Lili Leignel

Publié le par Mémoires de Guerre

Lili Keller-Rosenberg, appelée Lili Leignel, née le 15 septembre 1932, à Croix (Nord), est une conférencière, déportée à 11 ans, survivante des camps de Ravensbrück et de Bergen-Belsen et témoin de la Shoah. 

Lili Leignel

Famille

Ses parents, juifs hongrois, sont venus s’installer en France avant sa naissance pour échapper aux persécutions antisémites subies dans leur pays d’origine. Lili (Liliane) Rosenberg naît le 15 septembre 1932, à Croix (Nord), dans une famille juive d'origine hongroise. Fille de Joseph Rosenberg et Charlotte Keller, elle a deux frères, Robert et André.

Parcours

Seconde Guerre mondiale

Jusqu'en 1943, les enfants sont cachés dans différentes familles de Tourcoing (Nord). Pensant le danger écarté, ils reviennent vivre avec leurs parents. Le 27 octobre 1943, la famille est arrêtée. Ironie du sort, cette date était également celle de l'anniversaire de sa mère. Lors de son arrestation en 1943, elle n'est âgée que de 11 ans, son frère Robert, de 9 ans et demi, et le benjamin de la fratrie, André, de 3 ans et demi. De la prison de Loos (Lille) (Nord), ils sont conduits à la Prison de Saint-Gilles de Bruxelles et transférés au Camp de rassemblement de Malines (Belgique). La famille y est séparée : le père est envoyé à Buchenwald, la mère et ses trois enfants sont transférés à Ravensbrück puis, au début de 1945, à Bergen-Belsen. Leur mère les incite à toujours garder leur dignité : « C’était un supplice pour nous, il faisait un froid glacial, c’était la nuit, mais elle tenait à ce que nous ayons ce moment d’intimité, à notre propreté, dans cet endroit sans nom, de boue, de puanteur, infesté de poux, oui, envers et contre tout, elle voulait que nous restions présentables, respectables ». 

Libérés par l'armée britannique, le 15 avril 1945, les trois enfants sont rapatriés jusqu'à Paris. Les enfants sont pris en charge par leur tante. Leur mère, atteinte du typhus et intransportable, reste à l'infirmerie du camp. Elle parvient à les rejoindre plus tard dans un préventorium d'Hendaye (Pyrénées-Atlantiques) où ils sont soignés. Alors que les trois enfants ont perdu foi en l'avenir, leur mère réapparaît : « Maman nous a retrouvés. Maman, dans un état épouvantable, d’une maigreur terrifiante — elle ne pèse plus que vingt-sept kilos —, mais elle est là [...], elle est vivante ». Ils apprendront que leur père a été fusillé en avril 1945 à Buchenwald, quelques jours avant la libération du camp. Elle a notamment vécu à Bergen-Belsen avec Anne Frank et Simone Veil, et à Ravensbrück avec Geneviève de Gaulle-Anthonioz

Après la guerre

Après la guerre, elle devient un témoin. Dans l'introduction à son livre Et nous sommes revenus seuls, elle explique pourquoi : « Pendant des années, nous ne parlons pas à la maison de nos nombreux mois de déportation, d’inhumanité dans les camps. [...] Nous ne pouvons raconter à personne cet enfer, ces souffrances quotidiennes, cette vie de bêtes battues que nous avons menée pendant près de deux ans. Nous sommes traumatisés. Les rares fois où nous essayons de l’évoquer, on ne nous croit pas. N’être pas crus nous blesse terriblement. Longtemps, nous nous sommes tus. [...] Un jour, j’ai entendu à la radio quelqu’un dire que les chambres à gaz n’avaient existé que pour tuer les poux. [...] J’ai décidé, ce jour-là, de réagir. » « Il fallait éduquer les jeunes, les informer, les éclairer. Il me fallait témoigner pour révéler à tous, au monde, aux jeunes générations, cette tragédie à nulle autre pareille, afin qu’elle ne se reproduise plus jamais. » Son message est essentiel : « rencontrer le plus grand nombre de jeunes élèves possible pour que je leur explique les horreurs de la guerre […] tous ces morts inutiles ... je dois parler également au nom de tous ces pauvres millions de déportés qui ne sont pas rentrés et donc ma tâche est ardue. Je témoigne sans fin. Je demande aux jeunes surtout d'être vigilants. Je leur dis: "les enfants, tout peut revenir de façon différente bien entendu, mais le mal est partout. Il faut que vous soyez vigilants". Je leur demande surtout de combattre le racisme. Le racisme est un fléau à notre époque, il faut à tout prix le combattre, combattre évidemment encore l'antisémitisme qui malheureusement perdure, et combattre la xénophobie, la haine de l'étranger.

Je leur demande d'être tolérants : "les enfants soyez tolérants, acceptez-vous les uns les autres avec vos différences. Ces différences vous enrichissent." Vous savez, je vais parfois dans des établissements très mélangés, et je dis aux élèves: "les enfants que l'on soit noir ou blanc, que l'on soit juif, catholique ou musulman, n'est-on pas avant tout des êtres humains ? Nous sommes tous faits de la même façon. Nous devons nous supporter avec nos différences qui nous enrichissent, et les élèves le comprennent si bien. Vous savez, je reçois des lettres merveilleuses d'élèves qui me le font savoir. ... Ces lettres sont vraiment très belles et ce sont ces lettres qui m'aident à poursuivre » En 2022, la réalisatrice Anice Clément réalise un film documentaire sur Lili Leignel intitulé Lili, une petite fille dans les camps nazis. Lors de ses conférences, Lili Leignel insiste sur l'importance de la fraternité et aime partager des chants qu'elle a appris dans les camps comme une réécriture avec Geneviève de Gaulle de la chanson Je chante de Charles Trenet

Distinctions

  • Officier de la Légion d'honneur (2020)
  • Officier de l'ordre national du Mérite (2016)
  • Ordre des Palmes académiques (2016)

Publications

  • Je suis encore là, 2017, aidée de Loïc Cattiaux, illustrations de Gaëlle Soarès.
  • Et nous sommes revenus seuls, 2021, Éditions Plon.
  • Lili Keller-Rosenberg, J'avais votre âge, Lille, 2021, 111 p. (ISBN 979-1-069-97213-1).

Publié dans Résistants

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