantique. L'affaire débute le 23 février 2017 lorsqu'une sœur de Brigitte Troadec, inquiète de l'absence de nouvelles de sa sœur alerte la police1. Au domicile de la famille, des traces de sang sont retrouvées, déclenchant l'ouverture d'une enquête criminelle. Le 5 mars 2017, Hubert Caouissin, beau-frère de Pascal Troadec, le père de famille disparu, est placé en garde à vue avec sa compagne à la suite de la découverte de son ADN sur le lieu du crime. Le lendemain, il avoue le meurtre des quatre membres de la famille Troadec et est mis en examen pour assassinat. À l'époque des faits, l'affaire connait un retentissement médiatique important du fait de sa proximité géographique et de ses similitudes avec l'affaire Dupont de Ligonnès. En effet, seulement quatre kilomètres séparent les deux scènes de crime. Le procès du quadruple meurtre prévu du 21 juin au 9 juillet 2021 à Nantes. 

Affaire Troadec

Origine de l'affaire

Hélène M., une des deux sœurs de Brigitte Troadec, s'inquiète du silence inhabituel de sa sœur, de son beau-frère et de leurs enfants :

  • Pascal, le père, né le 12 septembre 1967 (49 ans), plasturgiste ;
  • Brigitte, la mère, née le 2 novembre 1967 (49 ans), fonctionnaire du Trésor public à Nantes ;
  • Sébastien, leur fils, né le 11 février 1996, (21 ans), étudiant ;
  • Charlotte, leur fille, née le 29 juin 1998 (18 ans), étudiante.

En effet aucun membre de la famille n'a donné signe de vie depuis le 16 février 2017 à leur domicile de la rue d'Auteuil, un secteur plutôt résidentiel et pavillonnaire, situé non loin du centre d'Orvault, près de Nantes. Toujours sans nouvelle à la date du 23 février 2017, elle décide, ce jour-là, d'alerter les autorités compétentes. 

Enquête

Le procureur de la République du tribunal judiciaire de Nantes déclare le 27 février que : « Si le contexte de violences graves ayant présidé à la disparition de la famille Troadec semble désormais établi ; en revanche les circonstances entourant la commission des faits demeurent indéterminées et ne permettent pas de savoir si nous avons affaire à un drame familial ou à l’intervention d’une ou plusieurs personnes étrangères à la famille. » Les enquêteurs ont en effet relevé des éléments inquiétants : des traces de sang identifiées comme appartenant à trois des membres de la famille, hormis le sang de Charlotte, qui n'apparaît nulle part, et des indices suggérant un départ précipité sans qu'on sache s'il était volontaire ou contraint. Les véhicules des deux parents sont restés dans la propriété de la famille, seule la voiture Peugeot 308 du fils a disparu. Le 1er mars, une joggeuse retrouve un pantalon et la carte Vitale de Charlotte près de Dirinon, dans le Finistère (département dont sont originaires les parents). Un livre scolaire au nom de Pascal Troadec est également retrouvé en bord de route, ainsi que deux linges semblables à des draps, dans cette même ville de Dirinon.

Le lendemain 2 mars 2017, les policiers retrouvent le véhicule de Sébastien garé sur le parking de l'église Saint-Joseph, dans le quartier de Méan-Penhoët à Saint-Nazaire. Le 5 mars 2017, Lydie Troadec, la sœur de Pascal Troadec et son ex-compagnon, Hubert Caouissin, sont placés en garde à vue au commissariat de Brest. Des traces d'ADN de ce dernier sont retrouvées au domicile des victimes, ainsi que dans le véhicule de Sébastien, alors que le suspect avait déclaré, lors d'une précédente audition, ne plus avoir de contact avec la famille Troadec depuis plusieurs années. Dans la soirée, l'homme avoue être l'auteur du quadruple meurtre. Il est mis en examen et écroué pour « assassinats » et « atteinte à l'intégrité d'un cadavre ». Sa compagne, Lydie Troadec, a, quant à elle, été mise en examen et écrouée pour « modification de l'état des lieux d'un crime et recel de cadavres ». Le mobile serait dû à un différend survenu lors d'un partage d'héritage : le suspect aurait soupçonné Pascal Troadec de s'être approprié, après le décès de son père en 2010, des lingots et pièces d'or que ce dernier aurait détenus. Ces lingots proviendraient d'un trésor découvert en 2006 par le père de Pascal, alors artisan plâtrier, au cours de travaux effectués dans un immeuble ancien du quartier de la Recouvrance, à Brest. En infraction avec la législation, celui-ci aurait subtilisé la totalité du trésor sans informer de sa trouvaille le propriétaire de l'immeuble ni l'administration. À ce jour, ce prétendu trésor reste introuvable.

