Bolsonaro Jair

Publié le par Mémoires de Guerre

Jair Messias Bolsonaro, né le 21 mars 1955 à Glicério (São Paulo), est un homme d'État brésilien, élu président de la République fédérative du Brésil en 2018.

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Militaire de réserve de profession, il s’élève au grade de capitaine, puis quitte l’armée en raison de conflits avec sa hiérarchie. Se lançant en politique, il est élu en 1990 député fédéral à Rio de Janeiro, sous l’étiquette du Parti démocrate chrétien. Il est constamment réélu depuis, sous les étiquettes du Parti progressiste réformateur et du Parti progressiste, tout en changeant parfois d'étiquette en cours de législature. Ses prises de position controversées, notamment à l'égard des femmes, des homosexuels, des Noirs et des peuples indigènes, ainsi que sa nostalgie pour la dictature militaire de 1964-1985, lui valent d'être classé à l'extrême droite de l'échiquier politique brésilien. Candidat du Parti social-libéral (PSL) à l'élection présidentielle de 2018, il est victime pendant la campagne d'une tentative d’assassinat qui le blesse grièvement. Il est élu au second tour face à Fernando HaddadSes parents, Perci Geraldo Bolsonaro – dentiste de profession – et Olinda Bonturi, sont des descendants d'immigrés italiens et allemands. À la fin de sa scolarité au lycée, il est reçu à la Escola Preparatória de Cadetes do Exército. Il est ensuite formé à l'Académie militaire d'Agulhas Negras — la principale école militaire du pays —, dont il sort diplômé en 1977, pendant la dictature militaire. Servant d'abord comme soldat, il s'élève jusqu'au grade de capitaine d'artillerie de l'armée de terre. Connu pour sa force physique, il est surnommé « Cavalao » (« le grand cheval »). Il est renvoyé de l'armée le 19 avril 1988, à la suite de sa participation présumée à un projet consistant à faire exploser des bombes de faible puissance dans les toilettes de casernes. Cependant, le Tribunal suprême militaire l'acquitte de ces accusations le 16 juin 1988. Ernesto Geisel, dirigeant du Brésil sous la dictature, se montre critique envers l'action politique de Jair Bolsonaro et le considère dans ses notes comme un « mauvais militaire ». 

En 1986, alors qu'il a le grade de capitaine, il accorde au magazine Veja un entretien dans lequel il critique le faible niveau des salaires des militaires et les restrictions budgétaires imposées à l’armée. Ses propos lui sont reprochés par sa hiérarchie et lui valent quinze jours d’emprisonnement. Il reçoit cependant le soutien de collègues et de femmes de militaires. Il se fait élire en 1988 conseiller municipal de la ville de Rio de Janeiro pour le Parti démocrate chrétien (PDC). En 1990, il est élu député fédéral à Rio de Janeiro avec le soutien du PDC. Constamment réélu depuis, il adhère successivement à plusieurs partis centristes ou de droite : Parti progressiste réformateur (PPR), Parti progressiste (PP), Parti travailliste brésilien (PTB), à nouveau Parti progressiste, Parti social-chrétien (PSC). En 2014, il est le député fédéral élu avec le plus de voix à Rio de Janeiro. À la Chambre des députés, il dépose près de 200 propositions de loi et un amendement constitutionnel ; cependant, ceux-ci sont quasiment tous rejetés. En avril 2016, il se prononce pour la destitution de Dilma Rousseff, dédiant son vote au colonel Ustra, qui aurait torturé celle-ci en 1970. 

En octobre de la même année, il vote en faveur de l'amendement constitutionnel « PEC-241 », défendu par le nouveau gouvernement et qui vise à plafonner les dépenses publiques sur vingt ans. En janvier 2018, il quitte le Parti social-chrétien pour le Parti social-libéral (PSL). Après son adhésion, le mouvement libéral des Livres quitte le PSL, qui adopte dès lors des positions plus conservatrices. Désigné candidat du PSL à l'élection présidentielle de 2018, Jair Bolsonaro prend pour collistier à la vice-présidence le général à la retraite Hamilton Mourão. Après l'invalidation de la candidature de l'ancien président Lula da Silva, Jair Bolsonaro prend la tête des sondages en vue du premier tour de l'élection. Il fait notamment campagne contre l’insécurité et la corruption, qui minent le pays. Alors que la plupart de la classe politique est poursuivie pour des délits financiers, il n’est mis en cause dans aucune affaire, ce qui lui permet de bénéficier d’une image de probité. Son principal conseiller économique est toutefois soupçonné par la justice de fraude. Le spécialiste de l’Amérique du Sud Christophe Ventura écrit : « Le rejet très fort de la politique en général par la population crée une sorte de trumpisme brésilien. Bolsonaro capte ces ressentiments et se transforme en candidat anti-système, ce qu'il n'est pourtant pas du tout ».

