Thorez Maurice

Publié le par Roger Cousin

Thorez MauriceMaurice Thorez est né dans une famille de mineurs du Pas-de-Calais. Tout enfant, en 1906, il est bouleversé par la catastrophe de Courrières qui fit 1 200 morts et par les grèves qui la suivent. A treize ans, il descend dans la mine comme apprenti mineur. Evacué au début de la guerre de 1914 avec son grand-père, il est successivement valet de ferme, marinier, apprenti boulanger, puis, revenu à Noyelles, employé aux mines de Dourges.

En 1919, il adhère au Parti socialiste, puis après le Congrès de Tours (1920), au Parti communiste. La cause de la révolution soviétique sera pour lui "la cause du mouvement ouvrier international". En 1921, il fait sien le mot d'ordre de la III, Internationale : "Allez aux masses ! Faites le front unique" rompt tant avec la conception des "minorités agissantes" qu'avec le parlementarisme, mais ce mot d'ordre est rejeté par le congrès communiste de Paris en 1922.

De 1923 à 1924, Maurice Thorez est secrétaire de la fédération du Pas-de-Calais, puis de la région du Nord qui regroupe les départements du Pas-de-Calais, du Nord et de la Somme. Elu à 24 ans membre du Comité central du Parti communiste, il entre à 25 ans au bureau politique et devient en même temps secrétaire à l'organisation. Président, en 1925, du Comité central d'action contre la guerre du Maroc, il intervient en ce sens dans des congrès ouvriers. A la suite de la grève d'octobre 1926, à laquelle participent 900 000 travailleurs, il est condamné à quatorze mois de prison. Dès 1926, intervenant au congrès de Lille de son parti à propos du règlement des dettes de guerre aux puissances anglo-saxonnes, il met l'accent sur les préoccupations patriotiques qui l'animent en déclarant : "Ce sont les communistes, ces internationalistes, qui deviennent actuellement les meilleurs défenseurs du patrimoine national".

Fin 1926 il est candidat à une élection législative partielle pour 3 sièges dans département du Nord sur une liste du Bloc ouvrier-paysan. Au scrutin du 12 décembre sa liste est largement battue. Thorez qui obtient le plus de voix de cette liste n'en recueille que 65 838. La liste républicaine d'union nationale dont les trois candidats Coquelle, Carlier, Caffieri et Coutel, recueillent chacun plus de 192 000 voix sur 439 017 votants est élue en entier. Ayant fait appel de sa précédente condamnation, sa peine est ramenée à six mois de prison ; il évite l'arrestation et prend la parole dans une réunion publique à Fives-Lille. Incarcéré finalement en 1929, détenu à la Santé, puis à la prison de Nancy, il y apprend, racontera-t-il plus tard dans Fils du Peuple, l'allemand pour lire dans le texte l'Anti-Duhring d'Engels et le Faust de Goethe.

Mais auparavant, il avait été candidat aux élections législatives des 22 et 29 avril 1928 dans le canton d'Ivry (6e circonscription de l'arrondissement de Sceaux). Après avoir obtenu 9 637 voix sur 25 892 suffrages exprimés et 29 631 électeurs inscrits, il est battu au second tour par le candidat de droite A. Brocard qui dépasse la majorité absolue avec 12.880 voix sur 25.080 suffrages exprimés. Le 5 octobre 1930, il sera sans plus de succès candidat à une élection partielle dans la 1ère circonscription du XXe arrondissement de Paris. Il est battu au second tour par Jardel, 5 404 voix sur 12 723 suffrages exprimés (17 713 électeurs inscrits, alors qu'il ne recueille lui-même que 4 926 suffrages).

Aux élections de 1932, il est de nouveau candidat à Ivry-sur-Seine. En tête au premier tour, le ler mai 1932, avec 12 317 voix contre 10 740 à son adversaire Brocard, sur 29 411 votants, il est élu au second tour avec 14 141 voix, 28 394 électeurs ayant participé au scrutin sur un total de 34 338 inscrits, contre 13 947 à Brocard. Sa profession de foi est articulée à partir de trois thèmes : contre la misère, contre la guerre et contre la réaction. Il y propose également aux ouvriers socialistes le front unique de combat sur la base de la plate-forme du Parti communiste.

A la Chambre des députés, il appartient à la commission d'Alsace-Lorraine et à la commission des finances. Il intervient dans la discussion du budget de 1933 pour demander notamment la suppression des crédits destinés à la police de sûreté générale. En 1933, à l'occasion de l'examen d'un projet de loi d'amnistie, il s'élève contre la répression en Indochine et expose le programme du Parti communiste indochinois. Il dépose tout au long de la législature de nombreuses demandes d'interpellation pour réclamer la dissolution des ligues fascistes. Pendant la discussion du budget de 1935 il prend la parole sur de nombreux sujets allant des retraites des ouvriers mineurs à l'administration des hôpitaux et des bureaux de bienfaisance.