Le 10 mars, des « fragments de quatre corps humains et des bijoux appartenant à la famille » ont été retrouvés à Pont-de-Buis-lès-Quimerch dans la ferme appartenant au suspect, Ils sont expertisés pour identification ADN. Le 21 mars, l'analyse ADN confirme que les fragments de corps retrouvés appartiennent à Pascal, Brigitte, Sébastien et Charlotte Troadec. Le 6 avril 2017, devant le juge d'instruction, Hubert Caouissin passe aux aveux et livre une description détaillée de la nuit du meurtre. Il prétend avoir tué les quatre membres de la famille après avoir été surpris dans la maison le soir du crime, mais cette version ne convainc pas les enquêteurs. Comment un homme seul aurait-il pu tuer quatre adultes simultanément ? Les enquêteurs penchent pour un crime avec préméditation où les victimes auraient été tuées pendant leur sommeil. Au 14 avril, après les aveux détaillés, les résultats d'une morphoanalyse des traces de sang, dans la maison d'Orvault, sont très attendus par la police pour trancher la question : meurtre ou crime avec préméditation.

Dans son numéro du 13 avril 2017, Le Télégramme révèle que la gendarmerie a été mise sur la piste du beau-frère par une lettre anonyme venant de la famille : « Arrêtez de chercher du côté de Sébastien. Il n'a rien à voir avec tout ça. Allez plutôt voir le beau-frère de Pascal. Il est jaloux de lui à en crever ». Les soupçons au début de l'enquête se sont en effet portés sur Sébastien, étudiant en BTS informatique, décrit comme un geek ayant « souffert de fragilités psychologiques ». Ce sont les traces d'ADN de Hubert Caouissin, retrouvées sur un verre d'eau au domicile des victimes, qui ont persuadé la gendarmerie du sérieux de cette piste. Le 12 mars 2019, une reconstitution est organisée avec la présence de Hubert Caouissin, principal suspect, accompagné de ses deux avocats, dans sa propriété de Pont-de-Buis dans le Finistère, là où ont été retrouvés les restes de la famille Troadec. Malgré les aveux du suspect, de nombreuses zones d'ombre demeurent puisque les corps n'ont toujours pas été retrouvés en entier et que l'histoire des lingots d'or reste hypothétique. Son procès n’est pas envisagé avant 2020.

Le 2 avril 2019, les enquêteurs sont à la recherche des crânes des victimes, en l'absence d'Hubert Caouissin, meurtrier présumé de la famille Troadec, afin de faire la lumière sur les circonstances de leur meurtre. La reconstitution du crime a eu lieu dans la nuit du 29 au 30 avril 2019 à Orvault en présence d'Hubert Caouissin. Lors des deux journées de reconstitution, le 29 et 30 avril 2019, Hubert Caouissin, entouré de ses avocats, de représentants judiciaires, de techniciens et d'experts, s'est montré « de bonne volonté et très précis ». Il a livré des faits circonstanciés concernant la nuit du 16 au 17 février 2017. Il a, en particulier, expliqué avoir arraché des mains de Pascal Troadec « un pied-de-biche », avant de frapper Pascal, Brigitte, Sébastien et Charlotte Troadec, jusqu'à les tuer, les uns après les autres. Selon lui, il a agi dans un moment de « peur et de fureur », et que ses actes n'étaient pas du tout prémédités. Explications qui laissent assez sceptiques les avocats des parties civiles mais qui restent néanmoins convaincantes pour l'avocate des sœurs et de la mère de Brigitte Troadec. Le procès du quadruple meurtre prévu du 21 juin au 9 juillet 2021.

Obsèques

Les obsèques des quatre membres de la famille Troadec ont lieu le vendredi 19 mai 2017 dans l'église Saint-Houardon de Landerneau, commune où réside la famille de Brigitte Troadec. Les corps sont inhumés dans le cimetière de cette même commune. 

Affaire Troadec

Conjectures initiales sur le déroulement des faits

Le 16 février, l'ex beau-frère de Pascal Troadec, Hubert Caouissin, 46 ans, serait venu au domicile des Troadec avec un stéthoscope qu'il aurait appliqué aux fenêtres pour tenter de savoir ce qui se disait à l'intérieur. Il aurait ainsi espionné la famille une bonne partie de la soirée et serait ensuite entré au domicile des victimes par le garage. Il semblerait que Pascal Troadec et sa femme, ayant entendu du bruit, soient descendus au rez-de-chaussée. Selon les déclarations de Hubert Caouissin, le père de famille muni d'un pied-de-biche aurait eu une altercation avec lui. Hubert Caouissin se serait alors emparé du pied-de-biche pour frapper et tuer les parents puis leurs enfants. 