Le 6 septembre 2018, il est poignardé alors qu’il tient un meeting à Juiz de Fora. Hospitalisé dans un état critique — les médecins constatent plusieurs perforations de son intestin grêle et la perte de 2,5 litres de sang —, il subit trois opérations chirurgicales. Son agresseur, Adelio Bispo de Oliveira, est un ancien militant du Parti socialisme et liberté qui affirme avoir agi « sur l'ordre de Dieu » pour « des motifs politiques, religieux, et également en raison des préjugés que montre Bolsonaro à chaque fois qu’il parle de race, de religion et des femmes ». Cette tentative d'assassinat intervient dans un climat de tensions inédit pour une élection présidentielle ; Jair Bolsonaro avait auparavant lui-même refusé de condamner une attaque contre la caravane de campagne de Lula et avait appelé à mitrailler des militants de gauche. Il quitte l'hôpital le 29 septembre pour poursuivre sa convalescence et sa campagne à son domicile. Son électorat comprend principalement des membres des classes moyennes et supérieures, des jeunes, et des habitants du Sud. Il est particulièrement apprécié des propriétaires terriens et des industriels. D'abord surtout favorables à Geraldo Alckmin, les marchés financiers se rallient progressivement à sa candidature en raison de la montée des intentions de vote en sa faveur et de son programme économique. Il reçoit également le soutien de personnalités comme Ronaldinho, Lucas Moura, Rivaldo, Marcelo Filho, Cafu, Felipe Melo, Jádson, José Aldo ou Gusttavo Lima.

Le 7 octobre 2018, il arrive en tête du premier tour avec 46,03 %, soit un score plus important qu’annoncé par les sondages. Dans le même temps, les élections parlementaires voient le PSL devenir la deuxième force en termes d’élus et la première en nombre de voix. Dans l’entre-deux-tours, Jair Bolsonaro modère quelque peu son discours, notamment sur les questions économiques. Comme au premier tour, il refuse de participer à des débats, invoquant les consignes de ses médecins puis des raisons stratégiques. Jair Bolsonaro remporte le second tour, le 28 octobre, face au candidat du Parti des travailleurs (PT), Fernando Haddad. Parfois qualifié de nationaliste et populiste, Jair Bolsonaro est classé à l’extrême droite de l’échiquier politique. Il s'oppose à cette classification et ses partisans le définissent comme un conservateur de droite. Il appartient au courant conservateur dit de la « Bancada B.B.B » (pour « balle, Bible, bœuf »), qui regroupe les parlementaires liés aux intérêts de la police militaire, des églises évangélistes et de l’agro-industrie. L'analyste politique Carlos Pereira ne le voit pas comme un « fasciste », étiquette qui lui est parfois attribuée, mais comme un « conservateur du XIXe siècle ». L'historienne Armelle Enders indique : « Jair Bolsonaro n’est pas un « Trump tropical », ni un « populiste » au sens où l’on entend communément, et ces analogies contribuent à le banaliser dangereusement. […] On ne trouve pas, dans les prises de parole de Bolsonaro, les passages obligés des populismes classiques. Le capitaine à la retraite se réfère rarement au « peuple » et ne déploie pas la rhétorique anti-oligarchique ou anti-élite habituelle ». 

En 2018, il s’affiche comme un défenseur du libre marché et appelle à la privatisation de plusieurs compagnies publiques. Des analystes indiquent que son parcours politique n’en fait pas pour autant un partisan acharné du libéralisme économique. Il tient ainsi un discours protectionniste en dénonçant l’importance des investissements chinois au Brésil ; selon lui, « la Chine n'achète pas au Brésil : la Chine achète le Brésil ». Il a condamné les aides sociales apportées aux plus pauvres sous la présidence de Lula, estimant que celles-ci « nourrissent une population de bandits et de fainéants. ». Dans l’entre-deux-tours de l'élection présidentielle de 2018, il revient sur sa proposition de supprimer le treizième mois des salariés et propose son intégration dans le programme social Bolsa Família. Il a pour conseiller l'économiste libéral Paulo Guedes. Mettant l’accent sur l’importance de la sécurité publique, il se montre partisan de la majorité pénale à 16 ans, du port d'armes, de la peine de mort (abolie depuis 1979 pour les crimes de droits communs) et de l'utilisation de la torture contre les trafiquants de drogue. En 2008, pour réduire la criminalité et la pauvreté, il se prononce pour un contrôle des naissances au moyen de la stérilisation forcée des individus pauvres n’ayant pas reçu éducation et des criminels. 