Mais avant d'être élu député d'Ivry-sur-Seine, il avait été appelé au secrétariat général de son Parti et avait contribué a l'élimination de deux dirigeants accusés de sectarisme : Barbé et Celor, notamment en publiant en août 1931 dans L'Humanité deux articles célèbres intitulés : "Pas de mannequins dans le Parti", "Que les bouches s'ouvrent !". Puis parallèlement à son activité parlementaire, il prend une part très active aux manifestations publiques dirigées contre la montée du nazisme et le péril de la guerre. Ainsi, le 31 octobre 1932, il prend la parole avec Ernst Thaelmann à Paris, puis le 17 janvier 1933 il est, avec Wilhelm Pieck, à Berlin, sur la tombe de Karl Liebknecht et de Rosa Luxembourg. Il soutient le mouvement qui, sur l'initiative de Romain Rolland et d'Henri Barbusse, a organisé à Amsterdam un congrès mondial contre la guerre. La tâche prioritaire qu'il assigne c'est dès lors : "Défendre la démocratie... appeler le prolétariat à soutenir, en même temps que ses intérêts propres, ceux des couches moyennes attaquées et étranglées par le grand capital ".

Le 27 juillet 1934, un acte d'unité d'action est signé avec le Parti socialiste. Le 24 octobre, à Nantes, Maurice Thorez proclame la nécessité de créer un Front populaire "pour le pain, la liberté et la paix". Son activité se déploie également sur le plan international. Elu dès 1928 délégué au Comité exécutif de l'internationale communiste, fonction qu'il occupera jusqu'à la dissolution de cette organisation en 1943, il avait, avec Marcel Cachin, rencontré le 15 octobre 1934 à Bruxelles les dirigeants de l'internationale socialiste E. Vandervelde et Friedrich Adler pour leur proposer d'aider la lutte des travailleurs espagnols ; mais cette rencontre n'eut pas de suite positive. En France, après le recul des réactionnaires aux élections municipales (mai 1935) et la manifestation du 14 juillet où communistes socialistes, radicaux mêlent les accents de la Marseillaise et de l'Internationale, le programme du Front populaire réclame la dissolution des ligues fascistes, la nationalisation des industries de guerre, le relèvement du niveau de vie des masses, l'institution d'un fonds national de chômage, les congés payés, la retraite pour les vieux travailleurs, etc.

Le VIIe Congrès de l'internationale, en 1935, dira que les ouvriers français ont mis à nouveau leur mouvement "à la première place de l'Europe capitaliste". Maurice Thorez parle, au Congrès de Villeurbanne du Parti communiste français en janvier 1936, de "nouvelle rencontre de la classe ouvrière avec la France" et offre, en avril, une "main tendue" aux travailleurs catholiques avant de proposer un "Front français pour la liberté et l'indépendance de la France" qui devait à son avis entraîner à la lutte de nouvelles couches sociales, mais est repoussé par le Parti socialiste. Aux législatives de mai, le Front populaire l'emporte, Maurice Thorez est réélu dès le premier tour dans la 68 circonscription de Sceaux à Ivry par 18 961 suffrages, sur 32 663 votants, son principal concurrent, Guérard n'ayant recueilli que 9 607 voix. Dans son adresse aux électeurs, il rappelle qu'il a travaillé "à l'unité de la classe ouvrière, à l'organisation du Front populaire et à l'union du peuple de France contre les 200 familles et leurs mercenaires fascistes ainsi qu'à l'union des travailleurs manuels et intellectuels".

Dans ses Mémoires Jacques Duclos indique que Maurice Thorez avait été partisan de la participation des communistes au ministère qui se constitua après les élections. La vague nationale de grèves avec occupation des entreprises qui déferle sur le pays aboutit a la signature, le 6 juin 1936 des accords "Matignon" et au vote rapide par le Parlement de réformes sociales sans précédent en France. Cependant Maurice Thorez met en garde contre l'illusion que "tout est possible", estimant qu'il faut "savoir terminer une grève...". Après avoir protesté contre les honneurs rendus au docteur Schacht, émissaire de Hitler (23 août), il condamne la politique de non-intervention à l'égard de Franco et il organise en personne l'aide aux républicains espagnols.

Le 5 décembre 1936, dans un débat sur la politique étrangère, il dénonce à la tribune de la Chambre des députés la montée du fascisme en Europe et, interrompu fréquemment par Philippe Henriot, il cite Mein Kampf et notamment la phrase dans laquelle Hitler déclare que "l'ennemi mortel, impitoyable du peuple allemand, est et reste la France". Il proteste également avec énergie contre "le blocus de la République espagnole" et dénonce la politique de non-intervention adoptée par les démocrates occidentaux, politique qu'il considère comme une duperie. En 1938, il déclare que les accords de Munich sont "la plus grande trahison qu'un gouvernement républicain ait jamais perpétrée contre la France, contre la paix, contre la démocratie". En 1939, en Algérie, il appelle à l'union des populations algériennes et des travailleurs de France. Quand le 26 septembre, après la déclaration de guerre, le gouvernement Daladier eut dissous le Parti communiste, il crée 48 heures plus tard avec la majorité des membres de l'ancien groupe communiste le "Groupe ouvrier et paysan".

Tandis que des mandats d'arrêt étaient lancés contre les députés communistes, Maurice Thorez, alors mobilisé, quittant son corps, rejoignait le 4 octobre 1939 la direction clandestine de son parti. condamné le 28 novembre 1939 pour avoir déserté le 4 octobre, il l'est à nouveau en avril 1940 avec les autres députés communistes. D'après les Mémoires de Jacques Duclos, Maurice Thorez a signé avec lui le 10 juillet 1940 un appel à la résistance préconisant l'unité nationale à la base par la création de comités populaires de solidarité et d'entraide dans les syndicats, dans les usines, les villes et les villages.

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