Selon les aveux d'Hubert Caouissin, il serait alors resté dans la maison jusqu'au petit matin puis serait rentré à son domicile dans le nord de la Bretagne. Le 17 au soir, il serait retourné à Orvault pour effectuer un nettoyage de la maison. Dans la soirée du 18, il serait revenu à Orvault et y aurait rentré la voiture de Sébastien dans le garage pour y mettre les cadavres et les transporter dans sa ferme du Stang de Pont-de-Buis. Dans la ferme, Caouissin démembre les corps à l'aide d'une hache et des tenailles à métaux. Certaines parties de corps sont enterrées dans les vasières de l’Aulne maritime, et d'autres brûlées dans la chaudière à bois de sa ferme. Avec l'aide de sa compagne, il nettoie le véhicule puis le dépose à Saint-Nazaire, au hasard, pour faire diversion.

Conjectures sur le mobile supposé

Dans un entretien au quotidien Le Parisien et publié le jeudi 9 mars, la mère de Pascal Troadec explique qu'un trésor « de lingots et de pièces d’or », découvert par son époux, est à l'origine de la tragédie. Un or « volé peut-être », croit-elle savoir, « à la Banque de France » lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle ajoute que son mari, ex-artisan plâtrier, a récupéré cet or en 2006, lorsqu'il a effectué des travaux dans un immeuble datant de 1907 du vieux quartier de Recouvrance, à Brest. Il l'aurait ensuite caché dans le garage de leur maison. Le 10 mars, le journal régional Le Télégramme publie le témoignage d'une femme qui déclare : « c'est mon père avec trois amis qui ont remonté du fond du port de Brest les lingots tombés à l'eau, lors du chargement du trésor de la Banque de France, en juin 1940, pour le soustraire aux mains des Allemands ». Ce témoignage précise les circonstances de cette « subtilisation » et le devenir du trésor par la suite. 

S'il est vrai que ces témoignages sont sans preuve, ils s'appuient toutefois sur une anecdote historique et véridique de la débâcle française de 1940 : l'évacuation par bateau de 750 tonnes d'or appartenant à la Banque de France et chargées à Brest le 14 juin 1940. Trois mois après le début de l'enquête, la police recherche toujours activement cet hypothétique trésor. La police judiciaire a mis la main, dans la maison d'Orvault sur un paquet de lettres écrites par Renée Troadec, la mère de Pascal, dans lesquelles elle reproche à son fils d'avoir volé « l'héritage ». Toutefois elle ne fait pas référence directement à cet or qui n'aurait jamais été déclaré. Un magot qui, selon elle, aurait dû être partagé avec Lydie, la sœur de Pascal et compagne d'Hubert Caouissin. La justice délivre, fin avril, des commissions rogatoires internationales (CRI) pour tenter de retrouver la trace de cet or éventuel dans les principautés d'Andorre et de Monaco, où Pascal et Brigitte se seraient targués d'avoir mis à l'abri le pactole. 

Aveux détaillés des suspects

Hubert Caouissin a longuement détaillé aux enquêteurs ce qu'il s'est passé dans la nuit du 16 au 17 février, lorsqu'il s'est introduit dans la maison familiale d'Orvault (Loire-Atlantique) et aurait tué ses occupants. Ses aveux tiennent sur dix-sept pages et sont largement publiés dans la presse locale le 13 avril par Le Télégramme qui reprend les PV d'audition du suspect et ce qu'il a déclaré aux enquêteurs le 5 mars, lors de sa garde à vue. Le 9 juin 2017, Hubert Caouissin est à nouveau entendu par les juges d'instruction sur le transport des corps jusqu’à sa ferme, à Pont-de-Buis-lès-Quimerch (Finistère) et sur le nettoyage de la maison des Troadec, à Orvault. Le 6 février 2018, Hubert Caouissin est entendu par le juge d'instruction sur ses relations avec les membres de la famille Troadec avant les faits. 

Polémique sur le traitement médiatique

Dans les premiers jours de l'affaire, un emballement médiatique a conduit certains médias, liés aux chaines d'informations en direct, à présenter à tort Sébastien Troadec, l'une des victimes, comme l'assassin potentiel. Ils vont même enquêter eux-mêmes en recherchant sur internet les commentaires, ou autres publications en ligne du fils pour y trouver des éléments à charge, afin d'appuyer un premier sentiment de suspicion. Cette accusation et ce manque de déontologie ont été dénoncés par leurs confrères. Par la suite, l'affaire Troadec a donné lieu à des investigations très complètes de la part de certains hebdomadaires qui en rendent compte dans des articles détaillés. 

Expertise psychiatrique

Hubert Caouissin a été examiné par des psychiatres depuis son incarcération. Le compte-rendu de ces entrevues a été rendu public. Dans un rapport à l'automne 2017, remis aux juges d'instructions, l'expertise conclut à « une altération du discernement ». Cependant en septembre 2018 une contre-expertise va être menée afin de vérifier les conclusions d'une première expertise. 

Publié dans Banditisme

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