Il exprime régulièrement sa nostalgie pour la dictature militaire, qualifiant le coup d’État de 1964 de « révolution démocratique ». Il déclare dans un entretien radiophonique que l'« erreur de la dictature a été de torturer au lieu de tuer ». Il proclame également son admiration pour le dictateur chilien Augusto Pinochet. Lors de la campagne présidentielle de 2018, il affirme que son objectif est de faire que le Brésil « ressemble à ce qu'il était il y a 40 ou 50 ans ». Le 21 octobre 2018, il déclare que s'il est élu, il lancera une purge « comme jamais le Brésil n'en a connue » et que les gens de gauche devront choisir « entre la prison ou l'exil ». Religieux et hostile à la laïcité, il est opposé à l’avortement. Il déclare tolérer les violences corporelles contre les enfants présentant des tendances homosexuelles et laisse entendre en 2011 qu’il souhaiterait voir son fils tué dans un accident s’il était homosexuel. Il s’oppose à l'union civile entre deux personnes de même sexe. En 2013, il affirme qu'il est « très fièrement homophobe ». Lors de la campagne présidentielle de 2018, il se défend cependant de toute homophobie et affirme vouloir « gouverner pour tous, y compris pour les gays, parce qu'il y a des gays qui sont des pères, qui sont des mères ». À plusieurs reprises, il tient des propos misogynes. En 2017, il déclare qu'il faut en « finir avec cette histoire de féminicide » ; selon lui, « avec une arme à la ceinture, il y aura des homicides ». Il a aussi lancé à la députée fédérale Maria do Rosário qu'il ne pourrait pas la violer tant il la jugeait laide.

Il affiche son hostilité au principe des quotas ethniques en faveur des Noirs dans les universités. À propos des peuples indigènes et des Noirs, il est accusé de propager des préjugés racistes. Au sujet des peuples autochtones, il ne veut pas « un centimètre de plus pour les Indiens ni pour ces bons à rien de quilombolas ». Il est également très hostile aux revendications des paysans sans-terre, voyant en eux des « voyous » et le « bras armé du PT » et déclarant : « nous allons donner des fusils aux producteurs ruraux, ce sera leur carte de visite pour les envahisseurs ». En 2008, devant la Chambre des députés, s'exprimant au sujet du représentant amérindien Jacinaldo Barbosa, il estime qu'il devrait « devrait manger du foin, là dehors, pour maintenir ses origines. ». En avril 2017, lors d'une conférence au club hébraïque de Rio de Janeiro, il affirme « Vous avez déjà vu un japonais faire l'aumône ? Parce que c'est une race qui porte la honte sur son visage. C'est différent, de cette race qui est là en bas, ou de cette minorité qui rumine à coté. » En 1999, alors qu'il est membre du Parti progressiste (droite conservatrice), il déclare dans le journal Estadão de S.Paulo qu'Hugo Chávez est un « espoir pour l'Amérique latine » et qu'il « espère que sa philosophie arrivera au Brésil ». Interrogé sur le soutien de la gauche vénézuélienne à Chavez, il répond : « Je ne suis pas anticommuniste et lui non plus. En fait, il n'y a rien de plus proche du communisme que le milieu militaire ». Il s’oppose par la suite à Chávez, qu’il qualifie de « dictateur », au même titre qu’Evo Morales ou Fidel Castro.

Il est favorable au renforcement des liens entre le Brésil et les États-Unis. Il exprime son admiration pour le président américain Donald Trump. Pro-Israël, Jair Bolsonaro appelle au transfert à Jérusalem de l’ambassade brésilienne en Israël, et à la fermeture de l'ambassade de Palestine au Brésil. Climatosceptique, il se prononce pour le retrait du Brésil de l'accord de Paris sur le climat et pour la suppression du ministère de l'Environnement, qui fusionnerait avec celui de l'Agriculture. Il entend également construire une autoroute traversant la forêt amazonienne, répondre au lobby agroalimentaire en ouvrant des droits à la culture du soja et à l'élevage, ouvrir les territoires des communautés indigènes aux entreprises minières, assouplir les lois relatives à la protection de l'environnement et interdire des ONG écologistes. En mars 2018, il propose, en cas de victoire à la présidentielle, de nommer comme ministre de la Culture l'ancien acteur Alexandre Frota93. Il indique ensuite vouloir supprimer le ministère de la Culture ; cette suppression était déjà envisagée en 2016 par le gouvernement Temer. Jair Bolsonaro a été marié trois fois et a cinq enfants. De par sa première femme, Rogéria, il est le père de Flávio Bolsonaro (député d'État pour Rio de Janeiro et élu sénateur fédéral), de Carlos Bolsonaro (conseiller municipal de la ville de Rio de Janeiro) et d'Eduardo Bolsonaro (député fédéral pour l'État de São Paulo). Il épouse ensuite Ana Cristina Valle, avec qui il a un autre fils, puis Michelle Reinaldo, avec qui il a une fille. En 2016, lors d'un voyage en Israël, il se fait baptiser dans le Jourdain selon le rite évangélique. Jair Bolsonaro dévoile alors publiquement sa foi en Jésus-Christ. 

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